Assurance chômage en France

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L’assurance chômage est une assurance obligatoire pour le secteur privé (quelques exceptions existent pour le secteur public). Elle est financée par les cotisations des employeurs et par l'impôt, une fraction de CSG (contribution sociale généralisée). Cette assurance permet à toute personne ayant perdu son travail de manière involontaire d’être indemnisée. Pour bénéficier de cette assurance, il faut répondre à certains critères.

Le système national d’assurance chômage est créé en 1958, par les partenaires sociaux (c’est-à-dire les organisations d’employeurs et les syndicats de salariés), sous l’impulsion du général de Gaulle. Il est piloté par l'Unédic, une association indépendante de la Sécurité sociale et mis en oeuvre par Pôle emploi.

Historique de la protection contre le chômage[modifier | modifier le code]

L'apparition de la protection contre le chômage[modifier | modifier le code]

Des sociétés de secours mutuel sont créées par les corporations ouvrières dès le XVIe siècle. Ces organisations sont interdites par la loi Le Chapelier de 1791, mais subsistent plus ou moins clandestinement et sont réintroduites sous la monarchie de Juillet pour stabiliser le système économique et social né de la Révolution industrielle. En 1884, la légalisation des syndicats professionnels ouvriers et patronaux à l'initiative de Pierre Waldeck-Rousseau voit la reconnaissance des caisses syndicales et patronales organisées par métier, et dont certaines avaient déjà mis en place des mécanismes d'assurance chômage mais peu se sont orientées dans cette voie par la suite[1].

L'« Office du Travail » créé en juillet 1891 contrôle ces caisses, sélectionne et classe les formes de chômage pour déterminer celles qui donnent droit à indemnisation[2].

Tous les métiers ne disposent pas de ces caisses, beaucoup d'ouvriers n'ayant pas les moyens de payer des cotisations. L'afflux de chômeurs et la désorganisation des caisses syndicales pendant la Première Guerre mondiale fait émerger une institution publique du chômage : l'État à travers le « Fonds national de chômage » subventionne les départements et les grandes municipalités. À la Libération, la priorité est accordée à la politique de plein-emploi et non à l'assurance chômage alors que débute la période de croissance économique des Trente Glorieuses[1].

La protection contre le chômage entre 1958 et les années 1980[modifier | modifier le code]

Le régime d'assurance chômage est créé le pour les salariés de l'industrie et du commerce, sous l'impulsion du général de Gaulle, par les partenaires sociaux avec la signature par le patronat (CNPF) et les syndicats (FO, CFTC et CGC) de la Convention nationale interprofessionnelle. Le système d'indemnisation est établi en dehors du cadre de la Sécurité sociale, contre le souhait de la CGT qui refuse initialement de prendre part aux négociations[3]. La gestion opérationnelle du système est assurée par les Assedic, le pilotage de l'ensemble par l'Unédic. Dès le départ, les signataires considèrent que le régime doit favoriser la reprise rapide d'un emploi et la mobilité de la main-d'œuvre et dépasser la simple indemnisation des chômeurs[4]. Un outil d'orientation et de recherche d'emploi vient enrichir le dispositif avec la création en 1967 de l'ANPE sur proposition du commissaire au plan François-Xavier Ortoli. L'objectif là encore est de faire plus pour les demandeurs d'emploi, au-delà de la simple indemnisation.

La protection contre le chômage depuis les années 1980[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1982, l'indemnisation était générale et assez « généreuse » : 90 % du salaire brut[5]. Mais la forte hausse du chômage après le second choc pétrolier (de 1979), au début des années 1980, entraîne un déficit. En 1982, une hausse des cotisations remet en cause la convention signée en 1959, d'où des mesures d'urgence: la baisse des indemnisations et un nouveau système les faisant dépendre de la durée de cotisation.

Pour les chômeurs dits "en fin de droits", on décide que l'assistance de l'État va suppléer l'Unédic, en créant en 1984 l'allocation spécifique de solidarité, puis de facto le revenu minimum d'insertion, en 1988 sous le gouvernement Michel Rocard.

Une crise financière de l'Unédic aboutit en 1992 à des mesures d'économie :

  • allongement de la durée de cotisation minimum (modifiée plusieurs fois) ;
  • dégressivité des allocations ;
  • contrôle renforcé de la recherche d'emploi[6].

En 2001, le MEDEF impose la création du plan d'aide au retour à l'emploi (PARE), et une forte baisse des cotisations. Juste après, une remontée du taux de chômage dégrade de nouveau les comptes et aboutit à la signature d'une nouvelle convention en 2002, qui fait passer la durée d'indemnisation de 30 à 23 mois et durcit les conditions d'accès au régime. Désormais, à peine la moitié des chômeurs sont indemnisés par l'Unédic.

La loi de cohésion sociale (Borloo) de 2005 supprime formellement le monopole de placement de l'ANPE et prévoit la création de 300 « maisons de l'emploi », regroupant les différents acteurs de l'aide aux chômeurs. Puis la convention de 2006 durcit de nouveau les conditions d'accès au régime d'indemnisation, tout en instaurant le principe du guichet unique et le suivi mensuel des chômeurs.

Depuis le , Assedic et ANPE fusionnent pour donner naissance à une nouvelle entité nommée Pôle emploi.

Le régime de l'Assurance chômage est en constant déficit depuis 2009. Pour cette raison, sa dette atteint près de 26 milliards d'euros fin 2015[7].

Le 26 mars 2019, l'Unédic annonce qu'elle attend un retour dans le vert de ses comptes pour 2021. D’après ses prévisions financières, son solde redeviendrait excédentaire en 2021 de 2,3 Mds€ en 2021. Il serait de 4,2 Mds€ en 2022[8].

En avril 2020, le désendettement prévu en 2021 n'est plus d'actualité selon Eric Le Jaouen, qui déclare que « Sans trop s’avancer, nous pouvons être sûrs d’une chose, c’est que nous finirons 2020 beaucoup plus endettés que prévu »[9]. Cette situation découle de l’explosion du chômage partiel et des aides versées pour limiter les conséquences sociales et économiques dues à la pandémie de Covid-19.

Le système de l'assurance chômage[modifier | modifier le code]

Un système paritaire[modifier | modifier le code]

L'assurance chômage est gérée de manière paritaire par les syndicats de salariés et le patronat depuis la création de l'institution. Tous les 3 ans, les partenaires se réunissent pour négocier une nouvelle convention dont l'enjeu principal est de fixer le montant des cotisations sociales dévolues à l'assurance chômage et les conditions d'indemnisation des chômeurs pour les trois années à venir. Cette négociation est encadrée par une lettre que le premier ministre adresse aux partenaires sociaux, comportant les objectifs à atteindre. Une fois la négociation achevée, il revient à l'État d'entériner la convention et de lui donner force de loi (ou à l'occasion, comme en 2000, de demander certaines modifications). Si ces négociations n’aboutissent pas, le gouvernement reprend la main et légifère par décret[10]. En 2019, en l'absence d'un accord établi entre chaque partie, les réformes de l’assurance chômage ont été fixées par décret (décret du 26 juillet 2019).

Financement de l’assurance-chômage[modifier | modifier le code]

Les résultats financiers de l'assurance chômage sont intégrés à ceux de l'État, le régime étant considéré comme faisant partie de son périmètre comptable. Tout emprunt public requis pour financer le régime d'assurance chômage doit faire l'objet d'une garantie de l'État.

Convention tripartite[modifier | modifier le code]

En parallèle, il existe la convention tripartite, réunissant l’Unédic, l’Etat et le Pôle emploi. Celle de 2019-2022 fixe à Pôle emploi quelques objectifs :

  • Pour faciliter le retour à l’emploi, il faut que Pôle emploi réponde de manière plus personnalisée aux besoins de chaque demandeur d’emploi ;
  • Face aux difficultés rencontrées par les entreprises pour recruter, Pôle emploi doit prévenir les demandeurs d’emploi et lutter contre ces difficultés ;
  • Grâce au plan d’investissement dans les compétences (PIC), Pôle emploi doit encourager le développement des compétences des demandeurs d’emploi[11].

Principes généraux de l’assurance chômage[modifier | modifier le code]

Les différents droits au chômage[modifier | modifier le code]

En France, un salarié a droit à l'assurance chômage après un licenciement, une rupture conventionnelle ou une « démission légitime »[12] codifiée par la convention du 14 mai 2014 sur l'indemnisation du chômage.

La démission légitime peut être justifiée par une situation personnelle (par exemple le rapprochement familial), une situation professionnelle (création d’entreprise, suivi de formation, service civique, ré-embauche, CDI en lieu et place d’un CDD...), ou conflictuelle (non-paiement du salaire, acte délictueux au travail...). Il existe également des cas particuliers (cas de conscience pour les journalistes, non-vaccination des enfants pour les assistants maternels...)[13]. Depuis le décret du 26 juillet 2019, les salariés démissionnaires qui ont un projet de reconversion professionnelle peuvent bénéficier de l’ARE (l’aide au retour à l'emploi) sous certaines conditions[14].

Ce paragraphe décrit l’assurance chômage telle qu’elle est prévue par le décret du 26 juillet 2019[14].

Les conditions pour bénéficier de l’allocation d’aide au retour à l’emploi sont les suivantes :

  • être inscrits comme demandeurs d’emploi ou accomplir une action de formation inscrite dans le projet personnalisé d'accès à l’emploi (PPAE) ;
  • être à la recherche effective et permanente d’un emploi ;
  • ne pas avoir atteint l’âge normal de départ à la retraite ;
  • être physiquement aptes à l’exercice d’un emploi ;
  • ne pas avoir quitté volontairement leur dernière activité professionnelle salariée ou une activité professionnelle salariée autre que la dernière, dès lors que depuis le départ volontaire, il ne peut être justifié d’une période d’affiliation de 91 jours ou d’une période de travail d’au moins 455 heures ;
  • résider sur le territoire relevant du champ d’application de l’assurance chômage (territoire métropolitain, départements d’outre-mer et collectivités d’outre-mer de Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Saint-Pierre et Miquelon et La Réunion) ; Un régime spécifique d’assurance chômage s’applique à Mayotte (départementalisation progressive sur 25 ans cf. loi 2010-1487 du 7 décembre 2010).
  • justifier d’une période d’affiliation de 130 jours ou 910 heures dans une période de 24 ou 36 mois selon l’âge du demandeur d’emploi[14].

La durée d’indemnisation ne peut être inférieure à 182 jours, ni excéder 730 jours pour les moins de 53 ans[15]. Toutefois, cette limite est portée à 930 jours pour les personnes âgées entre 53 et 54 ans et à 1095 jours pour les salariés privés d’emploi âgés de 55 ans et plus. Cette durée est fixée par plusieurs paramètres comme la durée d’affiliation.

Évolution de l'indemnisation des chômeurs[modifier | modifier le code]

Depuis sa création, de nombreux changements ont modifié les durées et montants d’indemnisation de l’allocation chômage en France. Jusqu'en 1982, l'indemnisation était générale et représentait 90 % d'un salaire brut moins éloigné du salaire net, car les cotisations étaient moins élevées[5].

La durée maximum d’indemnisation, quelle que soit la durée de cotisation, était en 2013 de deux ans pour les moins de 50 ans et de 3 ans pour les plus de 50 ans, mais ce sont des durées maximales, susceptibles de diminuer lorsque le salarié cotise depuis moins longtemps que la moyenne. « La durée maximale d'indemnisation était de 36 mois pour un smicard devenu chômeur de moins de 50 ans ayant cotisé au moins 14 mois en 1979. Elle est passée à 30 mois en 1984 et à 23 en 2001. » explique le journal Le Monde[4].

En 2019, la durée maximale est de 730 jours, soit 24 mois pour les moins de 50 ans[16].

Évolution des contributions d’assurance chômage[modifier | modifier le code]

L’assurance chômage versée par l’Unédic est assurée par les cotisations des employeurs sur les salaires bruts. Elles représentent 4,05% des salaires bruts[17].

Depuis janvier 2019, les cotisations salariales d'assurance chômage ont été supprimées et remplacées par une fraction de la contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus d’activité[17],[18].

Le principe de calcul de l’allocation[modifier | modifier le code]

L’assurance chômage indemnise en fonction du salaire perdu, mais n’en garantit pas le pourcentage. L'indemnisation est assurée en cas de licenciement ou de rupture conventionnelle et dans certains cas de démissions.

Pour en bénéficier, il faut avoir travaillé au moins 130 jours ou 910 heures dans une période de 24 à 36 mois selon l’âge (depuis le 1er novembre 2019).

Jusqu'en 2014, elle représentait 57,4 % du salaire brut[19], sur la base des 12 derniers mois de salaires et des primes afférentes, pour un salarié de moins de 50 ans qui gagnait plus de 2 042 euros nets par mois en 2013. Si ce même salarié gagnait entre 1 236 et 2 042 euros par mois, l'allocation étaient de 40,4 % du salaire journalier brut + 11,57 euros par jour[19].

Depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle convention d'assurance chômage, le , l'allocation de retour à l'emploi (ARE) représente désormais 57 % du salaire brut[20], en ne pouvant être inférieure à 29,26 € par jour (depuis le 1er juillet 2019).

Pour calculer l’allocation au chômage, Pôle emploi utilise deux formules et retient le résultat le plus élevé :

  • 40,4 % du salaire journalier de référence + 12€ ;
  • ou 57 % du salaire journalier de référence.

Si le résultat est inférieur au montant de l’allocation minimale (29,26 € par jour), Pôle emploi retient ce montant pour l’allocation. Dans tous les cas, l’allocation ne peut pas aller au delà des 75 % du salaire journalier de référence[21].

Actuellement, la durée d’indemnisation est égale à la durée d’affiliation pour l’ouverture du droit.

Suite au décret du 26 juillet 2019 de la réforme de l’assurance chômage, la période d'indemnisation s'étend du 1er jour du premier contrat de travail au dernier jour du dernier contrat de travail dans la période de référence affiliation (24 mois). Les jours travaillés et les jours non travaillés sont donc pris en compte. La mise en application de cette nouvelle règle devait entrer en vigueur le 1er avril 2020. Du fait de la crise du Covid-19, son entrée en vigueur est reportée au 1er septembre 2020[22].

Les aides complémentaires[modifier | modifier le code]

Il existe d’autres aides complémentaires comme l’allocation spécifique de solidarité qui peut être accordée après épuisement des droits à l'indemnisation de l’assurance chômage. Il faut remplir quelques conditions pour être bénéficiaire [23]:

  • être inscrit en tant que demandeur d’emploi ;
  • être apte à travailler ;
  • justifier de plusieurs années d’activité salariée ;
  • avoir des ressources mensuelles ne dépassant pas un certain montant.

Les chiffres de l’assurance chômage en France[modifier | modifier le code]

En 2019, sur 6,3 millions de demandeurs d’emplois, 2,6 millions sont indemnisés, soit un peu moins de 40 %. Le montant moyen des indemnités est d'environ 1000 euros par mois. La moitié des personnes indemnisées – 1,3 million de personnes – reçoivent moins de 860 euros par mois, soit un revenu inférieur au seuil de pauvreté[24]. La réforme de l’assurance chômage, entrée en vigueur en novembre 2019 modifie les conditions pour bénéficier de cette allocation ainsi que de son montant. Entre avril 2020 et mars 2021, l'Unédic estime qu’un allocataire sur deux, parmi les 2,65 millions de personnes qui ont ouvert un droit avec les règles 2017, est concerné par la réforme[25]. En outre, à partir d'avril 2020, le montant moyen des indemnités diminue pour ceux qui alternent entre période de chômage et période d’activité salariée. Ces personnes représentent environ 37 % des allocataires. La baisse des allocations serait en moyenne de 22 %[26].

Conventions et décrets[modifier | modifier le code]

Le régime d'assurance chômage est créé en 1958 au travers de l'Unédic et des Assédic dans un contexte de quasi plein emploi. Pendant une vingtaine d'années, elle n'est en proie à aucune difficulté financière.

À la fin des années 1970, l'Unédic découvre les déficits avec l'augmentation du chômage.

En 2000, dans un contexte d'excédent budgétaire (1,3 milliard d'euros), les partenaires sociaux adoptent la convention du plan d'aide au retour à l'emploi (PARE). Prévoyant un surplus financier de 18 milliards d'euros sur les trois années suivantes selon les modalités de la convention précédente, les partenaires décident de redistribuer cette somme au travers d'une baisse des cotisations patronales et d'un financement de certaines structures d'insertion.

En 2004, a lieu l'affaire des recalculés, à la suite de la modification des droits d'indemnisation de certaines catégories de chômeurs. Certains chômeurs obtiennent le rétablissement de leurs droits pour une période de quelques mois après avoir fait valoir le contrat qu'ils avaient signé avec l'Unédic et cela grâce à l'arrêt rendu par la cour d'appel d'Aix-en-Provence le . Mais la cour de cassation a, par un arrêt du , cassé cette décision de la cour d'appel d'Aix, en rejetant le caractère contractuel du PARE elle réaffirme le caractère conventionnel et légal des dispositifs et modalités du régime d'assurance chômage. C'est afin de lever l'ambiguïté relative à la nature juridique du PARE que la convention d'assurance chômage de 2006 le fait disparaître au profit d'un dispositif similaire : le PPAE.

En 2006, l'assurance chômage indemnise environ quatre demandeurs d'emploi sur dix, dont 48 % des demandeurs d'emplois inscrits en fin de mois à l'ANPE dans les catégories 1 à 3 et 6 à 8[27].

Conventions[modifier | modifier le code]

Conventions
Conventions Points clés
Convention 2017[28] Le calcul de l’allocation prend en compte les jours travaillés par semaine civile

Les conditions sont identiques pour l’ensemble des demandeurs

Encourager les seniors à se former[29]

Convention 2014[30] Rechargement des droits : plus une personne travaille, plus elle accumule des droits[31]
Convention 2011[32] Aide différentielle de reclassement versée aux demandeurs d’emplois de 50 ans et plus

Aide spécifique au reclassement pour les personnes ayant un projet de reprise ou de création d'entreprise[32]

Convention 2009[33] Le cumul d'une allocation avec une rémunération est autorisé dans certaines conditions[33]

Décret 2019 réformant l’assurance chômage[modifier | modifier le code]

Le [34], le Premier ministre, Édouard Philippe, et la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, présentent leur réforme de l’assurance chômage. Suite à l’échec des négociations entre les partenaires sociaux en janvier 2019, le gouvernement a mené la réforme seul, sans concertation avec les syndicats de salariés et le patronat.

Les principales mesures[34] de la réforme sont :

  • Les changements de règles de calcul de l’indemnisation du chômage : la formule de calcul du salaire journalier de référence (SJR) change, ce qui impacte, dans certains cas, le montant de l'allocation journalière ;
  • Les conditions d’accès à l’assurance chômage : il faudra avoir travaillé 6 mois (contre 4 mois) sur les 24 derniers mois (contre 28 mois) pour percevoir une allocation de retour à l’emploi ;
  • Le rechargement des droits à l’indemnisation chômage est repoussé à 6 mois (contre 1 mois avant la réforme) ;
  • La mise en place d’un bonus-malus pour limiter le recours abusif aux contrats-courts entre en vigueur en 2021. Cette mesure est limitée aux entreprises des 7 secteurs d’activité qui  recourent le plus fréquemment aux contrats courts. Les entreprises de moins de 11 salariés ne sont pas concernées.

Cette réforme en elle-même, ainsi que plusieurs déclarations[35],[36] de Muriel Pénicaud et les chiffres qu'elle avance pour la justifier font l'objet de vives critiques[35]. Les syndicats dénoncent "une réforme drastique[37]" qui entraîne "un recul majeur pour les demandeurs d'emploi". Ils estiment que Muriel Pénicaud minimise l'impact de la réforme (600 à 700 000 personnes affectées par la réforme selon Muriel Pénicaud, chiffre contesté par les syndicats qui s'appuient notamment sur un document de travail de l'Unédic qui évoque un impact pour 1,2million[38],[39] de personnes).

Muriel Pénicaud affirme par ailleurs que 20%[37] des allocataires de l'Assurance chômage touchent une allocation chômage plus élevée que la moyenne des revenus touchés en travaillant. Une étude de l'Unédic rapporte un chiffre bien inférieur (4%).

Selon l’association Agir ensemble contre le chômage : « Derrière toutes ces réformes, il y a des conséquences humaines très graves. Les gens ne peuvent plus payer leur loyer, ni leur facture d’énergie. Encore moins manger. On va bientôt pouvoir travailler un jour par mois et ne plus être considéré comme chômeur. Les gens n’arriveront pas à vivre »[40].

Équilibre financier de l'assurance chômage[modifier | modifier le code]

Recettes[modifier | modifier le code]

L’assurance chômage en France est principalement financée par les cotisations sociales et depuis 2018 par une partie de la CSG[17]. Son budget est en déficit de 2 milliards en 2019, un excédent est prévu des 2021 principalement dû à la réforme de 2019[41], grâce à une économie envisagée de plus de 3 milliards d’euros[42]. D’après les prévisions de l’Unédic, son solde deviendrait excédentaire de 2,3 Mds€ en 2021 avant de passer à plus de 4,2 Mds€ l’année suivante[8]. La dette atteindrait son maximum fin 2020 (38,4 Mds€) puis diminuerait en 2021 pour atteindre un montant de 31,9 Mds€ fin 2022[8].

Situation financière[modifier | modifier le code]

La situation financière de l'Assurance chômage est conditionnée au premier chef par l'évolution du chômage en France:

  • À sa création, l'Unédic n'indemnise que 24 000 chômeurs ;
  • Jusqu'en 1968, le nombre d'allocataires reste sous la barre des 100 000, pour atteindre 200 000 en 1974 ;
  • Puis d'un million de chômeurs en janvier 1976, on passe à deux millions à l'automne 1981 ;
  • Entre 1980 et 1981, les dépenses d'indemnisation passent de 33 à 54 milliards de francs.

Pour assurer le financement du système, les partenaires sociaux décident de différentes mesures, parfois en faisant appel à l'aide de l'État.

En 2000, après deux années dans le rouge, l'Unédic dégage un excédent budgétaire de 1,3 milliard d'euros. En 2001, l'excédent est divisé par cinq. En 2002, l'Unédic présente un déficit de plus de 3 milliards d'euros. En 2005, le déficit s'élève à 3,192 milliards d'euros, légèrement inférieur aux 3,339 milliards prévus.

Fin 2005, le déficit cumulé du régime Unédic d'assurance chômage atteint 13,452 milliards d'euros. Pour y faire face, l'Unédic emprunte, le coût de ce financement est de l'ordre de 1 million d'euros par jour en 2005.

En 2006, la Cour des comptes souligne que la part de l'État dans ces déficits a atteint 5,7 milliards d'euros de 2001 à 2004, au titre de diverses interventions de l'État à l'égard du régime d'assurance chômage[43].

Situation financière (millions d'euros)
Année Recettes Dépenses Résultat annuel Situation financière au 31/12
1985 7 614 7 829 - 0,214 xxx
1986 8 753 8 350 + 0,403 xxx
1987 9 195 9 248 - 0,054 xxx
1988 10 295 10 059 + 0,237 xxx
1989 11 601 10 858 + 0,743 xxx
1990 12 703 12 153 + 0,550 xxx
1991 13 108 14 340 - 1,231 xxx
1992 14 764 16 984 - 2,310 xxx
1993 17 829 19 169 1,341 xxx
1994 20 268 18 942 + 1,326 xxx
1995 20 936 17 521 + 3,415 xxx
1996 20 462 18 892 + 1,570 xxx
1997 19 629 19 957 - 0,328 xxx
1998 20 549 20 867 - 0,318 xxx
1999 21 332 21 748 - 0,416 xxx
2000 22 776 21 444 + 1,332 +2.965
2001 22 723 22 476 + 0,247 +2.144
2002 22 559 26 279 - 3,720 -1.554
2003 25 784 30 067 - 4,282 -5.836
2004 26 732 31 152 - 4,420 -10.260
2005 27 695 30 887 - 3,192 -13.452
2006 29 394 29 050 + 0.344 -13.108
2007 30 301 27 313 + 3 519 - 9 589
2008 30 522 25 925 + 4 598 - 4 992
2009 31 482 30 310 - 1 172 - 5 589
2010 34 158 31 188 - 2 970 - 8 571
2011 31 855 33 419 - 1 565 - 11 026
2012 32 466 35 193 - 2 727 - 13 791
2013 33 233 37 230 - 3 997 - 17 588
2014 34 519 37 851 - 3 700 - 21 300
2015 34 924 38 771 - 4 165 - 24 900
2016 35 536 39 406 - 4 203 - 29 800
2017 36 596 39 671 - 3 444 - 33 500
2018 37 834 40 105 - 2 658 - 35 500


Corrélation entre le taux de chômage et le déficit de l'assurance chômage[modifier | modifier le code]

Lorsque le chômage diminue, la diminution des indemnités versées - alors que cotisations augmentent - améliore la situation financière de l'assurance chômage. La relation inverse joue lorsque le chômage augmente.

Cet effet quasi mécanique sur le financement de l'Assurance chômage est accentué par le fait que le financement est exclusivement assuré par des cotisations assises sur la masse salariale et payées par les entreprises et les salariés. Depuis le début des années 1980, la persistance du chômage en France à un taux élevé explique le déficit récurrent du régime d'Assurance chômage. 2 chiffres clés pour l'année 2005 :

  • 45 % des allocataires touchent entre 860€ et 1750€ net par mois ;
  • 72 % est le taux moyen de remplacement (rapport entre l’allocation nette perçue et le salaire net perdu)[24].

Comparaisons européennes[modifier | modifier le code]

Le système de l’assurance au chômage n’est pas le même d’un pays à l’autre en Europe.

  • L’indemnisation du chômage : en France, l’indemnisation du chômage est accessible aux personnes ayant travaillé au moins six mois durant les deux ans précédant la fin du dernier contrat de travail. En Allemagne et au Royaume-Uni, il faut un an d’activité sur les deux dernières années[44] ;
  • L’incitation à la reprise d’emploi : elle diffère en fonction des différents pays. Une personne qui refuse une offre d'emploi voit son aide supprimée au Royaume-Uni et réduite en Allemagne. En France, son aide est maintenue[44] ;
  • La durée maximale de l’allocation : elle est de deux ans pour les moins de 53 ans en France, d’un an en Allemagne et de six mois au Royaume-Uni[44] ;
  • Situation familiale : le revenu de l’assurance chômage est lié à la situation familiale en Allemagne et au Royaume-Uni (aide plus élevée pour les personnes en couple et/ou avec des enfants à charge), ce qui n’est pas le cas en France[44].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Christine Daniel et Carole Tuchszirer, L'État face aux chômeurs : l'indemnisation du chômage de 1884 à nos jours, Paris, Flammarion, , 394 p. (ISBN 978-2-08-212522-2, notice BnF no FRBNF36974735)
  2. Robert Salais, Jean Luciani, « Matériaux pour la naissance d'une institution : l'Office du travail (1890-1900) », Genèses, vol. 2, no 2,‎ , p. 83-108
  3. En 1958, la Sécurité sociale n'est pas encore gérée paritairement, contrairement au régime d'assurance chômage qui s'apprête à être mis en place.
  4. a et b « Assurance-chômage : l'éternelle "dernière" réforme », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 6 décembre 2005).
  5. a et b "La paupérisation des Français", par Denis Clerc, page 14 [1]
  6. Alternatives Économiques, numéro 205, septembre 2006, page 57
  7. « La France est trop généreuse avec ses chômeurs, dénonce la Cour des Comptes », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
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  9. Propos recueillis par Aline GÉRARD, « ENTRETIEN. « L’Unédic est au rendez-vous pour absorber le choc » », sur Ouest-France.fr, (consulté le 27 avril 2020)
  10. « Commission des affaires sociales : compte rendu de la semaine du 8 juillet 2019 », sur www.senat.fr (consulté le 16 avril 2020)
  11. « Convention tripartite État-Unédic-Pôle emploi 2019-2022 | Unedic.fr », sur www.unedic.org (consulté le 16 avril 2020)
  12. « Toucher des indemnités chômages en cas de démission : Dans quels cas? », Allocation Chômage,‎ (lire en ligne, consulté le 29 novembre 2016)
  13. « Démission | Unedic.fr », sur www.unedic.org (consulté le 17 avril 2020)
  14. a b et c L'Unédic, « Règlement d’assurance chômage du 26 juillet 2019 issu du décret n° 2019-797 », sur unedic.org, (consulté le 17 avril 2020)
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  27. Calculs de la Dares d'après les données de l'Unédic : Profil des demandeurs d’emploi selon leur statut au regard de l’indemnisation, en 2006, 19 décembre 2008.
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  36. « Assurance-chômage: Retour sur trois approximations du gouvernement », sur www.20minutes.fr (consulté le 21 août 2019)
  37. a et b « Est-il vrai qu'un chômeur sur cinq touche plus au chômage qu'en travaillant ? », sur Libération.fr, (consulté le 21 août 2019)
  38. Mathilde Goanec et Dan Israel, « La réforme de l’assurance-chômage pénalisera un chômeur indemnisé sur deux », sur Mediapart (consulté le 21 août 2019)
  39. « France : 1,2 million de chômeurs affectés par la réforme de l'Unédic », sur Investir (consulté le 21 août 2019)
  40. Nolwenn Weiler, « Vacances aux Bahamas, chômage mieux rémunéré que le travail : des agents Pôle emploi répondent aux clichés », sur Bastamag,
  41. Retour aux excédents en 2021
  42. rapport de la cour des comptes, page 71
  43. voir la page 100 du rapport de mars 2006 de la Cour des comptes.
  44. a b c et d Direction générale du Trésor, « [INFOGRAPHIE] - Système d'allocations chômage en Europe : le système français est-il vraiment avantageux ? », sur Direction générale du Trésor, (consulté le 22 avril 2020)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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