Hijra (Inde)

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Hijra à Goa en Inde.

Hijra (हिजड़ा en devanagari ; ہجڑا en ourdou ; হিজড়া en bengali , ಹಿಜಡಾ en kannada , హిజ్ర en télougou , ਹਿਜੜਾ en pendjabi , ହିନ୍ଜଡା en oriya) désigne dans la culture indienne un individu considéré comme n'étant ni un homme ni une femme.

Le terme hijra désigne également la caste ou communauté regroupant les hijras.

Aucun recensement fiable n'existe sur le nombre d'hijras en Inde, mais on estime qu'ils sont environ entre 500 000 et un million[1]. Ce sont biologiquement des hommes qui ont été émasculés pendant l'enfance ou l'adolescence, mais certains sont intersexués ou biologiquement des femmes[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les hijras existent depuis plusieurs siècles. Sous l'empire britannique, ils étaient désignés à tort comme eunuques, eux-mêmes ne se considérant ni comme des hommes ni comme des femmes, mais comme des individus asexués.[réf. nécessaire]

Les Hijra ont pour titre traditionnel celui de Tritîyâ Prakriti, « troisième Nature », incarnant à leur façon le Seigneur Ardhanari ; les Tritîyâ-Prakriti ne sont pas castrés chez les hindous (pratique interdite par l'Union indienne) et seuls ceux qui s'occupaient de la surveillance des harem d'autrefois (des conquérants musulmans) l'étaient ; ils ne sont pas non plus forcément homosexuels ou prostitués et ont un puissant pouvoir et caractère sacrés selon l'hindouisme orthodoxe[2].

Place dans la société[modifier | modifier le code]

Les hijras sont considérés en Inde avec respect et méfiance. Respect, car leur castration est très symbolique par le fait que l'individu mâle est celui par qui la famille est perpétuée et leur castration leur confère un pouvoir de fertilité pour les hindous. C'est pour cette raison qu'ils assistent, contre rémunération, à des mariages et ainsi assurent que le couple soit fertile. La méfiance vient du fait qu'ils sont également considérés comme capables de jeter le "mauvais œil". Ainsi, quand ils sont en colère, ils frappent leurs mains fortement pour effrayer la population car le claquement des mains rappelle le claquement des corps durant un rapport sexuel[3].

Depuis la colonisation de l'Inde par le Royaume-Uni, la perception des hijras a changé et une partie de la population les méprise pour des raisons homophobes. Ce changement de perception par la société pousse certains à s'identifier comme femme et non comme asexué. Beaucoup pratiquent le travail du sexe.

Fête[modifier | modifier le code]

Une grande fête réunit chaque année les hijras de l'Inde. Elle se déroule à la pleine lune, fin avril, dans le village de Koovagam, à 200 km au sud de Madras. Ils viennent y revivre un épisode du Mahâbhârata. La légende veut qu'à la veille d'une bataille, le clan des Pandavas ait consulté un astrologue. Celui-ci leur avait prédit la victoire à condition qu'ils sacrifient un homme parfait.

Il n'y en avait que trois : le dieu Krishna, Arjuna, le chef des Pandavas, et son fils Aravan. Les deux premiers étant indispensables, Aravan accepta de se sacrifier, mais exigea de pouvoir d'abord se marier et de consommer son mariage, au moins pour une nuit. Aucune candidate ne s'étant proposée pour une si brève union, le dieu Krishna prit une forme féminine pour satisfaire le vœu d'Aravan qui fut décapité le lendemain matin, assurant ainsi la victoire de son camp.

Les eunuques s'identifient à la forme féminine de Krishna et viennent chaque année commémorer cet épisode par un mariage symbolique dans le petit temple décrépit de Koovagam, dédié au dieu local Koothandavar, considéré comme une incarnation d'Aravan.

La fête dure deux jours ; elle commence par le mariage célébré par un prêtre Hindou qui noue autour du cou des Hijras, parées de leurs plus beaux atours, le cordon nuptial appelé "Thali". Les mariées vont ensuite déposer une offrande aux pieds de la divinité avant de se livrer à des danses et à des chants pendant toute la soirée sous l'œil des visiteurs venus souvent en famille. Les Hijras choisissent alors un homme avec qui passer la nuit, en mémoire au mythe du Mahabharata[3]. Le lendemain matin, les hijras considérées comme veuves reviennent pleurer leurs maris.

Communauté[modifier | modifier le code]

Les hijras forment des communautés très structurées, les chelas (disciples) autour de guru. Une parenté fictive s'y organise. La dépendance financière paraît être la clé de voûte de l'organisation du groupe. Tout est payé, les chelas qui rapportent le plus (par leur habileté de musiciens ou de danseurs, la mendicité ou la prostitution) sont achetés et revendus de guru en guru. Le chela peut avoir à reverser la totalité de ses revenus au guru et la circulation de dettes accumulées, et sans cesse grandissantes, prend parfois des proportions phénoménales. Enfin, quand il se marie avec un homme, il partage sa vie et continue à travailler pour sa communauté, où son statut est amélioré par ce mariage.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dictionnaire de l'Inde sous la direction de Catherine Clémentin-Ojha, Christophe Jaffrelot, Denis Matringe et Jacques Pouchepadass, p.237
  2. Les Kâma-Sûtra, Vâtsâyana, traduit et présenté par Jean Papin, éditions Zulma
  3. a et b Des saris et des hommes. Film documentaire de Thomas Wart­mann (Between the li­nes, All, 2006). 95 min.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Zia Jaffrey, Les derniers eunuques : en Inde avec les hijras, Payot, novembre 2003, (ISBN 2228898023).
  • (en) Serena Nanda, Neither Man Nor Woman : The Hijras of India, Wadsworth Publishing Company, seconde édition novembre 1998 (ISBN 9780534509033). 1990 Ruth Benedict Prize.

Photographie[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]