Amalasonte

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Amalasonte
Amalasonte
Amalasonte
Titre
régente du roi des Ostrogoths
526534
reine des Ostrogoths
534535
Biographie
Titre complet reine des Ostrogoths
Dynastie Amales
Francs
Date de naissance vers 495
Lieu de naissance Ravenne
Date de décès 535
Lieu de décès Bolsena
Nature du décès assassinat
Père Théodoric le Grand roi des Ostrogoths
Mère Audoflède
Conjoint Eutharic
Théodat roi des Ostrogoths
Enfant(s) Athalaric roi des Ostrogoths
Mathesuentha reine des Ostrogoths
Religion arianisme

Amalasonte (ou Amalasonthe, Amalasunthe, Amalaswintha ; en gotique : Amalaswinþa), (née v. 495-500 à Ravenne[1] et morte assassinée en 535 à Bolsena) est une reine ostrogothique, fille de Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths, de la dynastie des Amales et de la princesse franque païenne[2], Audoflède, sœur de Clovis, roi des Francs.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'île Martana où Amalasonte fut recluse et exécutée.

Amalasonte, élevée dans l'arianisme, la religion de son père, est une princesse culitvée qui parle, en plus du gotique, le latin et le grec. Elle épouse le prince amale Eutharic, un lointain cousin destiné à succéder à Théodoric, sans postérité mâle. Ce prince meurt quelques années plus tard, laissant un jeune fils prénommé Athalaric, que Théodoric désigne comme son héritier.

De la difficulté d'être femme et régente[modifier | modifier le code]

Amalasonte, jeune veuve depuis 522/523, gouverne le royaume pour son fils Athalaric, alors âgé de 4 ans, après la mort de son père Théodoric en 526[3].

Dès l'accession de son fils au trône, elle envoie une ambassade à l’empereur d'orient pour solliciter la reconduction des pouvoirs accordés à Théodoric, elle rend la Septimanie à son neveu Amalaric, elle rend aux enfants de Boèce et Symmaque les biens confisqués par son père[4].

Elle avait hérité du talent diplomatique de son père et se rendit compte que le moyen le plus économique de prévenir une invasion de l'Italie par l'armée byzantine était d'entretenir avec l'empereur des relations cordiales. Elle entretient de nombreuses ambassades avec les royaumes voisins et elle fait une politique de compromis en n'intervenant pas dans les conflits voisins, se contentant parfois de soutenir les fuyards, comme sa nièce Amalaberge après l’assassinat de son mari Hermanfred en la recevant à Ravenne[5].

Sa position de femme dans un monde de rois barbares rend sa situation inconfortable car elle ne peut diriger l'armée. Elle adopte une attitude effacée en apparence, laissant la place visible à son fils et agissant plutôt dans la discrétion de sa condition féminine. Les Goths lui reprochent la façon dont elle élève son fils; dans la culture romaine, la débauche et sans punition corporelle[6]; elle désapprouve mais ne le montre pas car sans alibi masculin, elle ne peut régner[7].

Pour la conseiller, elle prend pour ministre le savant Cassiodore, s'entoure surtout de Romains.

Un mariage dangereux[modifier | modifier le code]

Théodat alors préfet de Toscane, ne cesse de chercher à agrandir ses possessions de façon illégale dans le royaume. Amalasonte, au courant de ses débordements, le fait venir à Ravenne et l'oblige à rendre les territoires injustement conquis. Théodat, pour se venger, se rapproche des émissaires de l'empereur d’Orient et leur propose de leur livrer la Toscane contre une somme d'argent, une place au Sénat et une retraite à Constantinople.

Le jeune roi Athalaric meurt prématurément en 534, et pour conserver le pouvoir, elle doit partager le trône avec Théodat, son cousin, seul descendant direct mâle de la dynastie sacrée des Amales, qui devient son époux. Elle espère pouvoir continuer à régner à ses côtés, mais c'est sans compter le désir de vengeance de l'ancien préfet de Toscane.

L'année suivante, après avoir renvoyé ses ministres, Théodat fait courir le bruit qu'Amalasonte est responsable de la mort suspecte de sa mère Audoflède à la fin d'un repas. Il chasse sa femme de Ravenne, la confinant dans la forteresse d'une île du lac de Bolsena en 535. Théodat l'oblige à écrire une lettre décrivant les bons traitements qu'elle reçoit dans sa prison à destination de l'empereur Justinien qui reproche son arrestation à Théodat. Justinien envoie une ambassade à Théodat dans le but de faire libérer la reine mais il arrive trop tard à Ravenne. Amalasonte est étranglée dans son bain par ses ennemis avec l'accord de Théodat[8] avant son arrivée[9].

Le détonateur des guerres gothiques[modifier | modifier le code]

Cet assassinat sert de prétexte au général byzantin Bélisaire, au service de l'empereur Justinien, pour intervenir en Italie et se mêler des affaires ostrogothiques, provoquant ainsi les guerres gothiques qui dévastèrent la péninsule durant plus de vingt ans.

De leur côté, les princes francs, cousins d’Amalasonte, exigent réparation. Théodat leur offre de payer une amende (wergeld) de 50 000 sous, ce qui provoque la division entre les frères sur la manière de partager cet or[10].

L'astéroïde 650 Amalasuntha porte son nom.

Amalasonthe dans les arts[modifier | modifier le code]

Amalswentha est un personnage secondaire du roman uchronique de science-fiction De peur que les ténèbres de Lyon Sprague de Camp en 1939.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le mariage entre Théodoric le Grand et Audoflède a lieu après la prise de Ravenne sur Odoacre (493), probablement en 494. Amalasonte naît vers 495.
  2. En 493/494, Clovis et sa famille ne sont pas encore convertis au christianisme.
  3. dans son livre Civilisations occidentale, Tome 1. De l'Antiquité au seizième siècle
  4. André Chastagnol, La fin du monde antique, Nouvelles Éditions Latines, Paris, 1976, p. 59.
  5. selon Cassiodore, Var., IX, I, 7, diversis nationibus.
  6. Dictionnaire historique, ou histoire abrégée des hommes qui se sont fait un nom par le génie, les talents, les vertus, les erreurs : depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours... François Xavier de Feller - 1 janvier 1819 Méquignon - Éditeur, p. 60
  7. De Galla Placidia à Amalasonthe, des femmes dans la diplomatie romano-barbare en Occident?, Audrey Becker-Piriou Publié dans Revue historique 2008/3 (n° 647) PUF
  8. Histoire du Bas-Empire... Charles Le Beau Saint-Martin Brosset (Marie-Félicité, M.) - 1 janvier 1834 impr. F. Didot - Éditeur, p. 435.
  9. « Histoire des Francs, Volume 1, par Ch. Ignace de Peyronnet. »
  10. Bruno Dumézil, « L’ascension des Francs en Gaule au VIe siècle et leur prise de possession de la Provence », in Jean Guyon, Marc Heijmans (directeurs de publication), L’Antiquité tardive en Provence (IVe-VIe siècle) : naissance d’une chrétienté, coédition Arles : Actes Sud Éditions/Venelles : Aux sources chrétiennes de la Provence, 2013 ; 28 cm ; 223 p. (ISBN 978-2-330-01646-3), p. 165

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jordanès, Getica ;
  • Michel Rouche, Clovis, Paris, Éditions Fayard,‎ 1996 (ISBN 2-2135-9632-8) ;
  • Henry Bradley, The Story of the Goths, New York, 1891 ;
  • F. Roy Willis, Civilisation Occidentale. Tome 1. De l'Antiquité au seizième siècle, Montréal, Guérin éditeur, (Quatrième édition), 1992, pages 201 à 213.