Jacques Chailley

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Jacques Chailley

alt=Description de l'image Chailley-.gif.
Naissance 24 mars 1910
Paris, Drapeau de la France France[1]
Décès 21 janvier 1999 (à 88 ans)
Montpellier, Drapeau de la France France
Activité principale Compositeur, musicologue

Jacques Chailley est un musicologue et compositeur français, né à Paris le 24 mars 1910 et mort à Montpellier le 21 janvier 1999.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sa mère était la pianiste Céline Chailley-Richez (1884–1973), son père le violoniste Marcel Chailley (1881-1936)[1]. Adolescent, il fut pensionnaire à l’Abbaye de Fontgombault (Indre) où il apprit à jouer de l’orgue et s'initia à la direction de chœurs. Âgé de 14 ans, il composa un Domine non sum dignus à quatre voix.

Au Conservatoire de Paris, il profita de la qualité de nombreux enseignants. Il y étudia l'harmonie avec Nadia Boulanger[1] ainsi que la composition avec Claude Delvincourt[1], l’histoire de la musique avec Maurice Emmanuel et André Pirro[1], l’orgue avec Yvonne Rokseth. De plus, Henri Büsser dont Charles Gounod était le professeur lui enseigna la composition[1]. Le jeune Jacques Chailley n'hésita pas à prendre des cours de direction d'orchestre. Il assista donc à ceux de Willem Mengelberg ainsi que de Pierre Monteux[1].

Passionné, il fonda déjà en 1934 le chœur Psalette Notre-Dame dans l'optique de faire revivre la musique médiévale[1], auquel il consacrerait une grande part de son activité musicologique. À la Sorbonne, il acheva ses deux thèses, en étudiant la littérature française médiévale : L'École musicale de Saint-Martial de Limoges jusqu'à la fin du XIe siècle ainsi que Chansons de Gautier du Coinci. Ce jeune musicologue commença dorénavant à publier de nombreuses œuvres consacrées à la musique médiévale, notamment au regard de la théorie de l'harmonie, ainsi que de la notation, du déchiffrage[1]. Pareillement, il sortit un guide de bonne qualité pour les jeunes pianistes[1].

En tant que professeur, il enseignait simultanément la pratique chorale au Conservatoire de Paris et la musicologie à l'Institut de musicologie[1]. Entre 1951 et 1969, il était également chargé d'enseigner au Lycée Jean-de-La-Fontaine duquel tant de collégiens fréquentaient les classes à horaires aménagés pendant leurs études au Conservatoire[1].Il enseignait dans les classes préparatoires au CAEM (Certificat d'aptitude à l'Enseignement Musical), concours national du professorat musique. De 1946 à 1961, il dirigea la chorale L’Alauda.

En 1952 Jacques Chailley fonda la première chaire d'histoire de la musique à la Sorbonne. Puis en 1970, il créa la licence d'éducation musicale et de chant choral (ce que les étudiants eux-mêmes appelèrent couramment mais improprement la licence de « musicologie »), à l'université de Paris-IV-Sorbonne. Il fut également inspecteur général de la musique au Ministère de l'Éducation nationale et directeur, en 1982, de la Schola Cantorum de Paris.

De plus, il fut nommé en 1969 le deuxième président de la Consociatio internationalis musicæ sacræ, créée en 1963 par le pape Paul VI. Jacques Chailley resta dans cette fonction jusqu'en 1974[2].

Son érudition et son éclectisme, mais aussi son caractère tranché et ses opinions marquées firent de lui un des principaux personnages de la vie musicale française de l’après-guerre. Toujours resté dans la tradition de la modalité médiévale[1], et donc fermement opposé aux « avant-gardes » atonales et sérielles (très en vogue dans les années d'après-guerre), il laisse une œuvre de 129 numéros d’opus.

Controverse[modifier | modifier le code]

Jacques Chailley fut secrétaire général (1937) puis sous-directeur (1941) du Conservatoire de Paris. Son rôle pendant la guerre fait l'objet de controverse.

Jean Gribenski mentionne dans un chapitre du livre collectif La vie musicale sous Vichy, qu'en collaboration avec Henri Rabaud en 1940, il a établi une liste des étudiants juifs du conservatoire de Paris :

« L’éviction des élèves juifs se fait en deux temps. La première étape commence dès le début d’octobre 1940. [...] la direction du conservatoire (Rabaud ? Chailley, de sa propre initiative ?) réalise entre le 4 et le 10 octobre une enquête méticuleuse auprès des élèves. Ses résultats sont consignés dans un volumineux dossier, presque entièrement de la main de Jacques Chailley, qui comporte notamment les déclarations individuelles des élèves et des listes nominatives soigneusement établies[3]. »

Jean Gribenski, précise que la liste établie par Rabaud et Chailley n'a pas été communiquée aux Allemands, l'exclusion d'étudiants juifs a eu lieu deux ans plus tard, sous la contrainte, alors que le Conservatoire était dirigé par Claude Delvincourt[4].

Qu'une liste ait été utilisée pour l'exclusion des étudiants juifs du Conservatoire a été contesté par des témoins de l'époque dès le colloque où Gribenski avait présenté pour la première fois le résultat de ses recherches, en 1999[5].

Cette polémique est réapparue en 2011, après que la Sorbonne eut décidé de donner son nom à un amphithéâtre (polémique déclenchée par un article de l'hebdomadaire Le Canard enchaîné)[6].

Michèle Alten a publié depuis un article fondé sur une étude approfondie des archives[7], qui donne un autre éclairage sur les événements de 1940. Elle écrit  :

« À la suite des remarques des services allemands s’étonnant de la non-application aux élèves des mesures anti-sémites[8], il [Rabaud] a fait passer une note interne aux 60 professeurs présents le 4 octobre dans l’établissement, leur demandant de faire remplir à leurs élèves une déclaration sur leurs origines raciales. Aucune synthèse nominale n’est alors effectuée. Seul un cahier, signé par chacun des enseignants, atteste que les déclarations ont été remplies. »

C'est à cette enquête que semble faire référence l'article de Jean Gribenski.

Publications[modifier | modifier le code]

Jacques Chailley a publié de nombreux ouvrages marquants, aussi bien sur la musique grecque que sur celle du Moyen Âge, sur les Passions, les chorals pour orgue et l’Art de la fugue de J. S. Bach ; sur les aspects maçonniques de La Flûte enchantée de Mozart, le Carnaval de Schumann, le Winterreise (le « Voyage d'hiver ») de Schubert ou le Tristan de Wagner.

Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’harmonie et son histoire, la question de la modalité, ainsi qu’une importante histoire de la musique en plusieurs volumes et des ouvrages de vulgarisation. On lui doit également des études sur des musiciens du Moyen Âge : Adam de la Halle, Guillaume de Machaut dont il rédigea la première transcription publiée de la Messe de Notre Dame ou Gautier de Coinci.

Écrits de Chailley[modifier | modifier le code]

L'œuvre musicologique de Jacques Chailley comporte 53 livres et 429 articles divers. Parmi ses principaux ouvrages :

  • Petite histoire de la chanson populaire française. Paris : Presses Universitaires de France, 1942. 16°, 64 p.
  • Théorie de la Musique, avec Henri Challan, préf. de Claude Delvincourt. Paris : Alphonse Leduc, 1947. 4°, 95 p.
  • Histoire musicale du Moyen Âge. Paris : Presses Universitaires de France, 1950. 2e édition : 1969, 336 p.
  • Traité historique d’analyse harmonique. Paris : Alphonse Leduc, 1951, rééd. 1977.
  • L'Imbroglio des modes. Paris : Alphonse Leduc, [1960]. 4°, 92 p. Réédité en 1977.
  • 40000 ans de musique. Paris : Plon, [1961], 326 p. Réédition à Paris : L'Harmattan, 2000, 328 p.
  • Les Passions de J.S. Bach. Paris : Presses universitaires de France, 1963. 4°, 455 p. 2e éd. : 1984.
  • Cours d'histoire de la musique, préparation aux professorats d'enseignement musical et aux instituts de musicologie... Paris : Alphonse Leduc, 1967. 8°. Nombreuses rééditions.
  • Éléments de philologie musicale. Paris : Alphonse Leduc, 1985. (ISBN 2-85689-027-X)
  • Les notations musicales nouvelles. Paris: Alphonse Leduc, 1950.
  • La musique médiévale. Paris : Éditions du Coudrier, 1951
  • La musique grecque antique. Paris : Éditions Les Belles Lettres, 1979.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Myriam Chimènes (direction), La vie musicale sous Vichy, Bruxelles, Éd. Complexe, 2001 présentation en ligne sur Google books

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Alain Lompech, Jacques Chailley, musicologue-praticien et infatigable chercheur, Consociatio internationalis musicæ sacræ, Musicæ scræ ministerium, Anno XXXIV-XXXVI (1997 - 1999), Rome, p. 146 - 147
  2. Consociatio internationalis musicæ sacræ, Musicæ sacræ ministerium, Anno XXXIV - XXXVI (1997 - 1999), Rome 1999, p. 31
  3. Jean Gribenski, L’exclusion des juifs du conservatoire (1940-1942) dans La vie musicale sous Vichy, 2001, p. 147.
  4. Jean Gribenski, L’exclusion des juifs du conservatoire (1940-1942) dans La vie musicale sous Vichy, 2001, p. 148.
  5. Cahiers Boëllmann-Gigout, no 2-3, daté de 1997-1998, mais publié en 1999. Ces réfutations ont été publiées avant l'article de Jean Gribenski, qui n'en fait pourtant pas mention dans l'ouvrage de 2001.
  6. Bibliobs 4 avril 2011 « Sorbonne 1940-1944 »
  7. L'Éducation musicale. Michèle Alten. « Le Conservatoire de musique et d’art dramatique : une institution culturelle publique dans la guerre (1940-1942) »
  8. Ordonnance allemande du 27 septembre 1940, qui stipule que les juifs, définis soit par leur appartenance religieuse soit par le fait d’avoir plus de deux grands-parents juifs, doivent se déclarer comme tels en sous-préfecture et identifier leurs entreprises comme juives.