Formulaire d'Alexandre VII

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Le Formulaire d'Alexandre VII est un texte publié en 1656. Il condamne cinq propositions présentées comme étant tirées de l’Augustinus, ouvrage théologique écrit par Cornelius Jansen et publié en 1640. Il est une conséquence de la bulle Ad Sacram publiée le 16 octobre 1656, qui affirme que les Cinq propositions tirées de l'Augustinus qui ont été présentées au pape sont condamnées.

Les Cinq propositions et le Formulaire[modifier | modifier le code]

Le Formulaire reprend l'examen des cinq propositions extraites de l'Augustinus déjà condamnées par le pape Innocent X le 31 mai 1653 dans la bulle Cum occasione et y adjoint une nouvelle demande de condamnation formelle de ces cinq propositions.

Les religieux devant signer le Formulaire apposent leur signature au bas de ce texte :

« Je me soumets sincèrement à la Constitution du pape Innocent X du 31 mai 1653, selon son véritable sens, qui a été déterminé par la Constitution de notre Saint-Père le pape Alexandre VII du 16 octobre 1656. Je reconnais que je suis obligé en conscience d'obéir à ces Constitutions, et je condamne de cœur et de bouche la doctrine des Cinq propositions de Cornelius Jansenius contenues dans son livre intitulé Augustinus, que ces deux papes et les évêques ont condamnée ; laquelle doctrine n'est point celle de saint Augustin, que Jansenius a mal expliquée, contre le vrai sens de ce saint docteur[1]. »

Les cinq propositions qui sont condamnées par le pape ont été rédigées par Isaac Habert, évêque de Vabres et ancien proche de Richelieu. Elles sont issues de sa lecture de l’Augustinus, mais les jansénistes contestent qu'elles se trouvent rédigées ainsi dans l'ouvrage de Jansenius. Ils sont d'accord pour condamner ces propositions, mais ne se reconnaissent pas dedans. C'est la « distinction du droit et du fait » : ces propositions sont condamnables en droit mais elles ne se trouvent, en fait, pas dans l’Augustinus.

« 

  1. Quelques commandements de Dieu sont impossibles aux justes qui veulent et s'efforcent selon les forces qu'ils ont présentes : et la grâce, par laquelle ils leur soient possibles, leur manque aussi. (Proposition téméraire, impie, blasphématoire, digne d'anathème et hérétique[2].)
  2. Dans l'état de la nature déchue, on ne résiste jamais à la grâce intérieure. (Proposition hérétique)
  3. Pour mériter et démériter dans l'état de la nature déchue, il n'est pas nécessaire qu'il y ait dans l'homme une liberté qui soit exempte de contrainte. (Proposition hérétique)
  4. Les demi-pélagiens admettaient la nécessité de la grâce intérieure prévenante, pour chaque action, même pour le commencement de la foi : et ils étaient hérétiques en ce qu'ils voulaient que cette grâce fût telle, que la volonté des hommes lui pût résister ou obéir. (Proposition fausse et hérétique)
  5. C'est un sentiment demi-pélagien de dire que Jésus-Christ soit mort ou qu'il ait répandu son sang pour tous les hommes sans en exempter un seul. (Proposition fausse, téméraire, scandaleuse ; et entendue dans ce sens que Jésus-Christ serait mort seulement pour le salut des prédestinés, cette proposition est déclarée impie, blasphématoire, calomnieuse, injurieuse à la bonté de Dieu et hérétique.)[3] »

Complexes, ces propositions étaient bien plus intelligibles au XVIIe siècle où, d'une certaine façon, la religion et la théologie faisaient davantage partie des préoccupations courantes. On peut néanmoins tenter de leur donner l'explication suivante :

  • Première proposition.
    • Il convient tout d'abord de déterminer le sens du mot juste dans l'Écriture et la théologie : dans l'Ancien Testament, le juste est celui qui s'attache à Dieu et qui obéit aux commandements de Dieu. L'Ancien Testament ne se prononce pas sur le fait de savoir (préoccupation éminemment philosophique) si cette obéissance est possible à l'homme. Il lui suffit de proclamer que face à Dieu et à sa révélation, l'homme est entraîné à obéir (Deutéronome 30, 19-20). Selon le Nouveau Testament, le juste est celui qui souhaite obéir aux commandements de Dieu, qui s'y efforce, mais qui est conscient de deux limites : A) Il ne peut s'autoriser de son obéissance pour se considérer digne de la grâce de Dieu. B) Il est conscient du fait qu'il ne peut, en tout égard de cause, satisfaire absolument aux exigences de Dieu. À cet égard, personne n'est absolument juste. Même le juste doit de toute manière se repentir et avouer son état de péché. Typique, à cet égard, un passage tel que Luc 15, 7 et beaucoup de passages de Paul.

Ainsi donc, cette proposition est égale aux deux limites. L'obéissance absolue est impossible sans la grâce. Si l'on peut encore parler de justice (humaine), il ne s'agit que d'une justice relative qui ne suffit nullement à mériter la grâce. Cette proposition s'oppose à la doctrine catholique courante selon laquelle l'obéissance même imparfaite aux commandements constitue un certain mérite, imparfait sans doute, mais qui a pour conséquence d'encourager tout homme à faire le bien, même sans la grâce.

En ce sens, la proposition revient pratiquement aux positions protestantes, tant luthérienne que calviniste. Elle pousse à l'extrême la position augustinienne, qui affirme l'importance décisive de la grâce, mais sans nier que l'homme ait sa liberté de l'accepter (sinon il ne serait pas responsable devant Dieu).

  • Deuxième proposition.
    • Cette proposition exprime positivement ce que la première expose négativement. De même que, sans la grâce, il est impossible d'obéir entièrement à Dieu, de même il est impossible de résister à la grâce.

En ce sens, la proposition revient pratiquement à la proposition protestante, exprimée d'ailleurs plus catégoriquement dans le calvinisme que dans le luthéranisme.

Elle s'oppose à la doctrine catholique courante, selon laquelle il est possible de résister à la grâce.

  • Troisième proposition.
    • Cette proposition est très subtile. On y distingue une liberté par rapport à la nécessité, et une liberté par rapport à la contrainte.

La liberté par rapport à la contrainte est une liberté qui prive l'homme de toute liberté, qui en fait un pur objet, purement passif. Ici, liberté et contraintes sont contraires.

Cela, personne ne l'admet, ni catholiques, ni protestants.

En revanche cette proposition admet – comme les protestants – que la liberté de l'homme est soumise à une nécessité : la nécessité de vouloir. Or, selon cette volonté, l'homme, dans l'état de chute, ne peut vouloir que le mal. Dans l'état de grâce, il ne peut vouloir que le bien. Donc le fait d'être soumis à une nécessité – celle de vouloir – ne le dispense pas d'être responsable et donc, selon la proposition (mais ici non selon les protestants) de mériter ou de démériter. Car les protestants récusent toute notion de mérite et de démérite.

Quoi qu'il en soit de l'expression mériter ou démériter, cette proposition s'oppose à la doctrine catholique courante, selon laquelle l'homme n'est pas soumis à la nécessité de pécher s'il n'a pas la grâce, ni à celle d'obéir s'il a la grâce. La proposition affirme que, bien qu'il soit soumis à des nécessités (celle de pécher – s'il n'a pas la grâce – ; celle d'obéir – s'il a la grâce), il demeure néanmoins libre et responsable. Il n'est pas un objet purement passif. Au total, à part les expressions mériter et démériter, cette proposition rejoint en fait la proposition protestante.

  • Quatrième proposition.
    • Il s'agit ici de l'application à la grâce prévenante de la deuxième proposition relative à la grâce elle-même, qu'elle soit actuelle ou prévenante.
  • Cinquième proposition.
    • Cette proposition découle des quatre premières, particulièrement des deux premières. Si la grâce est nécessaire pour croire en Jésus-Christ et pour croire en son sacrifice, il s'ensuit qu'en fait il n'est pas mort pour ceux qui ne croient pas en lui. Il n'est mort, en fait, que pour ceux à qui la grâce a été faite de croire en lui, c'est-à-dire (selon le vocabulaire des calvinistes) pour les prédestinés. Cette proposition s'oppose à la doctrine catholique, selon laquelle, même si des hommes ne croient pas, Jésus-Christ, objectivement, est tout de même mort pour eux aussi. Car la possibilité de croire, s'ils le veulent, n'en subsiste pas moins pour eux[4].

Chronologie du Formulaire[modifier | modifier le code]

  • janvier 1655 : le cardinal Jules Mazarin réunit quinze évêques qui prescrivent la signature du Formulaire rédigé en 1653 par Innocent X par tous les ecclésiastiques du royaume, mais cette décision n'est pas appliquée dans la plupart des diocèses.
  • 1657 : acceptation de la bulle et du Formulaire par l'Assemblée du clergé de France, puis par le Parlement au moyen d'un lit de justice.
  • 1661 : Louis XIV impose la signature à tous les ecclésiastiques, y compris les religieuses et les maîtres d'écoles.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Augustin Gazier, Histoire générale du mouvement janséniste, tome 1, Paris, Honoré Champion, 1924, 342 p.
  • Jean-Pierre Chantin, Le jansénisme. Entre hérésie imaginaire et résistance catholique, Paris, Cerf, 1996, 126 p.
  • Françoise Hildesheimer, Le jansénisme, Paris, Desclée de Brouwer, 1992, 148 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Texte du Formulaire tiré de Jean-Pierre Chantin, Le jansénisme. Entre hérésie imaginaire et résistance catholique, Cerf, Paris, 1996, p. 24.
  2. La qualification est faite par le Pape, ce sont les motifs pour lesquels il condamne chaque proposition
  3. Texte selon la traduction de Gabriel Gerberon, considéré comme le meilleur latiniste de son époque, in Histoire générale du jansénisme, Amsterdam, 1700.
  4. Angélique Arnauld, par Fabian Gastellier, éditions Fayard, 1998.