Homosexualité dans le bouddhisme

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Cet article expose la position du bouddhisme à l'égard de l'homosexualité.

Dans les textes[modifier | modifier le code]

Pour les laïcs[modifier | modifier le code]

On ne trouve pas de texte bouddhiste condamnant spécifiquement l'homosexualité. Le bouddhisme conseille une conduite sexuelle éthique. Le troisième des « cinq préceptes » (pañca-sila) concerne l'abstention de toute « mauvaise conduite sexuelle » et plus généralement de garder la maîtrise des sens (en pali, langue des textes Theravada: « Kamesu micchacara veramani sikkhapadam samadiyami », qui peut également s'appliquer aux plaisirs des sens). Les cinq préceptes sont des règles de base pour la vie des hommes et femmes laïcs ayant pris refuge dans le Bouddha, le Dharma et la Sangha [1]. L'homosexualité n'est donc pas explicitement blâmée, la « conduite sexuelle éthique » étant une expression générale, pour le bouddhisme l'essentiel est de ne pas s'engager dans des actions ayant pour conséquence la souffrance d'autrui ou de soi-même.

Dans les « huit préceptes » (attha-sila), le troisième est étendu à une interdiction complète de toute activité sexuelle.

Pour les moines[modifier | modifier le code]

Le seul domaine où le bouddhisme aborde directement la question des pratiques sexuelles est celui des règles monastiques, qui concernent les moines, hommes et femmes, mais pas les adeptes laïcs : « Si un moine pratique l'acte sexuel dans ce passage (l'anus, mais aussi les organes génitaux ou la bouche), même si la pénétration ne dépasse pas la taille d'un grain de sésame, il est coupable d'une faute ». Cette faute considérée comme grave (parajika 1) entraîne l'expulsion du Sangha (Vinaya, 1).

Les sources de la morale bouddhique[modifier | modifier le code]

La morale bouddhique s'écarte assez sensiblement de celle du brahmanisme qui lui était contemporain. Si Bernard Sergent[2], un élève de Georges Dumézil, a prétendu que l’homosexualité était mis sur le banc dans le brahmanisme, rien de probant n’a été trouvé à cet égard : au contraire, le kâmasûtra, qui est un des trois traités (shastra) brahmaniques orthodoxes, en parlent ouvertement, sans aucun tabou de principe [3]. En compulsant une version française du Dharma Shastra, on a pu trouver deux attestations contradictoires. Dans un cas, celui qui faute perd sa caste. Dans l’autre un petit bain rituel suffit à la racheter. Ce qui n’est pas sans rappeler certains passages du Lévitique chez les hébreux.

Il existe plusieurs versions des « dix actes négatifs » dont parle la religion du Bouddha. Dans la plus succincte on ne doit pas voler le partenaire d’un autre, ne pas avoir de relations sexuelles à proximité de lieux ou d’édifices religieux tandis que dans les versions extensives on retrouve quelque chose de très semblable à la défense chrétienne de s’unir en ayant recours aux « vases » qui ne conviennent pas (sodomie au sens moderne).

Il faut ajouter à cela que la pédérastie qui fut en usage dans certaines sectes monastiques japonaises et qui aurait été constatée par François Xavier, au milieu du XVIe siècle, constitue manifestement une pratique incompatible avec la morale monastique bouddhique originelle. D'après Éric Rommeluère : « Les moines étaient généralement issus de la noblesse et de la classe guerrière où les amours pédérastes, perçues comme un raffinement culturel, étaient tenues en haute estime alors que les relations entre hommes et femmes étaient le plus souvent dévalorisées. […] L'exemple japonais reste bien entendu marginal […] »[4]

Interprétation dans le bouddhisme theravāda[modifier | modifier le code]

D'après A. L. De Silva[5], dans le Theravada, l'homosexualité doit être jugée de la même manière que l'hétérosexualité. Le cas de l'homme et de la femme laïcs où il y a consentement mutuel, où l'adultère n'est pas impliqué et où l'acte sexuel est une expression de l'amour, du respect, de la fidélité et de la chaleur humaine, ne contredit pas le troisième précepte. Il en va de même quand les deux personnes sont du même genre. Ajahn Brahm exprime le même point de vue[6] opposé à toute discrimination : selon les préceptes de l'éthique bouddhique, un homosexuel fidèle à son partenaire est moralement supérieur à un hétérosexuel infidèle.

De même la promiscuité, la débauche et la négligence pour les sentiments d'autrui rendraient un acte sexuel incorrect qu'il soit hétérosexuel ou homosexuel. Tous les principes par lesquels est habituelllement évalué un rapport hétérosexuel permettent également d'évaluer un acte homosexuel. Dans le bouddhisme Theravada, ce n'est pas l'objet du désir sexuel qui détermine si un acte sexuel est incorrect ou pas, mais plutôt la qualité des émotions et des intentions impliquées.

Sociétés bouddhistes[modifier | modifier le code]

Les sociétés imprégnées par le bouddhisme sont souvent des sociétés « traditionnelles ». L'interprétation du troisième précepte peut ainsi être plus ou moins tolérante selon les lieux, les époques, et les écoles du bouddhisme.

Sociétés traditionnelles[modifier | modifier le code]

On peut dire que la sexualité homosexuelle n'est pas explicitement condamnée par les sociétés bouddhistes, ce qui explique l'impression de tolérance ressentie en Asie du Sud-Est. La société est peu critique ou hostile envers deux hommes qui seraient perçus comme « homosexuels » en Occident.

En revanche, d'un point de vue personnel, la personne homosexuelle subit une pression sociale implacable pour qu'elle se marie, fonde une famille et offre une postérité à ses parents ou ses beaux-parents.

Aussi, plus que l'homosexualité, c'est le célibat de l'homosexuel(le) qui est attaqué par les sociétés traditionnelles.[réf. nécessaire]

Tibet[modifier | modifier le code]

Tibet (1re moitié du XXe siècle)[modifier | modifier le code]

Selon Melvyn C. Goldstein, chez les moines tibétains, et surtout chez les moines-soldats ou « dob-dob », l'homosexualité, bien que constituant un péché, était répandue. Elle se pratiquait entre les cuisses du compagnon, depuis l'arrière, de façon à ne pas enfreindre l'interdiction des rapports sexuels au moyen des orifices usuels (selon Christopher Hale, une autre position, également prisée, consistait à glisser le pénis entre le bras et le torse du partenaire)[7]. Une bonne partie des rixes entre dob-dob et laïcs et entre les dob-dob eux-mêmes découlaient du penchant très répandu chez ces derniers pour l'homosexualité et, partant, de leur habitude d'enlever des jeunes garçons, voire des adultes, pour assouvir leurs désirs. L'enlèvement d'un jeune garçon se produisait lorsque celui-ci ne répondait pas aux avances qui lui étaient faites, il était alors emmené au monastère et y passait la nuit s'il s'agissait d'un des trois grands monastères de Lhassa, en raison de leur éloignement de la ville. Les dob-dob s'en tiraient car leurs victimes craignaient des représailles si elles se plaignaient mais surtout en raison des stigmates attachés au fait d'avoir été compagnon sexuel contre son gré (« Mgron po »). Les rixes entre dob-dob survenaient pour savoir lequel d'entre eux était le propriétaire d'un Mgron po consentant. Des escarmouches se produisaient également avec des enfants qui se regroupaient pour éviter d'être enlevés et se défendaient à coups de couteau ou par des jets de pierres[8].

Point de vue du 14e dalaï-lama[modifier | modifier le code]

En 1993, dans un entretien à Marzens, le dalaï-lama déclarait : « L'homosexualité, qu'elle soit entre hommes ou femmes, n'est pas en soi incorrecte. Ce qui l'est, c'est l'usage d'organes définis précédemments comme inadéquats lors de contacts sexuels. »[9].

En 2001, dans un entretien au magazine Le Point, il qualifait ainsi l'homosexualité : « Cela fait partie de ce que nous, les bouddhistes, appelons « une mauvaise conduite sexuelle ». Les organes sexuels ont été créés pour la reproduction entre l'élément masculin et l'élément féminin et tout ce qui en dévie n'est pas acceptable d'un point de vue bouddhiste : entre un homme et un homme, une femme et une autre femme, dans la bouche, l'anus, ou même en utilisant la main. »[10]

Selon Éric Rommeluère, à la suite des réactions de la communauté homosexuelle américaine, le dalaï-lama s'est publiquement excusé de ce type de propos, en déclarant que : « seuls le respect et l'attention à l'autre devaient gouverner la relation d'un couple, qu'il soit hétérosexuel ou homosexuel. »[4]

Dans un ouvrage publié en 2001, le dalaï-lama écrivait : « Je pense que, selon le bouddhisme en général, l'homosexualité constitue surtout une faute par rapport à certains préceptes, mais elle n'est pas nuisible en soi, contrairement au viol, au meurtre ou à d'autres actes qui font souffrir autrui. Il en va de même de la masturbation. C'est pourquoi il n'y a aucune raison de rejeter les homosexuels ou d'avoir envers eux une attitude discriminatoire. »[11]

En 2005, dans un entretien au magazine Metro, il déclarait : « Comme le christianisme, le bouddhisme recommande d’éviter les relations sexuelles avec quelqu’un du même sexe. Mais, d’un point de vue social, cela ne pose pas de problème pour les gens n’ayant pas de foi particulière, du moment que les rapports sont protégés. »[12]

En revanche, en 2013, le Dalai lama considère que : « les temps ont changé, Si l’on s’aime avec sincérité, tous les ­orifices peuvent être éventuellement appropriés . »[13].

En mars 2014, le dalaï-lama déclara qu'il n'a aucune objection au mariage homosexuel, estimant que cela relève de « la loi de chaque pays ». Il déclara : « si deux personnes, un couple, estiment que c'est plus pratique, que cela les satisfait plus et que les deux côtés sont d'accord, alors d'accord »[14].

Chine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Homosexualité en Chine.
Deux jeunes hommes buvant du thé en ayant une relation sexuelle. Image d'un rouleau manuscrit sur des thèmes homosexuels, peinture sur soie. Chine, dynastie Qing (XVIIIe siècle - XIXe siècle), Institut Kinsey, Bloomington (Indiana)

Largement tolérée en Chine durant l'époque classique, l'homosexualité a été fortement réprimée et criminalisée à partir de la République populaire de Chine (1949), et fut le motif de persécutions durant la Révolution culturelle. La question de l'homosexualité ressurgit dans l'opinion publique et la presse chinoise à partir des années 1980, et la tolérance grandit au fil des années. En 1997, l’homosexualité est dépénalisée et la sodomie décriminalisée. En 2001, l’homosexualité est retirée de la liste des maladies mentales, puis devient un sujet d'étude dans les universités[15].

Selon Fangfu Ruan (en), en Chine, l'homosexualité a été condamnée pénalement à des peines allant jusqu'à 5 ans de prison[16].

Influences coloniales[modifier | modifier le code]

L'homosexualité est interdite au Sri Lanka et en Birmanie, ce qui pourrait refléter l'influence du colonisateur britannique. En effet, la Thaïlande, qui n'a jamais été colonisée, et le Viêt Nam, qui l'a été par la France[17], ne connaissent pas cette interdiction dans leurs textes de lois. Cependant, au Viêt Nam, la population dans son ensemble semble condamner l'homosexualité sans pour autant demander de sanctions[réf. nécessaire]. Il semble que le gouvernement vietnamien la condamne, et pourrait aller jusqu'à engager des poursuites pour conduite immorale par exemple, mais seulement dans les cas extrêmes de comportements provocateurs. Quelques cas de mariages homosexuels ont été annulés. Cependant, le simple fait que ces mariages existent est une expression de la tolérance dont jouissent les homosexuels des deux sexes.

Il semble que le laisser-faire et éventuellement la moquerie soient la règle de conduite de la population pour un acte par ailleurs généralement désapprouvé dans les pays fortement influencés par le bouddhisme. Historiquement, il n'y aurait jamais eu de persécution des homosexuels dans ces pays.

Conclusion[modifier | modifier le code]

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Par le troisième précepte, le bouddhiste a un discours moralisant modéré sur la sexualité en général, mais il laisse une large part à l'interprétation concernant l'homosexualité. En tout état de cause, celle-ci n'est directement condamnée par aucun enseignement. De plus, la question de condamnation ou non est assez paradoxale, car le bouddhisme explique justement qu'il ne faut pas suivre aveuglément les doctrines, mais faire et croire uniquement ce que, au terme de longues réflexions et d'expériences, l'on trouve juste. Une condamnation d'un acte n'entraînant aucune « souffrance » n'aurait donc aucun lieu d'être.

Il semble que l'homosexualité puisse être jugée de la même manière que l'hétérosexualité. L'éveil bouddhique implique un dépassement du désir et donc de la sexualité, quelles que soient ses manifestations.

Dans les faits, les populations et les législations nationales sont généralement réprobatrices mais tolérantes, à l'exception des pays colonisés ayant conservé les législations héritées de l'empire britannique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. voir : bouddhisme.
  2. Bernard Sergent, L’homosexualité dans la mythologie grecque, éditions Payot.
  3. Madeleine Biardeau, L'hindouisme, anthropologie d'une civilisation, éditions Flammarion.
  4. a et b Éric Rommeluère, « Bouddhisme », dans le Dictionnaire de l'homophobie, sous la direction de Louis-Georges Tin, Paris, PUF, 2003, pp. 69-70.
  5. (en) A. L. de Silva, homosexualité et bouddhisme theravada : « the Buddha sometimes advised against certain behaviour not because it is wrong from the point of view of ethics but because it would put one at odds with social norms or because its is subject to legal sanctions. »
  6. Lettre de Ajahn Brahm, directeur de la Société bouddhiste d'Australie occidentale, adressée au quotidien West Australian en réaction à un article du 15 avril 2006.
  7. (en) Christopher Hale, Himmler's Crusade. The Nazi Expedition to Find the Origins of the Aryan Race, John Wiley & Sons, Hoboken (NJ), 2003, 422 p., chap. 10 (pagination absente) : « Bruno Beger's investigations showed that the preferred mode of intercourse involved the dominant monk inserting his penis between the arm and torso of the other. »
  8. (en) Melvyn C. Goldstein, A Study of the LDABB LDB, in Central Asiatic Journal, 1 x (2), 1964, pp. 123-141, en part. pp. 134-136.
  9. Dalaï-lama, Au-delà des dogmes, 1994, Albin Michel, (ISBN 2-226-06963-1).
  10. Bouddhisme - Sexe, morale et vache folle : le dalaï-lama parle.
  11. Dalaï-lama, Conseils du cœur, Presses de la Renaissance, 2001, (ISBN 2-7441-5617-5).
  12. Patrick Ekstrand, Entretien avec le dalaï-lama, Metro, 7 juillet 2005
  13. Vernier-Palliez, « La leçon de vie du Dalaï-Lama », sur parismatch.com,‎ 2013 (consulté le 26 avril 2013)
  14. Le dalaï lama ne voit pas d'objection au mariage gay pour les athées, Le Figaro, 7 mars 2014
  15. Sun Zhongxin, James Farrer et Kyung-hee Choi, « L’identité des hommes aux pratiques homosexuelles à Shanghai », Perspectives chinoises, n°93, 2006 : « Bien que largement tolérée dans la Chine classique, l’homosexualité est devenue un acte criminel avec l’avènement de la République populaire de Chine (RPC) en 1949. Pendant la Révolution culturelle, les homosexuels faisaient partie des « mauvais éléments », au même titre que les propriétaires terriens, les paysans riches, les contre-révolutionnaires et les « droitiers ». […] Mais à partir des années 1980, l’homosexualité est peu à peu devenue un sujet moins tabou, et quelques journalistes ont commencé à écrire des articles et des ouvrages sur ce thème. […]. En 1997, l’homosexualité est dépénalisée et la sodomie décriminalisée ; et en 2001, l’Association chinoise de psychiatrie raye l’homosexualité de la liste des maladies mentales. En 2003, la question de l’homosexualité entre dans les programmes universitaires chinois, une initiative qui reçoit un accueil favorable dans les médias populaires et la société en général. »
  16. (en) Fang-Fu Ruan, China, in Sociolegal control of homosexuality: a multi-nation comparison, eds. Donald James West, Richard Green, Springer, 1997, (ISBN 0306455323 et 9780306455322).
  17. La France du XIXe siècle est, rappelons-le, permissive de ce point de vue.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien interne[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]