Schadenfreude

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Image tirée du livre illustré Max et Moritz.

La Schadenfreude [ˈʃaːdˌfʁɔʏ̯də][1] Écouter est la « joie malsaine » ou la « joie maligne » (mal traduit par « mauvaise joie »[2]), que l'on éprouve en observant le malheur d'autrui.

Le terme allemand (de Schaden et Freude) signifie littéralement « joie [du] dommage ». Il se traduit sous forme d'expression verbale en français par : « se réjouir du malheur d'autrui ».

Étymologie[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un nom composé allemand, de Schaden (« faire du mal », « blesser ») et de Freude (« joie »)[3].

En allemand, le mot a toujours une connotation péjorative.

Signification[modifier | modifier le code]

Ce sentiment s'apparente au sadisme, mais il est passif dans le sens où le spectateur ne prend pas une part active à l'accomplissement du malheur. C'est ce sentiment qui est exploité par des émissions de télévision où des gens sont filmés faisant des chutes, entraînant des rires. Les malheurs des victimes entraînent le rire, en même temps qu'un sentiment, chez le spectateur, de Schadenfreude.

Le concept bouddhiste de mudita, « joie sympathique » ou « réjouissance du bonheur des autres », est parfois donné comme antonyme de Schadenfreude[4],[5].

On peut également considérer l'envie, c'est-à-dire le « ressentiment face au bonheur d'autrui » comme une forme de contraire de la Schadenfreude. Pour compléter le carré, on peut considérer comme antonyme à la Schadenfreude le « déplaisir du malheur des autres », c'est-à-dire la pitié ou la compassion.

Citations[modifier | modifier le code]

« S'il [l'homme] a des raisons momentanées pour être heureux lui-même, il n'en accumule pas moins les malheurs du prochain, comme un capital dans sa mémoire, pour le faire valoir dès que sur lui aussi le malheur se met à fondre : c'est là également une façon d'avoir une « joie maligne » (« Schadenfreude »). »

— Nietzsche, Humain trop humain, Le voyageur et son ombre, § 27

Dans la chanson Attends-moi ti-gars (1957) de Félix Leclerc, le refrain :

«  Attends-moi, ti-gars
Tu vas tomber si j'suis pas là
Le plaisir de l'un
C'est d'voir l'autre se casser l'cou  »

Un exemple remarquable de Schadenfreunde est donné par la chanson de Jean Villard Gilles[6] :

« "C'est un rien mais qui fait plaisir" : les couplets sont autant de saynètes mordantes où le protagoniste est en butte à la "joie méchante" de son entourage, qu'il s'agisse du jeune époux très en vue dans la bonne société, cocufié sans trêve ni merci après seulement six mois de mariage, de la vamp bourgeoise qui aguiche le mari de sa meilleure amie en exhibant un décolleté vertigineux autant qu'affriolant... où le valet déverse par inadvertance le contenu d'une soupière de potage, provoquant un irrépressible cri de joie de sa rivale ou encore le vieillard quasi centenaire qui se réjouit méchamment de voir mourir son "jeune vieil ami" Tartempion (qui n'est que nonagénaire) mais qui avait la prétention de vouloir lui survivre.... »

La publicité, qui fait appel aux ressorts psychologiques les plus primitifs (et parfois les moins avouables) de l'être humain (instinct sexuel, gourmandise, goût du paraître, etc.), sait recourir parfois à la Schadenfreunde, comme dans cette publicité pour un aliment médicamenté destiné aux volailles parue vers 1974 dans le journal local La Manche libre très lu parles agriculteurs du Cotentin : Une fermière est photographiée de dos face à une clôture grillagée derrière laquelle on aperçoit des poules visiblement mal en point étendues pattes raides sur le flanc. La légende de la photo est la suivante : « Et maintenant grâce à XXXXX (nom du produit) je regarde crever les poules du voisin. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API.
  2. « Il avait eu sur les autres une désastreuse influence, et [...] y avait trouvé une mauvaise joie. » Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray [lire en ligne].
  3. Schaden vient du moyen haut-allemand schade, du vieux haut-allemand scado, et freude vient du moyen haut-allemand vreude, vieil haut-allemand frewida, de frō (« joyeux »).
  4. The Upside of Shadenfreude, Joshua Zader, MuditaJournal.com, December 6, 2005.
  5. Are you Schadenfreude or Mudita?, Sirtumble, One of Six Billion..., February 6, 2005.
  6. SarcloretOfficiel, « c'est un rien mais qui fait plaisir » (consulté le 14 janvier 2019)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Wilco W. van Dijk and Jaap W. Ouwerkerk (dir.), Schadenfreude : understanding pleasure at the misfortune of others, Cambridge University Press, Cambridge, 2014, 320 p. (ISBN 978-1-10-701750-4)

Articles connexes[modifier | modifier le code]