Falun Gong

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Falun Gong
C'est l'emblème du Falun Gong.
Chinois traditionnel 法輪功
Chinois simplifié 法轮功
Traduction littérale Méthode de la Roue de la Loi

Le Falun Gong (法轮功 en chinois simplifié, 法輪功 en chinois traditionnel), aussi appelé Falun Dafa (法轮大法 en chinois simplifié, 法輪大法 en chinois traditionnel), est une ancienne discipline de qigong, transmise au grand public par Li Hongzhi. La particularité de cette méthode est de revenir à la source des enseignements du qigong en recherchant simultanément le développement physique et spirituel. Elle vise à garder le corps en bonne santé et éveiller la conscience au maintien d'une bonne moralité. Son enseignement combine la pratique de la méditation, d'exercices aux mouvements lents et souples et le travail sur soi à travers trois principes fondamentaux : Authenticité, Bonté, Tolérance ou Zhen (真), Shan (善), Ren (忍)[1],[2].

La transmission publique du Falun Gong a commencé en 1992 ; il a été rapidement reconnu et soutenu par les autorités chinoises[3]. Sa popularité s'est très vite accrue grâce aux nombreux témoignages de guérisons et d'améliorations de la santé physique et morale[4], au point que sept ans plus tard, les sources occidentales rapportaient que les organisations gouvernementales chinoises estimaient à environ soixante-dix millions le nombre de Chinois qui le pratiquait[5],[6]. Face à ce succès fulgurant, les autorités chinoises ont exercé à plusieurs reprises des pressions pour rendre la pratique payante et pour renforcer l'influence du Parti communiste chinois (PCC) sur cette dernière[7],[8]. Ces tentatives de contrôle ont provoqué l'effet inverse, amenant le Falun Gong à s'affirmer progressivement comme une école de qigong autonome et indépendante du pouvoir.

Le PCC, dirigé à l'époque par Jiang Zemin, est alors devenu hostile au Falun Gong et a commencé en 1999 la répression de cette pratique sur le territoire de la République populaire de Chine. Le Bureau 610[9]a été créé afin de coordonner cette répression et orchestrer une campagne de propagande[10] et diffamation de la pratique à l'échelle nationale et internationale par les médias d'État chinois, de lavage de cerveaux massif dans le milieu professionnel, social et éducatif, suivis de nombreuses dénonciations et arrestations de pratiquants en Chine [11],[12],[13],[14]. Cette campagne a été suivie de mauvais traitements, de tortures, de meurtres[15],[16],[17] et de prélèvements forcés d'organes[18],[19],[20]. Ces violations massives des droits de l'homme ont été rapportées et dénoncées par le Parlement européen[21],[22], les rapporteurs spéciaux des Nations Unies[11], de nombreuses organisation de défense des droits de l'homme[23],[14], des gouvernements[24], des avocats internationaux[18] et des personnalités[25] dans le monde entier.

Malgré la persécution, le Falun Gong continue à être pratiqué clandestinement en Chine. Il s’est aussi développé en dehors de la Chine en devenant une pratique de qigong de plus en plus populaire. A ce jour, le Falun Gong est pratiqué dans plus de soixante-dix pays[26] et ses enseignements ont été traduits dans plus de quarante langues[27].

Origines et catégorisation[modifier | modifier le code]

Le 13 mai 1992, Li Hongzhi, un maître de qigong du nord-est de la Chine, donne son premier séminaire public sur le Falun Gong dans la ville de Changchun. Il présente le Falun Gong comme une pratique issue des « traditions ancestrales millénaires de « cultivation »[28] », et cherche à faire revivre les éléments spirituels de la pratique du qigong qui ont été rejetées pendant la Révolution culturelle pour s’adapter à la doctrine communiste. Son but est de revenir à la fondation des enseignements du qigong c'est-à-dire au développement physique et spirituel conjoint.

Dans le contexte culturel de la Chine, le Falun Gong est généralement décrit comme un système de qigong, nom moderne donné à l’ancien terme « xiulian » (chinois : 修炼 ; pinyin : xiū liàn ; littéralement : « cultivation-pratique »), signifiant cultiver l’esprit et en même temps exercer le corps[29]. Les traditions orientales ne considèrent pas le corps et l’esprit comme indépendants et enseignent à les harmoniser en travaillant sur l’un comme sur l’autre. De multiples variétés de « cultivation-pratique » se retrouvent partout dans l'histoire chinoise ; elles sont issues des traditions bouddhistes, taoïstes et confucéennes et recouvrent également le domaine des arts martiaux internes[30],[31]. Richard Madsen, professeur à l’Université de Californie à San Diego, souligne que la culture traditionnelle chinoise a une « interprétation profonde de la matière et de l'esprit, du corps et de l’âme[32]. » Selon Zhao Yuezhi, analyste principale et professeur à l’Université Simon Fraser au Canada, « le Falun Gong, comme d’autres formes de qigong, met l’accent sur l'unité de guérison physique et spirituelle, contrairement à la distinction faite en Occident entre médecine et spiritualité. Pour amener à l’amélioration de la santé, les exercices physiques doivent être accompagnés par la cultivation morale et les exercices spirituels permettant de concentrer l'esprit. Dans le cas du Falun Gong, les valeurs à cultiver sont authenticité (chinois :  ; pinyin : zhēn), bonté (chinois :  ; pinyin : shàn) et tolérance (chinois :  ; pinyin : rěn)[1]. » Benjamin Penny, professeur d'histoire chinoise à l'Université nationale australienne, souligne aussi l’importance de ces valeurs dans le Falun Gong[33] et écrit : « la meilleure façon de décrire le Falun Gong est de l’assimiler à un système de cultivation. Les systèmes de cultivation sont une caractéristique de la vie chinoise depuis au moins 2 500 ans et probablement beaucoup plus longtemps[34]. »

En Occident, vu la difficulté à lui trouver un équivalent, le Falun Gong est généralement vu comme une pratique ou un mouvement spirituel. Aux États-Unis, dans la Résolution 605 votée le 16 mars 2010 par la Chambre des représentants des États-Unis demandant l'arrêt immédiat de la persécution du Falun Gong en Chine, ce dernier est qualifié de « mouvement spirituel » et de « discipline spirituelle traditionnelle chinoise »[24]. En Europe, dans la Résolution du Parlement européen du 12 décembre 2013 sur le prélèvement d'organes en Chine, le Falun Gong est considéré comme une « pratique spirituelle[22] ». Edward McMillan-Scott, vice-président du Parlement européen, parle d'« exercices spirituels[35] » et d'un « mouvement spirituel[25] ». Amnesty International décrit le Falun Gong comme un « mouvement qui pratique une méthode de méditation associée à des exercices respiratoires[23] » ou un « mouvement spirituel[36] ». Human Rights Watch indique que le Falun Gong est « une forme de qigong, un ancien système chinois d'exercice de respiration profonde, parfois combiné avec de la méditation[37]. »

Pratique et enseignements[modifier | modifier le code]

La méthode du Falun Gong vise le bien-être physique et mental. Elle se compose de deux éléments complémentaires : la pratique des exercices pour travailler sur le corps et la cultivation de l’esprit et du cœur, appelée aussi l'élévation du xinxing (chinois : 心性 ; pinyin : xīn xìng).

Exercices[modifier | modifier le code]

Les cinq exercices de Falun Gong

Le Falun Gong propose quatre exercices simples en position debout et une méditation en position assise. Comme dans beaucoup de méthodes de qigong, ces exercices utilisent des mouvements lents et souples, voire des postures immobiles et sont destinés à débloquer les méridiens, purifier le corps et accroitre la concentration. Bien que les exercices soient considérés comme secondaires par rapport à l'élévation spirituelle, ils restent une composante essentielle de la pratique du Falun Gong[38].

Le premier exercice, appelé « Bouddha étend ses mille bras », est destiné à faciliter la libre circulation de l'énergie dans le corps et à ouvrir les méridiens. Le second exercice, « Position debout du Falun », consiste en quatre postures statiques, chacune similaire à la tenue d’une roue invisible, pendant une période de temps prolongée. L'objectif de cet exercice est d’augmenter le niveau d’énergie. Le troisième, « Relier les deux pôles cosmiques », comporte trois séries de mouvements permettant d'expulser la mauvaise énergie du corps (par exemple, l’énergie pathogène ou qi noir) et la remplacer par de la bonne énergie. Grâce à la pratique de cet exercice, le pratiquant nettoie et purifie son corps. Le quatrième exercice, « Le circuit céleste du Falun », vise à faire circuler l'énergie librement dans tout le corps. Contrairement aux quatre premiers, le cinquième exercice est effectué assis en position du lotus ou du demi-lotus pour les débutants . Appelé « Renforcer les pouvoirs divins », c'est une méditation destinée à être maintenue aussi longtemps que possible et est considéré par Li Hongzhi comme l'exercice le plus avancé[39].

Les exercices du Falun Gong peuvent se pratiquer individuellement ou en groupe pendant une durée variable en fonction des besoins et de la disponibilité de chacun[40]. Ils sont enseignés gratuitement par des bénévoles[41]. Les pratiquants de Falun Gong sont invités à lire les livres de Falun Gong et à pratiquer les exercices de façon régulière, de préférence quotidiennement[41].

Principes[modifier | modifier le code]

L'élévation du xinxing est atteinte, d'une part, en harmonisant sa vie avec les trois principes qui constituent la nature fondamentale de l'univers : authenticité, bonté et tolérance ou Zhen-Shan-Ren[2],[42] et, d'autre part, en abandonnant les pensées et comportements négatifs[43]. Comme le précise Li Hongzhi dans son premier livre des enseignements de Falun Gong, il s’agit d’abandonner « toutes les pensées et les actions mauvaises comme la convoitise, l’âpreté au gain, la luxure, les désirs, le meurtre, la brutalité, le vol, la fourberie, la jalousie, etc.[44] »

Le perfectionnement de soi selon ces trois principes est considéré comme essentiel dans la pratique du Falun Gong[45]. Dans Zhuan Falun (chinois : 转法轮 ; pinyin : Zhuàn FǎLún), le texte fondateur publié en 1995, Li Hongzhi écrit : « Mais peu importe les changements que connaissent les critères moraux de l’humanité, la nature de l’univers, elle, ne change pas, elle est le seul critère pour juger si quelqu’un est bon ou mauvais. Alors en tant que pratiquant, les exigences que vous vous imposez doivent se conformer à la nature de l’univers. »[46].

Le Falun Gong met en avant deux autres principes : la vertu (chinois :  ; pinyin : ) et le karma (chinois :  ; pinyin : ) dans le sens de karma négatif[47]. La première est obtenue en faisant de bonnes actions et en supportant la souffrance, le second s'accumule en commettant de mauvaises actions. La vertu d'une personne détermine sa bonne fortune et sa capacité à s'élever spirituellement. Inversement, un karma important apporte la souffrance, la maladie et la séparation d'avec la nature de l'univers[47]. L’élévation spirituelle est accomplie par l'élimination du karma et l'accumulation de la vertu[48].

Enseignements[modifier | modifier le code]

Le Falun Gong enseigne que les êtres humains sont originellement bons, que « l’origine première de l’existence humaine provient de l’univers. Les espaces de l’univers sont originellement bons et ont pour nature Zhen-Shan-Ren ; l’être humain possède à sa naissance la même nature que l’univers[49]. » Toutefois, les êtres humains sont « tombés » dans un monde d’illusion et de souffrance après avoir développé l'égoïsme et accumulé du karma[50]. Afin de retrouver sa « nature originelle », il faut s'assimiler à la nature de l’univers, abandonner les mauvaises pensées et actions et rembourser le karma[51],[52].

Pour éliminer le karma, les pratiquants, dans leur vie quotidienne, doivent être honnêtes, faire de bonnes actions et agir avec patience et bienveillance lorsqu'ils rencontrent des difficultés[53]. Avant d'être surmonté, le stress vécu au quotidien par les pratiquants peut aussi contribuer à la réduction du karma[54]. L'élévation spirituelle est également atteinte en abandonnant les attachements. Avoir des biens matériels n’est pas un problème, par contre être attaché aux choses matérielles en est un[55]. Il est recommandé d’abandonner les addictions telles que le tabagisme ou la consommation d'alcool car elles constituent aussi des attachements[56],[57]. Un intérêt excessif pour la politique pourra aussi devenir un attachement au pouvoir et à l'influence dans le monde. Selon Hu Ping, un intellectuel et rédacteur en chef du plus vieux magazine dissident chinois, « Le Falun Gong ne traite que de la purification de l'individu par l'exercice, et n'aborde pas les préoccupations sociales ou nationales. Il n'y a pas de suggestions ou même de sous-entendu mentionnant un modèle de changement social » [58].

D'après David Ownby, les principes guidant vers une élévation spirituelle ne constituent pas dans le Falun Gong un ensemble de préceptes et de règles, mais plutôt une base de connaissances que chacun va comprendre et aborder en fonction de son propre vécu et de sa propre situation[59]. Le travail sur soi n'est pas égoïste et vise au contraire à traiter les autres avec compassion et bienveillance[60]. Les enseignements mettent l'accent sur la recherche en soi pour faire face aux problèmes. Li Hongzhi souligne l’importance de penser tout d’abord aux autres en toutes circonstances[61]. Stephen Chan, professeur à l’Université de Londres, dresse un parallèle entre le Falun Gong et le bouddhisme en affirmant que les deux partagent la même doctrine principale de bonté et de compassion inconditionnelles envers les autres[62].

Le Falun Gong se fait l'écho des traditions chinoises selon lesquelles les êtres humains sont connectés à l'univers par l'esprit et le corps. Li Hongzhi incite à remettre en question « les mentalités conventionnelles » relatives à la nature et la genèse de l'univers, à l'espace-temps et au corps humain[63]. Le Falun Gong s'appuie sur les traditions d’Asie de l'Est et sur la médecine traditionnelle chinoise, critique les limites que s’impose elle-même la science moderne et voit la science traditionnelle chinoise comme un système ontologique totalement différent et tout aussi valable[1]. Cependant, il emprunte des idées scientifiques modernes pour présenter une partie de son enseignement - notamment en faisant des références à la théorie atomique et l'énergie nucléaire[64]. Selon David Ownby, « Li Hongzhi présente sa vision à la fois comme un retour à une tradition spirituelle perdue ou négligée, et comme une contribution majeure à la science moderne », tandis que de nombreux intellectuels chinois qui ont commencé à pratiquer le Falun Gong, affirment qu’en expliquant la relation de la science aux « grandes structures cosmiques et questions existentielles », Li Hongzhi a rendu la science plus importante que jamais[65]. Cet avis est partagé par Richard Madsen[66].

Textes[modifier | modifier le code]

Le premier recueil des enseignements, Falun Gong de Chine ou tout simplement Falun Gong, a été publié en avril 1993. C’est un texte d'introduction qui traite du qigong, des principes de la pratique et de la cultivation du xinxing. Le livre fournit également des illustrations et des explications sur les exercices et la méditation[38]. Le corps principal de l'enseignement est décrit dans Zhuan Falun, publié en janvier 1995. Le livre est divisé en neuf leçons et est basé sur les transcriptions écrites des conférences que Li Hongzhi a données dans toute la Chine au cours des trois années précédentes[67]. Ces deux livres, écrits en chinois, ont depuis été traduits en 38 autres langues.

Symboles[modifier | modifier le code]

Le symbole de la pratique est le Falun (Roue du Dharma, ou Dharmachakra en sanskrit). Le titre du recueil principal des enseignements du Falun Gong, Zhuan Falun, signifie littéralement « Tourner la Roue de la Loi »[68]. Ce symbole est présent dans le bouddhisme depuis au moins 2 500 ans. Dans le Falun Gong, il est une représentation miniature de l'Univers[69]. Cette « Roue de la Loi » contient à la fois un grand et quatre petits svastikas[70], qui sont la marque particulière des bouddhas, ainsi que quatre petits Taiji (symboles yin-yang), représentant le Tao[52],[69].

Organisation, structure et démographie[modifier | modifier le code]

Organisation[modifier | modifier le code]

La pratique de Falun Gong à très grande échelle était une scène quotidienne en Chine avant la persécution lancée en 1999, comme ici à Guangzhou.

Les enseignements du Falun Gong incluent un point fondamental : le Falun Gong est destiné à être « sans forme », n’ayant que peu ou pas d’organisation formelle[71],[72],[73]. Il n'existe aucune liste ou registre des pratiquants ; ces derniers sont libres de participer à la pratique et de suivre les enseignements à leur propre rythme. Les pratiquants ne doivent pas imposer aux autres ce qu'il faut croire ou comment se comporter[41],[58],[74]. Le fondateur du Falun Gong, Li Hongzhi, n'intervient pas dans la vie personnelle des pratiquants qui n'ont que peu ou pas de contact avec lui, sauf à travers l'étude de ses enseignements[41],[75].

Selon Craig Burgdoff, professeur en théologie, il n'existe pas de hiérarchie dans le Falun Gong, et l'accent n'est pas mis sur la discipline dogmatique, la seule chose soulignée étant le besoin d'un comportement moral strict[75]. L’organisation est décentralisée avec des associations régionales, des clubs universitaires et des réseaux d'« assistants » ou «contacts locaux» présents dans plus de soixante-dix pays en dehors de la Chine continentale[26]. Ces «contacts locaux» sont des bénévoles qui ne bénéficient d’aucun privilège, autorité ou titre, quel que soit le moment où ils ont commencé la pratique[76],[75].

Dans la plupart des villes de moyenne à grande taille, les pratiquants organisent des séances régulières d'exercices et de méditation de groupe ou des sessions d'étude dans lesquelles ils pratiquent aussi les exercices du Falun Gong. Les séances d’exercices et de méditation sont décrites comme des groupes informels de pratiquants qui se réunissent habituellement dans les parcs pendant une à deux heures[41],[72],[77]. Les séances d'étude en groupe se tiennent généralement le soir dans des résidences privées, dans des salles de classes d’universités et d’établissements du secondaire, où les pratiquants lisent, discutent le contenu des enseignements et échangent leurs expériences[78]. Les individus qui sont trop occupés, isolés ou qui préfèrent tout simplement la solitude peuvent choisir de pratiquer seuls[79]. Bien que la participation dans toutes les activités de Falun Gong est gratuite, quand il y a des dépenses importantes à couvrir - comme pour la location de matériel pour des conférences de grande envergure - les coûts sont défrayés par des bénévoles relativement aisés[77],[79].

L’absence de structure hiérarchique est remplacée par l'utilisation intensive d'Internet permettant de former une communauté virtuelle des pratiquants. En particulier, et surtout depuis le lancement de la persécution en Chine, des communications électroniques et plusieurs sites de publication et d'information constituent le principal moyen de coordination des activités et de diffusion des enseignements de Li Hongzhi[80],[72],[81].

En Chine continentale
En 1993, la Société de recherche de Falun Dafa ayant son siège à Pékin a été acceptée comme succursale de la Société de recherche scientifique sur le qigong de Chine (SRQC) gérée par l'État, qui supervisait l'administration des différentes écoles de qigong du pays, et en parrainait les activités et les séminaires. Conformément aux exigences de la SRQC, le Falun Gong a été organisé en un réseau national de centres d'assistance, « stations principales », « branches », « stations d'orientation » et sites de pratique locale, reflétant la structure de la SRQC ou même celle du Parti communiste[82],[83]. Les assistants de Falun Gong étaient sélectionnés parmi les bénévoles qui enseignaient les exercices, organisaient des cours et diffusaient les écrits de Li Hongzhi. La Société de recherche de Falun Dafa donnait des conseils aux étudiants sur les techniques de méditation, fournissait des services de traduction et coordonnait la pratique à l’échelle nationale[82].

Les tentatives des autorités chinoises de renforcer leur contrôle sur le Falun Gong ont provoqué l’effet inverse. Après son départ de la SRQC en 1996, le Falun Gong reste hors de la règlementation gouvernementale[13]. En se retrouvant sous une surveillance accrue des autorités, il a réagi en adoptant une structure organisationnelle plus décentralisée et souple[41]. En 1997, la Société de recherche de Falun Dafa a été officiellement dissoute, ainsi que les « principales stations » régionales[84],[85]. Cependant, les pratiquants ont continué à s'organiser au niveau local, étant connectés au moyen des communications électroniques, des réseaux interpersonnels et des sites d'exercices de groupe[41]. Les deux sources, que ce soit celle du Falun Gong ou celle du gouvernement chinois, ont affirmé qu'il y avait quelque 1 900 stations d'orientation et 28 263 sites locaux d'exercices de Falun Gong dans le pays jusqu’en 1999[86].

À partir de juillet 1999, en réponse à la répression, le Falun Gong a été forcé à la clandestinité. La structure organisationnelle est devenue encore plus informelle en Chine et Internet est devenu un moyen important de communication entre les pratiquants[87]. Les autorités chinoises ont cherché à dépeindre le Falun Gong sous les traits d'une organisation hiérarchisée et bien financée. James Tong, professeur à l’université du Michigan, écrit qu'il était dans l'intérêt du gouvernement de procéder ainsi afin de justifier sa répression : « Plus on pouvait faire apparaître le Falun Gong comme organisé, plus la répression du régime au nom de l'ordre social était justifiée »[88]. Il conclut que les allégations du Parti manquaient « de preuves substantielles à la fois internes et externes », et qu’en dépit des arrestations et de la surveillance, les autorités n’ont jamais « répondu de manière crédible aux réfutations du Falun Gong »[89].

Démographie[modifier | modifier le code]

Des pratiquants de Falun Gong effectuant le cinquième exercice, lors d'une démonstration publique.

On ne peut pas évaluer avec certitude le nombre de pratiquants de Falun Gong car il n'y a pas d'inscription, donc pas de « registres »[90]. En dehors de la Chine, le Falun Gong est pratiqué par des centaines de milliers, voire des millions de personnes à travers le monde[91]. Les plus grandes communautés se trouvent à Taiwan et dans les villes nord-américaines. Les enquêtes démographiques menées par Palmer et Ownby ont mis en évidence que l'âge moyen des pratiquants était d'environ 40 ans[92]. Parmi ceux ayant répondu à l’enquête, 56% étaient des femmes et 44% des hommes. 80% étaient mariés. Les enquêtes ont révélé que les personnes interrogées étaient très instruites : 9% détenaient un doctorat, 34% avaient un diplôme de niveau bac + 5, et 24% avaient un diplôme de niveau bac + 3 à bac + 4[92].

En Chine continentale
Selon les sources occidentales, le gouvernement chinois, avant juillet 1999, estimait le nombre de pratiquants du Falun Gong à près de 60 ou 70 millions dans tout le pays, un chiffre rivalisant avec le nombre d'adhérents au Parti communiste[93],[5],[6],[94],[95]. Au moment de la répression en juillet 1999, la plupart des membres du gouvernement chinois déclarèrent que le nombre de pratiquants se situait aux alentours de 2 ou 3 millions[85],[96], même si quelques publications fixaient le chiffre à environ 40 millions[82],[97]. La plupart des estimations venant du Falun Gong à la même période évaluaient le nombre total de pratiquants en Chine de 70 à 80 millions[98],[82],[99]. D'autres sources estiment que les effectifs du Falun Gong en Chine avaient atteint un pic se situant entre 10 et 60 millions de pratiquants[100].

Les enquêtes démographiques menées en Chine en 1998 déterminèrent que les pratiquants étaient en majorité des femmes et des personnes d’âge mûr[101]. Le Falun Gong dépassait les barrières ethniques et sociales et attirait différent types de population, y compris des jeunes étudiants, des bureaucrates, des intellectuels et des responsables du Parti communiste[102]. Les enquêtes en Chine dans les années 1990 révélèrent qu'entre 23% et 40% de pratiquants avaient obtenu un diplôme universitaire ou un autre diplôme de haut niveau d’étude. Ces pourcentages étaient plusieurs fois plus élevés que la moyenne de la population[41].

À partir de juillet 1999, date qui marque le début de la persécution du Falun Gong par les autorités, le nombre de pratiquants en Chine est difficile à confirmer, bien que certaines sources estiment que des millions peuvent continuer à le pratiquer en privé[103].

Raisons pour pratiquer le Falun Gong[modifier | modifier le code]

Les enquêtes effectuées parmi les pratiquants de Falun Gong en Amérique du Nord révèlent que les raisons les plus fréquemment évoquées pour avoir commencé la pratique sont les enseignements, les bienfaits pour la santé et les effets relaxants et énergétiques des exercices. Selon une étude menée par David Ownby, l’intérêt porté au Falun Gong s’expliquait tout d’abord par son contenu intellectuel, la possibilité d’élévation spirituelle, les bienfaits pour la santé et les exercices[104]. L'enquête de Scott Lowe a constaté que les enseignements spirituels du Falun Gong et la possibilité d’acquérir une bonne santé étaient les raisons les plus courantes pour commencer la pratique. Plusieurs répondants ont conclus que d'autres formes de qigong « manquent de profondeur, sont exotériques et superficielles », alors qu'ils pensaient que le Falun Gong était le « système le plus complet, efficace et universel de cultivation spirituelle »[98].

Historique en Chine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire du Falun Gong.

Création et essor du Falun Gong[modifier | modifier le code]

Prix du « maître de qigong le plus acclamé », et Prix pour « Faire avancer les frontières de la science » reçut en 1993 par Li Hongzhi.

Le Falun Gong est présenté au public par Li Hongzhi au printemps 1992. C'est alors la fin du "boom du qi gong", une période pendant laquelle des milliers de disciplines spirituelles ont proliférées à travers la Chine. Entre 1992 et 1995, Li Hongzhi organise des séminaires dans toute la Chine[105]. Ces derniers durent de 8 à 10 jours, et sont au prix relativement modeste de 30 yuans par personne[65]. Le 13 mars 1995, à l'invitation de l'ambassade de Chine en France, Li Hongzhi donne un séminaire de sept jours à Paris, suivi en avril d'une autre série de conférences en Suède[2],[39].

À l'époque, la SRQC, organisme géré par l'État et comprenant plusieurs membres du Politburo et de l'Assemblée nationale populaire, encadre la pratique, la diffusion et la recherche sur les différents qigong[106]. Ces derniers comptent parfois jusqu'à plusieurs millions de pratiquants[78],[107]. Le 30 juillet 1992, la Société de recherche de Falun Xiulian Dafa est établie comme succursale de la SRQC[108], et Li Hongzhi est autorisé à enseigner dans toute la Chine[109]. Le mois suivant, la SRQC transmet à Li Hongzhi une lettre émanant d'une organisation rattachée au Ministère de la Santé, le remerciant pour les enseignements donnés aux policiers blessés pendant l'exercice de leurs fonctions[51],[105].

D'après David Ownby, Professeur d'Histoire et Directeur du Centre d'Études de l'Asie de l'Est à l'Université de Montréal, Li Hongzhi est rapidement devenu une « star du mouvement qigong[64] » et le gouvernement perçu dans le Falun Gong un moyen efficace de réduire les frais de dépenses médicaux, de promouvoir la culture chinoise et d'améliorer la moralité du public. En 1992, l'organisateur du Salon de santé déclare que le Falun Gong et Li Hongzhi « ont reçu le plus d'éloges [de toutes les écoles de qigong] présentes et ont réussi à obtenir de très bons résultats thérapeutiques »[105]. Au Salon d'Orient de la santé, en 1993, Li Hongzhi reçoit le titre de « Maître de qigong le plus acclamé », et le Falun Gong se voit décerner le « Prix d’or spécial » et le prix pour « Faire avancer les frontières de la science »[51]. En août 1993, la discipline obtient la reconnaissance de la SRQC[3], et une publication du ministère de la Sécurité Publique remercia Li Hongzhi pour « promouvoir les traditions non-violentes du peuple chinois dans la sauvegarde de l'ordre social et la sécurité publique, et dans la promotion, de la droiture morale en société[110]. » Devenue désormais l'une des plus importantes écoles de qigong en Chine, le Falun Gong compte, selon certaines estimations, entre 2 et 60 millions de membres à la fin 1994[111]; ces derniers proviennent de toutes sortes de couches sociales, dont beaucoup de fonctionnaire du Parti Communiste Chinois[98],[112]. Par la suite, des journaux couvriront le succès du Falun Gong et de ses méthodes thérapeutiques[51],[105].

Les coûts des stages, conférences, livres et cassettes étaient plus bas que les autres systèmes de qi gong[65], et en 1994, Li Hongzhi introduit la gratuité de l'enseignement du Falun Gong[113],[105].

Débuts des tensions avec le gouvernement[modifier | modifier le code]

Des tensions commencent entre Li Hongzhi et la SRQC dès 1995, quand les autorités chinoises voulurent renforcer leurs liens avec le Falun Gong, et intervenir au sein sa structure organisationelle[41]. Le Ministère de la Santé publique, le Comité National des Sports en Chine et la SRQC tentèrent de se rapprocher de Li Hongzhi pour créer conjointement une association du Falun Gong, une offre que le fondateur de la pratique déclina. D'après David Palmer, la SRQC établit une nouvelle directive en 1996 tentant d'imposer que toutes les pratiques de qigong créent des branches du Parti communiste au sein de leur organisation[78],[7]; une exigence à nouveau rejettée par Li Hongzhi. Au même moment, selon Danny Schechter, du fait de la grande popularité du Falun Gong et des coûts très bas de son enseignements, certains maîtres de qi gong accusèrent Li Hongzhi de les priver de leurs revenus; la SRQC demanda à Li Hongzhi de revoir ses tarifs[63].

Par la suite, Li Hongzhi décide de retirer son association de la Fédération nationale de qigong, au motif que cette dernière « ne cherchait pas à comprendre le qigong, mais à en bénéficier financièrement »[7],[8]. Dès lors, le Falun Gong demeure hors du circuit fermé des relations personnelles et du financement établi par la SRQC, à travers lesquels les maîtres de qi gong peuvent exister au sein du gouvernement[114]. Les pratiquants de Falun Gong restent complètement hors de la surveillance et de la réglementation gouvernementale[8]. Des sources provenant du Falun Gong affirment, qu’à l’époque, des individus de la Société chinoise de recherche sur le qi gong ont alors commencé à colporter des rumeurs au sujet de Li Hongzhi auprès du gouvernement, le pressant de faire ce qu’il fallait pour limiter son succès grandissant[115]. Des articles critiques apparaissent alors dans la presse et les médias de l'État, qui affichent un certain scepticisme[116].

Le 17 juin 1996, le Guangming Daily, un journal influent dirigé par l’État, publie un article polémique contre le Falun Gong dans lequel son texte central, « Zhuan Falun », était décrit comme un exemple de « superstition féodale »[65],[116]. L'auteur y écrit que l'histoire de l'humanité est une «lutte entre la science et la superstition», et appele les éditeurs chinois à ne pas imprimer «de livres pseudo-scientifiques » provenant «d'escrocs» . Jusque-là, le Falun Gong avait négocié avec succès l'espace entre la science et la tradition autochtone dans la représentation publique de ses enseignements, en évitant toute suggestion de superstition[117]. L'article est suivi par au moins une vingtaine d’autres dans les journaux du pays tout entier. Peu après, le 24 juillet, le Département central de la propagande interdît toute publication des livres du Falun Gong (bien que l'interdiction n'ait pas toujours été appliquée)[116],[118].

Ces événements sont un défi important pour le Falun Gong, et ses pratiquants ne le prennent pas à la légère[119]. Des milliers d'entre eux écrivent au Guangming Daily et à la SRQC pour se plaindre de ces mesures, affirmant qu'elles violent la directive du « Triple non », émise en 1982 par Hu Yaobang, interdisant aux médias « d'encourager ou de critiquer les pratiques de qigong »[116]. Entre 1996 et 1999, quelque 300 manifestations pacifiques ont lieu en protestation contre le traitement injuste des médias à l'égard du mouvement. Ces protestations ne sont ni condamnées ni interdites et certains médias se rétractent et reviennent sur leurs position[120],[84],[121].

Manifestations à Tianjin et Zhongnanhai[modifier | modifier le code]

Manifestation de membres du Falun Gong, en avril 1999, devant le Zhongnanhai.

En mai 1998, He Zuoxiu, professeur de physique renommé de l'Académie des Sciences et membre de la Conférence consultative du Parti Communiste, dénigre le Falun Gong au cours d'un talk-show retransmis à la télévision de Pékin. En réponse, des pratiquants de Falun Gong se rendent à l'université et forment une manifestation pacifique pour demander une rétractation. Le journaliste responsable du programme fût, semble-t-il, licencié, et un programme favorable au Falun Gong diffusé quelques jours plus tard[122],[123],[124].

Entre-temps, alors même que la critique du qigong et du Falun Gong s’intensifie dans certains milieux, la pratique conserve un grand nombre de soutiens éminents au sein du gouvernement. Qiao Shi, le président récemment retraité du Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire, lance sa propre enquête sur le Falun Gong. Après des mois d'investigation, le Groupe conclût que « le Falun Gong avait des centaines d'avantages pour le peuple chinois et la Chine, et pas un seul mauvais effet »[125]. Toujours en mai 1998, la Commission nationale des sports de Chine lance sa propre enquête sur le Falun Gong. Se basant sur des entretiens avec plus de 12.000 pratiquants de Falun Gong dans la province du Guangdong[78], ils déclarent être convaincus que « les exercices et les effets de la pratique du Falun Gong sont excellents. Cela a remarquablement contribué à améliorer la stabilité et la moralité de la société.»

Un an plus tard, le 11 avril 1999, He Zuoxiu écrit un nouvel article qui paraît dans "Science et technologie pour la jeunesse"; ce dernier met en garde contre les dangers du Falun Gong. Six mille pratiquants se rendent alors à l'université de Tianjin, devant le siège de la revue, pour exiger que celle-ci publie un désaveu de l'article. Trois jours durant, ils occupent l'université mais la direction de la publication refuse de publier toute rétractation. L'affaire se termine cette fois par des échauffourées avec la police et 45 manifestants sont frappés, puis interpellés[126],[127].

Le 25 avril 1999, dix mille pratiquants protestent devant le siège du gouvernement chinois (Zhongnanhai) à Pékin à la suite d'incidents croissants concernant l'arrestation d'adhérents. Pendant 13 heures, sans banderoles ni slogans, ils demandent la libération des leurs et le droit de pratiquer librement[128]. Une délégation est reçue par le premier ministre Zhu Rongji qui lui aurait assuré que les prisonniers seraient libérés et que personne ne serait inquiété[129]. Plus tard, David Ownby verra dans cette manifestation « un début spectaculaire à la fin du mouvement qigong »[130], qui marque un tournant de la politique du Parti communiste chinois à l'égard du Falun Gong[131].

Le Secrétaire général du Parti, Jiang Zemin, fut informé de la démonstration par le membre du Politburo Luo Gan[96], et aurait montré des signes d’irritation devant l'audace de la manifestation. C’était la plus importante qu’il n’y ait eu lieu en Chine depuis les manifestations de la place Tian'anmen dix ans plus tôt. Jiang a appelé à une action résolue pour éradiquer le groupe[85], et aurait critiqué le premier ministre Zhu, « trop mou » dans sa gestion de la situation[63]. Ce soir-là, Jiang a composé une lettre indiquant son désir de voir le Falun Gong «vaincu». Dans cette lettre, Jiang exprima ses inquiétudes sur la taille et la popularité du Falun Gong, et en particulier le grand nombre de hauts membres du Parti communiste trouvés parmi les adhérents du Falun Gong. Il a également laissé entendre que la philosophie morale de Falun Gong était en contradiction avec les valeurs athées de marxisme-léninisme, et constitue donc une forme de concurrence idéologique[132].

Interdiction et répression par le régime chinois[modifier | modifier le code]

Article connexe : Persécution du Falun Gong.
arrestation d'une pratiquante de Falun Gong place Tian An Men.

Le 20 juillet 1999, Jiang Zemin, le secrétaire du Parti communiste chinois de l'époque, décide d'éradiquer le Falun Gong et lance une politique de répression à l'échelle nationale contre le mouvement, affirmant que ce dernier menace la stabilité sociale et politique de la Chine[133]. Dans un courrier adressés aux fonctionnaires, Jiang Zemin donne pour ordre: "diffamez les, ruinez les financièrement et détruisez les physiquement", de sorte que le mouvemement ne tienne pas "trois mois"[134]. 2 jours plus tard, sous son impulsion, le ministère des Affaires civiles et le ministère de la Sécurité publique ordonnent conjointement la dissolution du mouvement, et de l'association qui lui est affiliée, Falun Dafa Research, interdisant la propagation du Falun Gong sous toutes ses formes[135].

Des centaines de milliers de pratiquants sont arrêtés à leurs domiciles, et sont déplacés dans des stades, avant de rejoindre centres de détentions, camps de travaux forcés, établissements de réeducation[14]. Dans ces derniers, les autorités carcérales tentent de "convertir" en usant de mauvais traitements et de sévices divers[85]; des rapports font état de "tortures systématiques" comprenant travaux forcés, emprisonnements illégaux, prélèvements forcés d'organes et traitements psychiatriques[23]. À ce titre, Jiang déclara que "chaque meurtre de pratiquant de Falun Gong sera compté comme suicide", et qu'"aucune mesure n'est trop extrême"[136].

D'après le journaliste Ian Johnson, chaque aspect de la société est mobilisé contre le Falun Gong, y compris l’appareil médiatique de l’État, les forces de police, l’armée, le système éducatif, les entreprises et le cercle familial[12]. Le Bureau Central 610[137], agence extra gouvernementale crée un mois plus tôt, accroît rapidement son influence dans tout le pays. Ce dernier est désormais en chargé de coordonner la propagande anti-Falun Gong, de surveiller et de collecter des renseignements, de punir et de « rééduquer » les pratiquants; il est étroitement associé au Comité des Affaires Politiques et Administratives, dirigé par Zhou Yongkang, un fidèle de Jiang Zemin. Des bureaux ont ainsi été établis à tout le niveaux (districts, provinces, municipalités, ou quartiers); de par cette organisation et en raison de son statut extra-gouvernemental, il n'est pas sans rappeler le « Comité central de la révolution culturelle ». Dans la constitution chinoise, le droit de pratiquer librement une religion est inscrit, cependant, le Bureau 610 contourne la Loi chinoise; ainsi, les autorités nièrent longtemps jusqu'à a propre existence de ce dernier[138].

Les dénonciations à l'intérieur des familles, quartiers, entreprises sont encouragées et récompensées. En une semaine, d'après l'agence de presse Xinhua, deux millions de publications de Falun Gong sont confisquées et détruites par des rouleaux compresseurs ou brulées publiquement[139],[13],[14].

Campagne dans les médias[modifier | modifier le code]

Article connexe : Bureau 610.
On lit sur l’affiche: « Soutenons fermement la décision du Comité central pour faire face à l'organisation illégale du Falun Gong »

Une campagne de propagande est lancée à l'échelle nationale dans le but de tourner l'opinion publique contre la pratique[10], désormais qualifiée de xiejiao (« enseignement déviant »)[140] -un terme qui désignait historiquement les religions non-confucéennes, mais qui dans le contexte de la Chine communiste, cible particulièrement toute organisation religieuse ne se soumettant pas à l'autorité du Parti Communiste[141],[142]. D'après les spécialistes de la Chine Daniel Wright et Joseph Fewsmith, l'objectif conduit par le gouvernement est « une opération étudiée de totale diabolisation »[143]. Ainsi, le Beijing Daily écrit en 2001: « le Falun Gong peut être comparé à un rat qui traverse la rue. En le voyant, tout le monde crie et veut le voir écrasé »[144]. D'autres fonctionnaires déclarent que l'éradication du Falun Gong serait « une lutte à long terme, complexe et grave »[145].

La campagne de communication s'axe principalement sur l'allégation que le Falun Gong, un « culte diabolique » diffusant des superstitions, qu'il est "anti-science", est incompatible avec une éthique sociale marxiste et compromet la stabilité sociale[65]. Celle ci est alimentée par une communication menée à grande échelle à travers la télévision, les journaux, la radio et Internet[82],[146]. Dans le premier mois de la répression, 300 à 400 articles critiquant le Falun Gong apparaissent dans chacun des principaux journaux gérés par l'État. D'après Elizabeth J. Perry, Professeur d'État et directrice de l'Institut Harvard-Yenching, une grande quantité de reportages inondent littéralement les informations télévisées du soir. « Pendant des semaines, chaque soir étaient diffusées des images des livres du Falun Gong qui avaient été rapportés volontairement ou confisqués par la police dans les librairies et les maisons d’édition (y compris à l'intérieur de l'Armée de Libération du Peuple) », y compris la maison d’édition de l’armée de libération du peuple. « Certains étaient entassés puis brûlés, d’autres étaient recyclés… » Les reportages des médias se focalisaient sur les déclarations de proches de « victimes » du Falun Gong qui parlaient de la « terrible tragédie » qui s’était abattue sur ceux qu’ils aimaient, d’anciens pratiquants qui confessaient avoir été « abusé par Li Hongzhi… et exprimant des regrets d’avoir été aussi naïf », « Des images heureuses de ceux qui avaient abandonné résolument les habitudes du Falun Gong » et recherchaient alors des passe-temps plus inoffensifs[147].

Mme Perry écrit que la forme de base de cette offensive est, selon elle, très similaire aux « campagnes antidroitières des années 1950 et aux campagnes anti pollution spirituelle des années 1980 »[148]. Dans un mouvement de retour à la Révolution Culturelle, le Parti organise des rallyes dans les rues et dans les entreprises situées dans des provinces lointaines, des réunions interrompent le travail pour dénoncer la pratique. Xinhua publie un éditorial concernant des membres de l’armée de libération du peuple, et qui déclare que le Falun Gong est un « effort des forces occidentales hostiles pour pervertir la Chine» et qu'il est souhaitable de faire au mieux pour pouvoir défendre le gouvernement central et « maintenir la sécurité nationale et la stabilité sociale »[149].

L'incident de la place Tian'anmen[modifier | modifier le code]

Extrait de Feu mensonger, un documentaire qui souligne plusieurs failles et incohérences dans la version du gouvernement chinois.

Le 23 janvier 2001, au moment des fêtes du Nouvel An chinois, survient un incident majeur qui va marquer les esprits. Sept personnes tentent de s'immoler par le feu sur la place Tian'anmen. Les sources du gouvernement chinois annoncent alors que ces personnes étaient pratiquants de Falun Gong. Les sources de Falun Gong contestent cette affirmation en soulignant que leurs enseignements interdisent toute violence ou suicide[150]. Plusieurs journalistes et universitaires occidentaux ont également noté des incohérences dans la version du gouvernement chinois de l'incident qui ont conduit beaucoup parmi eux à croire à une mise en scène du gouvernement chinois pour discréditer le Falun Gong et retourner l’opinion publique contre cette pratique[151],[152],[153]. En particulier, Ian Johnson du Wall Street Journal, Danny Schechter et David Ownby ont attiré l'attention sur le fait que l'agence Xinhua a diffusé une déclaration déjà traduite en anglais seulement deux heures après l'incident[154]. Ceci est très inhabituel pour ce genre de reportage qui doit être approuvé par plusieurs instances bureaucratiques, ce qui laisse penser que les autorités chinoises étaient prêtes à rapporter l'événement[155]. Philip Pan du Washington Post a quant à lui enquêté dans l'entourage de deux des auto-immolées et découvert que personne ne les avait jamais vues pratiquer le Falun Gong[156]. Il a également noté que le gouvernement chinois a toujours refusé que des journalistes étrangers interrogent les survivants de l'incident[157].

La campagne de propagande d'état qui a suivi l'événement a changé l’opinion plutôt favorable des Chinois envers le Falun Gong. Comme l’a rapporté le magazine Time, de nombreux Chinois trouvaient que le Falun Gong ne représentait pas de menace réelle, et que la répression de l'État était allée trop loin[158]. Des affiches, des tracts et des vidéos détaillant les présumés effets néfastes de Falun Gong ont été émis en quantités innombrables, et des classes régulières anti-Falun Gong ont été introduites dans les programmes scolaires[159]. CNN a comparé cette propagande d’état chinois à des campagnes du passé, telles que celles menées pendant la guerre de Corée ou la Révolution culturelle[160]. Les autorités chinoises ont ensuite commencé à « systématiquement recourir à la violence » pour éliminer le Falun Gong[161]. L'année suivant l'incident, le nombre de cas d’emprisonnement, de torture et de décès de pratiquants de Falun Gong en détention a considérablement augmenté[162].

Motifs de la persécution[modifier | modifier le code]

Pratiquant de Falun Gong arrêté par les autorités chinoises sur la place Tian'anmen.

L'agence de presse Xinhua, le porte-parole du Parti communiste, a déclaré que le Falun Gong est « opposé au Parti communiste chinois et au gouvernement central, prêche l'idéalisme, le théisme et la superstition féodale[163] ». Xinhua a également affirmé que « l’authenticité, la bonté et la tolérance, principes prônés par Li Hongzhi, n'ont rien de commun avec le progrès éthique et culturel socialiste que nous nous efforçons d'atteindre » et a fait valoir qu'il était nécessaire d'écraser le Falun Gong afin de préserver la « pureté » et le « rôle d'avant-garde » du Parti communiste[164]. D'autres articles parus dans les médias d'État au début de la répression du Falun Gong soulignaient qu'il devait être vaincu parce que sa « philosophie théiste » était en contradiction avec le paradigme marxiste-léniniste et avec les valeurs laïques du matérialisme.

Willy Wo-Lap Lam a écrit que la campagne de Jiang Zemin contre le Falun Gong a pu être utilisée pour promouvoir l'allégeance à son propre pouvoir ; il cite un vétéran du parti qui aurait suggéré qu' « en déclenchant un mouvement de style Mao [contre le Falun Gong], Jiang force les cadres supérieurs à faire allégeance à sa ligne[149]. » D'après le Washington Post, des sources ont rapporté que tous les membres de la Commission permanente du Politburo ne partageaient pas le point de vue de Jiang concernant l'éradication du Falun Gong[165] mais James Tong suggère qu'il n'y avait pas une forte résistance du Politburo[166].

Human Rights Watch constate que la répression du Falun Gong reflète les efforts du Parti communiste chinois pour éradiquer les religions et mouvements spirituels qu'il a considéré comme subversif tout au long de son histoire[123]. Le gouvernement chinois protège cinq groupes religieux « patriotiques » et autorisés par le Parti communiste. Les mouvements qui ne relèvent pas des organisations gérées par l'État sont vulnérables à la répression[167]. Le quotidien canadien Globe and Mail souligne qu’un « groupe qui n'est pas sous le contrôle du Parti est une menace[168] ». Craig S. Smith du New York Times ajoute que le régime chinois craint un mouvement qu’il ne contrôle pas surtout lorsque ce régime « n’a pas la crédibilité morale lui permettant de l'affronter et ne peut s’appuyer sur sa propre vision de la spiritualité, car il n’en a pas. Le Parti se sent donc menacé par tout mouvement spirituel qui remet en question son idéologie[169]. » Le fait que de nombreux membres du Parti communiste et de l'armée aient pratiqué le Falun Gong était donc particulièrement troublant pour Jiang Zemin[170].

Vivienne Shue soutient que les dirigeants chinois ont historiquement tiré leur légitimité en affirmant posséder la « vérité ». Dans la Chine impériale, cette vérité était basée sur la tradition confucéenne et taoïste. Dans le cas du Parti communiste, elle est basée sur le marxisme-léninisme et son matérialisme historique. En contestant cette base et en s'appuyant sur les compréhensions plus traditionnelles, le Falun Gong a présenté un défi global à la légitimité du Parti communiste[171]. David Ownby explique quant à lui que le Falun Gong a également contesté l'hégémonie du Parti communiste sur le discours nationaliste chinois[172].

Selon Stephen Chan, en évoquant un système qui connecte la vie humaine à l’univers, le Falun Gong présente une philosophie qui, dans un certain sens, contourne l'idéologie communiste athée de l'État chinois. Il pense que cela aurait pu amener à son interdiction et souligne que le Falun Gong ne représente pas de danger politique pour le régime chinois, et qu’il n'a aucun programme politique délibéré dans ses enseignements. Toutefois Stephen Chan conclu que le Falun Gong a été interdit non à cause de ses enseignements, mais simplement parce qu'il ne faisait pas partie de l'appareil communiste[62].

Réactions du mouvement à la persécution[modifier | modifier le code]

Manifestations du Falun Gong en face de l'ambassade chinoise à Londres en 2006.

Depuis le début de la persécution en 1999, la résistance des pratiquants du Falun Gong est pacifique mais étendue et emploie des moyens de communications modernes. En Chine, au début des années 2000, les pratiquants allaient aussi régulièrement place Tian'anmen pour déployer des banderoles ou distribuer des dépliants dénonçant la répression ou présentant les trois principes du Falun Gong[173].

En mars 2002, plusieurs chaînes de télévision du câble de la ville de Changchun ont été détournées afin de diffuser des informations sur la répression[174], notamment le film documentaire Feu mensonger[175] analysant les incohérences dans les comptes rendus officiels de l'incident de la place Tian'anmen. Les autorités chinoises ont vite réagi et emprisonnés les auteurs de ce détournement, ainsi que d’autres pratiquants[176]. Ils ont été soumis à la torture, souvent jusqu'à la mort[177],[178]. Les auteurs d’autres détournements de chaines télévisées ont subi le même sort[178].

Les pratiquants de Falun Gong hors de Chine continentale ont commencé à organiser des manifestations, des rassemblements et des appels pour dénoncer la persécution en Chine. Il s'agit notamment de marches de protestation, de manifestations et de veillées organisées à l'occasion des dates anniversaires importantes. Les pratiquants organisaient également des sit-ins devant les ambassades et consulats chinois. Ainsi, les pratiquants de Vancouver au Canada ont mené la plus longue des protestations ininterrompue contre la persécution. Elle se tenaient 24 heures sur 24, sept jours sur sept, à l'entrée du consulat chinois[179].

Des pratiquants du Falun Gong dans une dizaine de pays ont porté plainte contre Jiang Zemin, Luo Guan et Li Lanqing (responsables du bureau 610) pour « génocide et crimes contre l'humanité ». Ancienne ministre de l’éducation entre 1998 et 2002 et membre du conseil d’État chinois, Chen Zhili a été attaquée en justice par des pratiquants du Falun Gong lors de sa visite en Tanzanie en juillet 2004. Elle a été citée à comparaître devant un tribunal de ce pays[180].

En janvier 2006, Gao Zhisheng, dissident et avocat chinois défenseur des droits de l'homme, publie trois lettres ouvertes successives à Hu Jintao et à son Premier ministre en dénonçant la répression. Les autorités chinoises ont alors fermé son cabinet d'avocat et emprisonné Gao Zhisheng[181].

Nature de la persécution[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Persécution du Falun Gong.

Dans un rapport pour les Nations Unies (2006), Manfred Nowak mentionne que les pratiquants du Falun Gong composeraient 66 % des cas de tortures rapportés en Chine[11]. Selon le rapport 2007 du ministère américain des Affaires étrangères, ces derniers représenteraient au moins la moitié des détenus soumis à la rééducation par le travail[182].

Les pratiquants arrêtés subissent très souvent des tortures et passent à travers un programme de conversion édicté par les autorités carcérales[183]. Les pratiquants servent également de main d'œuvres à l'intérieur des Laogaïs(camps de travaux forcés) pour fabriquer des produits destinés à exportation, ou sont encore utilisés par le régime en tant que "réserves vivantes d'organes" destinées aux transplantations[21].

Programme de conversion[modifier | modifier le code]

Le pratiquant de Falun Gong Tang Yongjie aurait été torturé par des gardiens de prison, qui ont appliqué des tisons brûlants sur ses jambes, dans une tentative de le forcer à abjurer ses conviction.

Selon James Tong, le régime chinois vise à la fois la dissolution forcée de la pratique du Falun Gong et la « transformation » des pratiquants[17]. En 2000, le Parti a renforcé sa campagne en condamnant les pratiquants « récidivistes » à la « rééducation par le travail », dans un effort visant à les faire renoncer à leurs croyances. En même temps, les pratiquants devaient « transformer » leurs pensées[123]. Les accusations ont été également prolongées arbitrairement par la police, ainsi certains pratiquants se virent condamnés pour « trouble à l'ordre social », « atteinte à la sécurité nationale », ou « subversion du système socialiste »[184]. Selon Bejesky, la majorité des détenus de Falun Gong condamnés pour de longues peines sont traités administrativement par ce système au lieu du système de justice pénale. À l'issue de leur peine de rééducation, les pratiquants qui refusaient d'abjurer ont ensuite été incarcérés dans des « centres d'éducation juridique » mis en place par les autorités provinciales pour « transformer les esprits »[184],[185].

Une grande partie du programme de conversion s'est appuyé sur des techniques employées du temps de Mao, basées sur l'endoctrinement et la « réforme de pensée ». Les pratiquants de Falun Gong sont forcés à visionner des programmes télévisuels anti-Falun Gong, et doivent s'inscrire dans des sessions d'étude du marxisme « traditionnel » et du matérialisme[186],[187].

L'image parrainé par le gouvernement du processus de conversion met l'accent sur la persuasion psychologique et une variété de techniques de « vente-douce », ce qui est la « norme idéale » dans les rapports du régime, selon Tong. Par ailleurs, des rapports émis par des pratiquants de Falun Gong décrivent des procédés « troublants et sinistres » de coercition contre les pratiquants qui ne parviennent pas à renoncer à leurs croyances[188]. 14.474 cas de torture de différentes natures ont été répertoriés, selon Tong (les document des agences de Falun Gong parlent de 63 000 cas individuels de torture)[189]. Parmi eux se trouvent des cas de sévices corporels graves, l'infliction de tourments psychologiques, les châtiments corporels et forcés, des travaux lourds intenses, et le maintien de positions douloureuses. On rapporte également l'isolement dans des conditions sordides[188]; des « traitements thermiques », comprenant la combustion et le gel; des chocs électriques délivrés à des parties sensibles du corps qui peuvent provoquer des nausées, des convulsions ou des évanouissements[188]. Il y a encore l' alimentation forcée à travers des tuyaux enfoncés dans le nez ou la bouche; des baguettes de bambou plantées sous les ongles, la privation de nourriture, de sommeil et d'utilisation des toilettes[188]; le viol et le viol collectif, l'asphyxie et la menace, l'extorsion, la cessation d'emploi et la privation du statut d'étudiant[188].

Les cas semblent vérifiables, et dans leur grande majorité sont identifiés (1) le praticien, souvent avec l'âge, la profession et domicile; (2) l'heure et l'endroit où l'agression présumée a eu lieu, jusqu'au niveau du district, canton, village, et souvent l'établissement pénitencier précis, et (3) les noms et grades des auteurs présumés. Beaucoup de ces rapports comprennent des listes de noms de témoins et des descriptions de blessures, dit Tong[188]. La publication de « comportements abusifs répétés et souvent brutaux par des individus nommés avec leur titre officiel, le lieu et l'heure de la torture », suggère qu'il n'y a aucune volonté officielle de cesser ces activités[188].

Décès[modifier | modifier le code]

En raison de la difficulté à corroborer les rapports de décès par torture en Chine, les estimations sur le nombre de membres du Falun Gong ayant trouvé la mort durant la persécution varient considérablement. En 2009, le New York Times a rapporté que, selon des groupes de défense des droits de l'homme, les répressions avaient coûté la vie à « au moins 2.000 personnes »[190]. Amnesty International a signalé le décès présumé d'au moins 100 pratiquants de Falun Gong au cours de l'année 2008, que ce soit en détention ou peu après leur libération[15]. Des sources provenant des pratiquants de Falun Gong ont rapporté environ 3 400 morts à ce jour[16]. Le journaliste Ethan Gutmann de la Fondation pour la Défense des Démocraties a suggéré un nombre de morts avoisinnant 65 000, fondé sur le témoignage des réfugiés[191],[192], alors que les chercheurs David Kilgour et David Matas ont donné une estimation de 41.500 morts entre 2000 et 2005[193]. Les autorités chinoises ne publient pas de statistiques sur les pratiquants de Falun Gong ayant été tués du fait de la répression. Dans certains cas, cependant, les autorités ont nié que les décès en détention étaient dus à la torture[194].

Allégations de prélèvements d'organes[modifier | modifier le code]

Manifestation anti-torture visant à informer le public des prélevements forcés d'organes, à Berlin, en 2007.

Des rapports sur des allégations de prélèvements d'organes sur des pratiquants du Falun Gong en Chine ont été publiés à plusieurs reprises. En mai 2006, le vice-président du Parlement européen, Edward McMillan-Scott se rend en Chine et recueille un témoignage attestant de prélèvements d'organes forcés sur des prisonniers membres du Falun Gong. Toujours en 2006, une investigation fut menée par l'avocat international des droits de l'homme David Matas et l'ancien secrétaire d'État du Canada (région Asie Pacifique) et avocat de la Couronne David Kilgour, qui accusent Pékin de prélever les organes des membres du Falun Gong contre leur volonté. Ils estiment qu'il y aurait eu 41 500 transplantations d'organes non expliquées entre 2000 et 2005[195],[196]. Malgré la contre-enquête présentée par Harry Wu[197] et les nombreux démentis du gouvernement chinois[198],[199], d'autres investigations indépendantes suivirent, et confirmèrent ces dires[200],[201],[202].

Réactions internationales à la persécution[modifier | modifier le code]

Depuis 1999, les violations massives des droits de l'homme dans la répression du Falun Gong sont dénoncées par le Parlement européen[203], les rapporteurs spécialisés des Nations Unies, des organisations de défense des droits de l'homme comme Amnesty International[23],[204], Human Rights Watch[14], Reporters sans frontières[205], le MRAP[206], la Fondation pour la recherche sur le laogaï, d’autres ONG ainsi que des gouvernements et personnalités dans le monde entier.

États-Unis et Canada[modifier | modifier le code]

Le Congrès des États-Unis a adopté plusieurs résolutions appelant à un arrêt immédiat de la campagne de persécution contre les pratiquants de Falun Gong en Chine ainsi qu’à l'étranger. La première de ces résolutions a été adoptée en novembre 1999[207]. En juillet 2002, dans le cadre de la « House Concurrent Resolution 188 », la Chambre des représentants des États-Unis a dénoncé le « tristement célèbre » Bureau 610 qui régente la persécution à l’aide de « lavages de cerveau organisés, torture et meurtre » et a déclaré que la propagande des médias contrôlé par l’État « inondait le public dans une tentative d’incitation à la haine et à la discrimination ». La résolution, votée par 420 votes contre 0, appelait la Chine à « cesser la persécution du Falun Gong et le harcèlement des pratiquants de Falun Gong aux États-Unis ; de libérer tous les pratiquants de Falun Gong et de mettre fin aux tortures et autres traitements cruels et inhumains utilisés contre eux, d’appliquer le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Déclaration universelle des droits de l'homme »[208].

Le 16 mars 2010, la Chambre des représentants vote la résolution 605 demandant « l’arrêt immédiat de la campagne de persécution, d'intimidation, d'emprisonnement et de torture envers les pratiquants de Falun Gong », condamnant les efforts des autorités chinoises pour répandre à l’échelle mondiale une « propagande mensongère » sur la pratique, et exprimant le soutien aux pratiquants de Falun Gong persécutés et à leurs familles[24],[209].

Le Département d'État des États-Unis affirme dans son Rapport sur les Droits de l’homme de 2011 que des « médias nationaux et étrangers et des groupes de défense des droits de l’homme continuaient à signaler des cas de prélèvements d’organes, en particulier sur les pratiquants de Falun Gong et sur les Ouïghours »[210].

En mai 2013, les maires de St. Charles, de St. Peters, d’O’Fallon et de Wentzville proclament le 13 mai 2013 la « Journée de Falun Dafa » (Falun Dafa Day)[211].

En 2009, au Canada, l'association « Les parlementaires amis du Falun Gong » est créée à Ottawa par un groupe tous partis confondus de sénateurs et de membres du Parlement concernés par le sort des pratiquants de Falun Gong[212].

Europe[modifier | modifier le code]

Manifestation à Paris le 6 octobre 2013 dénonçant la répression et le trafic d'organe des pratiquants de Falun Gong en Chine.

Le 7 septembre 2006, le Parlement européen adopte une résolution parlementaire sur les relations UE-Chine, où il « condamne vivement la détention et les tortures infligées aux pratiquants de Falun Gong dans les prisons, les camps de rééducation par le travail, les hôpitaux psychiatriques et les « établissements légaux d'éducation » ; s'inquiète des informations selon lesquelles des organes des pratiquants de Falun Gong ont été prélevés et vendus à des hôpitaux »[21].

Le 19 mai 2010, le Parlement européen adopte une résolution sur la communication de la Commission intitulée « Plan d'action sur le don et la transplantation d'organes (2009-2015) » en mentionnant la répression du Falun Gong : « prend acte du rapport de David Matas et David Kilgour sur l'assassinat des Falun Gong pour leurs organes, et demande à la Commission de présenter au Parlement européen et au Conseil un rapport sur ces allégations et sur d'autres affaires du même ordre »[213].

Le 16 décembre 2010, le Parlement européen publie son rapport annuel 2009 sur les droits de l'homme dans le monde et la politique de l'UE en la matière. Dans la section « Liberté de religion ou de croyance », il condamne les autorités chinoises pour leur « persécution » du Falun Gong[214].

Le 12 décembre 2013, le Parlement européen adopte une résolution condamnant les prélèvements d'organes forcés, systématiques et cautionnés par l'État chinois, une pratique qui touche en particulier les pratiquants du Falun Gong. La résolution appelle également à la libération immédiate de tous les prisonniers d'opinion en Chine, dont les pratiquants du Falun Gong[22].

Nations Unies[modifier | modifier le code]

Les rapporteurs spéciaux des Nations unies sur la torture, sur les exécutions extrajudiciaires, sur la violence contre les femmes et sur la liberté de religion et de conviction ont publié plusieurs rapports condamnant la persécution de Falun Gong en Chine et ont transmis aux autorités chinoises les informations sur des centaines de cas préoccupants. Par exemple, en 2003, le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires a écrit que les rapports en provenance de Chine « décrivent des scènes épouvantables dans lesquelles les détenus, dont beaucoup sont des disciples du mouvement de Falun Gong, meurent suite aux mauvais traitements, de négligence ou de soins médicaux. La cruauté et la brutalité de ces cas de torture rapportés défient toute description[215]. »

Le 20 mars 2007, Manfred Nowak, Rapporteur spécial des Nations unies, présente un rapport reprenant les allégations antérieures de 2006, sur la « persécution, les mauvais traitements et la torture » des citoyens chinois, notamment les pratiquants de Falun Gong, à l'occasion de la quatrième session du Conseil des droits de l’homme[11].

En novembre 2008, le Comité des Nations Unies contre la torture a souligné dans son rapport sur la Chine qu’il « est extrêmement préoccupé par les allégations de tortures ciblées, de mauvais traitements et de disparitions parmi les minorités nationales, ethniques, religieuses et autres groupes vulnérables en Chine, y compris les Tibétains, les Ouïgours et les pratiquants de Falun Gong »[216].

En 2010, le Rapporteur spécial sur la liberté de religion et de conviction a condamné la diffamation contre des groupes religieux minoritaires, en attirant en particulier l’attention sur les gouvernements de l'Iran et de la Chine pour leur attitude envers respectivement le Bahaïsme et le Falun Gong[217].

Pour l'Assemblée générale des Nations unies du 19 mai 2011, Gabriela Knaul, rapporteur spécial sur l’indépendance des juges et des avocats, a rédigé un rapport remettant en cause l’indépendance de ceux-ci en Chine. Selon ce rapport, MM. Tang Jitian et Lui Wei, qui cherchaient à défendre un pratiquant de Falun Gong, ont subi pressions, harcèlements et menaces de perdre définitivement l'autorisation d’exercer leur métier[218].

Références[modifier | modifier le code]

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  30. Henri Maspero, Le Taoïsme, Essais : « Les Taoïstes anciens pour qui l’Immortalité n’était possible que dans la survivance du corps matériel, avaient fort à faire pour transformer le lourd corps mortel en un corps immortel léger, où les os et la chair fussent d’or et de jade. Il fallait pour cela se livrer à de nombreuses pratiques, qu’un livre religieux du IIIe siècle avait résumées dans les quatre vers suivants () : Qui avale le Cinabre et garde l’Un / Ne finira qu’avec le Ciel / Qui fait revenir l’Essence et pratique la Respiration Embryonnaire / Aura une longévité sans bornes. » Édition posthume. Éditions Gallimard, 1971.
  31. (en) Paula Peterson, The Way of Self Cultivation : « Dans ce qui est appelé le Grand Apprentissage, le Confuscianisme révèle le processus par lequel le développement personnel est atteint et comment, par celui-ci, découlent le service et le chérissement de l'humanité, l'étude des phénomènes, l'apprentissage, la sincérité, la droiture d'intention, l'auto-développement, la discipline familiale, l'harmonie personnelle et universelle. » The Spirit of Ma'at, Vol 3, No 7.
  32. Richard Madsen septembre 2000, p. 182-191
  33. Benjamin Penny 27 avril 2012, p. 133 : « Pour Li Hongzhi, tel qu'il le répète dans Zhuan Falun, les caractéristiques particulières de la nature de l'univers sont Zhen (authenticité), Shan (bonté) et Ren (tolérance). Cela n'est pas au sens métaphorique; pour lui, Zhen, Shan, Ren sont les principes structurant toute chose… Il est dans le principe de toute essence de tout ce qui existe d'être rattaché aux principes d'authenticité, bonté, tolérance, tel que cela est mentionné. »
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  42. Noah Porter 18 juillet 2003, p. 29 : « D'après les enseignements du Falun Gong, il existe trois vertus qui constituent le principe de l'univers : Zhen, Shan, Ren (真, 善, 忍). Zhen signifie authenticité et sincérité, Shan est la compassion, la bienveillance, la bonté, Ren est la tolérance, la patience, l'endurance. Ces trois vertus sont l'unique critère distinguant véritablement les bonnes personnes des mauvaises. La société humaine a dévié de ces standards moraux. Toute matière de l'univers contient Zen-Shan-Ren. Les trois sont d'égale importance. »
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  45. Benjamin Penny 27 avril 2012, p. 124 : « En outre, la cultivation du Falun Gong comprend l'assimilation aux principes d'authenticité, de compassion et de tolérance. Celle-ci n'est pas seulement vue comme l'action juste et responsable des pratiquants, mais également comme une partie essentielle du processus de cultivation. Ne pas y arriver rendra nuls les autres efforts fournis dans la cultivation. »
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  47. a et b David Ownby 27 mai 2010, p. 110-112
  48. David Ownby 27 mai 2010, p. 93 : « L'objectif de la cultivation, et donc de la vie elle-même, est l'élévation spirituelle, réalisée par l'élimination du karma négatif des pêchés provenant de vies passés ou dans la présente, et l'accumulation de la vertu. »
  49. Li Hongzhi 2 juin 2008 (réédition), p. 4 : « L’origine première de l’existence humaine provient de l’univers. Les espaces de l’univers sont originellement bons et ont pour nature Zhen-Shan-Ren ; l’être humain possède à sa naissance la même nature que l’univers. »
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  59. David Ownby 27 mai 2010, p. 93 : « On ne trouve pas beaucoup d’instructions de ce qu’on devrait ou ne devrait pas faire dans les écrits de Li Hongzhi, ni de discussions éthiques complexes. A la place, il conseille aux pratiquants de se débarrasser eux-mêmes des « attachements » inutiles, de faire ce qu'ils pensent être juste, et ainsi de revenir à « l'origine », à leur « être originel » »
  60. David Ownby 27 mai 2010, p. 114 : « Tout à fait au contraire. Il est demandé aux pratiquants de traiter les autres avec compassion et bienveillance afin de cultiver la vertu et éliminer le karma. »
  61. Li Hongzhi 2 juin 2008 (réédition), p. 163 : « Vous avez toujours de la compassion et vous agissez avec bienveillance envers autrui ; quoi que vous fassiez, vous vous préoccupez des autres et chaque fois que vous avez un problème, vous vous demandez si les autres peuvent le supporter et si cela peut leur causer du tort ; alors dans ce cas, il n’y aura aucun problème. C’est pourquoi, comme vous pratiquez le gong, vous devez être exigeant envers vous-même selon des critères élevés, selon des critères de plus en plus élevés. »
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  113. Li Hongzhi 2 juin 2008 (réédition), p. 140-141 : « C’est-à-dire que lorsque vous transmettrez la méthode à l’avenir, vous ne devrez pas utiliser ces choses pour rechercher célébrité et argent, ainsi vous ne pourrez pas organiser des stages comme moi, en vous faisant payer. Comme nous devons imprimer des livres et des documents et nous déplacer ici et là pour transmettre la méthode, nous devons couvrir ces frais. Nos prix sont déjà les plus bas du pays[...]. Lorsque plus tard, comme élève du Falun Dafa, vous transmettrez cette méthode, nous vous demanderons deux choses. La première exigence est de ne pas prendre d’argent. Si nous vous donnons tellement de choses, ce n’est pas pour que vous fassiez fortune et cherchiez la célébrité, mais pour votre salut, pour que vous puissiez cultiver et pratiquer. »
  114. David Palmer 2 janvier 2005, p. 295
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  119. David Ownby 27 mai 2010, p. 168
  120. David Ownby 27 mai 2010, p. 15 : « Falun Gong practitioners consistently demanded either a retraction or equal time when they felt that local media had been unfair to them, engaging in some 300 such protests between 1966 and 1999. We do not know if this was a coordinated strategy conceived by Li Hongzhi and the Falun Gong leadership, or rather a product of the decentralization of Falun Gong in the wake of Li Hongzhi's departure, a decentralization which may have encouraged local militancy by removing central controls, or some combination of the two. In any event, the fact that such protests were not immediately condemned or suppressend and that most newspapers and television stations seemed to buckle under to Falun Gong pressure may have convinced practitioners of the soundness of their practice.  »
  121. Antoine Paoli, « Quant à Li Hongzhi, il est déjà parti s'établir aux États-Unis un an plus tôt, dirigeant le Falungong par le canal d'Internet. Avait-il pressenti la répression qui allait s'abattre sur son mouvement et préparé son exil américain pour pouvoir continuer à le diriger de l'extérieur ? Officiellement, il s'est installé aux États-Unis pour monter une maison d'édition destinée à publier ses ouvrages... », Politique Internationale, no 94,‎ hiver 2002
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  155. David Ownby 27 mai 2010, p. 217 : « And how did Xinhua manage to produce a report (for foreign consumption) so quickly, communicating the events to the outside world only a few hours after they occurred ? Normally, the process of vetting and authorization takes considerably longer. These very basic questions suggested to some that Chinese authorities were ready for the events that transpired on the afternoon of 22 January. »
  156. David Ownby 27 mai 2010, p. 217 : « Philip Pan, a journalist for the Washington Post, traveled to Kaifeng, found where Liu Chunling and Liu Siying had lived, and talked with neighbors to learn that no one was aware that they were Falun Gong practitioners. »
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  173. Antoine Paoli hiver 2002 : « Quelques mois plus tard, le Falungong réapparaît sous une nouvelle forme : des manifestations sur la place Tien An Men, symbole de la République populaire de Chine. Les diverses fêtes du calendrier, à commencer par le 1er octobre 1999, jour de la fête nationale, constitueront autant d'occasions de se mobiliser. »
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  178. a et b « Persécution du Falun Gong : Révéler la vérité au prix de sa vie », Epoch Times,‎ 11 juin 2014 (lire en ligne) : « Durant ces arrestations, au moins sept pratiquants du Falun Gong sont morts sous les coups et quinze autres ont été condamnés à entre 4 et 20 ans de prison. Huit d’entre eux sont décédés sous la torture, notamment Liu Chengjun, un participant clé, qui est décédé le 26 décembre 2003. À la fin du mois d’octobre, M. Liu était paralysé en raison des tortures et s’exprimait avec difficulté. »
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

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Liens externes[modifier | modifier le code]

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