Panicum virgatum

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Panic.

Le panic érigé (Panicum virgatum) est une espèce de céréale sauvage autrefois très répandue aux États-Unis, présente sur tout le territoire (sauf sur la frange littorale du Pacifique).

C'est l'une des nombreuses panics ; genre de plantes herbacées, annuelles ou vivaces, de la famille des Poaceae présentes dans l'hémisphère nord.

Le Gouvernement des États-Unis la considère[1] depuis 2006 comme une source potentielle d'agrocarburant, plus respectueuse de l'environnement que d’autres, et qui pourraient réduire la dépendance des États-Unis à l'égard du pétrole.

Les anglophones lui ont donné de nombreuses dénominations vernaculaires « Tall panic grass », « Wobsqua grass, « Lowland switchgrass », « Blackbent », « Tall prairiegrass », « Wild redtop » , « Thatchgrass » ou tout simplement « Switchgrass ».

Répartition[modifier | modifier le code]

C'est l'une des herbacées qui dominaient la grande prairie à hautes herbes du Midwest où elle accompagnait - sur de vastes étendues - l'« Indiangrass » (Sorghastrum nutans), l'« Est Gamagrass » (Tripsacum dactyloides) la grande et petite , Bluestem (respectivement Andropogon gerardii et Schizachyrium scoparium) et d'autres graminées prairiales. Ces herbacées étaient notamment consommées par d'immenses troupeaux itinérants de bisons nord-américains. Cette prairie presque partout été mise en cultures, notamment de maïs ou blé.

On la trouve encore en touffes spontanées dans les reliques de la prairies sauvage, le long des chemins ruraux et dans les pâturages, ou comme mauvaise herbe, dans les champs de maïs notamment.

Description[modifier | modifier le code]

Panicum virgatum peut atteindre une taille importante
le système racinaire très dense de P. virgatum contribue à fixer le sol et a y améliorer les interactions sol-racines-microbes ainsi que la circulation verticale de l'eau et son épuration. Cette plante a pour cela été expérimentalement réintroduite, avec succès[2] dans certaines zones-tampon à vocation d'épuration des eaux et des sols en milieu agricole aux États-Unis[3]
Calvin Vick (gauche) and John Massey mesurent la densité et la géométrie de touffes sauvages de Panicum virgatum (Little Topashaw Creek, Mississippi).
Cette plante est également réputée capable de "pomper" une partie des métaux lourds du sol (ici en début d'été)

Panicum virgatum (aussi appelé switchgrass) est une plante vivace rhizomateuse, très rustique, est adaptée à de nombreux sols et climats (ubiquiste).

Sa saison de végétation est caractérisée par une croissance plutôt tardive en saison (à partir de la fin du printemps). Elle entre en dormance en hiver et s’épanouit à la saison chaude. Sa saison productive varie fortement, de 3 mois au nord à un maximum de huit mois au sud des États-Unis autour du Golfe du Mexique[4].

Dans les meilleures conditions, ses touffes atteignent 1.8 à 2.2 m de haut, mais restent généralement plus courte que ses consœurs « Big Bluestem » ou «  Indiangrass » de la grande prairie.

Les feuilles mesurent de 30 à 90 cm de long, avec une nervure principale qui leur confère une certaine rigidité.

Les fleurs sont organisées en panicules bien développés mesurant jusqu'à 60 cm de long et produisant généralement une bonne récolte de graines.

Le fruit est élaborées à partir d'une seule fleur (épillet). Il mesure de 3 à 6 mm de long et jusqu'à 1,5 mm de large. Les deux glumes sont présentes et bien développées. Une fois mûre, il prend parfois une teinte rose ou violette terne, alors que la plante prend une teinte jaune-doré à l'automne.

Il est possible de confondre Panicum virgatum avec d'autres espèces de panicum ainsi qu'avec des espèces appartenant aux genres voisins Echinochloa et Setaria de la famille des Poaceae, également vernaculairement appelée « panic », notamment :

Culture[modifier | modifier le code]

Elle est plantée au printemps, en même temps que le maïs, puis sa culture est facilitée par un très bon auto-ensemencement dans les champs où elle est cultivée. A la différence du maïs, elle peut prospérer sur des terres marginales, relativement arides et chaudes sans ou avec peu d'engrais[5].

Du point de vue de la fixation du carbone, c'est une plante dite « en C4 » (comme le maïs ou la canne à sucre) qui a donc un fort potentiel de production de biomasse, même en condition sèche et en zone chaude[6].

La récolte se fait au moyen d'une moissonneuse et un ensilage en ballots cylindriques ou rectangulaire se fait facilement[7].

Intérêt agronomique et écologique[modifier | modifier le code]

La switchgrass, autrefois considérée comme une mauvaise herbe inintéressante et à éradiquer des champs est aussi aujourd'hui considérée comme utile pour la restauration ou conservation de sols vulnérables ou dégradés. Son système racinaire très développé, sa hauteur et sa croissance tardive lui permettent de bien protéger les sols contre l'érosion par le vent et l'eau[8] tout en conservant un bon ensoleillement pour d'autres espèces plus printannières.

Elle a été incluse dans des mélanges de semences destinés à protéger des talus ferroviaires ou autoroutiers, par exemple dans le Kansas (par le Kansas Department of Transportation), ou sur des terrils de sites miniers[9] des digues, des barrages, berges de cours d'eau ou d'étangs où elle offre aussi un habitat pour la faune.

Son système racinaire profond (avec celui d'autres dicotylédones et des graminées indigènes) contribue à décolmater les sols, qu'il protège en hiver, et qu'il enrichit en matière organique (Cette plante en stocke dans le sol une quantité presque équivalente à celle produite dans la partie aérienne (= > puits de carbone).

C'est notamment grâce à cette plante que l'actuelle Corn Belt a pu s'installer sur des sols si profonds et riches en humus de qualité (mollisols) de la grande plaine du Midwest, qui comptent encore parmi les plus productifs du monde grâce à cette matière organique enfouie par les graminées entretenues par les bisons.

Les racines de ces plantes ont aussi augmenté la perméabilité et réserve en eau de ses sols, et donc leur fertilité.

Cette plante fournit un fourrage de qualité à de nombreux herbivores sauvages, et un habitat stable riche en bonnes cachettes et des supports pour chrysalides de papillons, toiles d'araignées et pour la vie de nombreux insectes et autres invertébrés, ainsi qu'un très grand nombre de graines pour des centaines d'espèces granivores, dont micromammifères, et de nombreux oiseaux chanteurs et quelques « espèces-gibier » appréciées des chasseurs (faisans, caille..). C'est un habitat particulièrement apprécié du Dindon sauvage américain.

Intérêt cynégétique[modifier | modifier le code]

La plante offre gîte et couvert à plusieurs espèces de bonne valeur cynégétique[10]

Inconvénient liée aux cultures intensives[modifier | modifier le code]

La plante sauvage offre un habitat très intéressant pour de nombreuses espèces. Mais lorsqu'elle est massivement cultivée, ces espèces se trouvent au moment de la récolte brutalement démunies (même si les jeunes sont plus facilement épargnées par les moissonneuses grâce à des récoltes plus tardives que pour d'autres céréales). Une alternative écologique et parfois cynégétique testée aux États-Unis consiste à ne pas récolter certaines bandes de panic dans les cultures, pour les conserver comme refuge pour les animaux l'hiver. L'année suivante, une autre bande (idéalement jouxtant celle-ci peut être conservée et s'y superposant pour partie pourra être conservée, et ainsi de suite, année après année de manière à toujours conserver une zone refuge qui peut également abriter de nombreuses autres espèces, y compris dans le sol[11].

Inconvénients paysagers[modifier | modifier le code]

En l'absence de grand herbivore (bison par exemple) ou lorsque ce panic est massivement cultivé pour produire des agrocarburants, c'est une plante qui peut devenir haute et gêner la vision du paysage qu'elle rend parfois monotone. Adulte, elle peut rendre difficile les déplacements humains et de certains agriculteurs qui dans l'Iowa[12] ont détourné cet inconvénient en louant leurs terres plantées de Panicum virgatum à la chasse (sans plomb).

Utilisations[modifier | modifier le code]

Le panic érigé (Panicum virgatum) est une adventice parfois utilisée comme plantes fourragères de moyenne qualité. Elle est également parfois cultivée pour couvrir des sols vulnérables à l'érosion hydrique et/ou éolienne. Bien que considérée comme "mauvaise herbe" par de nombreux agriculteurs, elle est parfois utilisée comme une plante ornementale de jardins. Les grandes tiges de la plante ont aussi été utilisées comme fouet pour les châtiments corporels. Plus récemment elle a fait l'objet de cultures industrielles à des fins énergétiques.

Usage potentiel comme agrocarburant[modifier | modifier le code]

Parce que très efficace pour produire de grandes quantité de cellulose, cette poacée pourrait constituer une source alternative de pâte à papier ou selon plusieurs études récentes[13] publiée en 2008 une source intéressante d'agrocarburants; grâce à un bilan écologique et énergétique[14] bien meilleur que celui du maïs selon Hen Vogel et ses associés (il produit 540% d'énergie par rapport à l'énergie fournie pour le produire), en tant que source d'éthanol cellulosique[15]. Il est au cœur de la stratégie d'alternative au pétrole annoncée par le Gouverneur du Tennessee Phil Bredesen en janvier 2007[16].

Des recherches sont faites sur une possible gazéification par pyrolyse[17]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hipple PC, Duffy MD. , Farmers' motivations for adoption of switchgrass. Trands in New Crops and New Uses, ed. J. Janich and A. Whipkey, pp. 252-266, ASHA Press, Alexandria VA, 2002.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Discours du président George W. Bush « State of the Union Address » 2006
  2. K-H. Lee, T. M. Isenhart, R. C. Schultz and S. K. Mickelson, Nutrient and sediment removal by switchgrass and cool-season grass filter strips in Central Iowa, USA ; (Iowa State University, Ames, IA 50011, USA) ; Agroforestry Systems 44: 121-132, 1999 (résumé)
  3. R.C. Schultz, J.P. Colletti, T.M. Isenart, W.W. Simpkins, C.W. Mize et M.L. Thompson, Design and placement of a multi-species riparian buffer strip system ; Iowa State University, Ames, USA (Résumé)
  4. Ball et al., 2002
  5. [1]
  6. Tanya Silzer, « Panicum virgatum L., Switchgrass, prairie switchgrass, tall panic grass », in Rangeland Ecosystems & Plants Fact Sheets, Ed : University of Saskatchewan Department of Plant Sciences, janvier 2000 (URL), consulté le 2007-12-08
  7. Voir illustrations
  8. USDA NRCS, 2001
  9. USDA NRCS Plant Fact Sheet. Switchgrass - Panicum virgatum L. Plant symbol = PAVI2. 16Jan2001 JKL; 28sp05 jsp; 24may06sjp
  10. Switchgrass as an Alternative Energy crop Union européenne, étude sur le potentiel agricole du Switchgrass nord américain
  11. Switchgrass images Archive of Central Texas Plants
  12. Prairie Lands Bio-Products, Inc
  13. Schmer MR et al. (2008), PNAS 105, 464-9, cité par Biofutur n° 286 de mars 2008, p 18
  14. Farguibe H et ak? (2998)n diu;19,1126 Science. 1152747
  15. M. R. Schmer, K. P. Vogel, R. B. Mitchell, et R. K. Perrin, « Net energy of cellulosic ethanol from switchgrass », journal PNAS, vol. 105, chapitre 2, pages 464 à 469, 2008 (doi= 10.1073/pnas.0704767105)
  16. Source : Phil Bredesen Governor, State of Tennessee
  17. R. Pletka, R. Brown, and J. Smeenk, « Indirectly heated fluidized bed biomass gasification using a latent heat ballast » (Center for Coal and the Environment, Iowa State University)