Homosexualité en Inde

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L’homosexualité est généralement considérée comme un sujet tabou par la société civile et par le gouvernement en Inde. D'après une estimation de l'Organisation nationale de contrôle du sida (NACO), il y a deux millions cinq cent mille homosexuels masculins en Inde[1]. Une discussion publique sur l'homosexualité en Inde est freinée par la rareté des discussions ouvertes sur la sexualité quelle que soit sa forme. Cependant, les attitudes envers l'homosexualité ont légèrement changé depuis quelques années. Il y a eu en particulier plus de représentations de l'homosexualité dans les médias d'information indiens[2],[3],[4] et à Bollywood[5].

La religion a joué un rôle significatif dans la formation des coutumes et traditions en Inde. Alors que l'homosexualité n'était pas mentionnée explicitement dans les textes religieux fondamentaux de l'hindouisme, la religion la plus pratiquée en Inde, quelques interprétations ont été vues comme condamnant l'homosexualité[6]. Les spécialistes divergent dans leur vision de la position de l'homosexualité au sein des principales traditions religieuses de l'Inde. Des arguments ont été avancés pour dire que l'homosexualité avait été présente et acceptée dans l'ancienne société hindoue[7].

Le Kâma-sûtra, qui est un des trois traités (shastra) orthodoxes brahmaniques, ne condamne pas l'homosexualité (féminine ou masculine), mais la considère et en évalue les possibilités, sans aucun tabou de principes : selon Alain Daniélou, hindou shivaïte et lui-même homosexuel, l'homosexualité est devenue un « problème » en Inde il y a mille ans, lors des invasions islamiques et de l'occupation mahométane, mais aussi par la suite sous l'influence coloniale des Occidentaux chrétiens et puritains.

Histoire et religion[modifier | modifier le code]

Un prince indien et son jeune amant attendent un groupe de concubines (non visibles sur cette photo) ; détail d'une miniature moghole, XVIIIe ou XIXe.
Les naiká comme amants de toutes les créatures. Kotah State Rajasthan (1780). À l'extrême gauche au centre on peut voir deux femmes enlacées utilisant un godemiché


Les Lois de Manu, qui rassemblent les plus anciens codes de conduites à suivre par les Hindous, incluent des mentions de pratiques homosexuelles, mais seulement comme quelque chose à réguler. Bien que l'homosexualité fasse partie des pratiques sexuelles, elle n'était pas toujours bien acceptée [réf. nécessaire]. Des châtiments étaient prescrits par les Lois de Manu pour le comportement homosexuel. Toutefois, les Lois de Manu, jusqu'à la colonisation britannique, n'étaient pas appliquées comme peut l'être un code pénal moderne: il s'agissait plutôt de modèles de conduites, optionnels par nature, et qui plus est dirigé principalement vers les brahmanes[8].

Par exemple, le verset qui renvoie aux relations sexuelles entre une femme vierge et une femme plus âgée disent : « ... Une femme qui pollue une pucelle aura sans délai (la tête) rasée ou deux doigts coupés, et devra chevaucher (dans la ville) un âne »[9], suggérant une punition sévère. Toutefois, le verset qui fait référence aux relations sexuelles entre deux vierges suggère un châtiment relativement plus léger : « Une pucelle qui pollue (une autre) pucelle doit payer deux cent (panas), payer le double de sa dot, et recevoir dix (coups de) baguette »[10].

Ces dispositions, citées hors contexte, semblent homophobes, mais en fait elles ne concernent pas le genre des partenaires mais la perte de la virginité qui rend une jeune fille indigne de se marier. Il n'y a pas de peine prévue pour deux femmes non vierges qui ont des relations sexuelles.

Les punitions prévues pour les hommes étaient moins sévères : « ... une offense contre nature avec un homme, est déclaré causer la perte de la caste (Gatibhramsa) »[11]. « ... Un homme qui commet une offense contre nature avec un homme... devra se baigner, vêtu de ses habits »[12]. Le châtiment semble extrêmement doux, étant donné qu'on pense que la plupart des villageois prenait ainsi son bain.

La version traduite non censurée du classique indien Kâmasûtra[13] aborde sans ambiguïté ou hypocrisie tous les aspects de la vie sexuelle - y compris le mariage, l'adultère, la prostitution, la sexualité de groupe, le sadomasochisme, l'homosexualité féminine et masculine, et le cross-dressing. Le texte révèle une Inde dont l'ouverture à la sexualité a permis de développer de manière considérable l'expression de l'érotisme.

Culture LGBT en Inde[modifier | modifier le code]

Statut légal[modifier | modifier le code]

Les relations homosexuelles sont légalement encore un crime en Inde, un statut qui date de l'ère de la domination britannique. La section 377 du Code pénal indien (en) de 1860 criminalise les « relations charnelles contre l'ordre de la nature ». La nature vague de cette législation a eu pour résultat de viser de nombreuses pratiques sexuelles, comme la fellation, la sodomie, etc. Les châtiments vont de dix ans de prison à la prison à vie.

« Quiconque a volontairement une relation charnelle contre l'ordre de la nature avec un homme, une femme ou un animal, sera puni de prison à vie, ou d'un emprisonnement allant jusqu'à dix ans, et sera aussi redevable d'une amende »[14]

La Haute Cour de Delhi a jugé, le 2 juillet 2009, que l'article 377 du Code pénal constituait « une violation des droits fondamentaux ». Si cette décision n'a juridiquement d'effet qu'à Delhi, elle a toutefois incité le gouvernement à programmer une réunion interministérielle sur le sujet, et l'article, qui n'était déjà pas souvent appliqué, pourrait ne plus l'être du tout sur l'ensemble du territoire[15],[16].

Le 11 décembre 2013, la Cour suprême d'Inde déclare les relations homosexuelles comme étant illégales et non contraires aux droits fondamentaux. Ainsi de fait, la restauration de la section 377 du code pénal indien criminalise à nouveau l'homosexualité.

Aucun des grands partis politiques indiens n'a mentionné les droits des homosexuels dans son manifeste ou lors de tribunes. Cependant, l'un des membres du bureau du Parti communiste d'Inde (marxiste), Brinda Karat, a écrit une lettre ouverte en 2003 au ministre de la justice d'alors, Arun Jaitley, pour demander l'abolition de la section 377 du code pénal indien[17]. En 2006, une lettre ouverte signée par de nombreuses personnalités indiennes comme Amartya Sen, Arundathi Roy ou Vikram Seth demandait l'abrogation de cette loi[18].

Reconnaissance des couples homosexuels[modifier | modifier le code]

La loi indienne ne reconnaît aucun couple de même sexe. Lors d'une récente visite du premier ministre canadien Paul Martin en Inde, une journaliste a demandé au premier ministre indien Manmohan Singh ce qu'il pensait de la nouvelle loi autorisant le mariage gay au Canada. Sa réponse fut qu'« il n'y aurait pas beaucoup d'enthousiasme pour une telle loi en Inde », et il continua en soulignant les différences culturelles entre les deux sociétés.

Le corps religieux suprême des Sikh, l'Akal Takht, a rendu un édit condamnant le mariage homosexuel et a demandé aux Sikhs vivant au Canada de ne pas soutenir ou permettre de mariages homosexuels dans les Gurdwârâs. En 2005, deux femmes non nommées d'Hyderabad demandèrent au Darul Qaza, une cour islamique, une fatwa leur permettant de se marier, mais une telle autorisation leur fut refusée. Aucune des principales églises chrétiennes en Inde ne permet le mariage homosexuel.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en)Kounteya Sinha, « Legalise homosexuality: Ramadoss », sur The Times of India,‎ 9 août 2008
  2. (en)Dhananjay Mahapatra, « UN body slams India on rights of gays », sur The Times of India,‎ 24 avril 2008
  3. (en)« Fear and loathing in gay India », sur BBC News,‎ 17 mai 2005
  4. (en)« Why should homosexuality be a crime? », sur The Times of India,‎ 18 septembre 2003
  5. (en)« Queering Bollywood », sur media.opencultures.net
  6. (en)« Homosexuality and Hinduism », sur religionfacts.com
  7. Ruth Vanita et Saleem Kidwai, Same Sex love in India (MacMillan, Delhi, 2000)
  8. Voir David Annoussamy, Le droit indien en marche, Société de législation comparée, 2001 (par ex. chap. II, p. 27-39, sur les Codes anciens ; et cette Fiche de synthèse sur le droit indien, Jurispolis.
  9. Lois de Manu, chapitre 8, verset 370. Texte en ligne
  10. Lois de Manu, chapitre 8, verset 369. Texte en ligne
  11. Lois de Manu, chapitre 11, verset 68. Texte en ligne
  12. Lois de Manu, chapitre 11, Verset 175. Texte en ligne
  13. Le Kama Sutra complet par Alain Danielou
  14. Indian Penal Code [PDF]
  15. « L'Inde s'oriente vers la dépénalisation de l'homosexualité », sur Le Monde,‎ 2 juillet 2009
  16. « L'Inde vers une dépénalisation totale de l'homosexualité », sur tetu.com,‎ 2 juillet 2009
  17. (en)Siddharth Narrain dans Frontline, « A battle for sexual rights », sur hinduonnet.com,‎ numéro 10, du 7 au 20 mai 2005
  18. (en)Randeep Ramesh, « India's literary elite call for anti-gay law to be scrapped », sur The Guardian,‎ 18 septembre 2006

Articles connexes[modifier | modifier le code]