Théodora (femme de Justinien)

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Théodora

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Théodora représentée sur une mosaïque de la Basilique Saint-Vital de Ravenne.

Titre

Impératrice byzantine

5 août 527 — 28 juin 548

Prédécesseur Euphemia
Successeur Sophia
Biographie
Naissance vers 500
Chypre
Décès 28 juin 548
Constantinople
Sépulture Église des Saints-Apôtres
Père Acacius
Mère Théodora (?)
Conjoints Justinien
Enfants Aucun
Religion Christianisme

Théodora (en grec Θεοδώρα, vers 500 - 548) est une impératrice de l'empire byzantin, femme de Justinien. D'humble origine, elle est semble-t-il la fille d'Acacius, dresseur d'ours et belluaire attaché à l'hippodrome de Constantinople. Avant de devenir la maîtresse du futur empereur Justinien, elle est, selon Procope de Césarée, danseuse et courtisane.

Historiographie[modifier | modifier le code]

Les principales sources historiques sur la vie de Théodora sont les œuvres de son contemporain Procope de Césarée, secrétaire du général de Bélisaire. L'historien offre trois représentations contradictoires de l'impératrice. Son premier ouvrage historique, intitulé Histoires ou Discours sur les Guerres, dresse le portrait d'une impératrice courageuse et des plus influentes. Son deuxième ouvrage Sur les monuments loue la beauté de l'impératrice et est un panégyrique qui décrit Justinien et Théodora comme un couple pieux. Son troisième ouvrage l'« Histoire Secrète », probablement une publication posthume, révèle un auteur qui est devenu profondément déçu par le couple impérial et même par son maître Bélisaire. Justinien est dépeint comme cruel, vénal, prodigue et incompétent. Procope rappelle que Théodora est une parvenue et va jusqu'à l'appeler « cette ruine publique de l'espèce humaine »[1].

Son contemporain Jean d'Éphèse écrit sur Théodora dans les Vies des bienheureux orientaux et mentionne qu'elle a une fille illégitime avant d'épouser Justinien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née vers 500 à Constantinople, en Paphlagonie ou sur l'île de Chypre selon les auteurs, elle devient vite orpheline de son père, Acacius laissant sans ressources sa mère et ses deux sœurs Comito et Anastasie. La veuve n'hésite pas à envoyer ses filles dans l'hippodrome de Constantinople supplier la foule de les aider, à en faire des danseuses nues et des courtisanes[2]. Théodora devient notamment la maîtresse d'un haut fonctionnaire syrien, Hecebolus[3]

Vie politique[modifier | modifier le code]

Comprenant que sa beauté seule ne suffira à son ascension sociale, elle apprend à lire et écrire et acquiert une culture philosophique à Alexandrie avant de retourner à Constantinople. Elle y rencontre Macedonia, une danseuse devenue voyante qui a dans ses relations Justinien dont elle est un informateur. C'est ainsi que Théodora devient la maîtresse du futur empereur[4]. Pour épouser Théodora, de 17 ans sa cadette, Justinien obtient de son oncle l'empereur Justin Ier l'abrogation d'une loi qui interdisait à un sénateur de se marier avec une courtisane.

Mariée en 523 à Justinien, alors magister militum praesentalis, elle revêt la pourpre en même temps que lui en 527 dans la basilique Sainte-Sophie, ce qui l'associe pleinement à l'Empire et fait d'elle une impératrice pleine et entière. Elle conseille souvent Justinien, en particulier dans le domaine religieux, et sauve la situation en janvier 532 lors de la sédition Nika par une attitude courageuse et énergique - qui tranche avec celle de Justinien - préférant « mourir dans la pourpre » que de céder face à la populace. Avec l'aide de Narsès et de Bélisaire, la sédition est écrasée.

Sa vie privée, une fois sur le trône, est irréprochable, bien que Procope dans son Histoire secrète fasse de Théodora une véritable érotomane. Cependant, les exagérations de Procope, si tant est que l'Histoire secrète soit réellement de lui, sont certainement à mettre sur le compte d'une opposition politique à une femme qui, selon une rumeur probablement exagérée, gouvernait son mari et par là-même tout l'empire. Attaquer une femme sur sa vertu est un moyen commode de la discréditer.

En réalité, cette ancienne courtisane fait prendre à Justinien des mesures énergiques contre les propriétaires de maisons de tolérance, dépense de fortes sommes pour aider les prostituées, rachetant certaines d'entre elles et fonde une maison pour pécheresses repenties.

Théodora est moins heureuse dans le choix de ses favoris et certaines de ses interventions sont pour le moins maladroites. Ainsi, après avoir couvert les débordements d'Antonine, la femme de Bélisaire, elle se brouille avec elle et fait rappeler Bélisaire d'Italie à un moment critique. Elle privilégie les hommes qui lui sont dévoués même s'ils sont incompétents.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Dans le domaine religieux, alors que Justinien penche pour l'orthodoxie et un rapprochement avec Rome, Théodora reste toute sa vie favorable aux monophysites et réussit à infléchir, du moins jusqu'à sa mort, la politique impériale.

Théodora meurt en 548, 17 ans avant Justinien, d'une maladie dont les symptômes ressemblent à ceux d'un cancer du sein. Son corps fut enterré dans l'église des Saints-Apôtres à Constantinople.

Postérité[modifier | modifier le code]

Sarah Bernhardt dans le rôle de Théodora, en 1884.

Avec son mari, elle est une sainte de l'Église orthodoxe, commémorée le 14 novembre.

Au théâtre, Victorien Sardou crée en 1884 un drame en cinq actes, Théodora. Lors de la création de la pièce, l'impératrice est jouée par Sarah Bernhardt.

Plusieurs films relatent la vie de Théodora dès l'époque du cinéma muet. En 1921, le cinéaste italien Leopoldo Carlucci réalise un Théodora (Teodora), film muet en noir et blanc. Riccardo Freda consacre un film en 1952 : Théodora, impératrice de Byzance avec Gianna Maria Canale dans le rôle de Théodora et Georges Marchal dans celui de Justinien.

En littérature, Michel de Grèce a écrit un roman sur sa vie : Le palais des larmes. La princesse Bibesco a écrit un roman sur sa jeunesse :Théodora, le cadeau de Dieu (1953). Guy Rachet, archéologue et historien, à écrit un roman sur l'ascension de Théodora au trône de Byzance intitulé Théodora (1984).

Jean d'Ormesson écrit une Histoire du Juif Errant en 1990, dans laquelle le héros rencontre Théodora à l'occasion de la sédition Niké et lui conseille de se battre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Haechler, Les Insoumises : 18 portraits de femmes exceptionnelles, de l'Antiquité à nos jours, Nouveau Monde éditions,‎ 2007, p. 121
  2. (en) Edward Gibbon, The History of the Decline and Fall of the Roman Empire, Volume 4, Cosimo Inc,‎ 2008, p. 212
  3. (en) Robert Browning, Justinian and Theodora, Gorgias Press LLC,‎ 2003, p. 39
  4. (en) James Allan Evans, he Empress Theodora. Partner of Justinian, University of Texas Press,‎ 2003, p. 17

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]