Homme de Tautavel

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L'homme de Tautavel est un prénéanderthalien ancien, représentant européen d'Homo heidelbergensis, qui vivait il y a 300 000 à 450 000 ans (Pléistocène moyen)[1],[2],[3]. Il est connu par des fossiles découverts à partir de 1971 par l'équipe d'Henry de Lumley dans la Caune de l'Arago à Tautavel (commune française des Pyrénées-Orientales). L'industrie lithique associée est typique du Paléolithique inférieur européen[4].

La Caune de l'Arago[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Caune de l'Arago.
Lieu de découverte à Tautavel, en France.
Le Verdouble à proximité de la Caune de l'Arago ; on accède à la grotte en montant un chemin le long de la roche visible à droite sur la photo.

Le site préhistorique de la Caune de l'Arago se trouve sur la commune de Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales, dans une vaste cavité surplombant un cours d’eau pérenne, le Verdouble. Connue depuis le milieu du XIXe siècle pour ses restes de faune, la Caune de l'Arago a commencé à livrer des industries préhistoriques à J. Abelanet en 1948. Depuis 1964, elle fait l’objet de fouilles systématiques dirigées par Henry de Lumley, qui est notamment le président du Centre européen de recherche préhistorique de Tautavel.

Son remplissage, épais d'une dizaine de mètres, couvre la majeure partie du Pléistocène moyen et a fait l’objet de nombreuses tentatives de datations radiométriques parfois contradictoires[1],[2],[3]. Des âges limites d’environ 700 000 et 350 000 ans ont été obtenus par datation par l'uranium-thorium pour des planchers stalagmitiques situés respectivement à la base (plancher 0) et au sommet (plancher α) de la séquence stratigraphique.

Les principaux niveaux archéologiques se trouvent dans l’ensemble III (niveaux de « sols » D à G) et auraient un âge compris entre 300 000 et 450 000 ans. Cet ensemble a également livré un certain nombre de restes humains fossiles attribués à l'homme de Tautavel[5].

Les matériaux utilisés sont majoritairement locaux (80 %) et ont été prélevés dans les alluvions du Verdouble, mais certains proviennent de zones distantes d’une trentaine de kilomètres au nord-est et au sud-ouest du site, traduisant une bonne connaissance des ressources régionales et une certaine anticipation des besoins[6].

Interprétation phylogénique[modifier | modifier le code]

Les restes découverts font l'objet d'interprétations taxinomiques différentes selon les auteurs :

  • Pour l'équipe des inventeurs, l'Homme de Tautavel aurait été une forme européenne d'Homo erectus pour laquelle le nom d'Homo erectus tautavelensis a initialement été proposé[5].
  • Selon les récentes analyses cladistiques, il s'agit d'un Homo heidelbergensis[7],[8].

Principaux fossiles[modifier | modifier le code]

L'homme de Tautavel est représenté par près de 120 fragments fossiles. Le plus célèbre est un crâne incomplet découvert en plusieurs étapes : la face et le frontal (Arago XXI ; cf. illustration) ont été mis au jour le 22 juillet 1971 et le pariétal droit (Arago XLVII) a été retrouvé huit ans plus tard. Il s'agit des restes d'un individu mâle, âgé d'une vingtaine d'années, mesurant environ 1,65 m pour un poids de 45 à 55 kg. Son front était plat et fuyant et ses arcades sourcilières proéminentes (torus sus-orbitaire). Les surfaces d'insertion musculaire indiquent une musculature développée. La boîte crânienne a un volume de 1 150 cm3[5],[9].

Parmi les autres restes découverts, il convient de signaler deux mandibules, l'une d'une femme âgée d'une cinquantaine d'années (Arago II) et l'autre d'un jeune adulte mâle de 20 à 25 ans (Arago XIII).

En juillet 2008, une nouvelle mandibule humaine (Arago 119), vieille de 450 000 ans, a été mise au jour par l'équipe de Marie-Antoinette et Henry de Lumley. Il s'agit de la quatrième mandibule et du 119e reste humain découvert sur le site. « C'est une découverte très importante, car il y a très peu de mandibules retrouvées jusqu'à présent en Europe. Moins de dix, antérieures à 400 000 ans, ont jusqu'ici été exhumées » a déclaré Henry de Lumley. L'une d'elles, qui aurait appartenu à une femme âgée de 30 ans, avait déjà été trouvée sur ce même site en 2001.

Une cinquième mandibule a été mise au jour en juillet 2012. Répertoriée Arago 131, elle appartenait à un adulte dont le sexe reste à déterminer[10]. Une incisive inférieure découverte en 2014 en fait le 148e reste humain découvert sur le site[11].

Mode de vie[modifier | modifier le code]

Sites préhistoriques en Europe contemporains de l'Homme de Tautavel.

L'Homme de Tautavel ne maîtrisait pas encore le feu (il mangeait donc sa viande crue) : de rares ossements brûlés attestant de l'utilisation du feu à la Caune de l'Arago font leur apparition dans les dépôts ultérieurs, dont l'âge est compris entre 400 000 et 100 000 ans BP, et les témoins de combustion ne se généralisent qu'après 100 000 ans BP.

L'habitat a révélé des restes de rhinocéros, de chevaux, mouflons, tahrs, bœufs musqués, bisons, cerfs et rennes[12]. Il est fort possible également qu'il ait mangé de petits animaux. Certains chercheurs ont émis l'hypothèse qu'il était cannibale, et sans doute charognard davantage que chasseur. S'il était chasseur, son territoire s'étendait sans doute sur un rayon d'au moins 30 km (comme en témoignent également certaines roches importées pour son outillage[6]).

L'industrie lithique associée à l'Homme de Tautavel est interprétée tantôt comme un Tayacien ancien, tantôt comme un Acheuléen[13]. Quelques bifaces sont présents, mais ils sont rares compte tenu de la difficulté d'en réaliser sur les matériaux locaux, dont le quartz filonien.

Le musée et le centre de recherches de Tautavel[modifier | modifier le code]

Reconstitution du squelette de l'Homme de Tautavel, Musée de Tautavel.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Lumley, H. de, Lumley, M.-A. de, Bada, J.L. et Turekian, K.K. (1977) - « The dating of the Pre-Neandertal remains at Caune de l'Arago, Tautavel, Pyrénées-Orientales, France », Journal of Human Evolution, 6, pp. 223-224.
  2. a et b Lumley, H. de, Fournier, A., Park, Y.C., Yokoyama, Y. et Demouy, A. (1984) - « Stratigraphie du remplissage pléistocène moyen de la Caune de l'Arago à Tautavel - Étude de huit carrotages effectués de 1981 à 1983 », L'Anthropologie, t. 88, n° 1, pp. 5-18.
  3. a et b Lebel, S. (1992) - « Mobilité des hominidés et système technique d'exploitation des ressources au Paléolithique ancien : la Caune de l'Arago (France) », Canadian Journal of Archaeology, vol. 16, pp. 48-69.
  4. Lumley, H. de, Camara, A., Geleijnse, V., Krezpkowska, J., Park, Y-C. et Svoboda, J. (1979) - « Les industries lithiques de l'Homme de Tautavel », in: L'Homme de Tautavel, Dossiers de l'Archéologie, n° 36, pp. 60-69.
  5. a, b et c Lumley, M.-A. de (1982) - « L'homme de Tautavel. Critères morphologiques et stade évolutif », in: Datations absolues et analyses isotopiques en préhistoire, méthods et limites, Lumley, H. de et Labeyrie, J., (Éds.), Colloque international du CNRS, Tautavel, 22-29 juin 1981, pp. 259-264.
  6. a et b Wilson, L. (1988) - « Petrography of the Lower Palaeolithic tool assemblage of the Caune de l'Arago », World Archaeology, 19, 3, pp. 376-387.
  7. Farizy, C. et Vandermeersch, B. (1988) - « Arago (Caune de l'), Tautavel, Pyrénées-Orientales », in: Dictionnaire de la Préhistoire, Leroi-Gourhan, A., (Éd.), PUF, pp. 56-57.
  8. Hublin, J.-J. « Origine et évolution des Néandertaliens », in Aux origines de l'humanité, vol. 1, Y. Coppens et P. Picq (dir.), Fayard, (2001)
  9. Lumley, M.-A. de (1976) - « Les Anténéandertaliens dans le Sud », in: La Préhistoire française - t. I : Les civilisations paléolithiques et mésolithiques, Lumley, H. de, (Éd.), Ed. du CNRS, pp. 547-560.
  10. [1], Archéologie. Une nouvelle découverte dans la grotte de Tautavel (site Ouest-France.fr le 13 juillet 2012).
  11. L'Indépendant, Un 148e reste humain découvert à Tautavel, 4 octobre 2014
  12. Moigne, A.-M. 1983, Taphonomie des faunes quaternaires de la Caune de l'Arago, Tautavel, thèse de doctorat, Université de Paris 6. (résumé)
  13. Lumley, H. de (1976) - « Les civilisations du Paléolithique inférieur en Languedoc méditerranéen et en Roussillon », in: La Préhistoire française - t. I : Les civilisations paléolithiques et mésolithiques, Lumley, H. de, (Éd.), Ed. du CNRS, pp. 852-874.
Sculpture, devant le musée de Tautavel

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]