Château de Charbonnières (Savoie)

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Château de Charbonnières
Image illustrative de l'article Château de Charbonnières (Savoie)
Période ou style Médiéval
Type Château fort
Début construction XIe siècle
Propriétaire initial Famille de Miolans (?)
Destination initiale Résidence seigneuriale
Propriétaire actuel Commune d'Aiguebelle
Destination actuelle Ruiné
Coordonnées 45° 32′ 18.5″ N 6° 18′ 38.4″ E / 45.538472, 6.310667 ()45° 32′ 18.5″ Nord 6° 18′ 38.4″ Est / 45.538472, 6.310667 ()  [1]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces du Duché de Savoie Maurienne
Région Rhône-Alpes
Département Savoie
Commune Aiguebelle

Géolocalisation sur la carte : Savoie

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Château de Charbonnières

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Château de Charbonnières

Le château de Charbonnières olim castrum carboneria[Note 1], est un ancien château fort, du XIe siècle, remanié au XVIe siècle, dont les vestiges se dressent sur la commune d'Aiguebelle dans le département de Savoie en région Rhône-Alpes.

Le château de Charbonnières fut la résidence ancestral des comtes de Savoie avec Humbert Ier, comte de Maurienne, avant que ceux-ci ne transfèrent leur résidence comtale à Montmélian, puis en 1295 à Chambéry.

La forteresse est ruinée au XVIIIe siècle.

Situation[modifier | modifier le code]

Les ruines du château de Charbonnières sont situées dans le département français de Savoie sur la commune d'Aiguebelle. Le château situé sur un verrou glaciaire fermait l'accès à la vallée de Maurienne[2]. Il s’élevait sur un rocher qui domine le bourg d'Aiguebelle, de près de 80 mètres, et l'Arc. Il commandait la route vers l'Italie, par le col du Mont-Cenis.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Léon Menabrea, dans son ouvrage Les Alpes historiques (1841), indique que le nom carboneria ne proviendrait pas de l'existence d'une charbonnière, mais plutôt d'un vocable militaire qualifiant des fortifications fait de palissades[3].

Héraldique[modifier | modifier le code]

Armoiries Savoie Ancien.svg

Le blason de Charbonnières, qui est l'ancien blason de Savoie, est d'or à l'aigle de sable[Note 2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les romains auraient édifié sur le rocher un oppidum. Le site a probablement été repris par les Wisigoths, puis plus tard par les Sarrasins, qui en auraient élevé les premières fortifications.

On suppose, qu'au début du XIe siècle, la famille de Miolans est vicomte de Maurienne, et que le château à cette époque[4] est en leur possession, avant qu'il ne soit, dès la fin du XIe siècle, entre les mains des comtes de Maurienne.

Le château est cité dès 1023[5],[Note 3], et il est mentionné, le 10 mars 1044[6],[7], dans une charte, datée du château de Charbonnières, dans laquelle un clerc, Aimon, fils de Hugues, fait donation de l’église de Voglans aux moines de la Novalaise.

Amédée Ier de Savoie (né vers 1016-†1051), Othon Ier de Savoie (né vers 1023-†19 mars 1060), qui résida alternativement au château d'Aveillane (Suse) et Amédée II de Savoie (né vers 1050-†vers le 26 janvier 1080), y seraient nés. Ils devaient résider sur une terre, qu'ils possédaient, à proximité du château, rive droite de l'Arc, située au hameau des Durnières. Le comte Thomas Ier de Savoie naît au château, en 1177[6], et, Philippe Ier de Savoie, en 1207[6].

Le château aurait accueilli le premier atelier monétaire des comtes de Savoie. Des deniers, deniers au type d'Aiguebelle, imitant les monnaies des évêques de Viennois y auraient été frappés sous le règne d'Othon Ier[8],[Note 4].

Le château de Charbonnières resta, malgré le déplacement du centre des États de Savoie vers le nord-ouest, Montmélian, puis Chambéry, une place forte d'importance dans laquelle les comtes se rendaient fréquemment. C'est au château que fut signé, par Pierre II de Savoie, une charte, le 8 avril 1266, établissant à Saint-Michel-de-Maurienne une foire et un marché hebdomadaire.

Aiguebelle fournit, en 1355, à Amédée VI de Savoie, dix hommes à cheval et deux cents hommes à pieds, ce qui démontre l’importance de la place forte de Charbonnières.

Elle est le siège de nombreuses batailles lors des différentes invasions françaises ou espagnoles des États de Savoie. Ainsi, en 1536[9],[6], lors de l'entrée en Savoie des troupes de François Ier, la place est en grande partie détruite par le feu.

Au XVIe siècle, Emmanuel-Philibert de Savoie fait remettre en état la place forte, dans le cadre de la restauration de ses États, après l'occupation de ceux-ci de 1536 à 1559, et en fait une véritable forteresse en la dotant de fortifications.

Les troupes de Lesdiguières et son gendre Créquy, en juin 1597[9], lors de l’invasion de la Savoie, mettent le Siège devant Charbonnières. La garnison forte seulement de 50 hommes se rend au bout de 8 jours. Le duc Charles-Emmanuel Ier de Savoie la reprend le 7 mars 1598[9].

Lors de la Guerre franco-savoyarde de 1600-1601, après avoir pris Chambéry et mis le siège devant Montmélian, les troupes d'Henri IV, qui dit de Charbonnières comme étant « une place dont on n'aurait pas bon marché », pénétrèrent en Maurienne et se dirigèrent sur Aiguebelle.

Il ne restait plus comme défense que la place forte de Charbonnières, position clé de la Maurienne ; située dans les gorges étroites qui s'étendent au pied des montagnes jusqu'au Mont-Cenis. « Ce château eft bâti sur l'Ifère, au sommet d'un rocher inacceffible de toutes parts excepté par un fentier étroit qui conduit à la Porterie ».

Créquy et Abel de Bérenger de Morges[10] furent détachés avec leurs troupes pour investir le fort d'Aiguebelle. Leur rapidité d'action faillit surprendre la garnison qui songeait à brûler le poste, de peur que les troupes françaises y logent. Le marquis de Rosny fit mettre en batterie 10 gros canons et 2 plus petits, sur les sommets dominant le château, qui tirèrent 637 coups avant que la garnison, commandée par Humbert de Saix, sans espérance d'être secourue, demanda à capituler « en lui accordant vies & bagues fauves ; du reste on convint qu'elle fotiroit de la place, mêches éteintes & fans drapeaux »[11].

Le 2 septembre, la capitulation du fort de Charbonnières fut signée, mais « ce qu'il y avait de plus brave parmi les affiégés, ayant refufé de l'accepter, comme n'étant pas affez honorable, on recommença à battre la place, qui fe rendit auffi-tôt après »[11]. La place se rend le 19 septembre 1600[6].

La forteresse au sortir du conflit est très endommagée, en grande partie reconstruite, elle sera prise à nouveau par les armées du maréchal de Créquy en 1630[9],[6]. Le 12 juin 1630, Créquy en prépare l'attaque et après avoir disposé ses canons, le 19 juin 1630, la place est bombardée. Après avoir reçu une trentaine de coups de canon, la garnison forte de 200 hommes, se rend. Créqui en informe Richelieu en ces termes : « Je n'ai pas cru devoir arrêter à aucune de leurs demandes pourvu que j'entrasse dans la place »[12]. La garnison est autorisée à regagner le Val-d'Aoste via le col du Petit-Saint-Bernard.

La paix revenue, le duc y nomme un châtelain, qui réside dans la place. Commandant, il perçoit un revenu de à 3 000 Livres, et à la charge de six archers et de quatre gardes qui composent le corps de surveillance, et tenu, en cas d'alerte, d'en augmenter l'effectif. Il surveille également la perception des impôts, dont les droits de péage perçus sur les marchandises qui transitent à destination de la France, la Savoie et l'Italie.

Vers 1643[13], le gouverneur de la place est le comte Centorio Gagnoli.

Cette courte période de tranquillité s'achève, en 1690[9], lors d’une nouvelle invasion française. La forteresse et sa garnison forte de 300 hommes cède devant les forces du marquis de Saint-Ruth. Réparée sommairement, en 1713, après le Traités d'Utrecht, en 1730, la mappe sarde, ne fait état d'aucune construction sur le site.

En janvier 1743[9], alors que la Savoie est occupée par les troupes espagnoles, le château subit un dernier siège. Il est anéanti sous le tir de milliers de boulets, enseveli sous ses propres décombres. Charles-Emmanuel III qui avait dirigé personnellement la résistance, est contraint de se retirer au fond de la Haute-Maurienne et de laisser le pays conquis à l'exaction des Espagnols. La forteresse ne sera jamais relevée.

Les ruines furent la possession un temps du premier beau-père du président tunisien Bourguiba, jusqu’à ce qu’elles soient acquises par la municipalité[9], et le site aménagé.

Description[modifier | modifier le code]

Une gravure du château tel qu’il était, en 1602, réalisée par Chastillon, en montre l'aspect imposant. La forteresse s'élevait sur l’esplanade qui couronne le rocher de Charbonnières, défendu par un rempart épousant les contours du rocher et qui descendait jusqu’à une tour carrée de six mètres de côté environ.

En 1860 Camille Foray décrivit Charbonnières : « Revêtu d'un appareil de petits contreforts à l'extérieur, le mur de rempart est construit avec des moellons ordinaires pris sur place. L'entrée du fort est défendue par deux tours surmontées d'un ouvrage en crénelure allongée. En 1840 on voyait encore le sous-pied de dalles grossières sur lequel tombait la herse en fer. Élevé à quatre-vingt mètres au-dessus de la vallée, le château comportait une citerne alimentée par les eaux de l’Arc coulant à ses pieds et les infiltrations à travers les parois latérales du cône tronqué dans lequel elle est creusée. Son entrée devait être protégée par une construction, car en 1748, lors de l'inventaire on livre au seigneur châtelain Brunier, douze clés dont celle de la citerne ».

À l'origine, le château primitif devait comprendre, le donjon construit sur une butte artificielle, une tour à signaux, la citerne, que l'on dit avoir été creusée par les Sarrazins et qui devait s'alimenter en eau directement dans l'Arc, et, l'église castrale « Saint-Laurent du Château », citée dans un acte de 1139[9],[14].

On voit encore aujourd’hui les traces des fossés, l’ancienne poudrière à l’intérieur du long rempart qui domine la route départementale et l’Arc, la citerne en partie comblée et l’orifice du puits, constructions des XVIIe et XVIII siècles et qui datent de la dernière remise en état. Un chemin, depuis le lac situé au pied du rocher, permet de gagner, à pied, le sommet de ce dernier.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Une charte de l'an 1040, 1045, indique « Actum infra castrum qui Carboneria dicitur » Jean Prieur, « La Basse Maurienne. 2. Le patrimoine fortifié », www.sabaudia.org (consulté le 20 novembre 2011). Site des Archives départementales de la Savoie et de la Haute-Savoie - Sabaudia.org.
  2. Ce blason est celui des rois de Bourgogne que le comte Amédée III abandonnera.
  3. Selon Salch, le château serait cité en 1043, Charles-Laurent Salch, Dictionnaire des châteaux et des fortifications du Moyen Âge en France,‎ 1987, 1304 p. (ISBN 2865350703), p. 5
  4. On en a découvert un exemplaire dans la commune voisine de Aiton, Demario-Prieur 2002, p. 11.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Coordonnées trouvées sur Géoportail (France).
  2. Raoul Blanchard, Les Alpes occidentales, 1943, p. 276.
  3. Léon Menabrea, Les Alpes historiques, 1841, p. 221-222.
  4. Demario-Prieur 2002, p. 11-13.
  5. Demario-Prieur 2002, p. 7.
  6. a, b, c, d, e et f Georges Chapier 2005, p. 140-144.
  7. Philippe Demario et Jean Prieur mentionne la date de 1042, Demario-Prieur 2002, p. 11.
  8. Luigi Simonetti, Monete italiane medioevali et moderne, Casa Savoia, Parte 1, Ravenne, 1967.
  9. a, b, c, d, e, f, g et h Michèle Brocard 1995, p. 18.
  10. Généalogie des seigneurs drome des collines.
  11. a et b Histoire universelle, Volume 9 par Jacques-Auguste de Thou.
  12. Archives des affaires étrangères sardes, XII, feuillet 231.
  13. Michèle Brocard 1995, p. 133
  14. Michèle Brocard, Elisabeth Sirot, Châteaux et Maisons Fortes Savoyards, Éd. Le Coteau : Horvath, 1986, p. 22.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Michèle Brocard 1995] Michèle Brocard (ill. Edmond Brocard), Les châteaux de Savoie, Yens-sur-Morges, Éditions Cabédita, coll. « Sites et Villages »,‎ 1995, 328 p. (ISBN 978-2-88295-142-7), p. 18.
  • [Philippe Demario - Jean Prieur 2002] Philippe Demario et Jean Prieur, La Maurienne médiévale : châteaux et maisons fortes, églises et chapelles, Alan Sutton, coll. « Passé simple »,‎ 2002, 95 p. (ISBN 978-2-84253-805-7), p. 11-13.
  • [Georges Chapier 2005] Georges Chapier, Châteaux Savoyards : Faucigny, Chablais, Tarentaise, Maurienne, Savoie propre, Genevois, Éditions La Découvrance, coll. « L'amateur Averti »,‎ 2005, 410 p. (ISBN 978-2-8426-5326-2), p. 140-144.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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