Hydra (île)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Hydra.
Page d'aide sur les redirections Pour la municipalité de Hydra, voir Hydra (dème).
Hydra
Ύδρα (el)
Vue sur la ville d'Hydra
Vue sur la ville d'Hydra
Géographie
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Archipel îles Saroniques
Localisation Golfe Saronique (mer Méditerranée)
Coordonnées 37° 21′ 00″ N 23° 28′ 01″ E / 37.35, 23.467 ()37° 21′ 00″ N 23° 28′ 01″ E / 37.35, 23.467 ()  
Superficie 64 km2
Point culminant Mont Eros (593 m)
Administration
Périphérie Attique
District régional Îles
Dème Hydra
Démographie
Population 2 719 hab. (2001)
Densité 42,48 hab./km2
Plus grande ville Hydra
Autres informations
Fuseau horaire UTC+02:00
Site officiel [www.hydra.com.gr/]

Géolocalisation sur la carte : Grèce

(Voir situation sur carte : Grèce)
Hydra
Hydra
Îles de Grèce

Hydra (grec moderne : Ύδρα) est une île grecque du golfe Saronique, au sud d’Athènes, dans la mer Égée, en face de la péninsule de l’Argolide. Cette île est sans voitures[1]. Elle fut une des grandes puissances navales de la mer Méditerranée à l’époque moderne. Ses armateurs et ses navires jouèrent un rôle déterminant lors de la guerre d'indépendance grecque. Elle forme aujourd'hui, l'essentiel du territoire de la municipalité qui porte son nom.

Géographie[modifier | modifier le code]

La côte inhospitalière d'Hydra

Généralités[modifier | modifier le code]

Hydra n'est qu'une chaîne de montagnes d'une vingtaine de kilomètres de long sur 2 à 3,5 km de large. Son point le plus haut, le Mont Eros ou Vigla culmine à 593 mètres. Hormis trois anses, la côte de l'île est rocheuse et inhospitalière. L'intérieur, montagneux est rocailleux et peu fertile. Les collines grises se terminent souvent en falaises au bord de la mer.
L'eau, malgré le nom de l'île (Hydra ou Hydréa, la « bien arrosée »), semble avoir toujours manqué. Le nom pourrait être alors ironique.

L'île est séparée de l'Argolide par golfe d'Idras.

Transports[modifier | modifier le code]

Hydra est à 37 milles marins du Pirée. On y va en flying dolphin, des bateaux grecs hydrojets et hydroptères, en flying cat ou en simple ferry. Les ferrys mettent trois heures à effectuer le trajet, les autres moitié moins de temps. L'île est aussi reliée à Égine, Poros, Spetses, Nauplie et Monemvasia.

Villes et villages[modifier | modifier le code]

Si la ville d’Hydra semble être la seule agglomération de l’île, ce n’est pas tout à fait le cas.

  • Hydra est le principal port et la seule ville de l’île. Abritée au fond d’une baie qu’on ne découvre qu’au dernier moment, elle s’étage en amphithéâtre autour de l’anse. Elle était protégée, à l'entrée du port, par des canons que l'on peut encore voir. La demeure historique des Tombazis abrite l'annexe de l'École des Beaux-Arts d'Athènes. Sur le quai, le monastère de la Kimissis Theotokou abrite la principale église de l'île.
  • Kaminia à ¾ d’heure à pied d’Hydra vers l’Ouest est un hameau de pêcheurs.
  • Mandraki à une heure à pied d’Hydra vers l’Est est le port où se trouvaient les chantiers navals aux XVIIIe et XIXe siècles.

Curiosités[modifier | modifier le code]

Aucune voiture n'est permise à Hydra ; les seuls moyens de transport sont l'âne (taxi local) ou le vélo.

On y trouve à proximité une grotte donnant sur la mer d'où on peut plonger d'une hauteur d'environ 4,50 mètres. La plage rocheuse est aménagée et bétonnée. Un escalier borde la mer pour ceux qui veulent apprendre à plonger.

Histoire[modifier | modifier le code]

Hydra est longtemps restée en marge des grands mouvements de l'histoire, de l'Antiquité au Moyen Âge. Elle commença vraiment à se faire connaître grâce à sa puissance marchande à partir du XVIIe siècle. Au XIXe siècle, au faîte de sa puissance, la marine hydriote comptait 125 navires et plus de 10 000 marins.

Préhistoire, Antiquité et période byzantine[modifier | modifier le code]

Il semblerait qu'aucune légende, aucun dieu, aucun héros, aucun événement mythologique ne se rattache à l'île d'Hydra[2].

La présence d'habitat paysan (agriculteurs et bergers) est attestée dans le deuxième moitié du troisième millénaire avant J.-C. sur les quelques petites plaines invisibles depuis la mer. De l'obsidienne en provenance de Milo a été retrouvée sur Hydra.

Durant la période mycénienne, Hydra aurait servi de base navale aux royaumes continentaux. Des fragments de vases, des outils et une tête d'idole furent retrouvés sur le Mont Chorissa. Le grand mouvement de population amenant les Doriens en Grèce vers le XIIe siècle av. J.-C. entraîna le dépeuplement de l'île. Elle aurait été repeuplée par des paysans et bergers, peut-être par le port continental d'Hermione, vers le VIIIe siècle avant notre ère.

Hérodote nous apprend que vers le VIe siècle av. J.-C., l'île appartenait à Hermione qui la vendit à Samos qui à son tour la céda à Trézène[3].

On sait que l'île était peuplée durant la période byzantine (vases et monnaies découverts au lieu-dit Episkopi). Il semblerait qu'Hydra se soit totalement dépeuplée lors de la période de domination franque, principalement à cause du danger pirate. Les habitants des îles se repliaient alors vers l'intérieur des terres, ce qui ne fut pas possible sur Hydra.

On sait que l'île était inhabitée au XVe siècle lorsque des Albanais orthodoxes fuyant la conquête ottomane y trouvèrent refuge.

La puissance commerciale et navale[modifier | modifier le code]

L'île présentant peu d'intérêt, elle fut relativement épargnée par la domination ottomane. Son développement naval et commercial commença alors. La première école de marine marchande d'Hydra aurait été fondée vers 1645[4]. Il semblerait que le premier navire véritablement hydriote ait été lancé en 1657.
L'affrontement entre Venise et l'Empire ottoman au XVIIe siècle limita cet essor, jusqu'en 1718 et le traité de Passarowitz.

Dans la première moitié du XVIIIe siècle, Hydra construisit les mêmes navires que les autres îles de l'Égée : le sachtouri (15 à 20 tonneaux) et le latinadiko (40 à 50 tonneaux). Les Hydriotes se contentaient alors de naviguer en Égée, poussant au plus loin jusqu'à Constantinople. Le grand changement survint en 1757, lorsqu'un navire de 250 tonneaux fut lancé. L'île devint alors un port commercial important. En 1771, 50 navires venus de toute la Grèce furent recensés en même temps dans sa rade. En 1781, l'île armait 100 bâtiments[5].
Mais, l'essor commercial d'Hydra était bloqué par l'Empire ottoman, sur plusieurs plans. Les impôts et taxes très lourds exigés par la Porte limitaient les possibilités de développement. La liberté de commerce était elle-même limitée par l'administration ottomane. Les Détroits (Dardanelles et Bosphore) donnant accès à la Mer Noire et au blé des grandes plaines étaient bloqués à la circulation maritime non-ottomane. Le Traité de Kutchuk-Kaïnardji modifia cet état de fait. La Russie obtint de l'Empire ottoman le droit de protéger les Orthodoxes de l'Empire. Cette protection religieuse avait un corollaire commercial : les Hydriotes naviguèrent dès lors sous pavillon russe. Le Traité avait aussi accordé la libre circulation commerciale dans les Détroits. Hydra étendit son aire commerciale : elle allait du Sud de la Russie aux ports italiens d'Ancône et Livourne. Les navires hydriotes se contentaient alors cependant de transporter les marchandises.
À partir de 1785, les armateurs d'Hydra se lancèrent dans l'investissement commercial[6]. Chaque navire devint une petite entreprise commerciale. Très vite, les échanges commerciaux du Levant dépendirent des navires d'Hydra, mais aussi de Spetses et Psara.

Andreas Miaoulis

Pendant les guerres révolutionnaires et napoléoniennes, les navires de commerce d’Hydra brisèrent régulièrement le blocus britannique pour livrer du blé du Péloponnèse à Marseille. La fortune des armateurs de l’île s’accrut considérablement alors. Les bénéfices (partagés équitablement entre les armateurs, les capitaines et les marins) pouvaient alors atteindre 400 % des sommes investies au départ.

La guerre d'indépendance grecque[modifier | modifier le code]

Hydra joua un rôle déterminant lors de la guerre d'indépendance grecque. Elle fournit la plus grande part des navires de la flotte grecque, armés par les grandes familles d'armateurs, comme les Koundouriotis, qui jouèrent un rôle politique important. L'ancien marchand Andreas Miaoulis joua le rôle d'amiral pendant une grande partie de la guerre, au cours de laquelle les brûlots hydriotes firent beaucoup de dégâts à la flotte ottomane.
La rivalité et les intérêts divergents entre les îles d'armateurs et le continent conduisirent souvent à des dissensions, voire des guerres civiles. La nomination de Georgios Koundouriotis au gouvernement entre 1824 et 1826 fut la période où les insulaires eurent le plus d'influence.

Au cours du gouvernement de Ioannis Kapodistrias, l'île fut le centre d'une insurrection contre le pouvoir central, qui aboutit à l'été 1831 à la destruction de la flotte grecque.

Après l'indépendance[modifier | modifier le code]

Après l’indépendance, l’île connut un déclin important ; elle ne sut pas moderniser sa flotte au moment du développement de la marine à vapeur, et son port fut supplanté par ceux nouvellement créés d'Ermoupolis et du Pirée. Elle se reconvertit dans la pêche aux éponges, puis le tourisme.

Personnalités de l'île[modifier | modifier le code]

Personnalités historiques[modifier | modifier le code]

Personnalités contemporaines[modifier | modifier le code]

Le grand poète canadien Leonard Cohen a habité cette île.

Les Journées rébétiques d’Hydra[modifier | modifier le code]

Depuis 2001, l'île d'Hydra accueille, chaque mois d'octobre, les journées rébétiques. Ces journées consistent en une série de conférences de spécialistes internationaux du rébétiko. À chaque session, historiens, musicologues, philologues, sociologues se succèdent sur des thématiques connexes au rébétiko.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marcel Robert, Iles sans voitures, 2013
  2. Pierre Grimal, Dictionnaire de mythologie grecque et romaine, PUF.
  3. III, 59.
  4. Iles grecques, Guide Bleu, Hachette, 1998. p. 185.
  5. Georgios Voyatis, Le Golfe Saronique, p. 164.
  6. On lira avec intérêt la description qu'Adamantios Koraïs donne de l'histoire et de la marine d'Hydra, dans son Mémoire sur l'état actuel de la civilisation dans la Grèce (janvier 1803), p. 26 à 33 : lire en ligne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • R. Matton, Hydra et la guerre maritime (1821-1827), Collection de l'institut français d'Athènes, 1953
  • Chrysavgi K. Arnaoutoglou, Hydra, greek traditional architecture, "Melissa" Publishing House, 1986
  • Alain Roger, Hydra, éloge d'une île, Éditions de L'Harmattan, 2009