Oliver Sacks

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Oliver Sacks en septembre 2009

Oliver Wolf Sacks est un médecin, neurologue et écrivain britannique né le 9 juillet 1933 à Londres.

Professeur à l'Université Columbia et médecin consultant dans de nombreux hôpitaux new-yorkais, il a écrit plusieurs ouvrages sur différents cas cliniques qu'il a rencontrés au cours de sa carrière.

Il est célèbre mondialement par ses ouvrages sur les études du comportement d'individus ayant subi des troubles aux lobes de leur cerveau.

Récits composés d'une suite d'anecdotes qu'il rapporte et analyse, il rend ainsi accessibles ses conclusions auprès d'un grand public non spécialisé.

Son livre l'Éveil (Awakenings), qui a remporté le Hawthornden Prize en 1974, a donné lieu à un film de Penny Marshall en 1990, l'Éveil, avec Robin Williams et Robert De Niro.

Jeunesse et éducation[modifier | modifier le code]

Oliver Sacks est né au nord de Londres. Il est le plus jeune enfant de Samuel Sacks, un médecin, et Muriel Elsie Landau, l'une des premières femmes exerçant le métier de chirurgien en Angleterre[1]. La famille de Sacks était très étendue, et on retrouve parmi ses cousins germains l'homme d'État israélien Abba Eban, l'acteur et réalisateur Jonathan Lynn, ou encore l'économiste Robert Aumann. Deux de ses frères aînés, David et Marcus, sont devenus par la suite médecins généralistes.

Alors qu'il a six ans, lui et son frère Michael sont évacués de Londres afin d'échapper au Blitz : il est alors placé dans un pensionnat des Midlands, dans lequel il demeura jusqu'en 1943[1]. Il suivit des cours à l'école de St Paul à Londres. Il se passionna dans sa jeunesse pour la chimie, ainsi qu'il le raconte dans son autobiographie Oncle Tungstène[2]. Il découvrit également grâce à ses parents la médecine, et intégra The Queen's College de l'université d'Oxford en 1951[1], dans laquelle il reçut en 1954 un baccalauréat en arts (l'équivalent actuel d'une licence) en physiologie et biologie[3]. Toujours dans la même université, il passa un master en arts et reçut les diplômes de Bachelors of Medicine and Surgery, l'autorisant ainsi à pratiquer la médecine.

Vie professionnelle[modifier | modifier le code]

Après avoir réalisé l'équivalence de son Bachelors of Medicine and Surgery avec un doctorat en médecine américain, Sacks partit vivre à New York, où il exerce la profession de neurologue depuis 1965.

Sacks commença en 1966 à être médecin consultant à l'hôpital Beth Abraham, établissement destiné aux soins des maladies chroniques[4]. Il travaillait dans cet hôpital avec un groupe de survivants à l'épidémie d'encéphalite léthargique des années 1920, personnes qui n'étaient plus capables de bouger par leurs propres moyens depuis des décennies[4]. L'étude de ces patients, et le traitement qu'il leur donna, donna lieu à l'écriture de son livre L'Éveil (Awakenings)[4].

Sacks a également été instructeur, puis professeur en neurologie au Collège de Médecine Albert Einstein de 1996 à 2007, et il a aussi été affecté à l'University Medical School de New York de 1999 à 2007. En juillet 2007, Sacks rejoint la faculté du Université Columbia, en tant que professeur de neurologie et de psychiatrie[5].

Depuis 1966, Sacks a travaillé comme neurologue consultant dans diverses maisons de soins à New York, sous la direction des Petites Sœurs des Pauvres ; il consulta également au Bronx State Hospital de 1966 à 1991.

Les travaux de Sacks à l'hôpital Beth Abraham ont contribué au développement de l'Institute for Music and Neurologic Function ; Sacks y travaille toujours en tant que conseiller médical[6]. En 2000, cet institut a honoré le travail de Sacks en lui attribuant le premier Music Has Power Award[7]. L'institut a en 2006 remis à nouveau un Music Has Power Award à Sacks, afin de commémorer « ses 40 années de service à Beth Abraham, et d'honorer sa remarquable contribution à la musicothérapie, et aux effets de la musique sur le cerveau humain »[8].

Sacks est encore aujourd'hui neurologue consultant pour les Petites Sœurs des Pauvres, et possède un cabinet à New York. Il travaille également à la Fondation de Recherche en Neurosciences, ainsi qu'au jardin botanique de New York.

Travail littéraire[modifier | modifier le code]

Depuis 1970, Oliver Sacks a écrit plusieurs livres sur son expérience avec ses patients. Ses livres sont actuellement traduits dans 25 langues. En plus de cela, Sacks collabore régulièrement aux magazines The New Yorker et The New York Review of Books, ainsi qu'à d'autres publications médicales, scientifiques ou généralistes[9],[10],[11]. Il a reçu en 2001 le prix Lewis Thomas, qui récompense les écrivains scientifiques[12].

Les travaux de Sacks ont été présentés dans un « plus large éventail de médias qu'aucun autre auteur médical contemporain[13] » et en 1990, le New York Times affirme « [qu']il est devenu une sorte de poète lauréat de la médecine contemporaine[14]. » Sa description de personnes qui sont contraintes de s'adapter à leurs conditions et maladies neurologiques éclaire souvent sur les moyens par lesquels un cerveau normal réagit à la perception, la mémoire et l'individualité.

Sacks considère que son style littéraire dépasse les traditionnelles anecdotes médicales du XIXe siècle, car il construit, autour des différentes situations dont il traite, une narration détaillant l'histoire. On retrouve ainsi, parmi ses sources d'inspiration, les cas d'étude du neurologue et psychologue russe Alexandre Louria[15].

Sacks décrit ses "affaires" avec une profusion de détails narratifs, qui se concentrent sur ce que ressent le patient (dans son livre Sur une jambe, il était d'ailleurs lui-même le patient décrivant sa propre expérience). Bien que ces maladies neurologiques décrites soient dans la plupart des cas incurables, ces livres nous montrent des patients capables de s'adapter à leurs conditions[16]. Son livre le plus célèbre, l'Éveil, adapté au cinéma en 1990 dans le film du même nom, décrit le cas de Beth Abraham, une patiente atteinte de séquelles d'encéphalite léthargique, sur laquelle il teste un nouveau médicament, la L-DOPA[4]. l'Eveil fut également traité dans la série de documentaires réalisés en 1974 pour la télévision britannique, Discovery.

En ce qui concerne ses autres livres, plusieurs s'intéressent à des patients atteints de la maladie de Gilles de la Tourette ou de la maladie de Parkinson. Son essai L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau, publié dans le livre homonyme, traite le cas d'un homme atteint d'agnosie visuelle, et donna lieu en 1986 à un opéra de Michael Nyman. Son essai Un anthropologue sur Mars, récompensé par un Polk Award comme meilleur reportage dans un magazine, décrit le cas exemplaire du professeur Temple Grandin, une autiste de haut niveau. Des yeux pour entendre : voyage au pays des sourds (Seeing Voices), un livre publié en 1989, couvre une large palette de problèmes liés à la surdité.

Dans son livre L'Île en noir et blanc, Sacks présente l'île de Pingelap, dont la population présente un taux anormalement élevé d'achromatopsie. Cette maladie génétique, dont les principaux symptômes sont une absence totale de vision des couleurs, une forte photophobie et une acuité visuelle très réduite, touche entre 8 et 10 % de sa population, contre 1/33000 en occident. Dans une seconde partie, il décrit le peuple Chamorro de l'île de Guam, qui souffre à un taux anormalement élevé de la maladie neurodégénérative connue sous le nom de Lytico-bodig (une combinaison de sclérose latérale amyotrophique (SLA), du syndrome de Parkinson et de démence). En collaboration avec le botaniste Paul Cox, Sacks publia un article suggérant de possibles causes environnementales à la maladie, notamment la toxine β-Methylamino-L-alanine (BMAA) contenue dans les noix de cycadophyta, qui s'accumule par biomagnification chez des animaux tels que la roussette[17],[18].

Dans son livre Musicophilia publié en 2008, il décrit le cas de Tony Cicoria, chirurgien de 42 ans, non musicien, qui lorsqu'il se retrouve frappé par la foudre développe une passion pour le piano[19]. Oliver Sacks s'interroge sur les aspects biologiques des compétences musicales[20]

Une partie de la communauté médicale est critique envers Oliver Sacks. Dans les années 1970 et 1980, une partie de la critique s'est concentrée sur le fait que son travail à propos de l'Eveil ne suivait pas un modèle quantitatif avec des tests en double aveugle. Le chercheur Makoto Yamaguchi a remis en question la description qu'il donne des capacités des autistes savants. Cette critique est partagée par Daniel Tammet[réf. souhaitée]. Quant à Arthur K. Shapiro, décrit comme « le père de la recherche moderne sur les TIC », il dit ironiquement d'Oliver Sacks qu'il a « bien plus de talent pour l'écriture que pour la médecine. » Howard Kushner, auteur de A Cursing Brain? : The Histories of Tourette Syndrom, commente cette critique en disant que Shapiro « met en contraste son travail clinique rigoureux avec l'approche idiosyncratique de l'investigation clinique, fondée sur des anecdotes, de Sacks. »

Son positionnement éthique et politique a régulièrement été la cible d'attaques. Si Sacks est décrit par beaucoup comme un écrivain et médecin doué d'une « grande compassion », d'autres n'hésitent pas à le suspecter de tirer parti de ses patients : Tom Shakespeare, un chercheur britannique et défenseur des droits des handicapés, l'a surnommé « l'homme qui prenait ses patients pour une carrière littéraire. » Cette critique trouve un écho dans le personnage caricatural joué par Bill Murray dans La Famille Tenenbaum. Sacks lui-même a déclaré : « Je souhaite que ceux qui me lisent voient le respect et la considération (que je porte à mes patients, NdT), et non pas un quelconque désir de faire de l'exhibitionnisme ou du sensationnalisme, (soupir) mais c'est une affaire délicate. »

Livres[modifier | modifier le code]

  • Migraine (1970)
  • L'Éveil (1973)
  • Sur une jambe (1984) (dans lequel il relate son expérience personnelle après la perte de contrôle d'une de ses jambes à la suite d'un accident)
  • L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau (1985)
  • Des yeux pour entendre : voyage au pays des sourds (1989)
  • Un anthropologue sur Mars (1995)
  • L'Île en noir et blanc (1997)
  • Oncle Tungstène (2001)
  • Oaxaca Journal (2002)
  • Musicophilia (2008)
  • The Mind's Eye (2010) - L’Œil de l'esprit, Le Seuil, 2012
  • Hallucinations (2012) - L'odeur du si bémol : L'univers des hallucinations, Le Seuil, 2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) The Guardian, 5 mars 2005
  2. Oliver Sacks, Oncle Tungstène, Paris, Seuil,‎ 2003 (ISBN 978-2-02-052688-3)
  3. (en) Oliver Sacks, site officiel
  4. a, b, c et d (en) Oliver Sacks, site officiel, “about
  5. (en) Site le l'Université Columbia
  6. (en) About the Institute
  7. (en) « Henry Z. Steinway honored with 'Music Has Power' award : Beth Abraham Hospital honors piano maker for a lifetime of 'affirming the value of music' », Music Trades Magazine,‎ 2000 (lire en ligne)
  8. (en) « 2006 Music Has Power Awards featuring performance by Rob Thomas, honoring acclaimed neurologist & author Dr. Oliver Sacks », Beth Abraham Family of Health Services (consulté le 2008-08-09)
  9. (en) « Archive: Search: The New Yorker—Oliver Sacks » (consulté le 13 août 2008)
  10. (en) « Oliver Sacks—The New York Review of Books » (consulté le 13 août 2008)
  11. (en) « Oliver Sacks. Publications & Periodicals », www.oliversacks.com (consulté le 13 août 2008)
  12. (en) « Lewis Thomas Prize », The Rockefeller University (consulté le 9 août 2008)
  13. (en) « Broader range of media than those of any other contemporary medical author », Wired.com,‎ 10 avril 2002 (lire en ligne)
  14. (en) « Oliver Sacks has become a kind of poet laureate of contemporary medicine », The New York Times,‎ 1er Avril 1990 (lire en ligne)
  15. (en) « The Inner Life of the Broken Brain: Narrative and Neurology »,‎ 2 avril 2005 (consulté le 20 juillet 2009)
  16. (en) Oliver Sacks, An Anthropologist on Mars, Londres, Picador,‎ 1996, New Ed éd. (1re éd. 1995) (ISBN 978-0-330-34347-3), « Preface », xiii–xviii :

    « « The sense of the brain's remarkable plasticity, its capacity for the most striking adaptations, not least in the special (and often desperate) circumstances of neural or sensory mishap, has come to dominate my own perception of my patients and their lives. » »

  17. (en) Murch SJ, Cox PA, Banack SA, Steele JC, Sacks OW, « Occurrence of beta-methylamino-l-alanine (BMAA) in ALS/PDC patients from Guam », Acta Neurol. Scand., vol. 110, no 4,‎ octobre 2004, p. 267–9 (PMID 15355492, DOI 10.1111/j.1600-0404.2004.00320.x)
  18. (en) Cox PA, Sacks OW, « Cycad neurotoxins, consumption of flying foxes, and ALS-PDC disease in Guam », Neurology, vol. 58, no 6,‎ mars 2002, p. 956–9 (PMID 11914415, lire en ligne)
  19. (en) http://www.newyorker.com/magazine/2007/07/23/a-bolt-from-the-blue
  20. http://www.liberation.fr/sciences/2009/01/13/la-melodie-humaine_302109

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Liens externes[modifier | modifier le code]