Base aérienne tactique 192 (Biên Hòa)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

La base aérienne tactique 192 Biên Hòa était une unité de combat de l'armée de l'air française, située à Biên Hòa, Cochinchine, actuel Viêt Nam[1]. Elle fut particulièrement active durant la guerre d'Indochine (1946-1954)[2].

Historique[modifier | modifier le code]

Biên Hòa est situé sur un terrain calme et plat, dans une zone rurale à 25 kilomètres au nord-est de Saïgon[2]. Après la capitulation du Japon en août 1945 qui mettait fin à la Seconde Guerre mondiale, l'armée de l'air se réinstalla en 1946 à Biên Hòa[3].

La numérotation des bases de l’armée de l’air réservait les numéros 190 et suivants aux bases d’Indochine. Biên Hòa porta en permanence le numéro 192, cependant son appellation a changé à plusieurs reprises :

  • Base aérienne tactique 192 Biên Hòa ;
  • Base aérienne secondaire 192 Biên Hòa ;
  • compagnie de l'Air 1/192 ;
  • compagnie de l'Air 2/192.

La base fut stationnée en Indochine de sa création à sa dissolution[4].

Installations fixes[modifier | modifier le code]

La base avait une organisation et des services similaires à celles des autres bases de l’armée de l’air, que ce soit en métropole ou outre-mer. Elle possédait notamment une tour de contrôle sur 2 étages, une aire à signaux, des mess et des logements distincts pour les militaires des différents grades. Ainsi, il y avait un mess des sergents[5],[6] et les sous-officiers étaient logés dans des sortes de paillotes, d'aspect très exotique mais sans aucun confort, implantées dans une plantation d'hévéas en bordure de la base[7].

Les distractions n’étaient pas absentes : la base avait un cinéma[5] et même un bordel militaire de campagne (BMC) avec des prostituées vietnamiennes, sous le contrôle des autorités militaires françaises, et avec visite régulière du médecin militaire pour contrôler l’hygiène[8]. En revanche, la maison close baptisée Les volets rouges et tenue par une certaine « Lulu la Nantaise » mentionnée dans le film Les Tontons flingueurs (1963) appartient à la fiction.

Les militaires de la base en quartier libre avaient la possibilité de se promener dans la petite ville de Biên Hòa toute proche, une charmante bourgade pas encore éprouvée par les durs combats qu'elle subit plus tard[7]. Leur séjour en Extrême-Orient n’était cependant pas de tout repos : outre la longue séparation d’avec leur famille, la dureté du climat, les maladies tropicales, la vie en vase clos, le régime harassant de travail imposé, ils devaient se méfier sans cesse d’un ennemi insidieux et le plus souvent invisible, les Việt Minh. Ils étaient confrontés à la douleur de la perte de leurs camarades, et la hantise de ne pas rentrer non plus en France et de mourir sur ce territoire lointain[9].

Unités stationnées[modifier | modifier le code]

Au début de la guerre d'Indochine, Biên Hòa était une petite base aérienne sans unité combattante implantée de façon permanente, bien loin de la très importante base américaine qu’elle devint durant la Guerre du Viêt Nam. Sa principale unité était le Parc Colonial 482, dont dépendait le Détachement du Parc 1/482 de Bach Maï, une autre base proche de Hanoï. En décembre 1950, l'armée française fut contrainte d’évacuer tous les postes au nord de Hanoï, et toutes les unités qui n'étaient pas indispensables aux opérations se replièrent vers le sud. Le détachement du Parc 1/482 de Bach-Maï rejoignit donc sur unité « mère » à Biên Hòa[7].

En août-septembre 1953, Biên Hòa accueillait les AAC-1 « Toucan » (appellation française des Junkers Ju 52-3m dont la fabrication avait été poursuivie à Colombes après la Libération) réformés du Groupe de transport (GT) 1/64 Béarn. La base accueillait aussi régulièrement des avions de l’Aéronautique navale provenant du porte-avions Arromanches, comme des bombardiers en piqué Curtiss SB2C Helldiver et des chasseurs Grumman F6F Hellcat[5]. En février 1953, l’armée de l’air française établit à Biên Hòa une installation pour réviser ses Grumman F8F Bearcat[10].

Après la défaite de Diên Biên Phu et l'armistice de l’été 1954, toutes les forces françaises sont regroupées au sud de l’Indochine. Les groupes de chasse (GC) 1/22 « Saintonge » et 2/21 « Artois », tous deux volant sur F8F, s'installent respectivement à Biên Hòa et au Cap Saint-Jacques. Le 1er septembre 1954, le GC 2/21 « Artois » réduit est rattaché au GC 1/22. Les deux groupes sont dissous le 31 janvier 1956 et donnent naissance au Centre de transformation de la chasse, qui part le 10 février 1956 s'installer au Cap Saint-Jacques, base nouvellement créée[3].

La dissolution de la BA 192 Biên Hòa est prononcée le 31 mai 1956, après dix ans d’existence[3].

Postérité[modifier | modifier le code]

Le 1er juin 1955, Biên Hòa devint le principal site de soutien logistique de la force aérienne de la nouvelle République du Viêt Nam, quand les Français évacuèrent leur principal dépôt à Hanoï. Après le départ des Français, la base fut totalement contrôlée par la VNAF. Son rôle ne se limita plus à celui d’un dépôt, mais elle joua également un rôle tactique. C’est là que fut constitué, le 1er juin 1956, l’escadrille de chasse numéro 1 (plus tard rebaptisée 514th FS). Avec l’arrivée d’unités aériennes américaines au début des années 1960, Bien Hoa devint une base commune à la VNAF et l’United States Air Force, sous le commandement des Pacific Air Forces (PACAF). Durant l’Offensive du Tết en janvier 1968, la base fut le théâtre d’une des plus acharnées batailles de la guerre du Viêt Nam[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « L’histoire des Bases aériennes de l'armée de l'air française » (consulté le 17 juillet 2019).
  2. a b et c (en) « Bien Hoa Air Base », sur The USAF Police Alumni Association (consulté le 17 juillet 2019).
  3. a b et c « Contributions page 17 », sur Traditions des escadrilles de l'Armée de l'air (consulté le 17 juillet 2019).
  4. « Les unités combattantes en Indochine (Source SHD air) », sur AIR INSIGNES Collection d'insignes de l'armée de l'air (consulté le 17 juillet 2019).
  5. a b et c Gilbert Sala (Mitrailleur31), « La Grande Bretagne, la Tunisie, l'Indochine, l'Algérie. », sur Le blog de mon père, (consulté le 17 juillet 2019).
  6. « Les anciens des Groupes Lourds 1/25 Tunisie et 2/23 Guyenne et le 1/20 Lorraine en Indochine », sur HALIFAX GROUPES LOURDS FRANCAIS SQUADRONS 346 et 347 R.A.F (consulté le 17 juillet 2019).
  7. a b et c Marcel PAQUELIER, « Mes jeunes années dans l'Armée de l'Air (Suite 5). L'épopée Indochinoise 1949 - 1951 » (consulté le 17 juillet 2019).
  8. Jean-Marc Binot, Le repos des guerriers : Les bordels militaires de campagne pendant la guerre d'Indochine, Fayard, , 320 p. (ISBN 2-21368-463-4, EAN 978-2-21368-463-5, lire en ligne).
  9. « JOURNAL D'UN SOUS OFFICIER DE L'ARMEE DE L'AIR », sur LA MAISON DU LIVRE AVIATION (consulté le 17 juillet 2019).
  10. (en) « Bien Hoa Air Base », sur Hitchhiker's Guide to the Galaxy (consulté le 17 juillet 2019).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Clary, Journal d’un sous-officier de l’armée de l’air : TOE Indochine Bien-Hoa (1952-1954), L'Harmattan, , 216 p..
  • Jean-Marc Binot, Le repos des guerriers : Les bordels militaires de campagne pendant la guerre d'Indochine, Fayard, , 320 p. (ISBN 2-21368-463-4, EAN 978-2-21368-463-5).

Liens externes[modifier | modifier le code]