Mnémotechnique

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Code mnémonique.
Exemple de mnémonique visuel, pour aider à mémoriser l'emplacement de sa voiture dans un stationnement.

La mnémotechnique décrit l'ensemble des applications pratiques de la recherche en psychologie sur la mémoire, et des techniques, parfois très anciennes, augmentant la mémorisation de l'information.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot « mnémonique » provient du mot grec ancien μνημονικός / mnêmonikós (« de mémoire ») et rappelle Mnémosyne, la mère des Muses de la mythologie grecque. Ces deux mots font référence à μνήμη / mnếmê (« souvenir »)[1].

La première référence connue à un mnémonique est l'« Art de mémoire », décrite dans De Oratore par Cicéron[réf. nécessaire].

Histoire[modifier | modifier le code]

Des méthodes mnémotechniques sont connues dans l'Antiquité. Les Grecs ont inventé la méthode des lieux, dite méthode des loci, qui aide à mémoriser une longue liste d'objets dans l'ordre. La méthode consiste à mémoriser un parcours familier. Il s'agit ensuite d'imaginer chaque item à mémoriser sur les endroits du parcours. Quand la personne veut se rappeler de la liste d'objet, elle doit alors parcourir mentalement le chemin où elle a imaginé les objets[2]. La méthode des lieux (loci) est détaillée dans la Rhétorique à Herennius.

Article détaillé : Méthode des loci.

La Cena Cypriani pourrait constituer un exemple de texte relèvant du genre mnémotechnique. « La Caena est une sorte de résumé mnémotechnique de la Bible, sous la forme d'un récit fictif où les personnages bibliques interviennent avec les particularités qui les caractérisent »[3].

L'astronome et mathématicien français Pierre Hérigone formule les bases d'une technique mnémonique qui deviendra le système majeur ou code chiffres-sons, utile pour retenir les longues listes de chiffres. L'idée est développée par la suite et reprise en particulier au début du XIXe siècle, par Aimé Paris dans Souvenirs du cours de mnémotechnie. S'inspirant de sa méthode, l'Abbé Moigno écrit le Manuel de Mnémotechnie (1879). L'abbé Moigno raconte « qu'il étonnait et agaçait le savant François Arago en lui indiquant de mémoire les chiffres des altitudes des principales montagnes du globe, ou en lui récitant sans broncher les soixante premières décimales du nombre π ». Le principe de la méthode d’Aimé Paris pour retenir facilement les nombres repose sur l'association d'une suite de mots à une suite de nombres. Les consonnes prononcées sont d'abord extraites. Ainsi dans le mot « mathématique » sont prises en compte les consonnes M, T, M, T, Q dans ce même ordre. Un nombre est ensuite associé à chaque consonne prononcée. Cette association utilise la convention de la sténographie, autre domaine d’Aimé Paris, qui confond les consonnes dures avec leurs correspondantes douces (par exemple, p et b). Cette correspondance doit être apprise une fois pour toutes. Pour la retenir il propose de retenir la phrase suivante : « Dieu Ne Me Rend La Joie Qu’à Vos Pieds Saints  » qui représente la suite des chiffres de 1 à 9 et le zéro[4].

Dans les années 1830 un dictionnaire fut publié par les frères A.-M. et J.-F. de Castilho sous le nom de Dictionnaire mnémonique (1832)[5]. Tous les mots de la langue française y sont classés par ordre du nombre associé. Ainsi au chiffre 9954 correspond le mot « populaire ». Les deux auteurs écrivent dans la préface qu'« à l'aide de ce dictionnaire la seule difficulté réelle qui arrête les commençants lorsqu'il y a des chiffres à mémoriser s'évanouit complètement ».

Méthodes pour mémoriser les suites de mots[modifier | modifier le code]

Méthode des piquets[modifier | modifier le code]

Les méthodes dites des piquets (en anglais, peg system) sont mises au point pour aider l'apprenant à retenir des listes de mots ou de chiffres dans un ordre donné. Plusieurs méthodes existent. Le principe des méthodes de piquet est que les items à retenir sont associés avec un « piquet », c'est-à-dire une information facile à retenir car elle est déjà familière pour l'apprenant. La méthode des loci, utilisée depuis l'antiquité, est une méthode de piquets, où les items à mémoriser sont associés à des lieux déjà connus et déjà bien mémorisés[2].

Méthode imagée utilisant les rimes[modifier | modifier le code]

Une autre méthode consiste à retenir une liste d'objets les associant avec une liste d'objets qui sont faciles à retenir parce que leur nom rime avec les chiffres. En anglais, le système s'appelle « one-is-a-bun » (un est un pain) : one is a bun, two is a shoe, three is a tree, etc. Chaque objet de la liste à mémoriser doit être associé visuellement à la liste des objets de la liste bun-shoe-tree, etc.[2] L'intérêt de ce système est que la liste de rimes à apprendre en premier lieu est facile à retenir. La méthode a été étudiée dans les années 1970 par les psychologues cognitivistes a montré une bonne efficacité comparée à l'absence de méthode[6].

Méthodes pour mémoriser les suites de chiffres[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Code chiffres-sons.

Les méthodes de Pierre Hérigone, Aimé Paris et l'Abbé Moigno sont destinées à retenir des suites de chiffres. Ces méthodes font partie des méthodes nommées aussi système mnémonique majeur ou code chiffres-sons.

Système de nombres en forme[modifier | modifier le code]

Suivant la méthode des piquets, le principe de la méthode des nombres en forme est d'associer un nombre à sa forme visuelle (un ressemble à une chandelle, deux ressemble à un cygne, etc.).[réf. nécessaire]

Méthodes pour mémoriser de nouveaux mots[modifier | modifier le code]

Méthode visuelle des mots clefs[modifier | modifier le code]

La méthode des mots clef aide à retenir de nouveaux mots, durant l'apprentissage d'une langue étrangère par exemple. Cette méthode requiert de créer une image qui dépeint un caractère ou un objet dont le nom ressemble à celui de l'item à mémoriser. Cet objet interagit alors avec d'autres objets ainsi créés, l'ensemble formant ainsi l'information à retenir. Cette méthode a été testée en 1975 dans une série d'expériences chez des étudiants anglophones auxquels on demandait d'apprendre des mots russes ou des mots espagnols, sur le court terme et sur le long terme. La méthode ainsi testée se montre beaucoup plus efficace que l'absence de méthode. Par ailleurs, le fait de donner aux étudiants les mots clef facilite leur apprentissage[2],[7],[8].

Méthodes de substitution des mots[modifier | modifier le code]

Dans la méthode de substitution des mots, laquelle remplace un concept abstrait par un mot connu. Par exemple, il n'y a pas d'image naturelle que l'on peut associer à l'élément chimique bore. Par contre, on pourrait lui associer un terme qui se prononce presque identiquement : « bord ».[réf. nécessaire]

Méthodes pour mémoriser des informations complexes[modifier | modifier le code]

Méthode du Survey, Question, Read, Recite, Review (SQ3R)[modifier | modifier le code]

La méthode SQ3R (en)a été introduite en 1946 aux États-Unis par le philosophe Francis P. Robinson (en). La méthode vise à retenir des informations nouvelles et complexes. Elle est aussi décrite comme une méthode de lecture efficace (effective reading) conseillée aux étudiants[9].

Elle consiste à suivre cinq étapes décrites en anglais par Survey, Question, Read, Recite and Review, soit en français : Examiner, questionner, lire, réciter et revoir. La première étape est d'examiner le matériel à apprendre en dégageant un plan qui aide à sa compréhension et comprendre comment les éléments sont liés entre eux. Ensuite, l'apprenant doit se poser des questions sur chaque section du plan pour comprendre à quelles questions est-ce que ce contenu répond. L'ensemble du matériel à apprendre est ensuite lu de manière détaillée avec deux objectifs : d'une part, tenter de répondre aux questions de l'étape précédente ; d'autre part, intégrer les nouvelles informations aux informations pré-existantes (déjà connues). L'apprenant doit ensuite énumérer, de mémoire, les principaux points importants à retenir pour chaque section et relire (étape 3) tant que cela n'est pas mémorisé. L'étape finale consiste à revoir ce qui a été appris non plus sections par section mais pour l'ensemble du matériel à apprendre[2],[9].

La méthode SQ3R a été étudiées par des psychologues cognitivistes qui ont reconnu sont efficacité dans les années 1970[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) H. G. Liddell et R. Scott, Intermediate Greek-English Lexicon, Oxford University Press, Oxford, 1889. (ISBN 0-19-910206-6).
  2. a, b, c, d et e Eysenck 2000, p. 340-342.
  3. Jacques Simon (pseudonyme d'Alfred Loisy), "Chronique biblique", dans Revue d'histoire et de littérature religieuses, V, no 4, 1900,p. 374.
  4. François Moigno, Manuel de mnémotechnie. 1ère partie, Application à l'histoire: Actualités scientifiques, publiées par M. l'abbé Moigno Seconde série. L'Enseignement de tous N° 4. Mémoire de tous, Gauthier-Villars,
  5. A.-M. de Castilho et J. de Castilho, Dictionnaire mnémotechnique... de la langue française, Chavigny, , 220 p. (lire en ligne) — réédité en 2006 chez Elibron Classics Séries par Adamant Media Corporation.
  6. (en) P.E. Morris et R. L. Reid, « The repeated use of mnemonic imagery », Psychonomic Science,‎
  7. (en) « A Mnemonic Method for Learning a Second-Language Vocabulary. », Journal of Educational Psychology,‎ 1975/00/00 (lire en ligne)
  8. (en) Richard C. Atkinson et Michael R. Raugh, « An Application of the Mnemonic Keyword Method to the Acquisition of a Russian Vocabulary. », Journal of Experimental Psychology: Human Learning and Memory,‎ 1975/00/00 (lire en ligne)
  9. a et b Eysenck 2000, p. 9-10
  10. (en) Peter E. Morris, « Strategies for learning and recall », Applied problems in memory,‎ , p. 25-57

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Michael W. Eysenck, Psychology, a student handbook, Hove, UK, Psychology Press, , 979 p. (ISBN 0-86377-474-1). 
  • F. Yates, L'Art de la mémoire, éd. Gallimard, coll. « nrf », 1987.
  • Anne Machet, Si la mémoire m'était comptée. Symbolique des nombres et mémoires artificielles de l'Antiquité à nos jours, Paris, Presses du CNRS / Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1987, 320 p., ill. (ISBN 2-222-04006-X) et (ISBN 978-2-7297-0300-4)
  • Bruno Roy, Paul Zumthor dir., Jeux de mémoire. Aspects de la mnémotechnie médiévale, Montréal, Presses universitaires de Montréal / Paris, Vrin, 1985, 228 p., ill.
  • J. Regnault, Les Calculateurs prodiges, éd. Payot, (réimpr. 1952)
  • Joshua Foer, L'art et la science de se souvenir de tout, collection champs sciences de 2017 (ISBN 978-2-0813-9570-1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]