Érotomanie

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Portrait d'une érotomane de vingt deux ans hospitalisée en 1843[1].

L’érotomanie ou syndrome de Clérambault est la conviction délirante d'être aimé. Loin de l'obsession d'un amour non partagé, c'est une forme de psychose paranoïaque de la catégorie des délires passionnels où la haine de l'autre[2] est, par un renversement des positions subjectives, déguisée en « conviction illusoire d'être aimé »[° 1].

Le patient érotomane est persuadé qu'un « admirateur anonyme » lui déclare son affection, souvent par le biais de télépathie, de messages secrets, de regards, de messages dans les médias. Le plus souvent l'objet de cette érotomanie est quelqu'un d'un statut à quelques égards supérieur, une personnalité prestigieuse par exemple, qui ne connaît pas l'érotomane qui lui prête de tels sentiments imaginaires et ne sait même pas qu'il en est l'objet jusqu'à ce que la maladie, ce qui n'arrive pas toujours, vire au harcèlement. Habituellement, le patient lui retourne en effet cette « affection » qu'il lui suppose en lui écrivant, en lui téléphonant et en lui faisant des cadeaux. Même quand ses avances sont rejetées par la personne qui fait l'objet de son délire, personne qu'il n'aime pas toujours[2] mais dont il est certain d'être aimé, le sujet souffrant de cette maladie, à cause de cette certitude, ne peut pas comprendre le refus qui lui est opposé. Il imagine en retour que son objet d'« amour » use d'un stratagème pour cacher cet amour interdit au reste du monde[3]. De là, le délire peut dégénérer jusqu'à une forme de jalousie revendicatrice et au crime passionnel.

Évolution de la nosographie[modifier | modifier le code]

Le terme d'érotomanie est une invention savante du XVIIIe pour désigner tant une lubricité pathologique qu'une mélancolie associées à une passion amoureuse excessive. La théorie aristotélicienne de la folie héritée, entre autres, d'Avicenne, associait en effet celle ci à la mélancolie et à la notion platonicienne d'ὕϐρις. Le néologisme classe alors ce qui est conçu comme un amour déraisonnable parmi les manies. C'est en ce sens de lubricité excessive qu'il faut lire le mot quand il figure dans des textes anciens.

Par la suite, le mot d'érotomanie, « paranoïa érotique » ou « illusions auto-érotiques », change profondément de sens au cours de plusieurs phases historiques[4] :

  • période classique au début du XVIIIe siècle : pathologie générale causée par un amour non réciproque ;
  • du début du XVIIIe siècle au début du XIXe siècle : pratique d'un amour physique excessif, aujourd'hui on parlerait plutôt d'hypersexualité ;
  • du début du XIXe siècle au début du XXe siècle : amour sans retour comme forme de maladie mentale ;
  • du début du XXe siècle à maintenant : croyance délirante d'être aimé par quelqu'un d'autre.

Au début du XXe siècle, le psychiatre Gaëtan Gatian de Clérambault[ψ 1], caractérise l'érotomanie par la forme de son délire, une conviction surgie brusquement dans une émotion intense et non l'élaboration paralogique typique de la paranoïa. Il la classe aux côtés de la jalousie délirante et des différentes variantes du délire de revendication, dans ce qui s'appelle depuis les délires passionnels[5], par opposition aux délires interprétatifs et aux délires sensitifs.

Si la nosographie américaine inclut également mais indistinctement l'érotomanie dans les paranoïas[6], elle renomme celles ci schizophrénies paranoïdes.

Histoire de la clinique[modifier | modifier le code]

Une maladie de mœurs en rupture avec le naturalisme aristotélicien (XIe)[modifier | modifier le code]

Ni Hippocrate ni Galien[P 1], pour lesquels toute maladie traduit un dysfonctionnement organique ou une dysharmonie entre le corps et la nature dans laquelle l'homme grec s'inscrit[ψ 2], n'évoquent de pathologie purement psychique[7] et c'est Avicenne qui le premier, autour de l'an 1000, complète le corpus médical par le concept de « maladie d'amour », qui sera dès lors connue sous le terme mal transcrit de l'arabe d'« ilisci »[8].

À la fin du XIIIe siècle, revenant à l'association faite par Aristote entre folie et génie[ψ 3], le médecin catalan de l'université de Montpellier Arnaud de Villeneuve rapporte la tradition de qualifier, par jeu de mot entre ἔρως et ἥρως[9], la « maladie d'amour » d' « amour héroïque »[ψ 4], c'est-à-dire de maladie aristocratique[P 2] comme celles dont ont souffert Ajax et Héraclès[9]. Il en décrit des symptômes, insomnie, anorexie, pleurs, pâleur[ψ 5], à l'origine d'une « alienatio »[P 2]. Il la comprend comme une obsession née d'une altération du jugement et d'une construction imaginaire fondée sur la sensualité[P 2]. Il la caractérise par la véhémence[ψ 6] et reprend le traitement proposé par Avicenne[P 2].

À la suite d'Arnaud de Villeneuve, son contemporain Bernard de Gordon incrimine l'oisiveté de ces aristocrates malades d'amour[P 3], abondant dans le sens d'un traitement comportemental et moralisateur[ψ 7]. C'est ce que plus d'un siècle plus tard fera à son tour, dans un esprit de pénitence, le médecin Michel Savonarole fustigeant l'« amor nobilis » par lequel les aristocrates s'abaissent aux galanteries vulgaires[° 2].

La « mélancolie érotique » conçue comme un amour excessif d'étiologie organique (XVIIe)[modifier | modifier le code]

C'est en reprenant la conception aristotélicienne de la folie comme une mélancolie, c'est-à-dire un excès d' « humeur noire », qu'au début du XVIIe le médecin du duc de Chevreuse, Jacques Ferrand, définit la « maladie d'amour » comme une « mélancolie érotique »[ψ 8]. Celle ci relève, selon cet humaniste, non de la sorcellerie et de l'Inquisition mais de la médecine[P 4]. Il propose à la place du bûcher un traitement comportemental en dix étapes allant de la distraction à la chasse et à la pêche jusqu'au libertinage et au mariage forcés en passant par les discours moralisateurs, voire l'alcoolisation[P 5].

Parallèlement, dès 1621, Robert Burton, reprenant la terminologie d'Arnaud de Villeneuve, fait lui aussi appel à l'étiologie aristotélicienne dans son chapitre sur l' « Heroical love »[ψ 9] : « La partie affectée chez les hommes est le foie et [l'amour] est ainsi appelé héroïque parce que d'habitude ce sont les hommes galants, les gentilhsommes et les esprits les plus généreux qui en sont pris. »[° 3] En 1622, le cas d'érotomanie décrit sous le nom de « Heros »[P 6] au siècle précédent par Antonio Ponce de Santa Cruz (es), le « médecin des fous » de l'hospice de Valladolid que fréquentait Cervantès entre 1551 et 1555 et dont celui ci, lui-même fils de chirurgien, s'est plus que librement[P 7] inspiré pour plusieurs personnages du Don Quichote[P 6], est publié parmi d'autres sous le titre abusif de mélancolie[ψ 10].

Au milieu du XVIIIe, l'érotomanie reste expliquée par une congestion utérine qui entrainerait une excitation sexuelle et, par contre coup, une langueur mélancolique, la « fièvre érotique »[ψ 11].

La notion devient moins floue dès 1815 quand Étienne Esquirol repère le caractère essentiel de l'érotomanie dans un délire, délire qui a pour objet un être aimé[ψ 12]. Le caractère délirant se traduit par le fait que le patient n'est pas aimé en retour. Cette caractérisation de l'érotomanie par une formation intellectuelle et imaginaire que la réalité vient contredire, conduit le théoricien des monomanies à la distinguer définitivement des pathologies de la sensualité que sont la nymphomanie et le satyriasis[ψ 13]. Toutefois, la confusion avec l'excès de sensualité et avec l'hystérie perdurera chez nombre de praticiens tel Isaac Baker Brown (en), et, comme l'ovariectomie, voire l'hystérectomie, que dénonçait déjà Jean-Martin Charcot[10], l'excision restera aux États-Unis pratiquée comme un traitement de l'érotomanie jusque dans les années soixante[11].

Le renversement de la clinique clérambaldienne (XXe)[modifier | modifier le code]

En 1911, Sigmund Freud théorise, à partir du cas du Président Schreber, l'érotomanie comme une déclinaison, aux côtés des autres formes de paranoïas, de la fixation du développement psychique au stade narcissique et du rejet (Verwerfung) de l'homosexualité propre à ce stade[ψ 14].

C'est toutefois au psychiatre Gaëtan Gatian de Clérambault qu'il appartient, au même moment, d'établir la clinique de l'érotomanie. Il bénéficie pour cela de l'observation du grand échantillon que lui offre la direction de l'Infirmerie Spéciale des Aliénés où la Préfecture de police de Paris conduit pour expertise tous les criminels et auteurs de voies de faits dont les motifs paraissent délirants. Il comprend en 1913[ψ 15] que le délire se développe à partir d'une idée initiale de même nature que celle qu'on observe dans les autres paranoïas, comme celle des revendicateurs, des inventeurs délirants ou des mégalomanes, une idée qui porte non sur l'objet du délire mais sur l'idée que le patient se forme de lui-même et son attribution subjective à un autre que lui-même. L'érotomane n'est pas perdu d'amour pour quelqu'un d'autre mais est convaincu d'être aimé. Il ne s'agit pas d'un excès qui dérive en délire à force d'être contredit par la réalité mais d'une formation délirante initiale.

Ce n'est qu'après la guerre, en 1921, que Clérambault décrit en détail l'érotomanie comme un délire systématisé se développant toujours en trois phases[ψ 1]. Les querelles nosologiques avec Maurice Dide et Joseph Capgras, sur la prééminence dans l'érotomanie du délire passionnel ou de l'idéalisme passionné, sur la spécificité du délire d'interprétation, s'alimentent de la vanité des uns et des autres. L'analyse complète et les nuances apportées aux observations sont précisées dans une série d'articles rassemblés huit ans après le suicide du médecin légiste[12].

En 1932, Jacques Lacan consacre la deuxième partie de sa thèse de médecine à l'étude d'une érotomane[ψ 16]. Le « cas Aimée », une femme érotomane du Prince de Galles qui voyait en ce prétendant le sauveur légitime de la France face au bolchevisme et qui avait agressé au couteau une actrice de théâtre pour laquelle elle nourrissait une jalousie délirante, permet à l'interne de Clérambault de fonder la théorie des psychoses sur la « personnalité »[A 1] et de révoquer les théories organicistes. Sa thèse autour de ce cas d'érotomanie marque l'autonomisation de la psychiatrie de la neurologie et signe la reconnaissance de la psychanalyse par la Faculté, du moins comme traitement possible de la psychose.

Symptômes[modifier | modifier le code]

Postulat paranoïaque[modifier | modifier le code]

Il ne faut pas confondre l'érotomanie et une personnalité histrionique. Dans cette dernière, les idées amoureuses s’étendent à tous les objets qui ont un rapport avec elles ; tandis que pour le délire érotomane, ces idées portent le caractère de la monomanie, c’est-à-dire qu’elles sont fixes et déterminées sur un seul objet à la fois.

L'érotomanie est l'une des formes que peut prendre le délire paranoïaque. Elle en possède les caractéristiques : les faits qui viennent contredire la conviction délirante initiale sont réinterprétés dans le sens de celle ci en inventant autant dé faits explicatifs que nécessaire, aussi peu plausibles soient ils. « Le malade interprète des faits de façon erronée par exemple, "Le présentateur du journal télévisé a remis son nœud de cravate pendant qu'il parlait, c'est un signe qu'il m'adresse" – mais très élaborée et logique[13]. » Il n'y a pas non plus de critique, c'est-à-dire que le patient a une certitude absolue en son délire, il est persuadé de la véracité de sa conviction.

Cette conviction dont le patient ne peut se défaire, est le point du diagnostic différentiel, en particulier de l'hystérie ainsi que, par son objet, des autres formes de paranoïas. Clérambault la nomme « postulat »[14], soulignant par ce terme emprunté à la logique la parfaite rigueur de raisonnement dont fait preuve le patient atteint de « folie raisonnante ».

Il se peut qu'avec l'évolution, le délire s’élargisse et devienne plus généralisé.

Érotomanie pure[modifier | modifier le code]

L'érotomanie peut être isolée, sans autres symptômes que son délire issu du psotulat. On parle alors d'érotomanie pure, ou primaire. Dans ce cas, l'illusion d'être aimé surgit d'emblée dans un moment de passion intense[15], le « coup de foudre »[° 4]. Le délire est purement passionnel. Il se développe sans hallucinations[16], sinon peut être lors du déclenchement de la maladie[2].

Pour cette raison, le tableau clinique est alors très différent de celui d'une psychose hallucinatoire chronique et ressemble, comparativement, pour ainsi dire à une paranoïa bénigne[° 5], voire asymptomatique. L'érotomanie pure peut effectivement passée inaperçue tant qu'il n'y a pas de passage à l'acte. Toutefois, elle présente bien les symptômes de la personnalité paranoïaque telle qu'elle a été définie par son inventeur Marcel Montassut[ψ 17], mais de façon attenuée[A 2] :

L'érotomanie est une grave maladie mentale avec un trait de caractère durable : elle peut durer des années[17], et la plupart des cas décrits dans la littérature médicale sont ceux de toute une vie construite autour du délire, qui, dans le cas de l'érotomanie pure, se maintient sans évolution, mais qui le plus souvent, avant que les traitements neuroleptiques ne soient inventés, s'achevait dans la vésanie.

Érotomanie mixte[modifier | modifier le code]

L'érotomanie peut être associée à d'autres éléments délirants au cours d'une psychose paranoïaque chronique, voire d'une schizophrénie. Elle n'est dans ces cas qu'un thème qui vient nourrir le délire produit par une autre forme de psychose. On parle alors d'érotomanie secondaire.

Dans ces cas, l'illusion d'être aimé procède d'une construction intellectuelle élaborée au décours de la maladie en des termes plus ou moins stables. Il n'y a pas de coup de foudre et la personne prise pour objet du délire est souvent choisie non pas au cours d'une rencontre fortuite mais par des déductions délirantes, par exemple des calculs astrologiques, ou une hallucination auditive[15]. L'aspect imaginaire domine le délire[15]. Souvent, plusieurs personnes font successivement l'objet du délire[15]. Dans le cas d'érotomanie secondaire, l'érotomane est rarement érotomane de la même personne tout le temps. On observe des hallucinations[16].

Dans un échantillon d'érotomanes poursuivies pour harcèlement, une sur quatre présente une érotomanie pure, 75 % une érotomanie mixte[17]. Dans une autre étude sur une échantillon de 49 cas, la proportion s'inverse, et les érotomanies mixtes ne sont plus que 19 %[18].

Clinique[modifier | modifier le code]

Forme typique : espoir, dépit, rancune[modifier | modifier le code]

Dans cette forme, l'érotomanie est un état passionnel qui se rencontre le plus souvent chez une femme ou jeune femme célibataire. L’objet de l'érotomane est donc généralement un homme dont le statut social est plus élevé : une personne dont le métier montre une certaine sollicitude, professeur, avocat ou médecin[19], un personnage public souvent vu, acteur, homme de spectacle, artiste, écrivain, politique, présentateur de télévision, parfois un prêtre[20], voire le Pape[21] ou un chef d'état.

La maladie se déroule à partir d'une conviction en trois phases[ψ 1], qui constituent le délire.

  • Postulat : l'érotomane est d'abord persuadée que c'est l'autre[2] « qui l'aime en secret », que c'est l'autre qui, le premier[15], fait des avances, mais qu'il n'ose pas ou ne peut pas se déclarer ou encore qu'il fait tout pour dissimuler son amour.
  • Phase d'espoir : la plus longue, où le malade espère que l'être aimé va se déclarer ouvertement. Le patient fait preuve d'optimisme. Il reste dans cette phase tant que son espoir n'est pas déçu[22], ce qui peut durer toute vie, par exemple si l'érotomane est marié à l'objet de son délire.
  • Phase de dépit : la personne malade tombe le plus souvent dans la dépression, elle s'isole ; elle peut devenir agressive ou suicidaire.
  • Phase de rancune : l'agressivité se tourne vers la personne aimée et peut mener au meurtre. Pour le malade, « il est naturel de détruire l'objet de son amour puisqu'il l'a déjà détruit. »

Initiative attribuée[modifier | modifier le code]

L'érotomanie s'inscrit dans une temporalité. Le postulat est non seulement la conviction d'être aimé mais aussi celle de l'avoir été en premier[15] avant même d'y avoir répondu : pour l'érotomane, même quand il est amoureux de l'autre, c'est cet autre qui a initié la relation amoureuse. Ce point, qui n'est pas toujours facile d'éclaircir, permet de faire le diagnostic différentiel avec une hystérie qui se manifeste par du harcèlement ou une paranoïa qui se traduit par des idées de persécution : toute thématique amoureuse dans la paranoïa ne signe pas l'érotomanie.

Platonisme ou folie de l'amour chaste[modifier | modifier le code]

Le choix comme objet du délire, à un certain moment de la maladie, d'une personne jouissant d'une certaine reconnaissance sociale permet au patient de tenir cet objet à distance, dans une position où l'amour ne se concrétise pas, mais au contraire où cet amour se maintient par l'imagination dans une forme délirante, voire silencieuse. Ce que désire en premier l'érotomane, c'est la « non réalisation sexuelle »[A 4]. Comme pour tout « psychotique, une relation amoureuse est possible qui l'abolit comme sujet (...) Mais cet amour est aussi un amour mort. »[° 6].

Ce platonisme permet à l'érotomane, dans sa logique délirante, de donner plus de force à sa prétention d'être aimé. L'affirmation d'être aimé d'un personnage haut placé lui paraîtra en effet d'autant moins contestable que la reconnaissance sociale dont celui-ci jouit donne plus de force à son opinion. Parallèlement, les obligations corollaires de cette reconnaissance sociale permet au patient d'expliquer les obstacles dressés par la société contre l'amour qu'il revendique.

Le platonisme de l'érotomane ou « folie de l'amour chaste »[ψ 19] n'est pas nécessairement exempt d'autoérotisme ni de sensations voluptueuses proches des phénomènes de corps ou prosectisme du schizophrène. Au contraire l'autoérotisme y est une façon d'éviter la sexualité[23], ce qui fait dire à Benjamin Ball, sans doute avec l'exagération propre à un chef de service confronté aux problèmes de promiscuité, que « le mot érotomanie est synonyme de masturbation »[° 7].

Variations contextuelles[modifier | modifier le code]

Les symptômes peuvent s'analyser non seulement selon la pathologie sous-jacente mais aussi selon le contexte.

  • Habituellement hétérosexuelle, quoique la question sexuelle reste secondaire et que le rejet (Verwerfung) de l'homosexualité est fondamentale, l'érotomanie peut-être également homosexuelle.
  • L'érotomanie est plus rare chez l'homme. Le rapport femme érotomane/homme érotomane est de 3/1[24].
  • S'il est classiquement célibataire, le sujet atteint peut, plus rarement, vivre en couple, et même trouver son équilibre dans le mariage avec l'objet de son délire.
  • L'érotomanie peut être mystique[25].

Dans ce dernier cas, le patient est convaincu d'être aimé de Dieu en personne par élection, à l'instar du Président Schreber mais d'une façon moins patente. Souvent nourrie par le catéchisme, la prière, le mysticisme et parfois la vie monastique à l'insu des instances ecclésiastiques, cette conviction illustre un tableau clinique proche du syndrome de Kretschmer.

Etiologie[modifier | modifier le code]

Comorbidité et singularité[modifier | modifier le code]

L'érotomanie ne préserve pas d'autres pathologies : un cas d'érotomanie apparu quatre ans après une rupture d’anévrisme cérébral (artère basilaire) avec saignement sous-arachnoïdien a été décrit [3]. De tels cas interroge l'univocité de l'étiologie, plus encore dans les cas d'érotomanie mixte.

Dans tous les cas, l'érotomanie s'analyse dans la singularité du sujet et de l'histoire personnelle du patient.

Le rejet de l'homosexualité primaire « Ce n'est pas moi qui l'aime, c'est lui qui m'aime. »[modifier | modifier le code]

On a posé comme hypothèse que la carence affective durant l'enfance pourrait être un facteur de risque d'érotomanie[réf. nécessaire]. Les plus exposés à cette maladie auraient un tempérament nerveux, une imagination vive, ardente, dominée par l’amour-propre, l’attrait des plaisirs, l’inoccupation, la lecture des romans[réf. nécessaire].

L'évitement de la sexualité et du corps concret de l'autre propre au platonisme érotomanaique conduit Sigmund Freud, dans sa célèbre grammaire de la paranoïa[ψ 20] , à donner pour étiologie une fixation précoce[A 7] au « stade du narcisme »[F 1] et à rédéfinir l'érotomanie comme une des formes possibles, aux côtés des autres formes de paranoïa[ψ 14], de la négation de l'homosexualité[F 2]. L'érotomane, ne disposant pas du mécanisme pour refouler[F 3] son homosexualité, « rejette » celle ci sur l'autre (« Verwerfung »), si bien que pour lui la négation de « je l'aime », au sens homosexuel de « j'aime mon identique », se traduit par un double déplacement de l'objet et de sujet. Dans le cas d'une érotomanie masculine, la négation de l'objet « ce n'est pas lui que j'aime » se traduit par « c'est elle que j'aime ». La négation du sujet dans cette dernière phrase, « c'est elle que j'aime », se traduit par « c'est elle qui m'aime »[F 4], ce qui est le postulat.

Déclenchements des passages à l'acte par autopunition[modifier | modifier le code]

L'étiologie de l'érotomanie est l'objet de la thèse de doctorat de l'ex interne de Clérambault, Jacques Lacan[ψ 16].

Celui ci souligne que l'objet aimé platoniquement, dépourvu de corps concret, est réduit à son rôle de signifiant pur[26], c'est à dire qu'il ne sert pas à désigner une personne mais seulement au déploiement de la logique du délire[27], . A cause de cette absence concrète au monde de son objet, la maladie peut rester silencieuse durant des années[A 8] : « Là où la parole est absente, là est l'Éros du psychosé »[° 8]. Ce n'est que tardivement, par la recherche d'une délivrance de son délire involué, que l'érotomane adresse des mots à son objet et par « auto punition » qu'il ou elle passe à l'acte[A 9]. C'est soi même que frappent ses outrages et attentats[A 10].

Traitements[modifier | modifier le code]

L'érotomanie est une maladie rare. Elle est très longue et délicate à traiter. Une fois que le patient a été reçu en consultation psychiatrique, et en fonction du degré de son trouble, le traitement peut aller des mesures les plus légères (consultations régulières) aux plus lourdes : hospitalisation sous contrainte, avec sortie progressive très encadrée sous traitement psychotrope. Pour soigner le patient, celui-ci devrait accepter d’abandonner son idée de départ. Or, pour lui, la frontière entre conviction et délire est très mince. L’amour fantasmé représente pour lui comme un mécanisme de survie.

Le traitement est donc essentiellement médicamenteux, mais dans quelques cas, les électrochocs sont utilisés (surtout dans le cas de dépression majeure associée). Il peut arriver un développement d'une érotomanie pendant le traitement, vis-à-vis du thérapeute.

Exemples historiques[modifier | modifier le code]

La figure de l'érotomane dans l'art[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

La bonne d'un médecin est assassinée par erreur par une femme érotomane de celui ci.
Récit autobiographique de l'amour fou d'une harceleuse, plus amoureuse éconduite qu'érotomane d'André S. Labarthe.
Contient un appendice sur le syndrome de Clérambault (trad. de la British Review of Psychiatry) ainsi qu'une importante bibliographie.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Série télévisée[modifier | modifier le code]

Téléfilm avec Bruno Cremer adapté de Monsieur Lundi (cf. supra).
Une femme érotomane de son chirurgien plasticien le menace de dénoncer à l'épouse rivale[R 2].
  • Profilage, 2010, saison 2, épisode 11.
L'érotomanie d'une femme harcelant un prêtre puis son médecin finit par se retourner contre elle-même.
  • Sœur Thérèse.com, 2009, saison 7, épisode 4 "Crime d'amour".
Un des personnages essentiel de l'épisode est une jeune femme souffrant du syndrome de Clérambault.
  • Esprits criminels, saison 3, épisode 18.

Musique[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Définitions dans des encyclopédies ou des manuels.[modifier | modifier le code]

Les aliénistes.[modifier | modifier le code]

Les psychanalystes.[modifier | modifier le code]

Les auteurs, devant l'échec habituel des traitements classiques, proposent une thérapie reposant sur une relation plurielle et non plus duelle.
Recueil de textes entre autres de Paul-Laurent Assoun, Philippe Forest, Jean et Claire Paulhan, Philippe Comar, Jackie Pigeaud, Christian David, Patrick Kechichian, Michel Gribinski, Jean-Bertrand Pontalis.

Les non psychanalystes.[modifier | modifier le code]

  • J. Delay & P. Deniker, « L'illusion des métamorphoses de l'objet dans l'érotomanie. », in Annales médico-psychologiques, t. II, pp. 248 & 251, Paris, 1952.
  • R. Lafon, P. Passouant, J. Minvielle & H. Maurel, « Erotomanie atypique avec euphorie et surexcitation. Sclérose en plaques consécutive : aspect radiologique d'atrophie préfrontale. », in Comptes rendus du 52ème congrès des médecins aliénistes et neurologistes de France et des pays de langue française., pp. 339-343, Liège, 19-26 juillet 1954,
cote N 229255-52-1, Bibliothèque interuniversitaire de l'Université Paul-Valéry, Montpellier.
  • Coll., « Dossier Erotomanie I », in Nervure, journal de psychiatrie, n° 4, Maximed, Paris, 1988.
  • Coll., « Dossier Erotomanie II », in Nervure, journal de psychiatrie, n° 5, Maximed, Paris, 1988.
  • P. Sizaret, Une érotomane épistolaire : étude clinique., CHU de Tours, Tours, 1999 (ISBN 2-86906-128-5),
cote 8 T SUP 33218, Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris.

Thèses universitaires[modifier | modifier le code]

Mémoires de psychiatrie
Thèses de diplôme d'état de médecine
Mémoire de maîtrise
  • S. Aguesse, Développement d'un cas d'érotomanie chez une adolescente., Faculté de psychologie de l'Université de Nantes, Nantes, 2002.
Thèses de doctorat

Notes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. p. 395
  2. a, b, c et d p. 396
  3. p. 397
  4. p. 561-p. 572
  5. p. 303-p. 314
  6. a et b p. 398
  7. p. 391
  1. p. 306
  2. p. 308
  3. p. 312
  4. p. 308-309
  1. p. 247-248
  2. p. 262
  3. p. 252
  4. a, b et c p. 264
  5. p. 263
  6. p. 253
  7. p. 258
  8. p. 274
  9. p. 247-254
  10. p. 250


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  2. a, b, c et d H. Ey, P. Bernard & Ch. Brisset, Manuel de psychiatrie, p. 512, Masson, Paris, 1978 (ISBN 2-225-47180-0).
  3. a et b (en) C. A. Anderson, J. Camp & C. M. Filley, « Erotomania after aneurysmal subarachnoid hemorrhage : case report and literature review », Jourbal of Neuropsychiatry and Clinical Neurosciences (en), vol. 10, no 3,‎ 1998, p. 330–7 (PMID 9706541, lire en ligne)
  4. (en) G. E. Berrios & N. Kennedy, Erotomania : a conceptual history, in History of Psychiatry (en), vol. XIII, no 52, p. 381-400, Sage (en), Londres, 2002.
  5. H. Ey, P. Bernard & Ch. Brisset, Manuel de psychiatrie, p. 511, Masson, Paris, 1978 (ISBN 2-225-47180-0).
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Citations[modifier | modifier le code]

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Références psychiatriques[modifier | modifier le code]

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    trad. M. Bonaparte & R. Loewenstein, « Le Président Schreber », RFP, t. V, n° 1, Paris, 1932, réed. in Cinq psychanalyses, pp. 263-324, PUF, Paris, 1954 (ISBN 2-13-037773-4).
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Références artistiques[modifier | modifier le code]

  1. Maigret chez le docteur sur Cinémotions.
  2. Résumé de Nip/Tuck épisode S04E06, sur Allociné.fr

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]