Complainte

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La Mort de Roland à Roncevaux fut le sujet d’une complainte guerrière.

Une complainte est une chanson formée de nombreux couplets et dont le sujet est le plus souvent sombre, voire tragique. À l’opposé de la chanson de geste relatant des épopées héroïques et légendaires, c’est un poème aux formes variables mettant en scène les épreuves d’un personnage souvent réel dont l’adversité et l’infortune tournent au drame.

Au niveau poétique et prosodique, la complainte se distingue des autres formes poétiques médiévales par l'insistance des rimes. C'est pourquoi elle adopte souvent la disposition du lai, l'alternance de deux mètres sur deux rimes seulement. En voici sa formule : A7 a3 B7 A7 a3 B7 B7 b3 A7 A7 B7 b3 A7, où les lettres (A,B) représentent les rimes, les minuscules et majuscules (a,b,A,B) représentent le genre des rimes (féminine ou masculine) et les chiffres (3,7) représentent le nombre de syllabes.

À l’origine, les textes sont écrits et en latin, les sujets le plus souvent religieux et extraits de la Bible (planctus). Mais par la suite, les complaintes sont surtout chantées par les troubadours des XIe et XIIe siècles qui développent ce genre de tradition orale avec des thèmes plus romanesques et en français. Ces chansons narratives médiévales, souvent théâtralisées pour un large public, se rapprochent ensuite de l’oraison funèbre, pleurant un disparu, évoquant sa vie et ses bienfaits. La Mort de Roland à Roncevaux fut une complainte guerrière avant d’être, sous forme de chanson de geste, une véritable épopée. Cette sorte de chanson n’était, alors, pas sans analogie avec les cantilènes, qui furent le germe des grands poèmes héroïques. Une des complaintes les plus anciennes et les plus populaires fut celle du Juif Errant, qui a changé successivement de forme et de style, suivant les pays et les époques. La chanson burlesque de La Palice fut, dans sa première forme originelle, un récit en complainte de la bataille de Pavie.

Le mot complainte prit ensuite l’acception de chanson populaire, composée sans art ou avec une trivialité calculée et contenant le récit grotesque d’un événement tragique ou d’un crime célèbre. Une des chansons populaires très connue de cette époque est la Complainte de Mandrin. Dans cette acception moderne, la complainte fut, au XVIIIe siècle, une des formes de la parodie. À la Révolution, elle prit une importance historique, suivant les événements un à un. Il y eut des complaintes sur la mort de Marat, sur le supplice d’Hébert. Une des plus célèbres est celle de l’attentat de la rue Saint-Nicaise, avec description du tonneau-mitrailleur :

Cette machine infernale,
Au lieu d’eau, contenait des balles.
Et cette invention d’enfer
Avait des cercles de fer.

Parmi les complaintes sur les assassinats célèbres, on se rappelle encore celle de Fualdès, avec ce portrait de l’un de ses meurtriers :

Bastide le gigantesque,
Moins deux pouces ayant six pieds
Fut un scélérat fieffé
Et même sans politesse.

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Le dernier trait est resté classique. Vinrent ensuite les complaintes sur l’assassinat du duc de Berry, sur Papavoine, sur Fieschi, sur Lacenaire et tant d’autres célébrités du crime et de la guillotine.

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