Élections municipales du 30 juillet 1871 à Paris

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Arthur Ranc. Républicain élu au conseil municipal en juillet 1871, il doit s'exiler en 1873 après avoir été condamné par le Conseil de guerre qui l'accuse d'avoir participé à la Commune.

Les élections municipales à Paris de juillet 1871 sont les troisièmes élections de conseillers municipaux en neuf mois à Paris. Elles succèdent en effet aux élections du 26 mars 1871, qui ont amené la proclamation de la Commune, elle-même écrasée en mai 1871, et aux élections du 5 novembre 1870. De plus, les Parisiens avaient également été sollicités quelques semaines avant pour les élections législatives du 2 juillet. Seuls les maires d'arrondissement, qui siègent au conseil municipal de Paris, sont élus, conformément à la loi du 14 avril 1871 promulguée par le gouvernement d'Adolphe Thiers et qui prive Paris d'un maire.

La campagne électorale[modifier | modifier le code]

Caricature d'Édouard Lockroy, républicain radical élu au conseil municipal, parue dans Le Trombinoscope de Touchatout en 1874.

Le premier tour a lieu le et le second le 30 juillet. Les règles sont fixées par la loi du 14 avril 1871, promulguée par le gouvernement d'Adolphe Thiers, et qui exclut la fonction de maire de Paris, laquelle ne sera rétablie qu'en 1977. Les listes sont ouvertes aux citoyens français de plus de 21 ans, résidant depuis au moins un an dans la capitale. De nombreuses personnes sont ainsi radiées des listes.

La campagne voit s'affronter trois listes, qui présentent parfois plusieurs candidatures dans le même quartier, ainsi que certains candidats indépendants (Édouard Jacques, Harrault, « républicain municipal » qui se présente contre Antoine Révillon, etc.) :

Ces deux dernières listes, républicaines, veulent donner un rôle politique à Paris à l'échelle nationale, ambition qui va de pair avec la fondation de la République, sans toutefois invoquer l'autonomie communale. Cette attitude est par exemple incarnée par Clemenceau, élu à Clignancourt dans le XVIIIe, ou l'ancien préfet Louis Combes. Le Comité de la rue Turbigo proclame ainsi : « C'est seulement dans le triomphe des institutions républicaines que Paris voit la sauvegarde de ses franchises municipales. » Les républicains radicaux évoquent également l'instruction publique et la laïcité.

Au contraire, l'Union parisienne de la presse, composée de notables qui s'expriment par exemple dans Paris-Journal, et fortement opposée à la Commune, veut cantonner le conseil municipal de Paris à la simple fonction d'administration de la ville, lui déniant tout rôle politique sur la scène nationale. Ainsi, dans la Revue des deux Mondes, le philosophe et politique Émile Beaussire s'indigne de la volonté de politiser les municipales.

L'UPP comprend un courant mixte, royaliste et bonapartistes, ainsi qu'un courant de centre-droit, plus libéral et plus ou moins rallié à la République. Parmi les bonapartistes, le notaire Alfred Prestat ; l'ex-adjoint du IXe Léon Ohnet ; Heret ou Hellot, membres de la commission municipale créée par Haussmann ; Victor Gavrel, maire du XIVe sous le Second Empire, etc. Parmi les libéraux-républicains, Trélat (élu au Panthéon), Chevallier, Callon, Raynal... Au sein des soutiens de l'UPP, Villemesant, fondateur du Figaro, mène la charge contre les républicains et le gouvernement d'Adolphe Thiers.

L'UPP, qui obtient en moyenne environ 40 % des voix au premier tour et, en tout, 42 élus sur 80, est implantée en particulier dans les Ier, IIe, VIe, VIIe, VIIIe, IXe, Xe et XVIe arrondissement soit dans des quartiers bourgeois, avec l'élection des monarchistes Louis Binder, Riant, Louis Watel, Félix Dehaynin.

Les républicains, eux, ont obtenu 49 % des suffrages exprimés, soit 26 % des inscrits, étant implantés particulièrement à l'est, dans une partie du centre, et au sud de Paris.

Élection du président du conseil municipal[modifier | modifier le code]

Le nouveau conseil municipal, composé officiellement de 80 membres (78 en raison de la triple élection de Jules Mottu), pour la plupart républicains (Clemenceau, Édouard Lockroy, Allain-Targé, Arthur Ranc, Jules Mottu, Bonvalet, Louis Combes, Adam...), tient sa première séance le , sur convocation du préfet de la Seine Léon Say, au Palais du Luxembourg, l'Hôtel de Ville ayant été incendié pendant la Commune. L'ex-maire du IVe arrondissement sous le gouvernement de la Défense nationale, Joseph Vautrain, qui incarne l'aile républicaine voulant toutefois se cantonner à l'administration de la ville, est alors élu président du conseil municipal à 69 voix sur 70 votants, une voix s'étant portée sur Clemenceau.

À l'élection législative partielle de janvier 1872, Vautrain représente l'aile républicaine libérale, soutenant le gouvernement d'Adolphe Thiers, contre la tendance plus radicale incarnée par Victor Hugo. Le président du conseil municipal s'oppose alors à la mise en place de l'instruction publique laïque ainsi qu'à l'amnistie des Communards, cheval de bataille de Clemenceau. Élu, Vautrain cumule alors les fonctions de député de la Seine, conseiller municipal du IVe arrondissement et président du conseil municipal de Paris, poste auquel il est inlassablement reconduit (en mai puis octobre 1872, en février puis mai 1873, enfin, après les municipales de 1874, en février puis mai 1874) jusqu'à l'élection de son rival, Clemenceau.

Composition du conseil municipal[modifier | modifier le code]

Élus de l'UPP[modifier | modifier le code]

Le groupe UPP n'est pas vraiment homogène, puisqu'il regroupe aussi bien des monarchistes et des bonapartistes que des libéraux-républicains de centre-droit.

  • Bernard
  • Beudant
  • Louis Binder (monarchiste)
  • Bouruet-Aubertot
  • Bouvry
  • Bréton-Hachette
  • Callon
  • Chevallier
  • Paul Christofle
  • A. Dehaynin
  • Félix Dehaynin (monarchiste)
  • Depaul
  • Delzant
  • Dubief
  • Férot
  • Frémyn
  • Gavrel
  • Joubert
  • Lavocat
  • Leclerc
  • Leleux
  • Loiseau
  • Louvet
  • Mallet
  • Meunier
  • Ohnet
  • Paymal
  • Perrin
  • Piat
  • Prestat
  • Pretet
  • Puteaux
  • Raynal
  • Riant
  • Rondelet
  • Saglier
  • Thomas
  • Thorel
  • Topart
  • Tranchant
  • Ulysse Trélat (élu au Panthéon, quarante-huitard, républicain libéral)
  • Louis Watel (monarchiste)

Républicains modérés[modifier | modifier le code]

Ces sept élus républicains modérés, reconnus par le Comité de la rue Turbigo, seront rejoints après les élections par plusieurs autres élus, l'axe modéré s'agrandissant ainsi.

Républicains radicaux[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

  • Yvan Combeau, Paris et les élections municipales sous la Troisième République : la scène capitale dans la vie politique franc̦çaise, éd. L'Harmattan, 1998, (ISBN 9782738463074)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]