Droits LGBT en Turquie

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Manifestation pour les droits LGBT en Turquie, à Istanbul en 2008.

Les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT, altersexuels) en Turquie font face à des difficultés que n'ont pas les habitants non-LGBT. L'homosexualité n'est pas illégale dans la république turque, mais elle reste un sujet tabou dans le discours public dans une société majoritairement musulmane[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les militants LGBT turcs ont créé le Parti vert radical démocrate pour défendre plusieurs causes comprenant le soutien des droits LGBT. Plusieurs de ses membres ont participé à une grève de la faim en 1987 pour protester contre le harcèlement policier contre les citoyens LGBT.

En 1988, le code civil est amendé pour permettre aux transgenres de changer de sexe, sous autorisation médicale. Dans les années 1990, le mouvement LGBT lutte contre l'interdiction gouvernementale de tenir des conférences LGBT. L'association Lambdaistanbul fut créée dans ce but. En 1994, le Parti de la liberté et de la solidarité interdit la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre au sein du parti et nomme Demet Demir, un porte-parole de la communauté[2] comme premier candidat trangenre aux élections municipales à Istanbul.

En 1996, la Cour suprême annule une décision d'une cour moins élevée et enlève un enfant à sa mère lesbienne, pour le motif que l'homosexualité est "immorale". Alors que la violence dirigée contre les personnes LGBT s'accroit et que le gouvernement impose une censure sur ces sujets, la volonté de la Turquie de rejoindre l'Union européenne a poussé le gouvernement à accorder une reconnaissance officielle à des organisations LGBT, à mieux respecter la liberté d'expression et la liberté de la presse et à assurer des droits aux personnes LGBT dans la loi. Des manifestations autour de sujets LGBT (conférences, réunions) se tiennent régulièrement depuis, surtout à Istanbul et à Ankara. En 2006, plusieurs universités acceptent des associations et des sociétés LGBT.

Législation[modifier | modifier le code]

Code pénal[modifier | modifier le code]

Les relations homosexuelles entre adultes consentants et en privé ne constituent pas un crime en Turquie. La majorité sexuelle pour les hétérosexuels comme pour les homosexuels est de 18 ans. Le code criminel contient aussi de vagues interdictions contre "l'exhibitionnisme en public" et les "outrages à la morale publique" qui sont utilisées pour harceler les personnes gay et transgenres.

L'article 428 interdit les livres, les chansons, la littérature et toute production "obscènes" et "indécents"[3]. Le film Le Secret de Brokeback Mountain a pu être diffusé dans certains cinémas, mais le ministre turc de la culture a exigé que le film soit interdit aux moins de dix-huit ans[4], comme dans plusieurs autres pays. Plusieurs livres à thématique gay ont été publiés récemment. En 1997, Hammam sort au cinéma. Dépeignant l'histoire d'amour entre un homme marié italien et un adolescent turc, ce film obtient un succès international et passe même à la télévision. LA chaîne turque Digiturk a diffusé la série Queer as Folk, et la chaîne CNBC-e a diffusé Six Feet Under et Angels in America. Le festival de cinéma !F Independent Film Festival a lieu tous les ans à Istanbul.

Il faut aussi ajouter que la culture de crime d'honneur a encore cours dans certaines familles turques, assassinant des membres (souvent de sexe féminin) dont le comportement est jugé immoral. La mort d'Ahmet Yildiz, 26 ans, est le premier exemple connu de victime gay de crime d'honneur [5]. La police et la justice répugnent à enquêter sur la violence et les meurtres commis dans de telles circonstances.

Loi militaire[modifier | modifier le code]

En Turquie, le service militaire obligatoire s'applique à tous les citoyens de sexe masculin entre 18 et 41 ans. Cependant, l'armée turque discrimine ouvertement les homosexuels et les bisexuels en leur interdisant de servir dans l'armée. Par ailleurs, la Turquie -en violation de ses obligations envers la Convention européenne des droits de l'homme ne reconnaît pas l'objection de conscience au service militaire[6]. Des objecteurs se déclarent donc "malades" et doivent d'après Human Rights Watch subir des examens humiliants pour "prouver" leur homosexualité[7].

Protection contre les discriminations[modifier | modifier le code]

Il n'existe aucune loi pour protéger les personnes LGBT des discriminations à l'embauche, à l'éducation, au logement, aux soins, aux services publics ou au crédit.

Législation de la famille[modifier | modifier le code]

La Turquie ne reconnaît pas le mariage homosexuel, l'union civile ou les partenariats domestiques. Le conseil d'état turc a décidé que les homosexuels ne pouvaient pas avoir la garde d'enfants, mais ce n'est pas inscrit dans la loi.

Visibilité et conditions de vie[modifier | modifier le code]

L'altersexualité n'est donc pas pénalisée en Turquie et une Gay Pride est organisée chaque année à Istanbul, rassemblant quelque 5000 personnes. Mais le sujet provoque encore des crispations, des phénomènes de rejet, des violences, voire des actes criminels. De grandes disparités, dans l'acceptation et la visibilité des homosexuels, existe entre les différentes régions et milieux sociaux.

La classe politique turque s'illustre régulièrement par des sorties homophobes. En 2010, le ministre chargé des Femmes et de la Famille déclare ainsi que « l’homosexualité est une erreur biologique et devrait être traitée ». Le porte-parole de Recep Tayyip Erdoğan avait auparavant marqué son refus que les personnes homosexuelles deviennent membres de son parti. Dengir Mir Firat, député et vice-président de l'AKP estimait quant à lui que « les droits des LGBT seront peut-être protégés au XXIIe siècle » mais qu'il n'en était pas question pour l'instant. La télévision relaie cette idéologie, puisque la représentation de l'homosexualité n'y est pas encouragée. Une chaîne de télévision fut poursuivie pour avoir diffusé une scène tirée de Sex and the City 2. La séquence représentait un mariage entre deux hommes et portait atteinte, selon le Conseil supérieur de la radio et de la télévision, aux « valeurs nationales et spirituelles »[8].

Les altersexuels font donc régulièrement l'objet de discriminations, tantôt affichées, tantôt insidieuses, dans les domaines du droit au logement, dans leur milieu professionnel, dans l'accès aux soins, dans l'éducation, ainsi que dans leur rapport avec la justice ou la police[9]. L’article 125 de la loi sur la fonction publique, qui interdit les « comportements immoraux et déshonorants », autorise indirectement la révocation des agents publics homosexuels.

Le sort des personnes transsexuelles reste particulièrement difficile. 89 % d’entre elles disent avoir fait l'objet de violences policières durant une garde à vue[10]. En 2006, une note interne de la police encourageait les policiers à rechercher les « travestis » sur la voie publique, à les verbaliser ou à les arrêter[11]. Les personnes transsexuelles ont également l'objet de harcèlement afin de les voir quitter certains quartiers bourgeois, pour les "contenir" à des endroits moins prisés.

Néanmoins, deux chanteurs transgenres fortement appréciées en Turquie, ont, par leur personnalité, contribué à faire accepter l'altersexualité dans ce pays : Zeki Müren et Bulent Ersoy. Fortement apprécié des Turcs sans distinction, l'artiste classique Zeki Müren a adopté une garde-robe féminine, une coiffure sans équivoque (chignon), un maquillage prononcé (fard pâle et rouge à lèvres flamboyant) vers la fin de sa vie.

Bulent Ersoy, surnommé en Turc "la Diva", a quant à lui, subi une opération de changement de sexe dans les années 1980 (tout en gardant son prénom masculin originel). Il s'est également marié deux fois, dont dernièrement le 7 juillet 2007, avec un participant de l'émission de télé-crochet Popstar Alaturka, de près de 32 ans son cadet, Armağan Uzun.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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