Ernest-Auguste Ier de Hanovre

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Ernest-Auguste Ier
Portrait d'Ernest-Auguste de Hanovre par George Dawe, vers 1828.
Portrait d'Ernest-Auguste de Hanovre par George Dawe, vers 1828.
Titre
Roi de Hanovre
20 juin 183718 novembre 1851
(&&&&&&&&&&&0526414 ans, 4 mois et 28 jours)
Prédécesseur Guillaume IV
Successeur Georges V
Héritier présomptif du trône
du Royaume-Uni
20 juin 183721 novembre 1840
(&&&&&&&&&&&012503 ans, 5 mois et 1 jour)
Monarque Victoria
Prédécesseur Victoria de Kent
Successeur Victoria, princesse royale
Duc de Cumberland et Teviotdale
23 avril 179918 novembre 1851
(&&&&&&&&&&01920152 ans, 6 mois et 25 jours)
Prédécesseur Titre créé
Successeur Georges V
Biographie
Dynastie Maison de Hanovre
Date de naissance 5 juin 1771
Lieu de naissance Palais de Buckingham, Londres (Grande-Bretagne)
Date de décès 18 novembre 1851 (à 80 ans)
Lieu de décès Hanovre (Royaume de Hanovre)
Père George III du Royaume-Uni
Mère Charlotte de Mecklembourg-Strelitz
Conjoint Frédérique de Mecklembourg-Strelitz
Enfant(s) Frédérique de Hanovre
Georges V Red crown.png
Héritier Georges de Hanovre (1819-1878)

Signature

Ernest-Auguste Ier de Hanovre
Souverains de Hanovre

Ernest-Auguste Ier (en allemand : Ernst August I.), né le 5 juin 1771 au palais de Buckingham, à Londres, et mort le 18 novembre 1851 à Hanovre, était un membre de la famille royale britannique qui fut roi de Hanovre du 20 juin 1837 à sa mort. Il était le cinquième fils et le neuvième enfant de George III, qui régnait à la fois sur le royaume de Grande-Bretagne et le royaume de Hanovre. Ainsi, les chances d'Ernest de devenir souverain de l'un ou l'autre royaume paraissaient minces. Cependant la loi salique, qui enlevait aux femmes le droit de monter sur le trône, était en vigueur au Hanovre et aucun des frères d'Ernest n'avait d'héritier mâle légitime. Ainsi, à la mort de George III, Victoria de Kent, sa seule héritière et nièce d'Ernest, ne put devenir reine de Hanovre et n'hérita que du Royaume-Uni. Le trône allemand échut alors entre les mains d'Ernest. Cela mit fin à l'union personnelle entre la Grande-Bretagne et le Hanovre, en place depuis 1714.

Ernest naquit en Angleterre, mais fut envoyé au Hanovre durant sa jeunesse pour son éducation et sa formation militaire. Alors qu'il servait dans l'armée hanovrienne en Wallonie, contre la France révolutionnaire, il reçut une grave blessure au visage. En 1799, il reçut de son père le titre de duc de Cumberland et Teviotdale. Malgré l'hostilité de sa mère, la reine Charlotte, envers son mariage avec la princesse deux fois veuve Frédérique de Mecklembourg-Strelitz en 1814, Ernest épousa celle-ci en mai 1815. En 1817, le roi George III n'avait qu'un seul petit-enfant légitime : la princesse Charlotte de Galles ; à la mort de cette dernière, Ernest-Auguste était le plus vieux fils de George III à être marié et à ne pas être séparé de son épouse. Cela lui ouvrit la perspective d'hériter un jour du trône britannique. Toutefois, ses deux frères aînés, restés célibataires, trouvèrent chacun une femme ; le quatrième fils de George III, Édouard de Kent, eut une fille : la princesse Victoria de Kent (future reine Victoria), qui devint l'héritière du Royaume-Uni.

Ernest était actif à la chambre des Lords, où il maintenait une position extrêmement conservatrice. Il fut plusieurs fois victime de rumeurs (lancées par ses adversaires politiques) ; une première le disait coupable du meurtre de son valet, une autre l'accusait d'avoir commis l'inceste avec sa sœur la princesse Sophie-Mathilde. Peu avant l'accession au trône de Victoria, une autre rumeur prétendit qu'Ernest avait l'intention de l'assassiner afin de monter sur le trône à sa place. Lorsque Guillaume IV du Royaume-Uni mourut le 20 juin 1837, Ernest hérita du trône hanovrien. Premier souverain de Hanovre à résider au royaume depuis George Ier, il connut un règne paisible de quatorze ans, seulement troublé à ses débuts par l'affaire des Sept de Göttingen.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Portrait du jeune Ernest-Auguste par Thomas Gainsborough, en 1782.

Ernest-Auguste, cinquième fils de George III du Royaume-Uni et de Charlotte de Mecklembourg-Strelitz, naquit à Buckingham House, aujourd'hui partie du palais de Buckingham, le 5 juin 1771. Il passa son enfance dans une villa à Kew, près de la résidence royale du Kew Palace, avec ses deux benjamins, le futur duc de Cambridge Adolphe et le futur duc de Sussex Auguste[1]. À l'âge de quinze ans, Ernest fut envoyé avec ses deux frères à l'université de Göttingen, dans l'électorat de Hanovre, domaine de leur père[1]. On pourrait s'étonner que George III, qui n'avait jamais quitté le Royaume-Uni durant son règne, ait choisi d'envoyer ses plus jeunes fils en Allemagne durant leur adolescence. Selon l'historien John Van der Kiste, il aurait cherché à limiter la mauvaise influence que leur frère aîné, le prince de Galles George, aurait pu exercer sur eux avec son train de vie extravagant[2]. Le prince Ernest se montra un excellent élève, et après avoir suivi des cours privés pendant un an, apprenant notamment l'allemand, il assista à des conférences à l'université. Le roi George III avait ordonné que ses fils suivissent les règles de l'université et que leur maisonnée fût gérée à la militaire, mais les banquiers de Hanovre se montrèrent très disposés à accorder des crédits aux princes, qui s'endettèrent rapidement[3].

Portrait d'Ernest-Auguste par James Gillray, en 1799.

En 1790, Ernest demanda à son père la permission de s'entraîner avec les troupes prussiennes. Au lieu de cela, en janvier 1791, Adolphe et lui furent envoyés à Hanovre pour recevoir un entraînement militaire avec les troupes hanovriennes, sous le commandement du feld-maréchal Wilhelm von Freytag. Avant de quitter Göttingen, Ernest adressa une lettre de remerciement à l'université et écrivit à son père : « Je serais l'un des hommes les plus ingrats si jamais j'oubliais tout ce que je dois à Göttingen et ses professeurs. »[4]

Ernest reçut un entraînement au sein de la cavalerie et fut initié aux tactiques militaires par un officier des dragons légers de la reine, le capitaine Linsingen. Il se révéla être un excellent cavalier et un très bon tireur[5]. Après seulement deux mois d'entraînement, von Freytag était si impressionné par les progrès du prince qu'il lui donna une place dans la cavalerie avec le grade de capitaine. Ernest était également censé recevoir un entraînement aux tactiques d'infanterie, mais George III, tout aussi impressionné par les prouesses de son fils, l'autorisa à rester dans la cavalerie[6].

En mars 1792, Ernest obtint le grade de colonel et fut intégré au 9e régiment des dragons légers de Hanovre[7]. Le prince combattit durant la guerre de la Première Coalition sous les ordres de son frère Frederick, duc d'York, alors commandant en chef des forces britanniques, hanovriennes et autrichiennes. Durant une action près de Tournai, en août 1793, Ernest reçut à la tête une blessure au sabre[8], qui lui laissa une cicatrice au visage[9]. Lors de la bataille de Tourcoing, le 18 mai 1794, il fut blessé au bras gauche par un boulet de canon. Dans les jours qui suivirent, la vue de son œil gauche faiblit. En juin, Ernest fut renvoyé en Grande-Bretagne pour sa convalescence ; c'était son premier séjour dans son pays natal depuis son départ pour l'université en 1786[8].

Promu au grade de major-général, Ernest reprit ses fonctions dans l'armée au début du mois de novembre[10]. Il pensait que son nouveau rang allait lui donner le commandement d'un corps d'armée ou d'une brigade, mais il n'en fut rien, car les troupes alliées entamaient alors leur repli vers l'Allemagne par les Provinces-Unies[11]. En février 1795, elles avaient atteint le Hanovre. Ernest y passa l'année suivante à divers postes de faible importance. Il demanda à être rapatrié en Grande-Bretagne afin de suivre un traitement pour son œil, mais George III ne le lui permit que début 1796[12]. Ernest y consulta un médecin spécialiste des yeux, le docteur Wathen-Waller, mais ce dernier jugea sa blessure impossible à opérer[13]. Par la suite, Ernest demanda de nombreuses fois à rejoindre les troupes britanniques sur le continent, allant jusqu'à menacer de rejoindre la Yeomanry comme simple soldat, mais le roi George et le duc d'York refusèrent tous deux. Comme les forces hanovriennes se trouvaient alors à l'écart du conflit, Ernest ne voulait pas les rejoindre, d'autant que von Freytag était alors gravement malade et que son successeur probable, le général Johann Ludwig von Wallmoden-Gimborn, n'était pas à son goût[14].

Arbre généalogique simplifié

Duc de Cumberland[modifier | modifier le code]

Commandant militaire[modifier | modifier le code]

Portrait d'Ernest, duc de Cumberland, en 1802, par Henry Edridge (en), qui omit la cicatrice du duc.

Le 23 avril 1799, George III accorda au prince Ernest-Auguste, alors âgé de vingt-sept ans les titres de duc de Cumberland et Teviotdale et de comte d'Armagh[15]. Bien qu'il ait été fait lieutenant-général des forces britanniques et hanovriennes[16], il resta en Angleterre et se lança dans la politique à partir de son siège à la chambre des Lords. Ernest avait des opinions profondément conservatrices et devint rapidement l'un des meneurs de l'aile droite du parti Tory[17]. George III avait craint qu'Ernest n'affiche les mêmes tendances Whig que certains de ses frères aînés, mais il n'en fut rien. Rassuré sur ce point, le roi laissa Ernest conduire les négociations qui amenèrent à la formation du gouvernement Addington au début de l'année 1801[18]. En février 1802, George III donna à son fils le grade de colonel au sein du 27e régiment des dragons légers, poste qui mit Ernest en position d'entrer au réputé 15e régiment des dragons légers. Ce fut chose faite en mars 1802, lorsqu'un poste se libéra au 15e régiment. Bien que cette fonction fût une sinécure, Ernest s'impliqua dans les affaires du régiment et le mena en manœuvres[19].

Début 1803, le duc d'York nomma Ernest commandant du district du Severn et responsable des forces réunies dans et autour de l'estuaire de la Severn. Lorsque la guerre avec la France reprit, deux ans après la paix d'Amiens, le duc d'York nomma Ernest commandant du plus important district du sud-ouest de la Grande-Bretagne, qui comprenait le Hampshire, le Dorset et le Wiltshire. Bien qu'Ernest eût préféré commander la King's German Legion, principalement composée d'expatriés allemands venus du Hanovre (alors occupé par les Français), il accepta le poste. Il renforça les défenses de la côte sud, particulièrement autour de la ville de Weymouth, où son père résidait souvent en été[20].

L'Acte d'Union de 1800 avait permis à l'Irlande d'être représentée au Parlement, mais la loi empêchait les catholiques irlandais d'y siéger à cause de leur religion. L'émancipation des catholiques était une question politique récurrente dans les premières années du XIXe siècle. Le duc de Cumberland était très fermement opposé à ce que les catholiques obtinssent des droits politiques, car il considérait que cette émancipation constituerait une violation du serment de défendre l'anglicanisme prêté par le roi lors de son couronnement. Ernest se prononça donc à la Chambre des Lords contre l'émancipation[21]. Les protestants irlandais soutinrent le duc, qui fut élu chancelier de l'université de Dublin en 1805[22], puis grand-maître de l'Ordre d'Orange deux ans plus tard[23].

Le duc chercha à de multiples reprises un poste dans les forces alliées combattant la France, mais ne fut envoyé sur le continent que comme simple observateur. En 1807, il préconisa l'envoi de troupes britanniques sur le continent pour rejoindre les Prussiens et les Suédois et attaquer les Français à Stralsund (aujourd'hui au nord-est de l'Allemagne). Le gouvernement de William Grenville refusa cette proposition, mais il tomba peu après et le nouveau Premier ministre, le duc de Portland, accepta d'envoyer Ernest avec un corps expéditionnaire de 20 000 hommes en Allemagne. Toutefois, ils partirent trop tard : les troupes françaises défirent Prussiens et Suédois à la bataille de Stralsund avant l'arrivée d'Ernest et de ses troupes[24].

L'affaire Sellis et la controverse de Weymouth[modifier | modifier le code]

Ernest-Auguste sur une miniature de 1823, d'après un portrait réalisé par William Beechey en 1802.

Dans les premières heures du 31 mai 1810, Ernest fut réveillé par un mal de tête persistant. Il voulut quitter sa chambre, mais il reçut une blessure de sabre à la jambe en gagnant la porte. Il appela à l'aide et l'un de ses valets, Cornelius Neale, vint l'aider. Neale donna l'alarme et la maisonnée s'aperçut que l'autre valet d'Ernest, Joseph Sellis, était absent et que la porte de sa chambre était fermée à clé. La serrure fut forcée et l'on découvrit Sellis égorgé, apparemment de sa propre main[25]. Ernest mit plus d'un mois à se remettre des blessures qu'il avait reçues durant l'incident[26]. Lors du procès qui s'ensuivit, l'anti-monarchiste et réformiste social Francis Place réussit à obtenir une place dans le jury, dont il prit la tête. Il se rendit chez un ami avocat pour étudier les procédures judiciaires et interrogea les témoins avec insistance. Place insista pour que le procès soit ouvert au public et à la presse, et intimida tellement le coroner qu'il mena quasiment l'enquête lui-même. Malgré tout, les membres du jury conclurent au suicide de Sellis qu'ils reconnurent coupable[27].

Une illustration de George Cruikshank se moquant d'Ernest lors de son échec dans sa demande d'augmentation de sa pension en 1815. La partie brune à droite recouvre une image du fantôme de Sellis (visible sur l'image agrandie)[28].

L'opinion publique accusa Ernest de la mort de Sellis[29]. Les journaux whigs les plus extrémistes, les pamphlets anti-royalistes et les caricaturistes donnèrent tous des explications néfastes à la mort de Sellis, accusant le duc de Cumberland[30]. Certaines histoires disaient que la femme de Sellis le trompait et qu'il avait été tué pour l'avoir surprise au lit avec le duc[29]. D'autres suggérèrent que le duc était aimé de Sellis et de Neale et qu'une histoire de chantage avait joué un rôle dans la mort de Sellis[31]. Roger Fulford et John Van der Kiste, tous deux auteurs d'ouvrages sur les enfants de George III, attribuent une partie de l'animosité envers le duc et les craintes à son égard au fait qu'il ne dévoilait pas ses affaires privées et amoureuses au public, comme le faisaient ses frères plus âgés. Selon ces historiens, le public craignait ce qui avait pu se passer derrière les portes de la maison du duc et imaginait donc le pire[32],[33].

Dans les premier mois de 1813, Ernest fut impliqué dans un scandale politique durant une campagne électorale à Weymouth, un an après les élections législatives. On lui reprocha d'être devenu l'un des trois administrateurs chargés de nommer les représentants de Weymouth au Parlement, alors qu'il était fort mal vu de la part d'un pair de s'immiscer dans une élection communale. À la suite d'une controverse considérable, le gouvernement envoya Ernest sur le continent comme observateur auprès des troupes hanovriennes, qui étaient de nouveau engagées dans la guerre contre la France impériale[34]. Bien qu'il n'ait assisté à aucun combat, Ernest était présent à la bataille de Leipzig, une victoire majeure des Alliés de la Sixième Coalition[35].

Mariage[modifier | modifier le code]

La princesse Frédérique de Mecklembourg-Strelitz, vers 1797-1798, dix-sept ans avant son mariage avec Ernest-Auguste.

À la mi-1813, Ernest rencontra sa cousine germaine, Frédérique de Mecklembourg-Strelitz, épouse du prince Frédéric-Guillaume de Solms-Braunfels (en) et veuve du prince Louis de Prusse. Ils tombèrent amoureux et se promirent de se marier sitôt que Frédérique se retrouverait sans époux. L'union de Frédérique avec le prince Frédéric-Guillaume n'était pas une réussite, et ce dernier consentit au divorce avant de mourir soudainement en 1814. Ce décès, qui tombait à point nommé pour Ernest et Frédérique, donna lieu à des soupçons, la princesse étant accusée d'avoir empoisonné son mari pour pouvoir se remarier[36]. La reine Charlotte, épouse de George III, s'opposa à leur union, car la princesse avait rompu avec le frère d'Ernest, le duc de Cambridge, peu après l'annonce de leurs fiançailles[37].

Ernest épousa Frédérique en Allemagne le 29 mai 1815, mais la reine Charlotte refusa non seulement de recevoir sa nouvelle belle-fille, mais aussi d'assister à la seconde célébration du mariage à Kew[38], à laquelle assistèrent les quatre frères aînés d'Ernest. Embarrassé par la présence des Cumberland sur le sol britannique, le prince de Galles, alors prince régent, offrit au duc de l'argent et le gouvernement du Hanovre en échange de son départ pour le continent. Ernest refusa, et le couple passèrent les trois années suivantes entre Kew et le palais Saint-James, tandis que la reine Charlotte refusait toujours obstinément de recevoir sa belle-fille[39]. En dehors de ces troubles familiaux, l'union d'Ernest et de Frédérique fut un mariage heureux[40].

Le gouvernement du comte de Liverpool demanda au Parlement d'augmenter la pension du duc de 6 000 livres par an en 1815 (somme équivalent à 386 000 livres aujourd'hui)[41], pour qu'il puisse compenser les importantes dépenses dues à son mariage. L'engagement du duc à Weymouth l'aida à gagner des voix, mais ce ne fut pas suffisant et, à une voix près, le décret ne passa pas[42]. Liverpool demanda à nouveau l'augmentation en 1817 mais cette fois sept voix manquèrent[43].

À l'époque du mariage du duc en 1815, son union avec Frédérique semblait avoir peu d'importance dans la succession dynastique de la famille royale britannique. La princesse Charlotte de Galles, seul enfant du prince régent, était également le seul petit-enfant du roi George III. Après son mariage avec le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld en 1816, la jeune princesse comptait bien avoir des enfants susceptibles d'assurer la succession du trône britannique[44]. Le prince régent et le duc d'York étaient tous deux mariés, mais séparés de leurs épouses, tandis que les deux autres fils de George III, le duc de Clarence et le duc de Kent, étaient célibataires[45]. Le 6 novembre 1817, la princesse Charlotte mourut en donnant naissance à un garçon mort-né. George III avait alors encore douze enfants en vie, mais plus aucun petit-enfant légitime[46]. La plupart des fils de George III, les royal dukes, cherchèrent des épouses convenables et se marièrent en hâte dans l'espoir de donner naissance à l'héritier du trône[45].

Le duc de Cumberland et son épouse partirent vivre en Allemagne en 1818. Ils avaient perdu espoir que la reine Charlotte accepte de recevoir Frédérique, et leur situation financière en Grande-Bretagne devenait délicate, alors que le coût de la vie était bien plus bas en Allemagne[47]. Même après la mort de la reine Charlotte le 17 novembre 1818, le duc et la duchesse de Cumberland restèrent en Allemagne, vivant principalement à Berlin où Frédérique avait des relations[48]. C'est à Berlin que la duchesse donna naissance à un fils, Georges, en 1819, deux ans après avoir accouché d'une fille mort-née. Lors de ses rares séjours en Angleterre, le duc résidait chez son frère aîné, qui monta sur les trônes du Royaume-Uni et du Hanovre en 1820 sous le nom de George IV[49]. Ernest se trouvait alors en quatrième position sur la liste de succession au trône, après le duc d'York (qui mourut en 1827 sans descendance légitime), le duc de Clarence et la princesse Victoria de Kent, fille du duc de Kent, mort six jours avant son père[50].

Politique et impopularité[modifier | modifier le code]

Ernest-Auguste, roi de Hanovre, portant le costume de Chevalier Commandeur de l'Ordre de Saint-Patrick.

Le Parlement vota finalement l'augmentation de la pension d'Ernest en 1826. Le gouvernement de Liverpool estimait que le duc avait besoin d'une pension plus importante pour financer l'éducation du prince Georges, ce qui n'empêcha pas de nombreux Whigs de s'y opposer[51]. Le décret passé devant la Chambre des communes posait comme condition à cette augmentation que le prince Georges résidât en Angleterre[52].

En 1828, Ernest résidait avec le roi au château de Windsor lorsque des troubles éclatèrent parmi les catholiques d'Irlande. Ardent partisan de la cause protestante, le duc rentra à Berlin en août, convaincu que le gouvernement du duc de Wellington s'occuperait avec fermeté des catholiques irlandais[53]. Ses attentes furent trompées : en janvier 1829, le gouvernement Wellington annonça l'introduction d'un décret d'émancipation des catholiques afin d'apaiser la situation. Ernest rentra aussitôt à Londres, ignorant Wellington qui lui demandait de rester à l'étranger, et devint l'un des principaux opposants au Catholic Relief Act (en) de 1829, incitant le roi à s'y opposer[54]. Peu de temps avant le vote, le roi demanda aux officiers et nobles de sa maison de voter contre le décret. Ayant eu vent de la chose, Wellington démissionna de son poste de Premier ministre, considérant qu'il ne pouvait continuer à diriger le gouvernement s'il n'était pas soutenu par le roi. George IV accepta sa démission, et Ernest tenta de former un gouvernement uni contre l'émancipation des catholiques. Ce gouvernement aurait été bien vu de la Chambre des Lords, mais il n'aurait pas bénéficié de suffisamment de soutien à la Chambre des communes, si bien qu'Ernest renonça à ses projets. En fin de compte, le roi rappela Wellington et le décret fut voté à la Chambre des Lords et appliqué[55].

Le gouvernement Wellington espérait qu'Ernest retournerait en Allemagne, mais il s'installa avec son épouse et son fils en Grande-Bretagne en 1829. Le Times annonça qu'ils allaient résider à Windsor, dans la « Tour du Diable », mais le duc préféra retrouver son ancienne résidence de Kew[56]. Au même moment, des rumeurs couraient qui l'accusaient d'être le père de Thomas Garth, suspecté d'être le fils illégitime de sa sœur, la princesse Sophie-Mathilde. Certains prétendirent qu'Ernest avait fait chanter le roi George IV en le menaçant de révéler ce secret au public, mais John Van der Kiste remarque qu'il eût été insensé de la part du duc de se livrer au chantage en utilisant un secret qui l'eût détruit une fois révélé[57]. Pour l'homme politique whig Thomas Creevey, l'inceste ne faisait aucun doute[58]. Il est possible que cette rumeur ait été lancée par la princesse Lieven, épouse de l'ambassadeur de Russie[59].

Caricature politique soutenant le Reform Act de 1832 ; Guillaume IV est assis derrière les nuages, entouré de politiciens whigs ; en dessous le lion de Grande-Bretagne oblige les tories (Ernest, deuxième en partant de la gauche) à fuir.

Le duc continua à être l'objet de diverses rumeurs et à faire les gros titres. En juillet 1829, plusieurs journaux rapportèrent que le duc avait été chassé de la maison de Lord Lyndhurst (en) pour avoir agressé son épouse Sarah[57]. Début 1830, de nombreux articles firent allusion à une possible relation entre Ernest et une certaine Lady Graves[N 1]. En février 1830, Lord Graves écrivit à sa femme pour lui assurer qu'il ne doutait pas d'elle, puis il se suicida. Deux jours après sa mort, le Times publia un article faisant un lien entre la mort de Graves et celle de Sellis. Le journal se rétracta après avoir pris connaissance de la lettre de Graves, mais une partie de l'opinion publique continua à croire que le duc était responsable du suicide, voire qu'il venait de commettre son deuxième meurtre[N 2]. Par la suite, Ernest affirma qu'on l'avait « accusé de tous les crimes du décalogue »[60]. Le biographe d'Ernest-Auguste, Anthony Bird, constate que malgré l'absence de preuves, Ernest était fréquemment victime de rumeurs et d'allégations ; Bird n'a aucun doute sur le fait que ces rumeurs étaient lancées par les Whigs à des fins politiques[61]. Un autre biographe, Geoffrey Willis, souligne que la réputation du duc ne souffrit d'aucun scandale durant son séjour en Allemagne, et que ce n'est que lorsqu'il annonça son retour en Grande-Bretagne qu'une « campagne de malveillance sans précédent » se déchaîna contre lui[62]. Selon Bird, Ernest était à l'époque l'homme le plus impopulaire du royaume[63].

L'influence du duc à la cour prit fin avec la mort de George IV en juin 1830. Le duc de Clarence monta sur le trône sous le nom de Guillaume IV, et Wellington écrivit alors : « La mort du roi aura pour conséquence […] de mettre définitivement un terme au pouvoir politique du duc de Cumberland dans ce pays[64]. » Guillaume IV n'avait aucun enfant légitime, ses deux filles étant mortes en bas âge[50]. La loi salique qui avait cours en Hanovre excluait de la succession la princesse Victoria, héritière présomptive du trône britannique, au profit d'Ernest. Guillaume IV comprit que le duc resterait influent sur la scène politique tant qu'il aurait des soutiens à Windsor. Le duc était membre de la Household Cavalry ; Guillaume mit le poste d'Ernest sous l'autorité du commandant en chef plutôt que sous l'autorité du roi, de sorte qu'Ernest, insulté et outragé à l'idée d'avoir à obéir à un simple officier, démissionna. Le roi humilia de nouveau Ernest lorsque sa reine, Adélaïde de Saxe-Meiningen, souhaita loger ses chevaux dans les écuries habituellement utilisées par le consort, mais qui étaient alors occupées par les chevaux d'Ernest. Ernest refusa d'abord l'ordre du roi de déplacer ses chevaux dans une autre écurie, mais obtempéra lorsque Guillaume le menaça de faire sortir les chevaux de force par ses palefreniers si Ernest ne s'exécutait pas[64]. Malgré cela, le roi et le duc de Cumberland finirent par se réconcilier et vécurent en bons termes durant les sept années de règne de Guillaume[65]. La résidence d'Ernest à Kew étant trop petite pour sa famille, le roi lui donna à vie une résidence plus vaste située à proximité de l'entrée des jardins de Kew[66]. Ernest s'opposa au Reform Act 1832 et fut l'un des pairs « diehard » qui votèrent contre le décret à sa lecture finale, alors que la plupart des Tories choisirent de s'abstenir, de peur que la Chambre des Lords ne soit submergée de pairs whigs[67].

Ernest fut de nouveau l'objet d'allégations en 1832, lorsque deux jeunes femmes l'accusèrent de les avoir poursuivies alors qu'elles marchaient près de Hammersmith. Toutefois, le duc n'avait pas quitté son logis le jour en question et était même certain qu'il s'agissait de l'un de ses écuyers, lesquels déclarèrent pourtant n'avoir jamais vu les deux femmes. Néanmoins, les journaux continuèrent de publier des articles sur l'incident, affirmant qu'Ernest était bien coupable des faits relatés et essayait lâchement d'en rejeter la faute sur autrui. La même année, le duc dut poursuivre en justice pour diffamation l'auteur d'un livre l'accusant d'avoir fait tuer Sellis par son autre valet Neale. Ernest obtint gain de cause et le jury rendit un verdict contre l'auteur[N 3]. En 1832, les Cumberland vécurent une tragédie lorsque le jeune prince Georges devint aveugle. Il était déjà aveugle d'un œil depuis son enfance ; un accident à l'âge de treize ans le priva de son autre œil. Ernest avait espéré que son fils épouse la princesse Victoria et prolonge ainsi l'union des trônes britannique et hanovrien, mais le handicap du prince réduisit à néant ses chances d'obtenir la main de Victoria et souleva des polémiques quant à sa future accession au trône de Hanovre[68].

Sous le règne de Guillaume IV, le duc fut un membre assidu de la Chambre des Lords. Le journaliste James Grant (en) écrivit de lui : « Il est littéralement le premier à entrer dans la Chambre (à l'exception du concierge, bien entendu) et le dernier à en sortir. Et ce n'est pas seulement le cas le plus souvent, mais chaque soir[69] ». Dans ses observations des membres les plus influents de la Chambre des Lords, Grant nota que le duc ne se distinguait pas par ses talents d'orateur (il ne prononçait jamais de discours de plus de cinq minutes), d'autant qu'il était difficile de comprendre ce qu'il disait, mais qu'il avait « une façon d'être remarquablement douce et conciliante[69] ». Bien qu'il dénigrât l'intelligence et l'influence du duc, Grant ne pouvait que constater son influence indirecte sur plusieurs membres de la Chambre, et qu'il n'était donc pas si mauvais stratège que le pensaient ses adversaires[70].

Des controverses importantes survinrent en 1836 autour de l'ordre d'Orange. La rumeur courait que les membres de l'ordre, qui avaient des opinions anti-catholiques, étaient prêts prêts à se soulever pour placer le duc de Cumberland sur le trône à la mort de Guillaume IV. Devant la Chambre des communes, le politicien écossais Joseph Hume expliqua que la princesse Victoria devait être écartée de la succession en raison de son âge, de son sexe et de son incapacité à régner[71]. La Chambre des communes vota une résolution demandant la dissolution de l'ordre d'Orange. Le duc protesta de sa bonne foi devant la Chambre des Lords, déclarant notamment : « Je verserais jusqu'à ma dernière goutte de sang pour ma nièce [Victoria][72]. » Il annonça que les membres de l'ordre d'Orange étaient loyaux envers la couronne et disposés à dissoudre leur organisation sur le sol britannique. Selon Anthony Bird, cet incident est à l'origine des rumeurs qui émergèrent par la suite selon lesquelles le duc avait l'intention d'assassiner sa nièce Victoria afin de monter sur le trône du Royaume-Uni[73].

Roi de Hanovre[modifier | modifier le code]

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Les controverses constitutionnelles[modifier | modifier le code]

Carte du royaume de Hanovre.

Le roi Guillaume IV mourut le 20 juin 1837. La princesse Victoria de Kent devint alors reine du Royaume-Uni, tandis qu'Ernest hérita du trône de Hanovre. Le nouveau roi Ernest-Auguste Ier entra dans son nouveau domaine le 28 juin, en passant sous un arc de triomphe[74]. Le Hanovre retrouvait un souverain résidant dans le royaume pour la première fois depuis plus d'un siècle[75]. Les nombreux libéraux de la population hanovrienne auraient préféré voir le duc de Cambridge, jusqu'alors vice-roi et particulièrement populaire dans la région, ceindre la couronne, mais les deux frères cadets d'Ernest refusèrent d'outrepasser ses droits à la succession. Selon Roger Fulford, « en 1837, le roi Ernest était le seul descendant mâle de George III qui était apte et disposé à maintenir le lien avec le Hanovre »[N 4].

Le Hanovre avait reçu sa première constitution du prince-régent en 1819, mais elle n'avait guère fait qu'entériner la transformation du pays d'électorat en royaume, suivant la décision du Congrès de Vienne en 1815. En tant que vice-roi de Guillaume IV, le duc de Cambridge avait recommandé une réorganisation complète du gouvernement hanovrien. Guillaume IV avait consenti à l'élaboration d'une nouvelle constitution en 1833, sans que l'on eût jugé bon de demander son avis au duc de Cumberland, qui protesta avec véhémence contre l'adoption de cette constitution[76]. L'une des clauses de la constitution transférait le domaine hanovrien du roi à l'État, ce qui affaiblissait le pouvoir royal[74].

Sitôt arrivé dans son royaume, Ernest-Auguste dissolut le parlement élu selon la constitution de 1833. Il proclama la suspension de la constitution le 5 juillet, considérant qu'elle avait été adoptée sans son consentement et qu'elle n'allait pas dans le sens des intérêts du pays[76]. Le 1er novembre, il la déclarait caduque par lettre patente, bien que les lois initiées sous son régime restassent en vigueur[77]. La constitution de 1819 fut rétablie, un choix approuvé par le prince héritier Georges[78].

Thaler de 1846 frappé de l'effigie d'Ernest.

En appliquant le décret du roi, le cabinet des ministres demanda à tous les fonctionnaires de renouveler leur serment d'allégeance au roi. Sept professeurs de l'université de Göttingen, dont les frères Grimm, refusèrent de prêter serment et incitèrent les Hanovriens à protester contre la décision du roi. Ces « Sept de Göttingen » se virent suspendus dans leurs fonctions, et le roi expulsa les trois principaux responsables du royaume, dont Jacob Grimm[77]. L'un des sept, l'orientaliste Heinrich Ewald, échappa à l'exil en sa qualité de citoyen hanovrien[79]. Les trois exilés furent finalement invités à rentrer à la fin du règne d'Ernest-Auguste[80].

Le roi écrivit à son beau-frère Frédéric-Guillaume III de Prusse : « Si chacun de ces sept gentilshommes m'avait adressé une lettre exprimant son opinion, je n'aurais eu aucune raison de prendre leur conduite comme une exception. Mais organiser des rassemblements et publier leurs opinions avant même que le gouvernement ait reçu leurs protestations, voilà celles de leurs actions que je ne saurais tolérer[81]. » Ernest reçut une députation de citoyens de Göttingen, qui, craignant des agitations de la part des étudiants, applaudirent le renvoi des sept professeurs. Sa décision fut néanmoins l'objet de vives critiques à travers l'Europe, et tout particulièrement au Royaume-Uni[82]. Elle incita le colonel et député Thomas Perronet Thompson (en) à proposer à la Chambre des communes d'écarter Ernest de la succession au trône de Victoria, afin de s'assurer qu'il ne ceigne jamais la couronne britannique[83].

La révocation de la constitution de 1833 entraîna des conséquences plus graves, notamment lorsque de nombreuses villes refusèrent de nommer des représentants au parlement. Malgré cela, un nombre suffisant de députés fut nommé vers 1840 pour permettre au roi de convoquer le Parlement. Au cours de ses deux semaines de réunion au mois d'août, il approuva une version modifiée de la constitution de 1819, vota le budget et adressa des remerciements au roi. Lors d'une session ultérieure la même année, il vota un budget de trois ans avant d'être de nouveau suspendu[84].

Développement national et commerce ; la crise de 1848[modifier | modifier le code]

Portrait d'Ernest-Auguste vers 1850.

À l'avènement d'Ernest, la ville de Hanovre était une cité résidentielle densément peuplée, loin de posséder la salubrité et l'élégance d'autres capitales allemandes. Une fois les crises politiques de la première année de son règne terminées, il entreprit une politique d'aménagement et de développement économique[85], apportant son soutien à l'installation de l'éclairage au gaz dans les rues de Hanovre, l'introduction de systèmes sanitaires modernes et la construction d'un nouveau quartier résidentiel. Il modifia légèrement ses plans après la mort de la reine Frédérique, en 1841, en annulant la destruction prévue du palais Altes, où le couple royal avait vécu depuis son arrivée[40]. Ernest s'intéressait également au développement du chemin de fer (en) et Hanovre devint un nœud ferroviaire important, ce dont tout le pays profita[40]. Malgré son désir de dynamiser et moderniser la ville, le roi refusa en 1837 la proposition de l'architecte de la cour Georg Ludwig Friedrich Laves de construire un opéra à Hanovre, jugeant « l'idée de construire un théâtre au milieu de ce champ vert complètement absurde[86] ». En fin de compte, le roi donna son accord en 1844, et l'Opéra de Hanovre fut inauguré en 1852, un an après la mort d'Ernest[86].

Chaque semaine, Ernest se rendait avec son secrétaire en différents lieux de son royaume, et n'importe quel citoyen pouvait lui adresser une pétition à cette occasion — il faisait toutefois trier les pétitions par son secrétaire pour ne pas avoir à traiter des plaintes futiles[87]. Ernest ouvrit les hautes positions de l'administration aux personnes de toutes classes, s'assurant les services de plusieurs ministres qui n'auraient pu être éligibles sans cette réforme[88]. Bien qu'Ernest eût lutté contre l'émancipation des catholiques lorsqu'il n'était que duc de Cumberland, il toléra la présence de catholiques dans l'administration au Hanovre et visita même plusieurs de leurs églises ; il considérait que le Hanovre ne présentait aucune raison historique de restreindre le catholicisme, contrairement au Royaume-Uni[89]. Il continua à s'opposer à l'admission des juifs au Parlement britannique, mais leur donna des droits égaux à ceux des autres citoyens dans son royaume[90].

Le roi était favorable à la création d'une union postale et monétaire entre les divers États allemands, mais il s'opposa à l'union douanière introduite par la Prusse, le Zollverein, craignant qu'elle ne serve la domination prussienne et n'entraîne la fin de la souveraineté du Hanovre. À la place, le roi soutint le Steuerverein, fondé par le Hanovre et d'autres États d'Allemagne de l'Ouest en 1834. Lorsque les traités du Steuerverein furent renouvelés en 1841, le Brunswick quitta l'union et rejoignit le Zollverein, affaiblissant la position du Hanovre. Le Brunswick possédait des enclaves au Hanovre ; Ernest avait la possibilité de reporter l'entrée de ces enclaves dans le Zollverein, sachant que le Hanovre serait capable de résister plus longtemps que le Brunswick à la guerre économique que ce report aurait engendré. En 1845, le Hanovre, le Brunswick et la Prusse parvinrent à un accord au sujet des enclaves. En 1850, Ernest permit finalement à contrecœur au Hanovre de rejoindre le Zollverein, ce qui se fit dans de bonnes conditions malgré les réticences du roi[91]. Les craintes d'Ernest à propos de la Prusse étaient justifiées : en 1866, quinze ans après sa mort, le Hanovre fut vaincu et annexé par la Prusse après avoir choisi le camp autrichien lors de la guerre austro-prussienne[92].

Le Hanovre fut peu touché par les révolutions de 1848, en dehors de quelques troubles mineurs réprimés par la cavalerie sans verser une goutte de sang[93]. Lorsque des agitateurs arrivèrent de Berlin fin mai 1848 et déclenchèrent des manifestations devant le palais royal, Ernest envoya le Premier ministre pour les mettre en garde. Ce dernier les prévint que s'ils faisaient des demandes inappropriées au roi, celui-ci rentrerait au Royaume-Uni avec le prince héritier, laissant le pays à la merci de l’expansionnisme prussien. La peur d'un tel développement mit un terme aux troubles. Par la suite, le roi accorda une nouvelle constitution au pays, un peu plus libérale que celle de 1819[94].

Relations avec le Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Jeton britannique « To Hanover », ou « Cumberland Jack », marquant le départ d'Ernest de Grande-Bretagne. Ces pièces furent utilisées pendant une grande partie du XIXe siècle comme compteurs de Whist et furent parfois prises pour de réelles pièces d'or par des imprudents[95].

Lorsque Victoria monta sur le trône, Ernest-Auguste aurait demandé conseil au duc de Wellington à propos du comportement à adopter. Le duc lui aurait répondu : « Partez avant que l'on ne vous jette dehors[96] ». Bird ne considère pas cette anecdote comme plausible, au vu du respect dont Wellington faisait ordinairement preuve à l'égard de la royauté. Du reste, Ernest n'avait guère de choix en la matière : il se devait de rejoindre le royaume de Hanovre le plus rapidement possible[97]. En tant que duc de Cumberland, le nouveau roi dut décider s'il allait rendre hommage à la reine Victoria à la Chambre des Lords. Il apprit par Lord Lyndhurst (en) que Lord Cottenham (en), le Lord Chancelier, avait déclaré qu'il refuserait de prendre en compte l'hommage d'Ernest à la reine si ce dernier le lui adressait en tant que souverain étranger. Le roi fit une apparition hâtive à la Chambre des Lords avant son départ pour le Hanovre, afin de prêter serment devant le chef des greffiers selon la procédure habituelle[98]. Ernest resta l'héritier présomptif de sa nièce jusqu'à la naissance de la fille de la reine Victoria, elle-même nommée Victoria, en novembre 1840. Le Lord du Sceau Privé, Lord Clarendon, écrivit : « Ce dont le pays se soucie le plus est d'avoir une vie en plus, mâle ou femelle, entre la succession et le roi de Hanovre[99]. »

À peine arrivé dans son nouveau royaume, Ernest entra en conflit avec sa nièce. Victoria, qui entretenait des relations tendues avec sa mère, la duchesse de Kent, souhaitait loger cette dernière suffisamment près d'elle pour sauver les apparences, sans pour autant l'installer trop près d'elle. À cette fin, elle demanda à Ernest de renoncer à ses appartements du palais St. James au profit de la duchesse. Le roi de Hanovre refusa, car il souhaitait conserver des appartements à Londres en prévision de ses visites en Grande-Bretagne, et il n'était guère désireux de céder l'une de ses possessions à une femme qui avait soutenu son frère le roi Guillaume IV. Victoria fut contrainte d'acheter une maison à sa mère, une dépense d'autant plus malvenue pour la jeune reine qu'elle essayait justement de s'acquitter des nombreuses dettes laissées par son père[100]. Son ressentiment envers le roi de Hanovre s'accrut encore lorsqu'il refusa de donner la préséance à son futur époux, Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, allant jusqu'à conseiller à ses deux frères encore en vie de faire de même. Il fit valoir que la position des différentes familles royales avait été réglée lors du congrès de Vienne et que le roi de Hanovre ne devait pas avoir à céder envers celui qu'il qualifiait d'« altesse royale de papier[101] ». L'acte qui fit d'Albert un sujet britannique laissa donc la question de sa préséance en suspens[101].

La situation atteignit un point critique lorsque Ernest se rendit au Royaume-Uni en 1843, pour une visite qui s'avéra son seul voyage en Angleterre en tant que roi de Hanovre. Il reçut un accueil chaleureux partout, sauf au palais royal[102]. Au mariage de la princesse Augusta de Cambridge, il tenta avec insistance d'obtenir une place plus élevée que celle du prince Albert. Ce dernier s'arrangea pour éjecter Ernest hors de la chapelle par une « forte poussée ». Au moment de la signature de l'acte de mariage, Albert s'ingénia à apposer sa signature au plus près de celle de son épouse, la reine, afin qu'il ne restât plus de place pour celle du roi de Hanovre[103]. Ernest ne semble pas lui en avoir tenu rigueur, puisqu'il invita ensuite le prince à se promener dans le parc du palais. Quand Albert s'y opposa au motif qu'ils pourraient être bousculés par la foule, Ernest répondit : « À l'époque où je vivais ici, j'étais tout aussi impopulaire que vous l'êtes et ils ne m'ont jamais dérangé[104]. » Peu de temps après le mariage, le roi de Hanovre se blessa lors d'une chute, entraînant ce commentaire d'Albert dans une lettre à son frère : « Heureusement qu'il est tombé sur quelques pierres dans Kew et s'est endommagé les côtes. » Cette blessure épargna à Ernest d'autres contacts avec Victoria et Albert[105]. Durant sa visite, le roi de Hanovre trouva le temps de siéger à la Chambre des Lords, à la place que lui conférait le titre de duc de Cumberland. Victoria nota dans son journal que, lorsqu'on lui avait demandé s'il s'adresserait aux Lords, Ernest avait répondu : « Non, je ne le ferai pas, à moins que le diable m'y incite[106] ! » La reine nota également que si Ernest avait grandement apprécié d'écouter les débats, il n'y avait pas participé[106].

Les deux monarques entrèrent une dernière fois en conflit au sujet des bijoux légués par la reine Charlotte. Victoria, qui les avait en sa possession, estimait qu'ils devaient revenir à la couronne britannique, alors qu'Ernest considérait qu'ils devaient aller à l'héritier mâle de Charlotte, en l'occurrence lui-même. Les arbitres chargés de trancher la dispute se préparaient à rendre un verdict en faveur du roi de Hanovre lorsqu'un d'eux mourut subitement, si bien que leur décision ne fut pas rendue. Victoria refusa constamment un nouvel arbitrage du vivant d'Ernest, et elle porta les bijoux aussi souvent qu'elle le pouvait. Dans une lettre à son ami Lord Strangford, le roi de Hanovre commenta : « La petite reine avait l'air très bien, m'a-t-on dit, parée de tous mes diamants. » Après la mort d'Ernest, son fils et héritier Georges V relança la question, et les bijoux furent remis à l'ambassadeur du Hanovre en 1858, après un nouvel arbitrage défavorable à Victoria[107].

Ernest s'efforçait de faire bon accueil aux visiteurs britanniques dans son royaume. Lorsqu'une Anglaise vint lui dire qu'elle s'était perdue en ville, le roi nia que cela fût possible, puisque « le pays tout entier n'est pas plus grand qu'une pièce de quatre pence[108] ».

Fin de règne, décès et mémorial[modifier | modifier le code]

Statue d'Ernest-Auguste Ier devant la gare centrale de Hanovre. Les spectateurs se rencontrent « sous la queue ».

En 1851, le roi entreprit un certain nombre de voyages à travers l'Allemagne. Il accepta l'invitation de la reine-consort de Prusse à visiter le château de Charlottenburg, près de Berlin[109]. Il se rendit au Mecklembourg pour le baptême du fils du grand-duc et à Lunebourg pour inspecter son ancien régiment. En juin, Ernest célébra son 80e anniversaire en accueillant le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV. À la fin de l'été, il visita Göttingen, où il ouvrit un nouvel hôpital et fut remercié par une procession aux flambeaux[110].

Le roi de Hanovre continua à s'intéresser aux affaires britanniques et écrivit à Lord Strangford à propos de l'exposition universelle de 1851[111] :

« La folie et l'absurdité de la reine d'autoriser ces sornettes doivent frapper tout esprit sensé et bien-pensant, et je suis étonné que les ministres eux-mêmes n'aient pas insisté auprès d'elle pour se rendre à Osborne durant l'exposition, car aucun être humain ne peut prédire ce qui pourrait se produire à l'occasion. L'idée... doit choquer tous les Anglais honnêtes et bien intentionnés. Mais il semble que tout conspire à nous abaisser aux yeux de l'Europe. »

Ernest-Auguste Ier décéda le 18 novembre 1851, un mois après être tombé malade. Il fut beaucoup regretté au Hanovre ; beaucoup moins en Grande-Bretagne où le Times omit la bordure noire de coutume de sa page d'accueil et déclara : « Il n'y a que peu ou pas de bien qui puisse être dit du mort royal. »[112] Ernest et Frédérique reposent dans un mausolée des jardins royaux de Herrenhausen[113].

Une grande statue équestre du roi Ernest-Auguste a été érigée sur une place à son nom en face de la gare centrale de Hanovre, sur le socle de laquelle sont inscrits son nom et les mots (en allemand) « Au père de la nation de la part de son peuple fidèle ». Cette place est un lieu populaire de rencontre ; selon l'expression locale, les gens se donnent rendez-vous unterm Schwanz ou « sous la queue » (celle du cheval que le roi monte)[114].

Bien que le Times ait dénigré la carrière d'Ernest en tant que duc de Cumberland, il parla en bien de son règne au Hanovre dans son édition du 12 décembre 1851, soulignant notamment le fait que, grâce à sa popularité, Ernest avait été l'un des seuls monarques européens dont le trône et le royaume n'avaient pas été menacés par les révolutions de 1848[115].

Ascendance[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Fulford 1933, p. 235 : « For some months, the newspapers had been hinting at an amour between the Duke and a certain Lady Graves. »
  2. Fulford 1933, p. 235-236 : « ... and inevitably had the effect of making the public believe that the Duke had murdered Lord Graves as well as Sellis. »
  3. Bird 1966, p. 221-224 : « but sneering references to the Duke's supposed misdemeanour and his cowardice in trying to blame it on an equerry continued to appear »
  4. Fulford 1933, p. 244 : « the rather opinionated Liberalism of the Hanoverians » « The Duke of Cambridge loyally refused to listen to the whispers that he should supersede King Ernest »

Références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

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  • (en) Philip Ziegler, King William IV, Londres, Collins,‎ 1971 (ISBN 978-0-00-211934-4) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Articles connexes[modifier | modifier le code]