Jacques Bidet

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Jacques Bidet

Jacques Bidet est un philosophe français. Il est professeur émérite à l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense (ex-Paris X).

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1935, Jacques Bidet enseigna à l’Université d’Alger de 1967 à 1970, puis à l’Université de Paris-X.
En 1987, il fonda avec Jacques Texier la revue Actuel Marx (Presses Universitaires de France), qu’il dirigea, d’abord avec celui-ci, jusqu’en 2006. En 1995, il créa le Congrès Marx International (Université de Paris Ouest Nanterre La Défense).
Il est professeur émérite et directeur de recherches (SOPHIAPOL) à l'Université de Paris-Ouest et membre du Conseil Scientifique d’ATTAC.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Jacques Bidet, associant la tradition d’Althusser et celle de la théorie critique, propose une théorie postmarxienne de la société moderne : une théorie qu’il désigne comme "méta/structurelle" et qui se nourrit notamment de Spinoza, Hegel, Weber, Habermas, Derrida, Foucault, Wallerstein et Bourdieu.

Il avance que la "structure" sociale moderne, prise comme structure de classe, ne peut être comprise qu’à partir de sa "métastructure", c’est-à-dire à partir de ses présupposés de raison instrumentalisés. Il existe en effet deux modes primaires de la coordination rationnelle à l’échelle sociale : le marché et l’organisation. Dans la société moderne, ils forment les deux "facteurs de classe", qui se combinent en "rapport de classe". Marx avait, en ce sens, montré comment la relation marchande, qui se donne (fictivement) comme le prolongement d’une relation coopérative, discursive-contractuelle ("facio ut facias") entre personnes libres, égales et rationnelles, se retourne en rapport de classe capitaliste dès lors qu’elle intègre la force de travail comme marchandise. Il définissait le marché supposé libre, qui domine dans le capitalisme, comme un mode d’équilibrage a posteriori entre producteurs (ou firmes) indépendants, et l’organisation supposée concertée, qui doit prévaloir dans le socialisme, comme un arrangement planifié a priori de moyens en vue de fins. En réalité, selon Jacques Bidet, dans la société moderne, ces deux médiations sont constitutivement liées. Et le couple marché-organisation, où se noue un "rationnel" économique, a pour corrélat la bipolarité juridico-politique entre contractualité interindividuelle et contractualité sociale, qui articule le "raisonnable" politique. Telle est, dans toute sa complexité la "fiction moderne", dont la forme moderne de société est le retournement instrumental en rapports de classe.

En d’autres termes, la "métastructure" est à comprendre à partir de l’inter-interpellation de liberté-égalité et de rationalité avancée dans la forme moderne de société, en tant qu’elle se trouve censément présupposée dans la relation critique entre ces deux médiations antagoniques, le marché et l’organisation, croisées dans la relation sociale moderne. Elle n’existe, en réalité, que prise dans son contraire, injonction et dispositifs d’assujettissement : elle n'existe que dans le "rapport de classe" dont ces deux médiations co-imbriquées sont les "facteurs". Ceux-ci déterminent la structure moderne de classe dans ses traits économiques, sociologiques et politiques. La classe dominante présente ainsi deux pôles, celui de la propriété sur le marché et celui de la compétence (au sens de Bourdieu) dans l’organisation, deux formes de privilège dont chacun possède son propre mécanisme de reproduction. Soit aujourd’hui "la finance" et "l’élite", qui font face à l’autre classe, désignée non simplement comme "dominée", mais comme la "classe fondamentale", dont l’unité et la diversité s’analyse à partir des relations diverses de ses diverses fractions à chacun des deux facteurs de classe. Par sa conception de la "structure de classe", l’approche métastructurelle se présente comme une critique des divers marxismes contemporains, considérés comme des critiques inachevées de l’ordre existant.

Cette structure – et ce point a aussi théoriquement échappé au marxisme classique – se constitue et se clôt (tout en le transcendant) dans l’État-nation. Car il existe une asymétrie métastructurelle entre les deux pôles : une primauté de l’entre-tous sur l’entre-chacun. Dans un monde fini, un "ceci est à moi" n’est pas censément argumentable, en dehors de la référence à un accord entre tous. La forme suprême de la coordination "moderne" est donc l’organisation, mais en tant qu’organisation politique, métastructurellement supposée découler d’un partage égal de la parole (un homme = une voix), lors même que prévalent oligarchie et despotisme. La modernité s’est ainsi significativement constituée non sous forme d'une économie-monde diffuse, ni d'un empire, mais sur la base plurielle d’États-nations, au sein du Système-monde moderne. Ceux-ci, d’abord de taille restreinte, voient croître leurs dimensions à mesure du développement des forces productives. Cette tendance historique immanente annonce un État-monde portant à l'échelle ultime cette structure de classe, mais sans que les États-nations disparaissent pour autant, donc tout en demeurant imbriqué, dans une relation perverse, au Système-monde. Par la problématique de l’État-monde, cette approche se distingue de toutes les autres théories actuelles de la mondialisation.

Ce paradigme se développe en un système conceptuel complexe qui opère sur divers terrains au long d'une recherche poursuivie sur trois décennies. Réinterprétation et reconstruction du Capital de Marx (notamment au regard de la relation entre marché et capital, de l’analyse de classe et du concept d’État), et donc de l’histoire des marxismes. Interprétation de la modernité, en conflit tant avec celle de Habermas qu’avec celles de la postmodernité. Réception de la philosophie politique moderne, par le traitement critique des divers contractualismes. Réception du "savoir pouvoir" de Foucault dans le cadre métastructurel. Ré-élaboration du triptyque sexe/classe/race. Lecture de l’histoire moderne, en référence à l'émergence de "la forme moderne de société", en contraste avec les analyses traditionnellement centrées sur l’apparition du "capitalisme", dont celle de Robert Brenner. Réinterprétation du concept wallersteinien de Système-monde, considérant que l'État-nation, qui est la partie, donne la clé du tout, et non l'inverse. Conception du néolibéralisme et de la mondialisation en cours, en termes d’ "ultimodernité". Théorie de l’État et des classes, par l’articulation métastructurelle d’une classe dominante à deux pôles et d’une classe fondamentale. Et des partis politiques, renvoyés en dernière instance à la structure ternaire ainsi déterminée. Théorie de la pratique politique, énonçant les principes d’une stratégie politique d’émancipation en termes d’une alliance-lutte de classe : pour disjoindre la relation entre les deux pôles dominants, la finance et l’élite, la classe fondamentale doit s’allier à celle-ci mais dans un rapport d’hégémonie à construire. Cette théorisation a donné lieu à des investigations en divers champs philosophiques : théorie du sujet, théorie de la justice, théorie de l’écologie. Elle conduit à une construction du champ métastructurel des idéologies et utopies modernes (libéralisme, socialisme et communisme), distingué de celui des "cryptologies" systémiques (où figurent le racisme et le discours colonial), les "nationalismes" se trouvant ainsi définis à l'intersection entre État-nation et système-monde. Elle propose une ré-interprétation des concepts de critique et de dialectique (selon le cercle métastructure/structure/pratiques). Elle introduit ainsi un "tournant linguistique" dans le contexte du matérialisme historique. Et une reconsidération de divers couples théoriques, tels que matérialisme et idéalisme, structure et système.

Principaux ouvrages publiés[modifier | modifier le code]


• Que faire du « Capital » ? : Matériaux pour une refondation, Paris, Klincksieck, 1985, 300 p. ; 2e éd., Presses Universitaires de France, « Actuel Marx confrontation. Série Philosophie », 2000. (ISBN 2-13-050292-X), paru en anglais, en coréen, en croate et en japonais. •

• Théorie de la modernité, suivi de Marx et le marché, Paris, Presses Universitaires de France, « Questions », 1990, 300 p. (ISBN 2-13-043291-3), paru en italien et en espagnol. •

• John Rawls et la théorie de la justice, avec la collaboration d'Annie Bidet-Mordrel, Paris, Presses Universitaires de France, « Actuel Marx confrontation », 1995, 140 p. (ISBN 2-13-047141-2), paru en espagnol. •

• Théorie générale : théorie du droit, de l'économie et de la politique, Paris, Presses Universitaires de France, « Actuel Marx confrontation », 1999, 504 p. (ISBN 2-13-050358-6), paru en chinois et en croate. •

• Dictionnaire Marx contemporain, avec Eustache Kouvélakis, Paris, Presses universitaires de France, « Actuel Marx confrontation », 2001, 600 p. (ISBN 2-13-052082-0), paru en anglais et en chinois et en arabe. •

• Explication et reconstruction du « Capital », Paris, Presses Universitaires de France, « Actuel Marx Confrontation ,» Série Philosophie », 2004, 320 p. (ISBN 2-13-054675-7), paru en espagnol, en brésilien, en italien et à paraître en chinois. •

• Altermarxisme : un autre marxisme pour un autre monde, avec Gérard Duménil, Paris, Presses Universitaires de France, « Quadrige. Essais, débats », 2007, 300 p. (ISBN 978-2-13-056498-0), paru en espagnol et en polonais, à paraître en coréen et en chinois.•

•L’État-monde, Libéralisme, Socialisme et Communisme à l’échelle mondiale, Refondation du marxisme, 320 p., paru aux Presses Universitaires de France en novembre 2011.

• Bibliographie détaillée sur http://perso.orange.fr/jacques.bidet/


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