Grand Prix automobile de Grande-Bretagne 1954

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Grand Prix de Grande Bretagne 1954

Tracé de la course

Drapeau Circuit de Silverstone

Données de la course
Nombre de tours 90
Longueur du circuit 4,711 km
Distance de course 423,990 km
Résultats
Vainqueur Drapeau de l’Argentine José Froilán González,
Ferrari,
h 56 min 14 s
(vitesse moyenne : 144,351 km/h)
Pole position Drapeau de l’Argentine Juan Manuel Fangio,
Mercedes,
min 45 s
(vitesse moyenne : 161,520 km/h)
Record du tour en course 7 pilotes ex-aequo,
4 constructeurs ex-aequo,
min 50 s
(vitesse moyenne : 154,178 km/h)

Le Grand Prix de Grande-Bretagne 1954 (VIIth British Grand Prix), disputé sur le circuit de Silverstone le 17 juillet 1954, est la trente-septième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la cinquième manche du championnat 1954.

Contexte avant le Grand Prix[modifier | modifier le code]

Le championnat du monde[modifier | modifier le code]

Le championnat du monde 1954 se court suivant la nouvelle réglementation de la formule 1 (moteur 2500 cm3 atmosphérique ou 750 cm3 suralimenté, carburant libre), introduite cette même année, après deux saisons de transition en formule 2 (moteur 2000 cm3 atmosphérique ou 500 cm3 suralimenté). Seuls les 500 miles d'Indianapolis, disputés selon l'ancienne formule internationale, échappent à cette règle. Les premières courses ont été totalement dominées par Juan Manuel Fangio, qui s'est imposé en Argentine, en Belgique et en France. Après avoir effectué le début de saison sur Maserati, le pilote argentin est désormais le fer de lance de l'équipe Mercedes-Benz qui a effectué un retour triomphal en compétition à Reims. Dominatrice en 1952 et 1953, la Scuderia Ferrari n'affiche plus la même superbe, la monoplace 1954 s'avérant peu fiable. En outre, l'équipe italienne a perdu son pilote de pointe, Alberto Ascari, champion du monde les deux saisons précédentes, qui a signé chez Lancia, dont la nouvelle monoplace n'est pas encore apparue en course.

Le circuit[modifier | modifier le code]

Article détaillé : circuit de Silverstone.

Succédant à Donington, le circuit de Silverstone, créé sur une ancienne base de la Royal Air Force, accueille le Grand Prix de Grande-Bretagne depuis 1948. L'absence de longues lignes droites empêche les vitesses très élevées, le tracé favorisant plutôt les qualités de tenue de route et la souplesse des moteurs. Depuis 1952, c'est le B.R.D.C. qui se charge de l'organisation du Grand Prix. Les installations modernes (stands, tribunes), les nombreux points d'observation et la grande capacité d'accueil (jusqu'à 300000 spectateurs) ont rapidement conquis le public britannique[1].

Monoplaces en lice[modifier | modifier le code]

  • Ferrari 625 "Usine"

Après un début de saison décevant, la Ferrari 553 (surnommée Squalo) a été écartée des circuits. La Scuderia lui préfère la 625 (dérivée de la 500 F2), plus fiable et d'une tenue de route plus sure, qui a obtenu des résultats plus probants lors des épreuves précédentes. Initialement équipée d'une évolution du 4 cylindres 2 litres de formule 2 (porté à 2,5 litres et développant environ 240 chevaux), la 625 bénéficie désormais du moteur super-carré de la 553 (4 cylindres, 250 chevaux à 7500 tr/min). La voiture pèse 630 kg[2]. Blessé à Monza le mois précédent, Giuseppe Farina est toujours indisponible. Les trois voitures officielles sont confiées à José Froilán González, Mike Hawthorn et Maurice Trintignant. Trois Ferrari privées sont également présentes : Louis Rosier pilote une 500 et a engagé une 625 pour Robert Manzon, et Reg Parnell pilote la 500 de la Scuderia Ambrosiana.

  • Maserati 250F "Usine"
Maserati 250F
La Maserati 250F, à moteur six cylindres en ligne

Vainqueur des Grands Prix d'Argentine et de Belgique avec Juan Manuel Fangio, la Maserati 250F s'est avérée supérieure aux Ferrari en début de saison. Équipée d'un six cylindres en ligne développant environ 250 chevaux à 7200 tr/min, pour un poids de l'ordre de 630 kg[3], c'est une monoplace équilibrée et généralement fiable. L'équipe doit toutefois gérer le départ de Fangio, passé chez Mercedes. Promu premier pilote, le jeune Argentin Onofre Marimon, au talent prometteur, n'a pas encore acquis la maîtrise ni la pointe de vitesse de son glorieux compatriote. Comme à Reims deux semaines plus tôt, l'équipe italienne s'est assuré les services d'Alberto Ascari et de Luigi Villoresi, en contrat chez Lancia mais toujours dans l'attente de leurs nouvelles monoplaces. En plus des trois voitures officielles, on compte quatre 250F privées aux mains de Stirling Moss, Roy Salvadori, Ken Wharton et le Prince Bira, ainsi que deux A6GCM Interim pilotées par Harry Schell et Roberto Mieres.

  • Mercedes-Benz W196 "Usine"
Mercedes W196
La Mercedes W196 dans sa version carénée

Le constructeur allemand engage deux W196 carénées, identiques à celles qui ont récemment triomphé à Reims, pour Juan Manuel Fangio et Karl Kling (la voiture d'Hans Herrmann, moteur cassé, n'a pas encore été réparée[4]). Ses pilotes auraient préféré disposer de modèles à carrosserie ouverte, plus légers et plus maniables, sur un circuit comme Silverstone, mais ces versions ne sont pas encore disponibles[5]. Les W196 disposent d'un moteur à huit cylindres en ligne alimenté par injection directe développant près de 260 chevaux à 8250 tr/min, pour un poids de 720 kg (versions carénées). Les tambours de freins sont montés "inboard[3]".

  • Gordini T16 "Usine"

Amédée Gordini n'a pas eu les moyens de réaliser une nouvelle voiture pour la saison 1954 et utilise les modèles T16 de l'année précédente, équipés d'un moteur six cylindres dont la cylindrée a été portée à 2,5 litres (environ 230 chevaux à 6500 tr/min). Pilote de pointe de l'équipe, Jean Behra est souvent en mesure de se mettre en valeur au sein du peloton (il a d'ailleurs remporté le Grand Prix de Pau, hors championnat, en début de saison), mais bien souvent le manque de préparation de sa voiture l'empêche de terminer les courses[6]. Pour l'épreuve anglaise, il est épaulé par l'Argentin Clemar Bucci et le Belge André Pilette.

  • Vanwall "Usine"

Le constructeur britannique Tony Vandervell a engagé la Vanwall Special, qui avait effectué ses débuts ici-même en mai lors du Daily Express Trophy aux mains d'Alan Brown, avec un moteur 2 litres[7]. La voiture, maintenant équipée d'un quatre cylindres de 2,3 litres (215 chevaux à 6500 tr/min), pèse 570 kg[8] et est cette fois confiée à Peter Collins.

  • Les autres équipes privées

De nombreux pilotes britanniques se sont engagés à titre privé sur des Connaught ou Cooper ; courant sur des modèles de l'année précédente, ils ne peuvent espérer se mêler à la lutte pour les places d'honneur.

Coureurs inscrits[modifier | modifier le code]

Liste des pilotes inscrits[9]
no  Pilote Écurie Constructeur Modèle Moteur Pneumatiques
1 Drapeau : Argentine Juan Manuel Fangio Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 Mercedes-Benz L8 C
2 Drapeau : Allemagne Karl Kling Daimler Benz AG Mercedes-Benz Mercedes-Benz W196 Mercedes-Benz L8 C
3 États-Unis Harry Schell Privé Maserati Maserati A6SSG Maserati L6 P
4 Drapeau : Argentine Roberto Mieres Privé Maserati Maserati A6SSG Maserati L6 P
5 Drapeau : Royaume-Uni Roy Salvadori Gilby Engineering Maserati Maserati 250F Maserati L6 D
6 Drapeau : Thaïlande Prince Bira Privé Maserati Maserati 250F Maserati L6 P
7 Drapeau : Royaume-Uni Stirling Moss Privé Maserati Maserati 250F Maserati L6 P
8 Drapeau : Royaume-Uni Ken Wharton Owen Racing Organisation Maserati Maserati 250F Maserati L6 P
9 Drapeau : Argentine José Froilán González Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 625 Ferrari L4 P
10 Drapeau : France Maurice Trintignant Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 625 Ferrari L4 P
11 Drapeau : Royaume-Uni Mike Hawthorn Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 625 Ferrari L4 P
12 Drapeau : Royaume-Uni Reg Parnell Scuderia Ambrosiana Ferrari Ferrari 500 Ferrari L4 A
14 Drapeau : France Robert Manzon Écurie Rosier Ferrari Ferrari 625 Ferrari L4 P
15 Drapeau : France Louis Rosier Écurie Rosier Ferrari Ferrari 500 Ferrari L4 D
16 Drapeau : Belgique Jacques Swaters Écurie Francorchamps Ferrari Ferrari 500 Ferrari L4 E
17 Drapeau : France Jean Behra Equipe Gordini Gordini Gordini T16 Gordini L6 E
18 Drapeau : Argentine Clemar Bucci Equipe Gordini Gordini Gordini T16 Gordini L6 E
19 Drapeau : Belgique André Pilette Equipe Gordini Gordini Gordini T16 Gordini L6 E
20 Drapeau : Royaume-Uni Peter Collins GA Vandervell Vanwall Vanwall Special Vanwall L4 P
21 Drapeau : Royaume-Uni Peter Whitehead Privé Cooper Cooper T24 Alta L4 D
22 Drapeau : Royaume-Uni Bill Whitehouse Privé Connaught Connaught Type A Lea Francis L4 D
23 Drapeau : Royaume-Uni Leslie Marr Privé Connaught Connaught Type A Lea Francis L4 D
24 Drapeau : Royaume-Uni John Riseley-Prichard RRC Walker Racing Team Connaught Connaught Type A Lea Francis L4 D
25 Drapeau : Royaume-Uni Don Beauman Jeremy Boles Connaught Connaught Type A Lea Francis L4 D
26 Drapeau : Royaume-Uni Leslie Thorne Ecurie Ecosse Connaught Connaught Type A Lea Francis L4 D
27 Drapeau : Royaume-Uni Alan Brown RJ Chase Cooper Cooper T23 Bristol L6 D
28 Drapeau : Royaume-Uni Horace Gould Gould’s Garage Cooper Cooper T23 Bristol L6 D
29 Drapeau : Royaume-Uni Bob Gerard Privé Cooper Cooper T23 Bristol L6 D
30 Drapeau : Royaume-Uni Eric Brandon
Drapeau : Royaume-Uni Rodney Nuckey
Ecurie Richmond Cooper Cooper T23 Bristol L6 D
31 Drapeau : Italie Alberto Ascari Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 P
32 Drapeau : Italie Luigi Villoresi Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 P
33 Drapeau : Argentine Onofre Marimon Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 P

Qualifications[modifier | modifier le code]

Les séances d'essais qualificatifs se déroulent les jeudi et vendredi précédant la course. La première journée se déroule entièrement sous la pluie et dans ces conditions c'est la Ferrari de Mike Hawthorn qui se montre la plus rapide, le jeune Britannique accomplissant un tour un 2 min 3 s (137,9 km/h), devançant son coéquipier José Froilán González d'une seconde. Dominatrices à Reims, les Mercedes sont nettement moins à l'aise à Silverstone : la succession de virages rapprochés ne leur permet pas d'exploiter leur vitesse de pointe supérieure et leur poids élevé les handicape ; en outre, la carrosserie enveloppante gène la visibilité des pilotes (ils ne voient rien à moins de 2,50 mètres de la voiture[7] !), qui éprouvent des difficultés à apprécier la trajectoire ; enfin, sur la piste mouillée, les pneus Continental ne sont pas aussi efficaces que les Pirelli des voitures italiennes. Malgré toute sa science du pilotage, Juan Manuel Fangio ne parvient pas à s'approcher à moins de deux secondes du temps de Hawthorn. Sur la seconde Mercedes, Karl Kling est beaucoup plus loin. Fangio va d'ailleurs confier à Alfred Neubauer : « On peut certes aller vite mais pas question de fignoler. Je ne vois pas les limites exactes de tous ces virages artificiellement dessinés ; c'est comme au tir au pigeon, pour réussir, encore faut-il pouvoir viser[10] ! »

Le vendredi matin, la piste est sèche. Fangio s'élance avec seulement quelques litres de carburant à bord et accomplit un tour à l’extrême limite, coupant les cordes au plus serré, allant jusqu'à heurter les bidons délimitant la piste, peu visibles du cockpit de la Mercedes. Il réalise ainsi un temps d'1 min 45 s (161,5 km/h), qui va lui valoir la pole position. Plus maniables, les Ferrari semblent beaucoup plus à l'aise ; sans forcer, dans un style très coulé, González et Hawthorn s'approchent à une seconde du temps de Fangio. L'après-midi, la pluie refaisant son apparition, ne permettra pas d'amélioration. Auteur du quatrième temps le matin sur sa Maserati privée, Stirling Moss complète la première ligne. Les Maserati officielles sont arrivées trop tard pour les essais officielles, Alberto Ascari, Onofre Marimon et Luigi Villoresi seront néanmoins autorisés à prendre le départ en fond de grille. Quoique encore en phase de développement et utilisant un moteur de cylindrée réduite, la Vanwall réalise une performance très honorable aux mains de Peter Collins, qui la qualifie en troisième ligne.

Fangio
Nouvelle pole position pour Fangio, sur un circuit pourtant peu favorable à la lourde et volumineuse Mercedes.
Résultats des qualifications (les temps officiels sont arrondis à la seconde[1],[7])
Pos. no  Pilote Écurie Temps Écart
1 1 Drapeau : Argentine Juan Manuel Fangio Mercedes-Benz 1 min 45 s  
2 9 Drapeau : Argentine José Froilán González Ferrari 1 min 46 s + 1 s
3 11 Drapeau : Royaume-Uni Mike Hawthorn Ferrari 1 min 46 s + 1 s
4 7 Drapeau : Royaume-Uni Stirling Moss Maserati 1 min 47 s + 2 s
5 17 Drapeau : France Jean Behra Gordini 1 min 48 s + 3 s
6 2 Drapeau : Allemagne Karl Kling Mercedes-Benz 1 min 48 s + 3 s
7 5 Drapeau : Royaume-Uni Roy Salvadori Maserati 1 min 48 s + 3 s
8 10 Drapeau : France Maurice Trintignant Ferrari 1 min 48 s + 3 s
9 8 Drapeau : Royaume-Uni Ken Wharton Maserati 1 min 49 s + 4 s
10 6 Drapeau : Thaïlande Prince Bira Maserati 1 min 49 s + 4 s
11 20 Drapeau : Royaume-Uni Peter Collins Vanwall 1 min 50 s + 5 s
12 19 Drapeau : Belgique André Pilette Gordini 1 min 52 s + 7 s
13 18 Drapeau : Argentine Clemar Bucci Gordini 1 min 52 s + 7 s
14 12 Drapeau : Royaume-Uni Reg Parnell Ferrari 1 min 52 s + 7 s
15 14 Drapeau : France Robert Manzon Ferrari 1 min 52 s + 7 s
16 3 États-Unis Harry Schell Maserati 1 min 53 s + 8 s
17 25 Drapeau : Royaume-Uni Don Beauman Connaught 1 min 55 s + 10 s
18 29 Drapeau : Royaume-Uni Bob Gerard Cooper 1 min 55 s + 10 s
19 22 Drapeau : Royaume-Uni Bill Whitehouse Connaught 1 min 55 s + 10 s
20 28 Drapeau : Royaume-Uni Horace Gould Cooper 1 min 56 s + 11 s
21 24 Drapeau : Royaume-Uni John Riseley-Prichard Connaught 1 min 58 s + 13 s
22 23 Drapeau : Royaume-Uni Leslie Marr Connaught 1 min 58 s + 13 s
23 26 Drapeau : Royaume-Uni Leslie Thorne Connaught 1 min 58 s + 13 s
24 21 Drapeau : Royaume-Uni Peter Whitehead Cooper 2 min 00 s + 15 s
25 30 Drapeau : Royaume-Uni Eric Brandon Cooper 2 min 05 s + 20 s

Grille de départ du Grand Prix[modifier | modifier le code]

Grille de départ du Grand Prix et résultats des qualifications[11]
1re ligne Pos. 4 Pos. 3 Pos. 2 Pos. 1
Drapeau : Royaume-Uni
Moss
Maserati
1 min 47 s
Drapeau : Royaume-Uni
Hawthorn
Ferrari
1 min 46 s
Drapeau : Argentine
González
Ferrari
1 min 46 s
Drapeau : Argentine
Fangio
Mercedes-Benz
1 min 45 s
2e ligne Pos. 7 Pos. 6 Pos. 5
Drapeau : Royaume-Uni
Salvadori
Maserati
1 min 48 s
Drapeau : Allemagne
Kling
Mercedes-Benz
1 min 48 s
Drapeau : France
Behra
Gordini
1 min 48 s
3e ligne Pos. 11 Pos. 10 Pos. 9 Pos. 8
Drapeau : Royaume-Uni
Collins
Vanwall
1 min 50 s
Drapeau : Thaïlande
Bira
Maserati
1 min 49 s
Drapeau : Royaume-Uni
Wharton
Maserati
1 min 49 s
Drapeau : France
Trintignant
Ferrari
1 min 48 s
4e ligne Pos. 14 Pos. 13 Pos. 12
Drapeau : Royaume-Uni
Parnell
Ferrari
1 min 52 s
Drapeau : Argentine
Bucci
Gordini
1 min 52 s
Drapeau : Belgique
Pilette
Gordini
1 min 51 s
5e ligne Pos. 18 Pos. 17 Pos. 16 Pos. 15
Drapeau : Royaume-Uni
Gerard
Cooper
1 min 55 s
Drapeau : Royaume-Uni
Beauman
Connaught
1 min 55 s
États-Unis
Schell
Maserati
1 min 53 s
Drapeau : France
Manzon
Ferrari
1 min 52 s
6e ligne Pos. 21 Pos. 20 Pos. 19
Drapeau : Royaume-Uni
R-Prichard
Connaught
1 min 58 s
Drapeau : Royaume-Uni
Gould
Cooper
1 min 56 s
Drapeau : Royaume-Uni
Whitehouse
Connaught
1 min 56 s
7e ligne Pos. 25 Pos. 24 Pos. 23 Pos. 22
Drapeau : Royaume-Uni
Brandon
Cooper
2 min 05 s
Drapeau : Royaume-Uni
P. Whitehead
Cooper
2 min 00 s
Drapeau : Royaume-Uni
Thorne
Connaught
1 min 59 s
Drapeau : Royaume-Uni
Marr
Connaught
1 min 58 s
8e ligne Pos. 28 Pos. 27 Pos. 26
Drapeau : Argentine
Marimon
Maserati
Pas de temps
Drapeau : Italie
Villoresi
Maserati
Pas de temps
Emplacement
vide
9e ligne Pos. 32 Pos. 31 Pos. 30 Pos. 29
Drapeau : Argentine
Mieres
Maserati
Pas de temps
Drapeau : Italie
Ascari
Maserati
Pas de temps
Drapeau : France
Rosier
Ferrari
Pas de temps
Emplacement
vide
  • Une place en huitième ligne et une place en neuvième ligne sont restées vacantes suite aux retraits d'Alan Brown et de Rodney Nuckey.

Déroulement de la course[modifier | modifier le code]

Le départ est donné le samedi midi, sur une piste sèche. Malgré le temps menaçant, 90000 spectateurs assistent à la course[11]. Au baisser du drapeau, José Froilán González (Ferrari) est le plus prompt et il s'extrait en tête du premier virage, talonné par la Maserati de Stirling Moss, la Ferrari de Mike Hawthorn et la Mercedes carénée de Juan Manuel Fangio. Ces quatre pilotes vont accomplir le premier tour roues dans roues, sur un rythme très rapide, jaillissant des virages dans un gémissement de pneus. Au premier passage devant les tribunes, González conserve l'avantage, tandis qu'Hawthorn et Fangio ont débordé Moss. Le reste du peloton est emmené par la Gordini de Jean Behra, devant Onofre Marimon qui sur sa Maserati a effectué un départ fulgurant depuis le fond de grille : parti vingt-sixième, il a déjà regagné vingt places !

González se détache peu à peu des ses poursuivants, creusant l'écart sur le duo Hawthorn/Fangio, au rythme d'une seconde par tour. Fangio ne l'entend pas ainsi, et au cinquième tour il déborde Hawthorn, s'emparant de la seconde place. Il compte alors cinq secondes de retard sur son compatriote. Attaquant à outrance, il va s'employer à fond pour réduire l'écart : malgré le handicap que constitue la carrosserie enveloppante de la Mercedes, qui l'empêche de visualiser la trajectoire idéale, Fangio parvient à regagner deux secondes sur son adversaire au cours des cinq tours suivants, au prix de quelques acrobaties dont les bidons délimitant les points de cordes vont faire les frais ! Derrière, la lutte est également intense entre Hawthorn et Moss qui se disputent la troisième place, à quelque distance devant Behra et Marimon. Parti de la dernière ligne, Alberto Ascari était remonté en septième position, mais un arrêt au stand pour inspection de la direction a relégué le champion du monde dans les profondeurs du classement.

Alors que le ciel se fait de plus en plus menaçant, González accélère l'allure, battant le record du tour à plus de 154 km/h de moyenne. Fangio égalise le record presque aussitôt, et, poursuivant son effort, parvient à revenir à une seconde du leader au quinzième tour. À quelque distance, Moss est parvenu à prendre le meilleur sur Hawthorn. La pluie se met soudain à tomber, un avantage pour González, les pneus Pirelli équipant sa Ferrari s'étant montrés supérieurs aux Continental de la Mercedes lors des essais. Fangio ne renonce pas pour autant, et continue à attaquer à outrance, tentant de maintenir le contact avec l'homme de tête, qui lui ne prend aucun risque et semble tourner à sa main. De fait, au trentième tour, l'écart entre les deux Argentins est de cinq secondes, et le suspense reste entier. Moss et Hawthorn continuent à se battre pour la troisième place et sont toujours roues dans roues, à trente-six secondes de la Ferrari de tête et quinze secondes devant Behra qui effectue une belle course sur sa modeste Gordini.

González
Deuxième victoire en championnat pour González, qui a contrôlé la course de bout en bout.

Ascari, qui avait abandonné au vingt-et-unième tour sur panne moteur, reprend la voiture de son coéquipier Luigi Villoresi, alors neuvième. À ce moment, Fangio commence à connaître des problèmes de boîte de vitesses, et perd bientôt l'usage du troisième rapport. Le champion argentin n'abandonne toutefois pas la lutte, et redouble d'ardeur pour compenser ce handicap, si bien qu'à mi-course l'écart avec González n'est que de trois secondes. Derrière, Moss est parvenu à prendre une dizaine de secondes d'avance sur Hawthorn, dont le moteur a perdu un peu de puissance. Ascari a abandonné une nouvelle fois, baisse de pression d'huile.

Débarrassé de la menace Hawthorn, Moss se lance à la poursuite de Fangio, qui éprouve de plus en plus de difficultés avec sa boite de vitesses (obligé de maintenir le levier en permanence, il conduit à une main[12]), lui reprenant plus de deux secondes au tour. Au début du cinquante-cinquième tour, la jonction est faite, et le jeune pilote britannique s'empare de la deuxième position, alors que Behra, qui détenait toujours la cinquième place, vient d'abandonner, bielle coulée aussitôt après le bris d'une pièce de suspension[6]. Quelques boucles plus tard, Fangio doit également laisser passer Hawthorn.

En tête, González se contente désormais de contrôler son avance sur Moss, revenu à moins de vingt secondes. Les positions semblent acquises, sauf pour Fangio dont la Mercedes commence à perdre de l'huile. Le visage maculé, le champion argentin perd encore du terrain et se fait bientôt remonter et déborder par la Maserati de Marimon. Puis au quatre-vingtième tour, c'est Moss qui se trouve à son tour en difficulté, pont arrière cassé. Avec une minute d'avance sur Hawthorn, González a alors course gagnée. Les derniers tours n'apportent pas d'autre changement et l'Argentin l'emporte après avoir mené de bout en bout. Seul Hawthorn termine dans le même tour que le vainqueur. Marimon prend la troisième place, devant Fangio qui malgré une voiture bien mal en point est parvenu à terminer l'épreuve.

Classements intermédiaires[modifier | modifier le code]

Classements intermédiaires des monoplaces aux premier, cinquième, dixième, quinzième, vingtième, trentième, quarante-cinquième, cinquante-cinquième, soixantième, soixante-dixième et quatre-vingtième tours[1],[13].

Classement de la course[modifier | modifier le code]

Ferrari 625
Les Ferrari 625 se sont avérées les meilleures à Silverstone et terminent aux deux premières places.
Pos No Pilote Écurie Tours Temps/Abandon Grille Points
1 9 Drapeau : Argentine José Froilán González Ferrari 90 2 h 56 min 14 s 2 8,14
2 11 Drapeau : Royaume-Uni Mike Hawthorn Ferrari 90 2 h 57 min 24 s (+ 1 min 10 s) 3 6,14
3 23 Drapeau : Argentine Onofre Marimon Maserati 89 2 h 57 min 00 s (+ 1 tour) 28 4,14
4 1 Drapeau : Argentine Juan Manuel Fangio Mercedes-Benz 89 2 h 57 min 27 s (+ 1 tour) 1 3,14
5 10 Drapeau : France Maurice Trintignant Ferrari 87 2 h 56 min 15 s (+ 3 tours) 8 2
6 4 Drapeau : Argentine Roberto Mieres Maserati 87 2 h 57 min 17 s (+ 3 tours) 32
7 2 Drapeau : Allemagne Karl Kling Mercedes-Benz 87 2 h 57 min 43 s (+ 3 tours) 6
8 8 Drapeau : Royaume-Uni Ken Wharton Maserati 86 2 h 57 min 15 s (+ 4 tours) 9
9 19 Drapeau : Belgique André Pilette Gordini 86 2 h 57 min 46 s (+ 4 tours) 12
10 29 Drapeau : Royaume-Uni Bob Gerard Cooper-Bristol 85 2 h 57 min 54 s (+ 5 tours) 18  
11 25 Drapeau : Royaume-Uni Don Beauman Connaught-Lea Francis 84 2 h 57 min 47 s (+ 6 tours) 17
12 3 États-Unis Harry Schell Maserati 83 2 h 56 min 20 s (+ 7 tours) 16
13 23 Drapeau : Royaume-Uni Leslie Marr Connaught-Lea Francis 82 2 h 57 min 06 s (+ 8 tours) 22
14 26 Drapeau : Royaume-Uni Leslie Thorne Connaught-Lea Francis 78 2 h 57 min 32 s (+ 12 tours) 23
15 28 Drapeau : Royaume-Uni Horace Gould Cooper-Bristol 44 2 h 58 min 26 s (+ 46 tours) 20
Abd. 7 Drapeau : Royaume-Uni Stirling Moss Maserati 80 Transmission 4 0,14
Abd. 22 Drapeau : Royaume-Uni Bill Whitehouse Connaught-Lea Francis 63 Distribution d'essence 19
Abd. 17 Drapeau : France Jean Behra Gordini 54 Suspension 5 0,14
Abd. 5 Drapeau : Royaume-Uni Roy Salvadori Maserati 53 Transmission 7
Abd. 6 Drapeau : Thaïlande Prince Bira
Drapeau : Royaume-Uni Ron Flockhart
Maserati 44 Accident 10
Abd. 32 Drapeau : Italie Luigi Villoresi
Drapeau : Italie Alberto Ascari
Maserati 40 Moteur 27
Abd. 24 Drapeau : Royaume-Uni John Riseley-Prichard Connaught-Lea Francis 40 Accident 21
Abd. 12 Drapeau : Royaume-Uni Reg Parnell Ferrari 25 Moteur 14
Abd. 31 Drapeau : Italie Alberto Ascari Maserati 21 Moteur 31 0,14
Abd. 18 Drapeau : Argentine Clemar Bucci Gordini 18 Accident 13
Abd. 20 Drapeau : Royaume-Uni Peter Collins Vanwall 16 Moteur 11
Abd. 14 Drapeau : France Robert Manzon Ferrari 16 Moteur 15
Abd. 21 Drapeau : Royaume-Uni Peter Whitehead Cooper-Alta 4 Fuite d'huile 24
Abd. 30 Drapeau : Royaume-Uni Eric Brandon Cooper-Bristol 2 Moteur 25
Abd. 15 Drapeau : France Louis Rosier Ferrari 2 Moteur 30
Np. 27 Drapeau : Royaume-Uni Alan Brown Cooper-Bristol 26
Np. 30 Drapeau : Royaume-Uni Rodney Nuckey Cooper-Bristol 29

Légende:

  • Abd.= Abandon - Np.=Non partant

Pole position et Record du tour[modifier | modifier le code]

Tours en tête[modifier | modifier le code]

Classement général à l'issue de la course[modifier | modifier le code]

  • attribution des points : 8, 6, 4, 3, 2 respectivement aux cinq premiers de chaque épreuve et 1 point supplémentaire pour le pilote ayant accompli le meilleur tour en course (signalé par un astérisque). En Grande-Bretagne, le meilleur tour a été accompli par sept pilotes, crédités chacun de 0,14 point (un septième).
  • Le règlement permet aux pilotes de se relayer sur une même voiture, les points éventuellement acquis étant alors partagés. Troy Ruttman et Duane Carter marquent chacun un point et demi pour leur quatrième place à Indianapolis, Mike Hawthorn et José Froilán González marquent chacun un point et demi pour leur quatrième place en Belgique.
  • Sur dix épreuves qualificatives prévues pour le championnat du monde 1954, neuf seront effectivement courues, le Grand Prix des Pays-Bas, programmé le 6 juin[14], ayant été annulé.
Classement des pilotes
Pos. Pilote Écurie Points Drapeau : Argentine
ARG
États-Unis
500
Drapeau : Belgique
BEL
Drapeau : France
FRA
Drapeau : Royaume-Uni
GBR
Drapeau : Allemagne
ALL
Drapeau : Suisse
SUI
Drapeau : Italie
ITA
Drapeau : Espagne
ESP
1 Drapeau : Argentine Juan Manuel Fangio Maserati & Mercedes-Benz 28,14 8 - 9* 8 3,14*
2 Drapeau : Argentine José Froilán González Ferrari 14,64 5* - 1,5 - 8,14*
3 Drapeau : France Maurice Trintignant Ferrari 11 3 - 6 - 2
4 États-Unis Bill Vukovich Kurtis Kraft 8 - 8 - - -
5 Drapeau : Royaume-Uni Mike Hawthorn Ferrari 7,64 - - 1,5 - 6,14*
6 Drapeau : Italie Giuseppe Farina Ferrari 6 6 - - - -
États-Unis Jimmy Bryan Kuzma 6 - 6 - - -
Drapeau : Allemagne Karl Kling Mercedes-Benz 6 - - - 6 -
9 États-Unis Jack McGrath Kurtis Kraft 5 - 5* - - -
10 Drapeau : Royaume-Uni Stirling Moss Maserati 4,14 - - 4 - 0,14*
Drapeau : Argentine Onofre Marimon Maserati 4,14 - - - - 4,14*
12 Drapeau : France Robert Manzon Ferrari 4 - - - 4 -
13 Drapeau : Thaïlande Prince Bira Maserati 3 - - - 3 -
14 Drapeau : France Élie Bayol Gordini 2 2 - - - -
États-Unis Mike Nazaruk Kurtis Kraft 2 - 2 - - -
Drapeau : Belgique André Pilette Gordini 2 - - 2 - -
Drapeau : Italie Luigi Villoresi Maserati 2 - - - 2 -
18 États-Unis Troy Ruttman Kurtis Kraft 1,5 - 1,5 - - -
États-Unis Duane Carter Kurtis Kraft 1,5 - 1,5 - - -
20 Drapeau : Allemagne Hans Herrmann Mercedes-Benz 1 - - - 1* -
21 Drapeau : Italie Alberto Ascari Maserati 0,14 - - - - 0,14*
Drapeau : France Jean Behra Gordini 0,14 - - - - 0,14*

À noter[modifier | modifier le code]

  • Voitures copilotées:
    • n°6: Prince Bira (42 tours) et Ron Flockhart (2 tours).
    • n°32: Luigi Villoresi (30 tours) et Alberto Ascari (10 tours).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) Peter Lewis, Motor Racing Through the Fifties, Naval & Military Press,‎ 1992, 152 p. (ISBN 1-897632-15-0)
  2. (en) Mike Lawrence, Grand Prix Cars 1945-65, Motor racing Publications,‎ 1998, 264 p. (ISBN 1-899870-39-3)
  3. a et b L'année automobile 1954-1955 - éditeur : Edita S.A., Lausanne
  4. Christian Moity et Serge Bellu, « La galerie des championnes : Mercedes-Benz W196 R », Revue L'Automobile, no 404,‎ février 1980
  5. Gérard Crombac, 50 ans de formule 1 - Les années Fangio, Editions E-T-A-I,‎ 1999, 224 p. (ISBN 2-7268-8336-2)
  6. a et b Christian Huet, Gordini Un sorcier une équipe, Editions Christian Huet,‎ 1984, 485 p. (ISBN 2-9500432-0-8)
  7. a, b et c Chris Nixon, Mon Ami Mate, Éditions Rétroviseur,‎ 1992, 378 p. (ISBN 2-84078-000-3)
  8. (en) Adriano Cimarosti, The complete History of Grand Prix Motor racing, Aurum Press Limited,‎ 1997, 504 p. (ISBN 1-85410-500-0)
  9. (en) Bruce Jones, The complete Encyclopedia of Formula One, Colour Library Direct,‎ 1998, 647 p. (ISBN 1-84100-064-7)
  10. Johnny Rives, Gérard Flocon et Christian Moity, La fabuleuse histoire de la formule 1, Éditions Nathan,‎ 1991, 707 p. (ISBN 2-09-286450-5)
  11. a, b et c (en) Mike Lang, Grand Prix volume 1, Haynes Publishing Group,‎ 1981, 288 p. (ISBN 0-85429-276-4)
  12. Günther Molter, Fangio, Gallimard,‎ 1958, 240 p. (ISBN 2-7268-8596-9)
  13. Edmond Cohin, L'historique de la course automobile, Editions Larivière,‎ 1982, 882 p.
  14. Revue L'Automobile n°96 - avril 1954