Andreï Zviaguintsev

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Andreï Zviaguintsev
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Andreï Zviaguintsev au festival de cinéma Premiers Plans d'Angers, en janvier 2016 (photo : Raphaël Bodin).
Nom de naissance Andreï Petrovitch Zviaguintsev
Naissance (53 ans)
Novossibirsk, Russie
Nationalité Drapeau de la Russie Russe
Profession Réalisateur
Films notables Le Retour
Le Bannissement
Elena
Léviathan
Faute d'amour

Andreï Petrovitch Zviaguintsev (en russe : Андрей Петрович Звягинцев) est un cinéaste russe né le à Novossibirsk.

Biographie[modifier | modifier le code]

D'abord acteur, il a étudié à l'institut de théâtre de Novossibirsk avec Lev Belov jusqu'en 1984, puis travaille à Moscou avec Evgueni Lazarev à l'Académie russe des arts du théâtre (GITIS). Dans les années 1990, il obtient des rôles secondaires dans des productions télévisées ainsi qu'au cinéma. Sa première expérience de metteur en scène s'effectue en 2000, lorsqu'il réalise 3 nouvelles (Boussido, Obscure et Le Choix) pour la série Black Room de la chaîne REN-TV.

Il se révèle au grand public dès son premier long-métrage Le Retour, récompensé par le Lion d'or de la Mostra de Venise 2003, qui obtient un grand succès international[1].

Avec Le Bannissement, il accède à la sélection officielle du Festival de Cannes 2007 où son comédien Konstantin Lavronenko, déjà présent dans Le Retour, obtient le Prix d'interprétation masculine[2]. Son drame Elena est récompensé par le Prix spécial du jury de la section Un certain regard au 64e Festival de Cannes[3].

Il revient en compétition officielle à Cannes en 2014 avec Leviathan qui reçoit le Prix du scénario[4]. Le même film remporte le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère lors de la 72e cérémonie des Golden Globes[5].

En 2015 il est président du jury du 18e Festival international du film de Shanghai.

En janvier 2016, il est l'objet d'une rétrospective spéciale à l'occasion du festival de cinéma Premiers plans d'Angers au cours de laquelle ses quatre longs-métrages sont projetés[6].

Lors du Festival de Cannes 2017 son film Faute d'amour remporte le prix du jury[7].

Filiation tarkovskienne ?[modifier | modifier le code]

La majorité des critiques français a détecté et mis en avant, dès la sortie du premier film de Zviaguintsev ( Le Retour), en 2003, l'influence majeure jouée par Andrei Tarkovski sur l'œuvre du cinéaste. Marion Poirson-Dechonne, maître de conférence à l'Université Paul-Valéry-Montpellier analyse cette filiation tarkovskienne dans l'ouvrage collectif Cinéma russe contemporain, (r)évolutions[8].

De prime abord qu'est-ce qui rapproche les deux réalisateurs se demande M Poirson-Dechonne ? Zviaguintsev filme peu la ville et préfère comme Tarkovski magnifier la nature, les lacs, les îles, les paysages sauvages[9]. Comme lui, il dépeint des personnages fragiles : les deux fils dans Le Retour, les enfants d' Elena, le fils Roma qui perd sa mère dans Leviathan. Les films de ces deux réalisateurs sont exempts de légèreté, toujours lourds de signification. Leurs intentions peuvent-elles pour autant coïncider? Les films de Tarkovski prennent place dans l'Union Soviétique en se démarquant du réalisme socialiste, comme ceux de Nikita Mikhalkov et de quelques autres. Le cinéma de Zviaguintsev, par contre, se situe dans la Fédération de Russie, un regroupement d'États soumis à tension entre idéologie politique et libéralisme économique. Par ailleurs les deux auteurs sont encensés en Occident et critiqués dans leur propre pays[10].

Références bibliques

Comme ceux de Tarkovski, les films de Zviaguintsev font de multiples références aux textes de la Bible et au sacré : la perspective du corps du père dans Le Retour, semblable à celle de La Lamentation sur le Christ mort de Andrea Mantegna; la dimension temporelle du Banissement qui rappelle la Genèse en s'inscrivant jour après jour de manière implacable dans une seule semaine ; la pluie incessante dans ce même film qui rappelle le Déluge. Le film Léviathan reprend lui ouvertement le motif biblique du Livre de Job (chapitre 3:8, 40:25, 41:1), des Psaumes (74:14, 104:26) et d'Isaïe (27-1) : un monstre marin en conflit avec Dieu. La mâchoire des engins de chantiers qui viennent dévorer la maison de Kolia est le symbole de ce monstre marin de la Bible. Aux chapitres 38 à 42 du Livre de Job, Dieu répond aux questions de Job qu'il partage le monde avec de nombreuses créatures puissantes et remarquables, parmi lesquelles Béhémoth et le Léviathan, chacune ayant sa vie et ses besoins, auxquels Dieu doit pourvoir[11].

Longs plans-séquences, couleurs, son

Comme son prédécesseur Zviaguinsev aime les longs plans-séquences. Il les tourne hors des lieux trop connus pour échapper aux stéréotypes. Le Banissement est tourné en partie en Moldavie, en France, en Belgique. Léviathan est tourné en grande partie sur la presqu'île de Kola. Les films se passant davantage en intérieur comme Eléna ou Faute d'amour sont tout autant d'une grande beauté plastique grâce au travail sur le cadre et la couleur et aux plans tableaux extrêmement lents qui captivent le spectateur. Comme chez Tarkovski l'écriture est contemplation. Le silence lui-même est au service de cette contemplation[12].

Dans plusieurs films de Zviaguintsev, la musique est de Philip Glass précurseur en matière de musique minimaliste[13].

Le mystère

Marion Poirson-Dechonne retrouve chez Zviaguintsev le rôle fondamental du mystère omniprésent dans le cinéma de Tarkovski. Le récit procède par métaphores, énigmes, paraboles, lacunes et non-dits. Dans le premier film, Le Retour le silence occupe une place importante. Les deux garçons parlent peu. Dans Le Banissement, les lacunes du récit sont multiples. Pourquoi Véra ne veut pas l'enfant qui devrait naître ? Quelle est l'explication exacte du secret qui entoure sa grossesse ? Dans Elena comment Vladimir s'est-il enrichi ? La mort des personnages vient clore les éclaircissements qu'ils auraient pu apporter. L'écriture de Zviaguintsev repose sur l'ellipse, le mystère. Ce mystère a aussi un sens religieux et fait partie de la théologie chrétienne, souligne M.Poirson-Dechonne. Dans Leviathan, le spectateur n'a droit aussi qu'à des demi-vérités. Les paysages hivernaux magnifiques ne sont toutefois pas les seules réponses qu'il reçoive : le discours de l'évêque qui ne repose que sur des mensonges vient l'aider à décrypter la falsification du réel. L'indicible et le fatum ineffable prédominent et se substituent à la parole. Ne subsiste que la musique de Philip Glass et la photographie de la mer de Barents du chef opérateur Mikhaïl Kritchman. Cela n'empêche pas le réalisateur de faire passer son message dénonçant la réalité sociale et politique en Russie, car son regard est moins empreint de spiritualité que celui de Tarkovski. Ce dernier présentait de telles critiques de manière plus métaphoriques[14].

Lac Imandra, péninsule de Kola , près d'Apatity un des lieux de tournage de Leviathan
Spiritualité

L'univers des films de Zviaguintsev est sombre et ne laisse pas de place à l'espérance. Les personnages sont désespérés et aucun acte de foi ne vient les sauver. Les éléments comme l'eau et le feu n'ont pas de fonction purificatrice comme chez Tarkovski[15]. Même le traitement de la nature semble vidé de signification spirituelle contrairement à celui de Tarkovski. A l'opposé de Tarkovski encore, l'utilisation des icônes est critique chez Zviaguintsev et perd toute vocation spirituelle parce que celles-ci sont associées au pouvoir matériel et politique. Les maximes des Béatitudes telles que « Heureux les pauvres d'esprit » ou «Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés », ne trouvent pas d'écho chez Zviaguintsev comme elles en trouvaient chez Tarkovski. Ni non plus les paroles de Saint-Paul dans la Deuxième épître aux Corinthiens (12-10) dont le film de Tarkovksi Stalker semblait faire écho dans un de ses monologues : « C'est pourquoi je me plais dans la faiblesse, dans les outrages , dans les privations, dans les persécutions, dans les angoisses, pour Christ ; en effet quand je suis faible, c'est alors que je suis fort ». [16].

Rêve et mémoire

La mémoire et le passé nourrissent l'existence spirituelle des personnages de Tarkovski. Chez Zviaguintsev le rêve est absent, la mémoire également. Seules quelques photos sont là plutôt pour évoquer la difficulté de suture entre passé et présent. Dans Le Retour, les enfants tentent de faire coïncider l'image actuelle de leur père avec une ancienne photographie. Cette scène souligne le décalage entre passé et présent. Dans Elena les photos rendent présente la famille absente de l'appartement de Vladimir. Pour M. Poirson-Dechonne c'est peut-être dans l' absence de rêve et de mémoire et dans la liaison difficile entre passé et présent chez Zviaguintsev que réside la véritable rupture entre les deux cinéastes[17].

Iconoclasme de Zviagintsev

Contrairement au traitement spiritualiste des images chez Tarkovski, leur utilisation par Zviaguintsev est critique. Elles sont contaminées chez lui par la propriété, le pouvoir matériel. Les images religieuses sont ainsi récupérées et privées de leur signification spirituelle[18].

Vision plus personnelle

Les deux premiers films de Zviaguintsev le faisaient apparaître comme un héritier de Tarkovksi ( Le Retour et Le Banissement ). Les derniers ( Elena, Leviathan, Faute d'amour) le montrent s'orientant vers une vision plus personnelle de son art. Il fait un tableau sans concession de la société russe actuelle, mais les temps ont changé depuis la mort de Tarkovski en 1989. La religion revient en force en Russie, associée cette fois au pouvoir, alliée à lui comme à l'époque des Tsars. Dans Leviathan on en voit une face fort sombre auquel Zviaguintsev s'attaque avec véhémence[19].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Azoury, « Lion d'or à Venise, un premier long métrage ahurissant du Russe Andreï Zviaguintsev », sur liberation.fr, (consulté le 15 septembre 2016)
  2. « Cannes : la Palme d'or a été décernée au Roumain Cristian Mungiu », sur Le Monde, (consulté le 30 septembre 2017).
  3. Thomas Sotinel, « "Je voulais raconter l'effondrement d'une âme" », sur lemonde.fr, (consulté le 15 septembre 2016)
  4. Mathilde Bergon, « Le film Léviathan primé à Cannes déjà vendu dans 40 pays », sur Le Figaro, (consulté le 30 septembre 2017).
  5. Marie-Noëlle Tranchant Julia Beyer, « Leviathan, le monstre du cinéma aux Golden Globes », sur Le Figaro, (consulté le 30 septembre 2017).
  6. [1] Page consacrée à Andreï Zviaguintsev sur le site de Premiers Plans.
  7. « Cannes 2017 : un palmarès en forme d’œuvre d’art », sur Le Monde, (consulté le 23 septembre 2017).
  8. Eugénie Zvonkine et collectif, Cinéma russe contemporain, (r)évolutions, Presses universitaires du Septentrion, , 185 p. (ISBN 978 2 7574 1799-7)
  9. Cinéma russe p.181.
  10. Cinéma russe p.182.
  11. Job a-t-il jamais eu la moindre expérience du monde dans lequel il vit ? Comprend-il ce que signifie être responsable d'un tel monde ? Au chapitre final 42, Job admet qu'il ne le comprend pas, et demande à Dieu de lui pardonner. Une des scènes finales de Faute d'amour représente le fils Roma qui a perdu sa mère et dont le père est condamné injustement pour le meurtre de celle-ci : il est seul sur la plage a côté du squelette d'une baleine. Comme si tout s'était passé pour que le monstre disparaisse de par la volonté de Dieu
  12. Cinéma russe p.184.
  13. dans le film Elena et dans Faute d'amour. Mikhaïl Kritchman est le chef opérateur,directeur de la photographie de tous les films de Zviaguintsev
  14. Cinéma russe p.186.
  15. Cinéma russe p.193.
  16. La Sainte Bible, nouvelle version Segond, Paris 1978, 2 Corinthiens 12-10
  17. Cinéma russe p.195.
  18. Cinéma russe p.198-199.
  19. Cinéma russe p.200.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Cinéma

Télévision

Récompenses[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]