Guillaume de Machaut

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Guillaume de Machaut

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Miniature du XIVe siècle : Nature offre à Guillaume de Machaut trois enfants : Sens, Rhétorique et Musique.

Naissance vers 1300
Près de Reims,
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Décès 1377
Reims, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Activité principale Compositeur, Poète
Activités annexes Chanoine

Guillaume de Machaut, né probablement à Machault, près de Reims en Champagne Ardennes, vers 1300 et mort à Reims en 1377, est le plus célèbre écrivain et compositeur français du XIVe siècle. Etant clerc lettré et maître des arts, il a marqué pendant au moins un siècle la production artistique européenne.

Vie[modifier | modifier le code]

Guillaume de Machaut naquit probablement à Machault, ou du moins dans la région de Reims aux alentours de 1300, d'une famille roturière. On ne sait rien de certain sur ses vingt premières années. Il reçut sans doute une partie de son éducation à Reims où il rencontra de grands seigneurs. Il fut nommé chanoine au sein du chapitre de la cathédrale à partir de 1337; cette date sera le point de départ de la période la plus féconde pour son oeuvre poétique et musicale. Il posséda une maison dans cette ville au 4 de l'actuelle rue d'Anjou. Il s'y retira à la fin de sa vie. Il mourut en 1377[1].

Il fut employé comme secrétaire de 1323 à 1346 par Jean Ier de Bohême, avec lequel il acquit l'amour de la fauconnerie, de la chevalerie et des aventures. Il accompagna Jean Ier dans ses divers voyages (principalement des expéditions militaires) à travers l'Europe (en particulier à Prague), participant aux campagnes de Silésie et de Pologne entre 1327 et 1331[2]. En 1330 il voyagea avec lui en Italie[3]. Grâce à son protecteur, il obtint successivement des prébendes canoniales à Verdun en 1330, d'Arras en 1332 et de Reims en 1337[3]. Vers 1340, Machaut vivait à Reims, ayant renoncé à ses autres postes canoniaux à la demande du pape Benoît XII.

En 1346, Jean Ier fut tué à la bataille de Crécy, et Guillaume de Machaut, entra au service de divers seigneurs, parmi lesquels la fille de son ancien maître, Bonne de Luxembourg, puis Charles II de Navarre, mais aussi Jean de Berry à partir de 1357, et enfin Charles, duc de Normandie, qui allait devenir le roi Charles V en 1364.Par ce biais, il se mit sous la protection des princes et se revendiqua à la fois poète de la Cour et poète individu.

Guillaume de Machaut survécut à la Peste noire qui dévasta l'Europe, et vécut ses dernières années à Reims, recopiant ses manuscrits et composant. Son poème Le Veoir Dit (vers 1364) est autobiographique selon certains auteurs. Il relate une histoire d'amour tardive pour une jeune femme de 19 ans, supposée être Péronne d'Armentières, bien que cela soit contesté par d'autres.

Œuvre[modifier | modifier le code]

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Dans son œuvre il allie les lumières d'un clerc et la vaillance chevaleresque, il est proche de son contemporain Jean III de Craon. Il se sert d'allégories et de la nature. Nous les retrouvons à travers les figures d'Amour et ses enfants, le Doux-penser, Plaisance et Espérance pour inspirer le poète à travers le Sens (raison), la Rhétorique (l'art du discours, envisagé sous sa forme poétique) et la Musique. Tel un nouvel Orphée, mais surtout comme l'un des derniers trouvères, il mêle poésie et musique pour exprimer ses idées et ses sentiments.
Il maîtrise les formes lyriques fixes comme le lai, la ballade, le rondeau, le chant royal et donne une impulsion décisive au virelai, forme née à la fin du XIIIe siècle.

Quand il mourut en 1377, le poète Eustache Deschamps écrivit une complainte à la gloire du « maître de toute mélodie », qui fut mise en musique par François Andrieu.

Œuvre poétique[modifier | modifier le code]

Page manuscrite des Œuvres de Guillaume de Machaut

L'œuvre lyrique de Guillaume de Machaut comprend près de 400 poèmes, dont 248 ballades, 76 rondeaux, 39 virelais, 80 lais, 10 complaintes et 7 chants royaux; Avec une telle production, Machaut a eu une grande importance dans la codification et le perfectionnement de ces formes fixes. Une grande partie de sa production lyrique est insérée dans ses poèmes narratifs, ou dits, tels que Le Remède de Fortune et Le Voir Dit. Nombre de ces poèmes n'ont pas été mis en musique ; En effet, dans plusieurs de ses manuscrits la musique n'a pas été recopiée, l'écriture du poème précédait toujours (et avait une plus grande importance que) la composition de la musique. Ses motets en latin étaient destinés à l'église (cérémonies ou offices religieux). Dans le domaine profane, hormis quelques poèmes évoquant les horreurs de la guerre de 100 ans et de la captivité (comme La complainte à Henri), dans un siècle de misère et de maladies, l'essentiel de la poésie lyrique de Machaut a pour sujet l'amour courtois. Elle exprime la soumission à une dame, ainsi que les joies et les peines du poète. En termes techniques, Machaut était un maître des schémas rythmiques élaborés, et en cela un précurseur des « Grands rhétoriqueurs » du XVe siècle. Pour F. Autrand, Guillaume de Machaut a porté à ses sommets le style dit « courtois international »[4].

L'œuvre narrative de Machaut est dominée par le dit, un poème qui, comme son nom l'indique, n'était pas destiné à être chanté. Ces poèmes narratifs à la première personne (tous sauf un sont écrits en couplets d’octosyllabes à rimes plates, comme le roman de la même époque) suivent nombre des conventions du Roman de la Rose, comme le recours au rêve, à des personnages allégoriques, et la situation du narrateur, amant cherchant à revenir vers sa dame ou à la satisfaire. Machaut est également l'auteur d'une chronique poétique d'exploits guerriers (la Prise d'Alexandrie) et de poèmes de consolation et de philosophie morale.

À la fin de sa vie, Machaut rédigea un traité poétique sur son métier (son Prologue) qui établit a posteriori une unité à l'ensemble de son oeuvre lyrique.

La poésie de Machaut a directement influencé de nombreux écrivains, comme Eustache Deschamps, Jean Froissart, Christine de Pizan, René Ier de Naples et Geoffrey Chaucer. Il agit comme un intermédiaire entre son siècle et le siècle suivant par sa modernité, et par un souci de précision technique.

Principales œuvres narratives de Guillaume de Machaut[modifier | modifier le code]

  • Jugement dou Roy de Behaingne (Jugement du Roi de Bohême, fin des années 1330) - Le narrateur entend une conversation entre une dame (dont l'amant est mort) et un chevalier (trahi par sa dame) ; afin de déterminer lequel des deux est le plus malheureux, le narrateur va demander l'avis du roi de Bohême, qui consulte des allégories, et le chevalier malheureux est déclaré vainqueur (2079 vers).
  • Le Remède de Fortune (vers 1341) - Le narrateur se voit demander par sa dame si le poème qu'elle a trouvé est de lui ; il la fuit et arrive dans un jardin où Espérance le console et lui apprend comment être un bon amant ; il revient alors auprès de sa dame (environ 4300 vers ; sont insérés 8 poèmes lyriques, dont 7 mis en musique).
  • Dit dou Lyon (Dit du Lion, achevé le 3 avril 1342) - Le narrateur arrive sur une île magique où un lion le guide vers une belle dame ; un vieux chevalier s'approche du narrateur et lui révèle la signification de ce qu'il voit, puis lui donne des conseils pour être un meilleur amant.
  • Dit de l'Alérion, ou Dit des Quatre Oiseaux (avant 1349) - Un conte symbolique d'amour : le narrateur élève quatre oiseaux différents, mais chacun d'entre eux s'enfuit ; un jour, le premier oiseau, son favori, revient auprès de lui.
  • Jugement dou Roy de Navarre (vers 1349) - Suite du Jugement dou Roy de Behaingne : une dame reproche au narrateur d'avoir accordé le prix au chevalier ; le roi de Navarre est consulté, et condamne le poète (4212 vers).
  • Confort d'Ami (1357) - Dédiée à Charles II de Navarre, qui était prisonnier en France, cette consolation poétique donne des exemples (exempla) de force d'âme tirés de récits bibliques et classiques.
  • Dit de la Fonteinne amoureuse, ou Livre de Morphée (écrit pour Jean de Berry, vers 1360) - Le narrateur rencontre un amant désespéré qui doit se séparer de sa dame ; les deux hommes se rendent devant une fontaine magique où ils s'endorment, et en rêve la dame vient consoler son amant (2848 vers).
  • Le Veoir Dit (Le Voir Dit, le dit de la vérité, vers 1364) - Chef-d'œuvre de Machaut, ce poème (parfois vu comme autobiographique) raconte la tristesse de la séparation d'un amant de sa dame (Toute-Belle) et les fausses rumeurs répandues sur lui ; des lettres en prose et des poèmes lyriques échangés par les amants malheureux sont intégrés dans un récit narratif (près de 10000 vers) qui donne à cette oeuvre sa structure complexe et nouvelle pour le XIVe siècle.
  • Dit de la Fleur de Lis et de la Marguerite (vers 1369) - Récit amoureux en l'honneur du mariage de Philippe le Hardi (dont les armoiries sont semées de fleurs de lys) avec Marguerite de Flandre (416 vers).
  • Prise d'Alexandrie (vers 1370) - Récit poétique des exploits de Pierre de Lusignan, roi de Chypre, écrit après la mort de celui-ci à la demande de Charles V (près de 9000 vers).
  • Prologue - Conçue comme une préface à l'édition de ses œuvres réunies, qu'il rédige vers 1371, cette allégorie décrit les principes de Machaut en matière de poésie, musique et rhétorique ; il y célèbre ses deux sources d'inspiration, Nature et Amour ; Nature lui a donné trois enfants : Sens, qui tient son esprit informé, Rhétorique, qui lui enseigne l'art de construire, et Musique, qui « porte joie » partout où elle est ; Amour lui a donné trois autres enfants, Doux penser, Plaisance et Espérance : ce sont les thèmes sur lesquels vont travailler les dons de Nature.
  • La Louange des Dames - Oeuvre dans laquelle le personnage-poète chante son amour aux Dames et décrit ses émotions, qu'elles soient heureuses ou malheureuses. Cette oeuvre peint aussi le paradoxe de l'amour courtois avec l'entre-deux de la distance et de la proximité, et la douleur provoquée par le désir acharné de la Dame.

Autres œuvres narratives :

  • Dit de la Marguerite (vers 1364)
  • Dit dou Cerf Blanc (vers 1364)
  • Dit de la Rose (après 1364)
  • Dit dou Cheval (vers 1370)
  • Dit dou Vergier
  • Dit de la Harpe

Œuvre musicale[modifier | modifier le code]

Il a contribué au développement de la musique polyphonique dans ses rondeaux, ses ballades et ses motets. Sa célèbre Messe de Notre Dame en cinq parties, composée entre 1360 et 1365, est considérée, en l'état actuel des connaissances, comme la première messe polyphonique complète écrite par un seul auteur. Elle est à quatre voix.

Ses motets isorythmiques à 3 ou 4 voix illustrent notamment les innovations rythmiques de l'Ars Nova, rendues possibles par l'évolution de la notation.

Décompte des œuvres[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. D. Queruelle et J.Pape, La Fin du chant courtois et les nouvelles formes poétiques, Reims, Bonneton,‎ 1990
  2. Françoise Autrand, Jean de Berry, Paris, Fayard,‎ 2000, 51 p. (ISBN 978-2-213-60709-2 et 2213607095)
  3. a et b Autrand, p. 52
  4. Autrand, p. 53
  5. Robert Sadin fait swinger le Moyen Âge, par Dominique Queillé sur Next-Libération.fr, 27 avril 2010.
  1. Dictionnaire du Moyen Age, dir. Claude Gauvard, Alain de Libera et Michel Zink, Paris, PUF, 2004
  2. Littérature française du Moyen Age, Michel Zink, Paris, PUF (Quadrige-Manuels), 1ère éd. 1992
  3. Le livre du Voir-Dit: le dit véridique, Paul Imbs, Jacqueline Cerquiglini-Toulet, Paris: Librairie générale française, collection Lettres Gothiques, le livre de Poche 4557,1999