Érotomanie

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L’érotomanie est la conviction délirante d'être aimé. Le plus souvent l'individu affecté est persuadé qu'il est aimé par quelqu'un qui ne le connait pas, telle une personnalité prestigieuse. Il s'agit d'un syndrome maniaque qui caractérise une forme de psychose paranoïaque, ce que la nosographie américaine renomme schizophrénie paranoïde[1].

Lors d'un épisode d'érotomanie, le patient est persuadé qu'un « admirateur anonyme » lui déclare son affection, souvent par le biais de télépathie, de messages secrets, de regards, de messages dans les médias. Habituellement, le patient lui retourne cette « affection » en lui écrivant, en lui téléphonant et en lui faisant des cadeaux. Même quand ses avances sont rejetées par la personne qu'il aime, le sujet souffrant de cette maladie ne comprend pas le refus. Il ne peut pas comprendre le refus et imagine que son objet d'amour délirant use d'un stratagème pour cacher cet amour interdit au reste du monde[2].

Il ne faut pas confondre le terme érotomanie avec l'« amour obsessionnel », une obsession d'amour non partagé ou la nymphomanie (voir Hypersexualité).

L'érotomanie est aussi appelée syndrome de Clérambault, d'après le psychiatre français Gaëtan Gatian de Clérambault qui en présenta la première analyse complète (dans son ouvrage intitulé Les psychoses passionnelles) en 1921.

Histoire[modifier | modifier le code]

Dans la littérature psychiatrique, le trouble a été décrit en 1623 par Jacques Ferrand (Maladie d'amour ou mélancolie érotique). Il était appelé "paranoïa érotique" et "illusions auto-érotiques" jusqu'à l'usage habituel du terme érotomanie dans la description de Clérambault.

Jacques Lacan a consacré sa thèse de médecine à l'étude d'un cas paru en 1932[3]. Dans ce travail, il présente le cas « Aimée » ; une femme avait agressé au couteau une actrice de théâtre.

G.E. Berrios et N. Kennedy ont défini dans Érotomanie, une histoire conceptuelle (2002) plusieurs épisodes de l'histoire pendant lesquelles la définition de ce concept a profondément changé :

  • Période classique au début du XVIIIe siècle : pathologie générale causée par un amour non réciproque
  • du début du XVIIIe siècle au début du XIXe siècle : pratique d'un amour physique excessif, aujourd'hui on parlerait plutôt d'hypersexualité
  • du début du XIXe siècle au début du XXe siècle : amour sans retour comme forme de maladie mentale
  • du début du XXe siècle à maintenant : croyance délirante d'être aimé par quelqu'un d'autre

Causes[modifier | modifier le code]

Les causes de l'érotomanie ne sont pas connues. On a posé comme hypothèse que la carence affective durant l'enfance pourrait être un facteur de risque d'érotomanie. [réf. nécessaire].

Les plus exposés à cette maladie auraient un tempérament nerveux, une imagination vive, ardente, dominée par l’amour-propre, l’attrait des plaisirs, l’inoccupation, la lecture des romans.

Un cas d'érotomanie apparu quatre ans après une rupture d’anévrisme cérébral (artère basilaire) avec saignement sous-arachnoïdien a été décrit [2].

Symptômes[modifier | modifier le code]

Forme typique[modifier | modifier le code]

Dans cette forme, l'érotomanie est un état passionnel qui se rencontre chez une femme ou jeune femme célibataire. Il se déroule en trois phases :

  • L'érotomane est d'abord persuadée que c'est l'autre « qui l'aime en secret », que c'est l'autre qui, le premier, fait des avances, mais qu'il n'ose pas ou ne peut pas se déclarer ou encore qu'il fait tout pour dissimuler son amour.
  • Phase d'espoir : la plus longue, où le malade espère que l'être aimé va se déclarer ouvertement. La plupart du temps, l'érotomane reste dans cette phase ;
  • Phase de dépit : la personne malade tombe le plus souvent dans la dépression, elle s'isole ; elle peut devenir agressive ou suicidaire ;
  • Phase de rancune : l'agressivité se tourne vers la personne aimée et peut mener au meurtre.

Pour le malade, « il est naturel de détruire l'objet de son amour puisqu'il l'a déjà détruit. »

L'érotomanie peut être isolée – il est alors question de la paranoïa – ou bien, beaucoup plus rarement, associée à d'autres éléments délirants comme dans la schizophrénie. L’objet de l'érotomane est donc généralement un homme dont le statut social est plus élevé : acteur ou homme de spectacle, professeur, avocat, médecin, artiste, écrivain, politique, présentateur télé, parfois prêtre.

L'érotomanie est une grave maladie mentale avec un trait de caractère durable : elle peut durer des années, et même toute une vie[réf. nécessaire].

Variantes cliniques[modifier | modifier le code]

  • Selon le contexte :
    • Habituellement hétérosexuelle, l'érotomanie peut-être également homosexuelle[4].
    • L'érotomanie est plus rare chez l'homme. Le rapport femme érotomane/homme érotomane est de 3/1[5].
    • S'il est classiquement célibataire, le sujet atteint peut, plus rarement, vivre en couple.
    • Érotomanie mystique[6].
  • Selon la pathologie sous-jacente :

À côté de l'érotomanie pure, ou primaire, il existe des érotomanies secondaires pouvant survenir au cours d'une psychose paranoïaque chronique ou d'une schizophrénie paranoïde.

Délire paranoïaque[modifier | modifier le code]

L'érotomanie est l'une des formes que peut prendre le délire paranoïaque. Elle en possède les caractéristiques : « Le malade interprète des faits de façon erronée par exemple, "Le présentateur du journal télévisé a remis son nœud de cravate pendant qu'il parlait, c'est un signe qu'il m'adresse" – mais très élaborée et logique »[citation nécessaire], explique un spécialiste en psychiatrie. Il n'y a pas non plus de critique, c'est-à-dire que la personne a une adhésion forte à son délire, elle est persuadée de la véracité de sa conviction.

Cette conviction dont le patient ne peut se défaire, Clérambault la nomme « postulat ». C'est le point du diagnostic différentiel, en particulier de l'hystérie.

Il se peut qu'avec l'évolution, le délire s’élargisse et devienne plus généralisé.

Il ne faut pas confondre l'érotomanie et une personnalité histrionique. Dans cette dernière, les idées amoureuses s’étendent à tous les objets qui ont un rapport avec elles ; tandis que pour le délire érotomane, ces idées portent le caractère de la monomanie, c’est-à-dire qu’elles sont fixes et déterminées sur un seul objet.

Traitements[modifier | modifier le code]

L'érotomanie est une maladie rare. Elle est très longue et délicate à traiter. Une fois que le patient a été reçu en consultation psychiatrique, et en fonction du degré de son trouble, le traitement peut aller des mesures les plus légères (consultations régulières) aux plus lourdes : hospitalisation sous contrainte, avec sortie progressive très encadrée sous traitement psychotrope. Pour soigner le patient, celui-ci devrait accepter d’abandonner son idée de départ. Or, pour lui, la frontière entre conviction et délire est très mince. L’amour fantasmé représente pour lui comme un mécanisme de survie.

Le traitement est donc essentiellement médicamenteux, mais dans quelques cas, les électrochocs sont utilisés (surtout dans le cas de dépression majeure associée). Il peut arriver un développement d'une érotomanie pendant le traitement, vis-à-vis du thérapeute.

Exemples historiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L’Érotomanie ou la folie de l’amour chaste (la folie érotique), Benjamin Ball, 1888.
  • Les Frontières de la folie, Alexandre Cullerre, chapitre VI « Érotomanes », 1888.
  • Paranoïa érotique (Érotomanie), Richard von Krafft-Ebing, Traité clinique de psychiatrie, traduit sur la 5e édition allemande par le Dr Émile Laurent, 1897.
  • Érotomanie pure. Érotomanie associée, Gaëtan Gatian de Clérambault, bulletin de la Société clinique de médecine mentale, juillet 1921.
  • Les Délires passionnels. Érotomanie, Revendication, Jalousie (présentation de malade), Gaëtan Gatian de Clérambault, 1921.
  • Tropique du valium, de Patricia Finaly (Julliard, Paris, 1978).
  • Bien que mon amour soit fou, Benoît Dalle, Yves Edel et Alejandro Fernandez, Les Empêcheurs de penser en rond, 1997. Dans ce livre, les auteurs, devant l'échec habituel des traitements classiques, proposent une thérapie reposant sur une relation plurielle et non plus duelle.
  • Délire d'amour (Enduring Love), Ian Mac Ewan, 1997. Trad. Suzanne Mayoux, Gallimard, 1999.
    Contient un appendice sur le Syndrome de Clérambault (trad. de la British Review of Psychiatrie) ainsi qu'une importante bibliographie.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Série télévisée[modifier | modifier le code]

  • Maigret chez le docteur, 2004, évoque une femme érotomane, amoureuse de son médecin, au point d'élaborer un crime abominable, qui finira par atteindre par erreur une personne qu'elle n'avait pas visée[8].
  • Nip/Tuck, 2006, saison 4 épisode 6, évoque une femme érotomane, amoureuse de son chirurgien plasticien et le menaçant de dénoncer leur aventure à la femme de celui-ci[9].
  • Profilage,2010, Saison 2, épisode 11, évoque une femme érotomane, amoureuse d'un prêtre puis de son médecin, qui finira par se retourner contre elle
  • Sœur Thérèse.com, 2009, Saison 7, épisode 4 ("Crime d'amour"), fait intervenir, avec un rôle important dans l'histoire, une jeune femme atteinte du syndrome de Clérambault.
  • Esprits criminels, saison 3, épisode 18

Musique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Remington GJ, Jeffries JJ, Erotomanic delusions and electroconvulsive therapy: a case series, vol. 55,‎ juillet 1994, 306–8 p. (PMID 8071292), chap. 7
  2. a et b (en) Anderson CA, Camp J, Filley CM, « Erotomania after aneurysmal subarachnoid hemorrhage: case report and literature review », J Neuropsychiatry Clin Neurosci, vol. 10, no 3,‎ 1998, p. 330–7 (PMID 9706541, lire en ligne)
  3. Lacan J. De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité réédité depuis en collection Folio ISBN 2-02-005510-4
  4. cas d'Aimée par exemple chez Clérambault
  5. (en) Kelly BD. « Erotomania : epidemiology and management » CNS Drugs 2005;19(8):657-69. PMID 16097848 DOI:10.2165/00023210-200519080-00002
  6. Brenier de Montmorand « L'érotomanie des mystiques chrétiens » L'Année psychologique 1903, volume 10, numéro 10, p. 516. Paris.
  7. Hugo Dumas. Geneviève Sabourin : un étrange destin. La Presse, 11 avril 2012.
  8. Maigret chez le docteur
  9. Résumé de Nip/Tuck épisode S04E06, sur Allociné.fr

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]