La Lamentation sur le Christ mort (Mantegna)
| Artiste | |
|---|---|
| Date | |
| Type | |
| Technique |
tempera à la colle sur toile |
| Dimensions (H × L) |
68 × 81 cm |
| Format |
66 × 81 cm |
| Mouvements | |
| No d’inventaire |
352 |
| Localisation |
La Lamentation sur le Christ mort[1] est un tableau des années 1470-1474 du peintre de la Renaissance Andrea Mantegna, conservé aujourd'hui à la pinacothèque de Brera, à Milan.
Historique
[modifier | modifier le code]La Lamentation sur le Christ mort est un tableau en tempera à la colle sur toile de 68 × 81 cm, trouvé par Ludovico Mantegna qui mentionne un « Christ peint en raccourci » parmi les travaux laissés par son père, apparemment une œuvre sans commanditaire. Il put ainsi être exposé à la tête de son catafalque quand il est mort. Acquis ensuite par le cardinal Sigismondo Gonzaga, il est entré à la pinacothèque de Brera en 1824.
Thème
[modifier | modifier le code]Ce thème de l'iconographie de la peinture chrétienne, appelé aussi Déploration du Christ, montre le Christ mort, allongé et les personnages le pleurant, à savoir, ici, sa mère Marie de Nazareth, Marie-Madeleine et l'apôtre Jean.
Composition
[modifier | modifier le code]Personnages
[modifier | modifier le code]La composition du tableau est d’une très grande sobriété. Dans un cadrage resserré, seuls sont visibles le Christ et les trois personnes qui lui sont le plus proches.
Le Christ, allongé sur la pierre du sépulcre (un lit de marbre), est placé de face dans une perspective centrale depuis les pieds vers sa tête, (de pierre ?). Un vase (ou une lampe, une fiole d'onguent, ...) est visible aussi à droite du tableau, à la hauteur de la tête sur la pierre.
Les personnages pleurant (un fort rictus est visible sur leurs faces) sont placés dans la partie gauche extrême du tableau, ne laissant apparaître qu'une partie de leur visage, (ou l'inverse, les détails des visages étant trop minimes pour les distinguer).
Objets
[modifier | modifier le code]Trois objets seulement figurent sur la toile : un coussin, une auréole et une boite d’onguents[2].
Le coussin
[modifier | modifier le code]Le coussin rouge, placé derrière la tête du Christ, la maintient relevée au dessus du torse.
L'auréole
[modifier | modifier le code]L’auréole est traitée en transparence, elle n’a pas, selon l'usage dans l’art médiéval, été remplie à la feuille d’or. Ainsi, elle apparaît puis disparaît entre les cheveux et le coussin sans que cela apparaisse de visu[3].
La boite d’onguents
[modifier | modifier le code]Les évangiles y font référence de manière différente.
Analyse
[modifier | modifier le code]L’audace de ce tableau a été de représenter une vue « en raccourci du Christ », c'est-à dire en perspective[4].
Cette mise en scène perspective permet au peintre de projeter dans un seul regard, les principaux stigmates dus aux clous de la crucifixion du Christ sur les pieds et les mains.
On devinera, en sachant sa position, la trace également du coup de lance au flanc[réf. nécessaire].
Le talent de Mantegna, dans toutes les représentations architecturales et sa maîtrise du marbre chiqueté[5], s'exprime ici par le marbre froid de la morgue, le drapé couvrant le mort, et même dans l'oreiller rose satiné, voire les veinures rouge du marbre pour le sang du Christ versé.
Le Christ semble seul dans la mort, les vivants repoussés en bord du cadre, pleurant les douleurs de sa Passion. C'est un accent clair sur l'humanité du Christ, fils de l'Homme, une figure sans symbolisme appuyé (malgré tout, la tête du Christ est auréolée - très légèrement visible).
Postérité
[modifier | modifier le code]La photographie de Che Guevara mort[6], sur une civière, sur le sol, prise par le photographe de l’agence UPI Freddy Alborta dans la buanderie de l’hôpital de Vallegrande n'est pas sans rappeler le Christ mort de Mantegna, la prise de vue étant faite depuis les pieds dans une même construction perspective (moins exagérée), le buste nu, les pieds et les mains visibles.
Le tableau fait partie du musée imaginaire de l'historien français Paul Veyne, qui le décrit dans son ouvrage justement intitulé Mon musée imaginaire[7].
Hommage
[modifier | modifier le code]Le peintre Pablo Picasso y fait référence en bas au centre de son tableau L'enlèvement des Sabines, peint entre le 4 et le 8 novembre 1962, en pleine crise des missiles de Cuba[8].[réf. nécessaire]
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Appelé souvent aussi, et simplement Le Christ mort, mais c'est faire l'impasse sur la présence de ses proches, se lamentant sur sa mort d'une façon évidente.
- ↑ « Le « Christ mort » de Mantegna à Mantoue et « l’Annonciation » de Léonard au Japon », La tribune de l’art, Paris,
- ↑ Gérard LEGRAND, L’art de la renaissance, Paris, Larousse,
- ↑ Yves BONNEFOY et Niny GARAVAGLIA, Tout l’œuvre peint de Mantegna, Paris, Flammarion,
- ↑ Imitation en peinture des veines et du grain du marbre
- ↑ Araucaria, « RETOUR SUR LA « PASSION » DU CHE », sur Araucaria, jeudi, octobre 11, 2007 (consulté le )
- ↑ Paul Veyne, Mon musée imaginaire, ou les chefs-d'œuvre de la peinture italienne, Paris, Albin Michel, , 504 p. (ISBN 9782226208194), p. 148-149.
- ↑ « Pablo Picasso – L'enlèvement des Sabines : 04 novembre 1962 - 08 novembre 1962 », sur Centre Pompidou (consulté le ).
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Joséphine Le Foll, L'atelier de Mantegna, Paris, Hazan/Louvre, coll. « L'atelier du peintre », , 143 p. (ISBN 978-2-7541-0305-3).
- (it) Alberta De Nicolò Salmazo (trad. de l'italien), Mantegna, Milan, Gallimard Electa, 1996, traduit de l'italien par francis moulinat et lorenzo pericolo (1997), coll. maîtres de l'art, 168 p. (ISBN 978-2-07-015047-2 et 2-07-015047-X)
Liens externes
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- Ressources relatives aux beaux-arts :