Chrie

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La chrie (grec : χρεία qui signifie « usage, emploi, matière à discussion, objet que l'on traite, maxime, sentence ») a été, dans l'Antiquité et sous l'Empire byzantin, un genre de la littérature philosophique (la réplique) et de la rhétorique (défense d'une thèse lors des exercices préparatoires que sont les progymnasmata).

Définition[modifier | modifier le code]

Une chrie est une brève anecdote pratique (χρεία signifie « usage ») qui expose une réplique (propos ou action remarquable relevant du genre littéraire de l'apophtegme) que la tradition attribue à un personnage. La chrie est la plus courte des narrations, elle tient souvent en une phrase, mais diffère de la maxime, en ce qu'elle est attribuée à un personnage historique. Elle repose généralement sur des modèles comme « En voyant [untel] » (ιδών ou vidisset cum) ou « Lorsqu'on lui a demandé [telle ou telle chose] » (ἐρωτηθείς ou interrogatus), suivi de « il a dit... » (ἔφη ou dixit)[1]. Comme genre littéraire, la chrie était un objet de collection, des savants comme Plutarque ou Sénèque ont constitué leurs propres collections privées de chries dont les recueils étaient publiés[2].

La chrie philosophique[modifier | modifier le code]

La chrie la plus communément répandue dans les textes antiques, a un caractère illustratif[3] :

« Voici, quelques exemples, tirés de Diogène Laërce à propos de Diogène de Sinope, dit le Cynique[4]. À ceux qui lui reprochent son exil, Diogène le cynique réplique : « C'est grâce à cet exil, que je me suis mis à philosopher ! »[5],[6].

Quand, une autre fois, quelqu'un lui dit : « Ce n'est pas pour rien que les gens de Sinope t'ont condamné à l'exil… » il rétorque : « Eh bien moi, je les ai assignés à résidence ! »[5]. Au fils d'une prostituée qui jette des pierres sur la foule rassemblée sur une place, il conseille : « Prends garde de ne pas blesser ton père »[5],[7]. À Corinthe, Alexandre le Grand, à qui l'on présente le célèbre philosophe qui n'a d'autre abri que son tonneau, lui dit : « Demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai ». Diogène lui répond : « Ôte-toi de mon soleil »[5],[8]. Autre exemple un peu plus trivial apparemment : Toujours Diogène : « Comme on lui reprochait d’aller dans des lieux impurs, il répliqua : " Le soleil pénètre bien dans les latrines sans être souillé "[5],[9]. »

La chrie peut aussi être solennelle :

« Un lacédémonien (spartiate), fait prisonnier de guerre et vendu, quand quelqu'un lui demanda ce qu'il savait faire, dit : « Être libre. »[10] »

ou sage :

« Aristide le Juste, quand on lui demanda ce qu'est la justice, déclara : « ne pas envier les biens des autres. »[11],[12] »

ou philosophique :

« Quand on demanda à Diogène, pourquoi les gens donnent aux mendiants mais pas aux philosophes, il déclara: « parce qu'ils supposent qu'ils peuvent devenir boiteux et aveugles, mais ils n'ont jamais supposé qu'ils pourraient pousser jusqu'à la philosophie. »[10] »

Ou tout cela à la fois :

« Quand une femme fait remarquer à Socrate : « Les Athéniens t'ont injustement condamné à mort », dit en riant : « Mais avez-vous envie de le faire avec justice ? »[13] »

La chrie rhétorique (comme exercice préparatoire)[modifier | modifier le code]

La chrie est surtout connue pour son rôle dans l'éducation : on initiait les élèves à la chrie presque aussitôt qu'ils savaient lire et, plus tard, ils la pratiquaient en langue grecque tout en modulant la voix et le ton. La Chreia comme mot ou argument pour exprimer ou prouver une quelconque thèse, sert comme exercice préparatoire en cours de rhétorique sous la forme d'une dissertation structurée en huit paragraphes.

Structure forte (ou classique)[modifier | modifier le code]

La Chrie nécessite d'être précédée par la formulation de la thèse de base, des conclusions possibles et les conséquences privées de cette thèse : la thèse est la preuve. Sa structure se compose de huit parties :

  1. L'attaque - Présenter l'auteur et faire son éloge pour attirer l'attention (louange et description).
  2. La paraphrase - paraphraser en quelques lignes son aphorisme.
  3. La raison - la preuve de la thèse (Justifier brièvement son opinion : (« cette thèse est correcte, parce que... »).
  4. La contradiction - établir sa thèse par contraste en réfutant la thèse contraire (« sinon, alors... »)
  5. La comparaison - comparaison de ce phénomène avec des domaines voisins.
  6. Un exemple ou l'illustration d'une anecdote.
  7. Le certificat (citer une autorité de référence à l'appui, empruntées aux Anciens)
  8. La conclusion (son attitude au sujet) (« telle est la belle pensée de... au sujet de... »)[14].

Structure souple (ou laxiste)[modifier | modifier le code]

La structure laxiste de la chrie rhétorique (aussi appelée inductive ou socratique) se compose de cinq parties :

  1. Attaque.
  2. Preuve ou argument.
  3. Communication par destination pont artificielle ou logique est fournie à l'idée dans laquelle il est nécessaire de convaincre.(c'est vraiment confus : il faut reformuler ce paragraphe)
  4. Formulation de la thèse (idée principale).
  5. Conclusion.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tim Ch. Bartsch, Michael Hoppmann, Bernd F. Rex, Markus Vergeest, Formation à la rhétorique, UTB 2689, Schöningh, Paderborn 2008 ; (ISBN 978-3-8385-2689-8); p. 38= et suivantes.
  • Vissarion Belinsky, La Rhétorique générale de N. F. Koshanskogo (récension), B 13 tome M.
  • Ronald F. Hock, Edward N. O'Neil, La Chreia en rhétorique antique, vol. 1, Atlanta: Scholars Press, 1986
  • Ronald F. Hock, Edward N. O'Neil, La Chreia en rhétorique antique, vol. 2, Atlanta: Society of Biblical Literature, 2002
  • G. von Wartensleben, Le concept de Chrie Grecques et contribution à l'histoire de sa forme (Dissertation), Heidelberg, 1901.
  • F. A. Weber, article Chrie in Manuel explicatif de termes étrangers, 12, Auflage, 1870.
  • Gero von Wilpert (de), Dictionnaire usuel de littérature, vol. 4, Auflage, Alfred Kröner 1964, p. 104

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sur le sens de chrie, voir Quintilien, De l'institution oratoire 1, 9, 4 et Sénèque, Épîtres morales à Lucilius, 33, 7.
  2. Plutarque, La vie des hommes illustres (traduction D. Ricard) (lire en ligne)
  3. « Article Rhétorique in Encyclopaedia Universalis (3. Invariants et variations) »
  4. (el) Diogène Laërce, Vie et doctrines des philosophes illustres, livre IV, chapitre II. (lire en ligne)
  5. a b c d et e « Biographie de Diogène de Sinope »
  6. (el) Diogène Läerce, Vie et doctrines des philosophes illustres, livre IV, chapitre II, 49. (lire en ligne)
  7. (el) Diogène Laërce, Vie et doctrines des philosophes illustres, livre IV, chapitre II, 62. (lire en ligne)
  8. (el) Diogène Laërce, Vie et doctrines des philosophes illustres, livre IV, chapitre II, 38. (lire en ligne)
  9. (el) Diogène Laërce, Vie et doctrines des philosophes illustres, livre IV, chapitre II, 64. (lire en ligne)
  10. a et b Exemple donné par l'article de wikipédia en version anglaise.
  11. Plutarque, La vie des hommes illustre (traduction D. Ricard) (lire en ligne)
  12. Plutarque, Vie d'Aristide in La vie des hommes illustres (traduction D. Ricard) (lire en ligne)
  13. Dictionnaire des portraits historiques, anecdotes, et traits remarquables des hommes illustres, tome III, p. 474. (lire en ligne)
  14. (ru) Chrie, Encyclopédie Brockhaus et Efron en 86 volumes, Saint-Pétersbourg, 1890-1907. (lire en ligne)