Théorie des anciens astronautes

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Peintures du Val Camonica, Italie, Xe millénaire av. J.-C., qui ont été citées comme représentant des visiteurs extraterrestres par les partisans de la théorie des anciens astronautes. Les archéologues considèrent qu'elles dépeignent des dieux, ou des figures mythologiques.
Les Dogū (土偶) sont considérés par les partisans de la théorie comme d'anciens astronautes ayant visité la Terre pendant la période Jōmon (Xe millénaire av. J.-C. à IIIe siècle av. J.-C.) au Japon. La statuette montrerait selon eux une combinaison spatiale avec casque et lunettes. Pour les archéologues, ces statuettes sont liées au culte de la fertilité.

La théorie des anciens astronautes, aussi surnommée néo-évhémérisme par le sociologue Jean-Bruno Renard, est une spéculation ufologique selon laquelle les dieux, dont parlent les anciennes mythologies et dont l'archéologie met les cultes en évidence, étaient en fait des extraterrestres humanoïdes. Cette théorie est souvent attribuée à Erich von Däniken mais, si ce dernier l'a amplement popularisée en 1968, elle avait toutefois déjà été proposée avant, notamment par le théosophisme d'Helena Blavatsky, en 1962 par Robert Charroux, en 1965 par Jean Sendy.

Cette théorie est considérée comme n'ayant aucun fondement par la communauté scientifique, car les éléments archéologiques prétendument inexpliqués ont le plus souvent une explication rationnelle déjà exposée par les archéologues. Par exemple, la technique de fabrication des géoglyphes de Nazca peut aujourd'hui être expliquée par des procédés strictement humains[1]. De même, Jean-Pierre Adam, dans L'archéologie devant l'imposture, explique que la construction de la grande pyramide repose non pas sur un savoir étranger à l'espèce humaine mais bien sur les techniques de l'époque[2].

Théorie[modifier | modifier le code]

La théorie repose sur les hypothèses suivantes :

  • les civilisations anciennes (sumérienne, égyptienne, maya, andines, etc.) n'auraient pas possédé les connaissances nécessaires pour réaliser certaines de leurs constructions ou productions ;
  • des éléments des textes anciens donneraient des indices d'une présence extraterrestre : certains personnages masqués présents sur des fresques anciennes représenteraient des astronautes, d'autres éléments représenteraient des ovnis ou des pistes d'atterrissage ;
  • les extraterrestres auraient influencé le développement des civilisations, en enseignant aux Terriens l'agriculture, l'écriture, etc., voire en altérant l'ADN humain pour favoriser l'évolution vers une espèce plus intelligente. On rejoint ici la théorie du dessein intelligent extraterrestre, que l'on retrouve dans plusieurs mouvements religieux ou sectaires, comme le mouvement raëlien avec les Elohim, ou chez Jean Sendy ou encore Roger Vigneron, selon qui la Bible évoque le peuple des Élus (Elohim terme hébreu présent dans l'Ancien Testament, qui signifie « Ceux qui viennent des cieux »[3]) venus sur Terre dans leurs roues de lumière (Weidorjes)[4] ;
  • les peuplades primitives, face aux extraterrestres, auraient considéré que ceux-ci étaient des dieux.

Selon Erich von Däniken, le culte du cargo est un exemple contemporain de croyances religieuses issues d'une culture tribale confrontée à une civilisation technologiquement avancée.

Dans le cadre de cette théorie, les géoglyphes de Nazca, au Pérou, sont notamment considérés comme une piste d'atterrissage pour les extraterrestres, ou bien une sorte de message envoyé par la population locale aux extraterrestres.

Retombées[modifier | modifier le code]

Sculpté en 1992, lors d'une restauration, l'astronaute en apesanteur de la porte de Ramos, à la cathédrale de Salamanque.

La théorie a eu un fort retentissement médiatique. Elle n'a jamais été sérieusement considérée comme une théorie scientifique par les historiens ou les archéologues, mais elle a donné lieu à de nombreuses retombées :

  • journalistiques, notamment sur Erich von Däniken (1968), influencé par Robert Charroux et Jean Sendy (1963) ;
  • sceptiques, dans les cercles sceptiques ou zététiques, qui se sont notamment appliqués à invalider l'hypothèse selon laquelle les moyens antiques étaient insuffisants pour produire ce qu'ils ont fait ;
  • sociologiques, pour se pencher sur l'apparition de ces croyances aux extraterrestres. Le sociologue Jean-Bruno Renard a surnommé la théorie des anciens astronautes le néo-évhémérisme. En effet, le philosophe grec Évhémère (IIIe siècle av. J.-C.) expliquait la croyance dans les dieux par l'existence de personnages illustres qui auraient, par la suite, été divinisés par la population. Le néo-évhémérisme suit le même principe : les peuplades primitives, face à une technologie supérieure, auraient divinisé ces visiteurs en provenance de l'espace ;
  • sculpturales : sur un montant de la porte de Ramos, à la nouvelle cathédrale de Salamanque (XVIe et XVIIIe siècles), on reconnaît un astronaute en apesanteur, œuvre du tailleur de pierre Miguel Romero lors de la restauration de 1992[5].

Selon Jason Colavito, l'écrivain américain H. P. Lovecraft est à l'origine de l'expansion de la théorie des anciens astronautes dans la culture populaire tout au long du XXe siècle. Avec ses récits d'anciens dieux ou démons qui sont des extraterrestres descendus sur terre dans des temps infiniment lointains, Lovecraft aurait eu une influence déterminante sur Louis Pauwels et Jacques Bergier (1960), lesquels ont largement contribué à lancer le thème des anciens astronautes en France, influençant à leur tour Robert Charroux (1962), Jean Sendy (1963) et, indirectement Von Däniken (1969), qui donna une dimension mondiale au phénomène[6].

Soucoupes volantes et ovnis prétendument figurés dans des œuvres du passé[modifier | modifier le code]

Des historiques alternatifs et pseudo-historiques, c'est-à-dire n'ayant jamais été publiés ni dans des revues d'histoire ni dans des livres d'histoire, existent, mais aucune trace historique ne fait mention de soucoupe volante ou d'ovni avant 1947, date à partir de laquelle les journaux et revues en parlent.

Préhistoire et Antiquité[modifier | modifier le code]

D'après certains auteurs[7], des représentations étranges visibles dans quelques grottes ornées, telles celle d'Altamira en Espagne ou celle de Cougnac en France, seraient des représentations d’ovnis[8]. De même, des statuettes ou des peintures (comme les fresques du Tassili, en Algérie) ressembleraient étrangement à certaines représentations d'extraterrestres du XXe siècle, preuve, selon certains courants ufologiques, de l'ancienneté du phénomène.

Certaines de ces apparitions étranges peuvent avoir été des phénomènes astronomiques (comme des comètes ou des météores) ou optiques atmosphériques. L'analyse de ces faits passés est dénommée couramment rétro-ufologie. En voici quelques exemples :

  • une description remontant au règne du pharaon Thoutmôsis III vers 1450 av. J.-C., fait état de multiples « cercles de feu plus brillants que le Soleil » d'environ 5 mètres d'envergure, qui seraient apparus durant de nombreux jours. Ils ont finalement disparu après « être montés haut dans le ciel »[9] ;
  • l'auteur romain Julius Obsequens écrit, en 99 av. J.-C., que « dans Tarquinia, pendant le coucher du Soleil, un objet rond comme un globe a pris son chemin dans le ciel d'ouest en est »[10].

Moyen Âge et Renaissance[modifier | modifier le code]

Œuvre de Samuel Coccius en 1566.

À ces époques, il est surtout question de phénomènes occultes, chez des théoriciens comme Agrippa de Netessheim ou Paracelse. L'influence de la religion est réelle puisque les phénomènes célestes sont considérés comme des avertissements divins ou des expressions maléfiques imputables aux sorciers et sorcières.

  • Au Japon, dans la nuit du 24 septembre 1235, le général Yoritsume et son armée observent près de Kyoto des sphères de lumière non identifiées, aux mouvements erratiques. Ses conseillers lui disent « de ne pas s'inquiéter car c'était simplement le vent qui faisait osciller les étoiles »[11].
Gravure sur bois de Hans Glaser. Publication : 14 avril 1561. Événements : 4 avril 1561.
  • Gravure sur bois par Hans Glaser (1561), Nuremberg. Le 4 avril 1561, l'Allemagne est parcourue par une multitude d'objets décrits comme étant engagés dans une bataille. On rapporte que de petits globes et disques sortaient de grands cylindres. Ces observations sont alors interprétées comme des prodiges surnaturels, des anges et autres présages religieux[12].

De nos jours, ces témoignages sont parfois interprétés comme l'équivalent ancien de rapports d'ovnis modernes. Pour les cas les plus souvent cités, une explication simple est fournie par les historiens de l'art[13]. Ainsi :

  • les « cosmonautes » de la fresque du monastère de Detjani au Kosovo (1350) sont des représentations symboliques du Soleil et de la Lune comme on en trouve dans l'art byzantin religieux de cette époque ;
  • l'« ovni » du tableau de Mainardi (Madonna col Bambino e San Giovannino), qui traverse les cieux en pleine nativité, est en réalité la représentation symbolique de l'archange Gabriel ;
  • l'objet en forme de soucoupe volante sur le tableau de Paolo Uccello, la Thébaïde, est un chapeau de cardinal ;
  • la fameuse pièce de 1680 censée commémorer un passage d'ovni au-dessus du ciel de France, est en fait un jeton de jeu sur lequel est dessinée une roue de la fortune.

Néo-évhémérisme dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

De nombreuses œuvres littéraires, cinématographiques, télévisuelles et autres se sont inspirées de la théorie des anciens astronautes.

Dans la littérature 
  • Les Montagnes hallucinées, nouvelle de Howard Phillips Lovecraft datant de 1926 et parodiée dès 1940 par Arthur C. Clarke, dans laquelle une expédition scientifique en Antarctique découvre une espèce organique très ancienne susceptible d'avoir créé la vie sur Terre « par plaisanterie ou par erreur » (ce thème misanthropique et relativiste est récurrent dans son univers) ;
Au cinéma 
À la télévision 
  • Ancient Aliens ou Alien Theory (2010-2014), série documentaire télévisée américaine de Kevin Burns, présentant la théorie des anciens astronautes (6 saisons) ;
  • Métal Hurlant Chronicles, série télévisée française, notamment l'épisode Seconde Chance.
Dans les bandes dessinées 
  • La série française de science-fiction Aquablue, plus particulièrement les tomes 5 « Projet Atalanta », 12 « Retour aux sources » et 13 « Septentrion » ;
Dans les jeux vidéo 

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pauwels, Louis et Bergier, Jacques (1960) : Le Matin des magiciens, introduction au réalisme fantastique, Robert Laffont.
  • Charroux, Robert (1962) : Histoire inconnue des hommes depuis cent mille ans, Robert Laffont.
  • Charroux, Robert (1974) : L'énigme des Andes, ed. Robert Laffont.
  • Erich von Däniken. 1969. Présence des extra-terrestres. (ISBN B-0000-DT0L-O[à vérifier : isbn invalide]). Titre original : Erinnerungen an die Zukunft (Souvenir du futur), 1968.
  • Von Däniken, Erich. 1974. L'or des Dieux. (ISBN B-0000-DLIT-T[à vérifier : isbn invalide])
  • Von Däniken, Erich. 1975. Vers un retour aux étoiles. (ISBN B-0000-DSHE-5[à vérifier : isbn invalide])
  • Sendy, Jean. 1969. Ces Dieux qui firent le Ciel et la Terre, Le Roman de la Bible, Robert Laffont.
  • Omohundro, John T. (1976). « Von Däniken's chariots primer in the art of cooked science ». Skeptical Inquirer, 1(1):58-68, Fall.
  • Story, Ronald (1976). The Space-gods Revealed: a Close Look at the Theories of Erich von Däniken, 2nd ed. New York: Barnes & Noble.
  • Renard, J. B. (1980). « Religion, science-fiction et extraterrestres. De la littérature à la croyance ». Archives de sciences sociales des religions, CNRS, no 50/1, p. 143-164, lecture possible sur Persee.fr
  • Story, Ronald D. (1977). « Von Däniken's golden gods », Skeptical Inquirer, 2(1):22-35, Fall/Winter.
  • Stoczkowski, Wiktor. (1999). Des hommes, des dieux et des extraterrestres - Ethnologie d'une croyance moderne. Paris : Flammarion.
  • Colavito, Jason (2005) : The Cult of Alien Gods: H.P. Lovecraft and extraterrestrial pop culture, Prometheus Books. (ISBN 9781591023524)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nazca et ses mystères, dossier de zététique.
  2. Jean-Pierre Adam, L'archéologie devant l'imposture, éditions Robert Laffont, 1975, 267 p., p. 153-183.
  3. Elohim de Roger Vigneron
  4. Ces Dieux qui firent le Ciel et la Terre
  5. (es) Laura Sanz Cruzado, Un astronauta en la catedral, diariodenavarra, 3 août 2008 : « en la Puerta de Ramos de la catedral nueva de Salamanca, construida entre los siglos XVI y XVIII, puede verse un astronauta labrado en piedra durante una restauración hecha en 1992 por el cantero Miguel Romero ».
  6. (en) Jason Colavito, Charioteer of the Gods, sur le site Lost Civilizations Uncovered (publication initiale : Skeptic, 10.4, 2004.
  7. par exemple Robert Charroux, dans Histoire inconnue des hommes depuis cent mille ans, éditions Laffont, 1963, ou encore Guy Tarade, dans Les Archives du savoir perdu, Paris, Robert Laffont, « Les Énigmes de l'univers », 1972.
  8. Ovni dans l'art et l'histoire
  9. Journal du professeur Alberto Tulli, ancien directeur de la section « Égypte » du musée du Vatican.
  10. Julius Obsequens, Liber de prodigiis : d'après des ufologues, certaines anecdotes rapportées sont des ovnis.
  11. Observation du général Yoritsume en 1235.
  12. Gravure sur bois de Hans Glaser, 1566.
  13. Diego Cuogi, Arts et ovnis ? (analyse critique de prétendus « ovnis » figurés dans des œuvres d'art du passé).