Pierre de La Ramée

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Pierre de La Ramée
Petrus Ramus.jpg

Pierre de la Ramée

Naissance
Cuts, en Picardie, vers 1515
Cuts +
Décès
Nationalité
française
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
Œuvres principales
Aristotelicae Animadversiones (1543), Oratio (1544), Dialectica (1550), Arithmétique (1555), Grammaire Française (1562)
Influencé par
A influencé

Pierre de La Ramée (vers 1515 - 26 août 1572) dit Petrus Ramus est un logicien et philosophe français converti au calvinisme qui fut assassiné deux jours après le massacre de la Saint-Barthélemy.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Cuts, en Picardie, et d'origine modeste, fils de laboureur, il s'enfuit à l'âge de huit ans à Paris.

Après cette première fugue, il suivra les cours du collège de Navarre en devenant domestique. Il découvre ensuite la pensée de Rodolphe Agricola en suivant les cours de Jean Sturm au Collège des lecteurs royaux (Collège de France). Maître ès arts à 21 ans, il dénonce la scolastique et annonce que « quaecumque ab Aristotele dicta essent commentitia esse » (« tout ce qu'a dit Aristote n'est que fausseté »), opinion scandaleuse pour l'époque.

Professeur au petit collège de l'Ave Maria au Mans, il reprend cette thèse en 1543 dans deux livres :

  • Aristotelicae animadversiones ;
  • Dialecticae partitiones.

Censurés par la faculté de théologie, ses ouvrages sont condamnés à être supprimés par un édit de François Ier (du 1er mars 1544) et La Ramée est interdit d'écrire ou d'enseigner contre Aristote.

Il sera tout de même principal du collège de Presles de 1545 à 1570 grâce à la protection du Cardinal de Lorraine. En 1547, Henri II annule l'arrêt de la Sorbonne puis le nomme en 1551 lecteur ordinaire du Roi en philosophie et éloquence au Collège Royal, où son enseignement acquiert une célébrité européenne. Après avoir consacré les huit premières années de son enseignement aux trois premiers arts libéraux (grammaire, rhétorique, logique), il y fait entrer l'étude des mathématiques, dont l'enseignement n'était alors pas jugé digne de l'université car elles étaient uniquement utilisées par les marchands et les artilleurs.

Converti au calvinisme dans les années 1560, et ayant brisé les images des saints au collège de Presles, il quitte la France lors de la deuxième guerre de Religion, et visite l'Allemagne et la Suisse. Il donne notamment ses leçons à Heidelberg. Rentré en France à la paix de Saint-Germain (1570) et remis en possession de ses titres, il est massacré deux jours après la Saint-Barthélemy en 1572, malgré la protection du roi Charles IX. On y a vu la main de son ennemi irréductible Jacques Charpentier, qui lui avait succédé à la chaire de mathématiques et dont il avait dénoncé l'ignorance.

Points de vue[modifier | modifier le code]

  • D'après son contemporain et ancien élève Nicolas de Nancel, La Ramée était un homme de belle prestance, portant une belle barbe noire dont il était très fier. Obligé de se raser sur ordre du recteur, il s'enferma à son domicile jusqu’à ce qu'elle eût repoussé.
  • Il était d'un naturel sobre, tant en alimentation qu'en boisson. Prenant un bain une fois l'an, il se lavait toutefois chaque jour le visage et les mains dans un mélange d'eau et de vin blanc.
  • Bien qu'en tant que principal de collège, le mariage lui fût interdit[1], on lui a prêté quelques connaissances féminines[réf. souhaitée].
  • Nancel lui prête aussi un caractère détestable, allant jusqu’à l'agression physique de ses étudiants, ce qui ne l'empêcha pas de rassembler de nombreux disciples. Sa confortable fortune personnelle lui permit de doter la chaire de mathématiques.
  • Christopher Marlowe met en scène son assassinat dans The Massacre at Paris, dont l'action se passe au moment de la Saint-Barthélémy.

« Was it not thou that scoff'dst the Organon,
And said it was a heape of vanities?[2]
 »

« Mais que ce Ramus ou La Ramée, fondateur d’une chaire de mathématiques au Collége royal de Paris, bon philosophe dans un temps où l’on ne pouvait guère en compter que trois, Montaigne, Charron et de Thou l’historien ; que ce Ramus, homme vertueux dans un siècle de crimes, homme aimable dans la société, et même, si on veut, bel esprit ; qu’un tel homme, dis-je, ait été persécuté toute sa vie, qu’il ait été assassiné par des professeurs et des écoliers de l’Université ; qu’on ait traîné les lambeaux de son corps sanglant aux portes de tous les colléges, comme une juste réparation faite à la gloire d’Aristote ; que cette horreur, dis-je encore, ait été commise à l’édification des âmes catholiques et pieuses ! ô Français ! avouez que cela est un peu welche. »

Œuvre[modifier | modifier le code]

L’œuvre de la Ramée est caractérisée par la grande diversité des matières abordées (logique, philosophie, histoire, mathématiques) et également par sa complexité. En effet, Ramus a constamment remanié et republié ses propres ouvrages et on ne compte pas moins de vingt-et-une éditions différentes des Dialectica.

Son but est la refondation de l’enseignement suivant les principes de l’humanisme, par une unification de l’étude des sciences, les mathématiques ne représentant qu’une étude préliminaire à celles des arts du discours (Oratio 1544)

Son ambition est proclamée dans une oratio de 1546 : « Introduire l'éloquence dans la philosophie et la philosophie dans tout discours ».

Il dénonce la « morbus scolasticus », maladie scolastique, et l'admiration inconditionnelle d'Aristote.

Pour Ramus, « vauldroit beaucoup mieux avoir usaige sans art qu'art sans usaige ». Dans ses ouvrages traitant de logique, il adopte constamment une organisation en deux parties :

« Les parties de Dialectique sont deux, Inuention & Iugement : La première declaire les parties separées, dont toute sentence est composée: la deuziesme monstre les manieres & especes de les disposer[4]. »

Outre sa réforme de la logique, il a proposé des réformes de l'orthographe avec la distinction du u et du v, du i et du j, ainsi que des trois e : e, é, è. La première de ces réformes (1559) est déjà recommandée par Antonio de Nebrija (1492) en Espagne et Giovanni Trissino (1524) en Italie[5].

Il publie également des traités d'histoire et de théologie.

Influence[modifier | modifier le code]

Dans un monde où l'imprimerie donne le primat à la chose écrite, le ramisme s'offre comme alternative formelle à la logique et à la rhétorique classiques, développées dans un environnement que domine l'expression orale[6]. Le ramisme connaît un moment de grande popularité, et l'on peut même parler d'une école ramiste dont les membres se recrutent en France, en Allemagne, en Suisse et aux Pays-Bas. En 1626, Francis Burgersdyk divise encore les logiciens de son époque en aristotéliciens, en ramistes et en semi-ramistes, ces derniers essayant, comme Rudolf Gloclenius l'aîné à Marburg ou Amandus Polanus à Bâle, de réconcilier les partis opposés. Les œuvres de Ramus figurent dans les manuels de logique des universités écossaises et il a des partisans dans l'Angleterre du XVIIe siècle. Nous possédons même un petit traité du poète John Milton, publié deux ans avant sa mort, sous le titre Artis Logicae Plenior Institutio ad Petri Rami Methodum concinnata[7].

Professeur d'Antoine Fouquelin, qui publiera, en guise de reconnaissance, une Rhétorique française en 1555, il permet la constitution du français comme langue nationale, ayant également une profonde influence sur la Pléiade, et plus tard sur Pierre Fontanier. Un de ses élèves, Nicolas de Nancel, publiera l'histoire de sa vie[8].

En mathématiques, ses travaux influenceront Bernard Salignac[9], Guillaume Gosselin, Jacques Peletier du Mans et François Viète. Il aura pour successeurs au Collège de France ses élèves Henri de Monantheuil, Jean Stadius et Maurice Bressieu.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Aristotelicae Animadversiones — Dialecticae institutiones, Paris, 1543
  • Brutinae Quaestiones, Paris 1549
  • Rhetoricae Distinctiones in Quintilianum, Paris 1549
  • Pro Philosophica Parisiensis Academiae disciplina oratio, Paris 1551
  • Dialectique, Paris 1555 (reprint par Wilhelm Risse, Stuttgart-Bad Cannstatt, 1964)
  • Gramère, Paris 1562
  • Scholarum physicarum libri octo, Paris 1566
  • Scholae in liberales artes, Basilée 1569
  • Defensio pro Aristotele adversus Jacobum Schecium, Losanne 1571
  • Grammaire de Pierre de la Ramée, lecteur du Roi en l'Université de Paris, Paris 1572
  • Collectaneae, praefationes, epistolae, orationes, Paris 1577
  • Commentarii de religione christiana, Francfort 1577
  • Scholae in tres primas liberales artes. Dialecticae, Animadversiones in Organum Aristotelis, Grammaticae, Rethoricae, Francfort 1581-1594
  • Ramae scholae et defensio Petri Rami contra Georgici Liebleri calumnias, Basilèe 1582

Hommages[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Petrus Ramus » (voir la liste des auteurs).

  1. Waddington 1855, p. 323, citant Nancel 1590.
  2. N'est-ce pas toi qui t'es moqué de l'Organon / En disant que c'était un ramassis de vanités ? [(en) The Massacre at Paris, scène VII].
  3. [Quisquis (Du) De Ramus ou La Ramée].
  4. Pierre de La Ramée, Dialectique, Wechel,‎ (lire en ligne), p. 4.
  5. Louis Kukenheim, Contributions à l'histoire de la grammaire italienne, espagnole et française à l'époque de la Renaissance, Amsterdam, 1932, p. 36.
  6. (en) « Ramism », dans Dictionary of the History of Ideas (lire en ligne).
  7. (en) Walter J. Ong et Charles J. Ermatinger, Complete Prose Works of John Milton, vol. 8,‎ , introduction de Ong (p. 144-205).
  8. (la) Nancelius Trachyenus Noviodunensis, Petri Rami Veromandui, eloquentiæ et philosophiæ apud Parisios profess. regii, Vita…, Paris, Morel,‎ , in-8°, 85 p.
  9. (en) Florian Cajori, A History of Mathematical Notations [détail des éditions], vol. I, p. 365.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]