Bataille de Solférino

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Bataille de Solférino
Napoléon III à la bataille de Solférino par Jean-Louis-Ernest Meissonier. Huile sur toile, 1864
Napoléon III à la bataille de Solférino par Jean-Louis-Ernest Meissonier. Huile sur toile, 1864
Informations générales
Date 24 juin 1859
Lieu Solférino (Lombardie, Italie)
Issue Victoire des alliés franco-sardes
Belligérants
Drapeau français Empire français
Flag of Italy (1861-1946).svg Royaume de Sardaigne
Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche
Commandants
Napoléon III
Victor-Emmanuel II de Savoie
François-Joseph Ier d'Autriche
Forces en présence
173 600 fantassins
14 500 cavaliers
522 canons
146 635 fantassins
88 escadrons de cavalerie
688 pièces d’artillerie
Pertes
17 926 hommes, dont :
2 492 morts
12 512 blessés
2 922 prisonniers ou disparus
22 445 hommes, dont :
3 000 morts
10 807 blessés
8 638 prisonniers ou disparus
Deuxième guerre d'indépendance italienne
Batailles
Montebello · Varèse · San Fermo · Palestro · Turbigo · Magenta · Melegnano · Solferino · San Martino  · Treponti 
Coordonnées 45° 22′ 02″ N 10° 33′ 59″ E / 45.367222222222, 10.566388888889 ()45° 22′ 02″ Nord 10° 33′ 59″ Est / 45.367222222222, 10.566388888889 ()  

Géolocalisation sur la carte : Italie

(Voir situation sur carte : Italie)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Solférino.

La bataille de Solférino a eu lieu le 24 juin 1859 durant la campagne d'Italie. Elle s'est déroulée en Lombardie, dans la province de Mantoue. Il s'agit d'une victoire de l'armée française de Napoléon III alliée à l'armée sarde sur l'armée autrichienne de l'empereur François-Joseph.

Plus de 330 000 soldats ont combattu dans cette bataille, ce qui constitue le plus grand nombre depuis la bataille de Leipzig de 1813. Il y avait environ 150 000 soldats de l'empire d'Autriche et un total combiné d'environ 190 000 Français et Sardes.

La bataille voit l'utilisation de techniques nouvelles comme le transport des troupes françaises en train, qui mettront seulement quatre jours pour aller de Lyon jusqu'au Piémont, les canons et fusils à canon rayé (plus précis et puissants). L'artillerie joue un grand rôle, peu de combats ayant lieu corps à corps. Contrairement à la légende, le taux de victimes (morts et blessés) à cette bataille est d'environ 12,5 % (10 % chez les forces franco-sardes et 14 % chez les Autrichiens), contre 20% à la bataille de Marengo, 25 à 30 % à bataille de la Moskova, 21 % à la bataille d'Eylau, 25 % à la bataille de Leipzig et jusqu'à 32,4 % dans les rangs confédérés à la bataille de Gettysburg en 1863[1].

Le contexte[modifier | modifier le code]

Le conflit entre l'empire austro-hongrois et la coalition franco-sarde est né de la promesse faite par Napoléon III au roi Victor-Emmanuel II de l'aider à chasser l'« occupant autrichien » en échange de la Savoie et Nice, promesse dont il prend conscience après l'attentat de Felice Orsini, le 14 janvier 1858. Il charge son médecin personnel Henri Conneau d'une mission secrète auprès du Comte Cavour à Turin pour organiser une rencontre secrète, l'entrevue qui a lieu à Plombières le 21 juillet 1858 scelle l'alliance militaire franco-sarde contre l'Autriche et le mariage entre le prince de Napoléon et Marie-Clotilde de Savoie.

Après la victoire de Magenta, l'armée d'Italie se tourne vers l'Est pour poursuivre l'ennemi. La progression est ralentie par les destructions opérées par les troupes autrichiennes et par les pluies incessantes. L'ennemi se replie successivement derrière plusieurs affluents du  : l'Adda, l'Oglio et la Chiese.

La veille[modifier | modifier le code]

Dans la matinée du 23 juin, l'empereur d'Autriche donne l'ordre à ses troupes de se tourner vers l'ouest. Elles regagnent la rive droite du Mincio où elles reviennent occuper les positions abandonnées quelques jours auparavant. Cette manœuvre est destinée à mettre en place l'armée des Habsbourg sur les collines morainiques au sud du lac de Garde et, à partir de cette position qui domine la plaine, lancer une attaque sur l'armée franco-sarde, exploitant ainsi le chaos dans lequel celle-ci se trouverait lors de la traversée du Chiese, dont les ponts ont été détruits, au cours de la retraite, sur ordre de Gyulai, commandant l'armée austro-hongroise.

Contrairement aux suppositions des Autrichiens, grâce à l'efficacité du génie français, le gros de l'armée franco-sarde a déjà traversé le Chiese au cours de la journée du 22 juin et elle se prépare à avancer rapidement vers le Mincio, encouragée par les rapports des patrouilles de reconnaissance qui, quelques jours plus tôt, ont pu vérifier le repli de l'ennemi et par la conviction que la bataille aura lieu sur les rives de cette rivière comme cela semble logique et tactiquement favorable pour les Autrichiens.

Aux premières heures du 23 juin, Napoléon III et Victor-Emmanuel II se rencontrent sur la colline de Lonato pour discuter d'une dépêche envoyée par l'impératrice Eugénie, qui contient d'inquiétantes informations sur d'importants mouvements de troupes prussiennes sur le Rhin. La lettre contient une invitation pressante à la conclusion rapide de la campagne d'Italie afin que l'armée française puisse rentrer chez elle pour défendre ses frontières. Après un bref entretien privé, les souverains regagnent leurs quartiers généraux.

Les combats des patrouilles de reconnaissance qui se produisent tout au long de la journée convainquent les Autrichiens qu'ils ont intercepté les premières avant-gardes franco-sardes et ceux-ci pensent avoir établi le contact avec l'arrière-garde autrichienne, tout comme à Melegnano.

En fait, les deux armées sont déployées sur deux lignes parallèles très proches l'une de l'autre et qui s'étend du Nord au Sud sur 20 km.

La bataille[modifier | modifier le code]

Selon le plan établi, à l'aube du 24 juin, l'armée franco-sarde se déplace vers l'Est afin de se déployer le long de la rive droite du Mincio. Comme première étape matinale, l'armée française aurait dû occuper les villages de Solferino, Cavriana, Medole et Guidizzolo, respectivement avec le Ier corps d'armée du général d'Hilliers, le 2e corps d'armée du maréchal Mac-Mahon, le 3e corps d'armée du général Canrobert et le 4e corps d'armée du général Niel, tandis que les quatre divisions de l'armée sarde devaient prendre place à Pozzolengo.

Après quelques kilomètres, inévitablement, les colonnes franco-sardes entrent en contact, les unes après les autres, avec les troupes autrichiennes, fortement implantées précisément à Solferino, Cavriana, Medole, Guidizzolo et Pozzolengo. En quelques heures, de 4 h à 7 h, de violents combats ont lieu qui conduisent à une mêlée générale, chaotique et très violente, qui dure plus de 18 heures.

L'absence de plan de bataille ordonné, l'équilibre des forces en jeu et la détermination féroce des deux camps sont les principales causes de l'énorme carnage. De nombreux combats se déroulent à Medole, Solferino et San Martino qui correspondent, respectivement, aux secteurs sud, central et nord d'un vaste front.

La bataille de Medole[modifier | modifier le code]

Le sacrifice du colonel Maleville au cours de la bataille de Medole.

Les combats du 24 juin 1859 débutent à Medole, dans le secteur sud du front, vers 4 heures du matin. Au cours de la marche qui doit le conduire à Guidizzolo, en passant par le village de Medole, le 4e corps d'armée français affronte un régiment avancé de la Ire armée autrichienne.

Le général Niel décide d'engager immédiatement la bataille, et faisant preuve d'une stratégie peu commune, il déploie ses forces aux limites Est du territoire de Medole, empêchant ainsi les trois corps de l'armée autrichienne, présents à Guidizzolo, de soutenir les soldats de la IIe armée placés sur les hauteurs de Solferino et durement attaqués par les colonnes françaises du général d'Hilliers et du maréchal Mac-Mahon.

Les troupes de Niel, même si elles sont numériquement inférieures et déployées sur une ligne de 5 km, réussissent à contenir les assauts ennemis par une habile alternance d'actions de défense et de contre-attaques sur les points névralgiques de Crocevia, Quagliara, Casa Nuova, Baite et Rebecco.

Les combats, qui durent 15 heures et jusqu'à la retraite des Autrichiens, provoquent dans les deux camps la perte 14 279 hommes.

La bataille de Solferino[modifier | modifier le code]

Plan de la bataille de Solferino

Vers 4h30, l'avant-garde du Ier corps d'armée française, commandé par le maréchal Baraguey d'Hilliers, établit le contact avec les troupes autrichiennes du Ve corps d'armée dirigée par le feld-maréchal Stadion à proximité de Grole sur le territoire de Castiglione delle Stiviere.

Une demi-heure plus tard, le IIe corps d'armée français, commandé par le maréchal Patrice de Mac-Mahon rencontre les divisions austro-hongroises postées au hameau de Ca' Morino sur le territoire de Medole.

Les troupes autrichiennes, fortes de trois corps d'armée positionnés à Solferino, Cavriana et Volta Mantovana, résistent longtemps aux assauts conjugués des Ier et IIe corps français contraignant Napoléon III à engager la garde impériale dans la bataille.

Solferino est arrachée au Ve corps d'armée de Stadion en début d'après-midi et le déploiement français se poursuit pour conquérir Cavriana où il rencontre également une forte résistance du Ier corps d'armée du maréchal autrichien Clam-Gallas. L'engagement de troupes fraiches vers 15 heures, composées du IIIe corps d'armée français du général Canrobert permet d'occuper Cavriana peu avant 18 heures.

Le rôle décisif des voltigeurs de la Garde[modifier | modifier le code]

Comme l'indique le rapport du général Regnault de St d'Angely, les voltigeurs de la Garde chargent, la baïonnette en avant, culbutent des forces quatre fois supérieures en nombre et s'emparent de la Tour Solférino, réussissant ainsi la percée au centre.

La Légion dans cette bataille[modifier | modifier le code]

Le 2e régiment étranger, aux ordres du colonel Signorino, participe à la campagne d’Italie. En arrivant à hauteur de Ca' Morino, les légionnaires, avec le deuxième régiment de zouaves, formant l’avant-garde du deuxième corps d’armée commandé par le maréchal de Mac-Mahon, rencontrent une forte colonne autrichienne se dirigeant sur Castiglione.

Le 24, les légionnaires se déplacent en direction de Mantoue. Les premières salves d’artillerie des vedettes ennemies sont tirées. En début d'après-midi, sous une chaleur accablante, les légionnaires et les zouaves prennent Cassiano. Le maréchal de Mac-Mahon donne l’ordre aux compagnies de tirailleurs de la Légion de se déployer pour permettre la mise en place de l’artillerie au centre de la bataille. Les combats acharnés et terribles obligent les légionnaires à aborder l’ennemi à la baïonnette. Le 2e régiment étranger déplore cependant 6 morts et 38 blessés, ce qui est peu au regard des pertes totales.

Les Tirailleurs algériens dans cette bataille[modifier | modifier le code]

Comme pour la campagne de Crimée, l'armée d'Afrique fut appelée à fournir un contingent pour la campagne d'Italie. Chacun des trois régiments de Tirailleurs algériens dut fournir un bataillon de 1 100 soldats afin de créer un régiment provisoire de Tirailleurs algériens, composé de trois bataillons à six compagnies chacun. Le commandement en est donné au colonel Laure [2], du 2e régiment de Tirailleurs algériens[3]. Ce régiment s'illustre particulièrement lors de l'attaque du mont Fontana qui relie San Cassiano à Cavriana[4].

La bataille de San Martino[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de San Martino.

Cette bataille fut remportée le 24 juin 1859 par le général Philibert Mollard. Le premier régiment sarde à entrer en contact avec les Autrichiens est la 29e compagnie de bersaglieri, dirigée par le jeune lieutenant-colonel Raffaele Cadorna qui précède l'avant-garde de la 5e division Cucchiari se dirigeant vers Pozzolengo. C'est l'action qui engage, vers 7 heures du matin, une longue et sanglante bataille pour le contrôle de Pozzolengo, menée principalement dans les bourgs de San Martino et Madonna della Scoperta. La formation autrichienne, en nette infériorité numérique, est déployée sur des positions dominantes. Le feld-maréchal Benedek mène ses hommes avec beaucoup d'habileté, réussissant à tenir ses positions jusqu'à la fin de soirée, lorsque les armées austro-hongroises se retirent de Solferino, Cavriana, Guidizzolo e Volta Mantovana, se mettant à l'abri au-delà du Mincio.

Les forces en présence[modifier | modifier le code]

L'armée française[modifier | modifier le code]

Bataille de Solférino, 24 juin 1859: Napoléon III ordonne au futur maréchal Regnaud d'engager le combat avec la garde impériale.

L'armée française est un extraordinaire instrument de guerre composée principalement de combattants expérimentés et équipée d'armes modernes et efficaces.

Mais ce ne sont pas les seules raisons de la supériorité française. L'armée a bénéficié à la fois d'un environnement issu du siècle des Lumières qui a imprégné la société de connaissances scientifiques et de la réforme militaire réalisée par Napoléon qui peut être résumée dans la célèbre adage : « Chacun de mes soldats a dans son sac à dos le bâton de maréchal ». Les cadres dirigeants de la France furent choisis en fonction des leurs connaissances et de leurs compétences ce qui conduisit à une large compétence technique et une haute capacité tactique.

Les troupes qui composaient les forces françaises sont commandées par Napoléon III et 41 officiers supérieurs qui appartenaient aux quatre premiers des cinq corps d'armée envoyés en Italie en plus de la Garde impériale et ainsi composés :

L'armée piémontaise[modifier | modifier le code]

Après la défaite de 1849, l'armée sarde avait été soumise à une période de dix années de restructuration confiée à Alfonso La Marmora, nommé ministre de la Guerre au sein du gouvernement Perrone. Le travail de La Marmora avait apporté de bons résultats avec la modernisation de l'armement, de l'instruction technique des officiers et la réorganisation des régiments, sur le modèle français.

L'armée de Savoie était affligée de défauts qui causèrent des résultats décevants au cours des affrontements. Le premier défaut provenait de la présence de volontaires enrôlés pour l'occasion, fortement motivés mais aussi sans connaissance du métier de soldat, mal équipés et mal armés. Le second et le plus important défaut résidait dans le manque de coopération manifesté par les 39 officiers qui composaient l'important état-major de la maison de Savoie. Sa compétence tactique et stratégique fut souvent masquée par un excès d'individualisme.

L'armée sarde comprenaient quatre divisions :

  • 1re Division du général Durando
    • Brigade des Grenadiers de Sardaigne du général Calliano
    • Brigade Savoie du général Perrier
    • Régiment de Cavalerie légère d'Alessandria du lieutenant-colonel Reccagni
    • 5e Brigade d'artillerie du major Cugia
  • 2e Division du général Fanti
    • Brigade Piémont du général Camerana
    • Brigade Aoste du général Cerale
    • Régiment de Cavalerie Légère Aoste du colonel Angelini
    • 6e Brigade d'artillerie du major Salino
  • 3e Division du général Philibert Mollard
    • Brigade Cuneo du général Araldi
    • Brigade Pinerolo du général Morozzo della Rocca
    • Régiment de Cavalerie Légère de Monferrato du lieutenant colonel Morelli
  • 5e Division du général Cucchiari
    • Brigade Casale du général Pettinengo
    • Brigade Acqui du général Gozzani
    • Régiment de Cavalerie légère de Saluzzo du colonel Griffini

L'armée autrichienne[modifier | modifier le code]

Sous le commandement de François-Joseph, l'armée fut divisée en deux armées reliées et approvisionnées par les forteresses du quadrilatère. La Ire armée s'approvisionnait à la forteresse de Mantoue et était déployée dans la plaine du , tandis que la deuxième armée, approvisionnée par la forteresse de Peschiera occupait la colline morainique au nord.

Équipée d'armements modernes et efficaces et encadrée par une discipline de fer, l'armée autrichienne trouvait sa faiblesse dans la structure qui la caractérisait. Selon la tradition médiévale, bien que le commandement de l'armée était sous l'autorité de l'empereur, de nombreux régiments étaient de petites armées personnelles, propriétés de leur commandant. L'état-major était donc composé principalement par des nobles de haut lignage mais souvent mauvais tacticiens et divisés pour des raisons politiques, économiques ou personnelles.

Les troupes appartenaient à sept corps d'armées, ainsi composées :

  • 1re Armée du feld-maréchal Wimpffen
    • IIIe Corps d'Armée du feld-maréchal lieutenant Schwarzenberg
      • 1re Division du général Schönberg
      • 2e Division du général lieutenant Habermann
    • IXe Corps d'Armée du général de cavalerie Schaffgotsche
    • XIe Corps d'Armée de feld-maréchal lieutenant Veigl
      • 1re Division du général lieutenant Schwarzel
      • 2e Division du général lieutenant Blomberg
      • Division de cavalerie du général lieutenant Zedtwitz
  • 2e Armée du général Schlick
    • Ire Corps d'Armée du feld-maréchal Clam-Gallas
    • Ve Corps d'Armée du feld-maréchal lieutenant Stadion
      • 1re Division du général lieutenant Palffy
      • 2e Division du général lieutenant Sternberg
    • VIIe Corps d'Armée du feld-maréchal lieutenant Zobel
    • VIIIe Corps d'Armée du feld-maréchal lieutenant Benedeck
      • 1re Division du général lieutenant Berger
      • 2e Division du général lieutenant Lang
      • Division de cavalerie du feld-maréchal lieutenant Mensdorff
      • Brigade du général lieutenant Reichlin (détachée du VIe Corps d'Armée)

Les conditions sanitaires[modifier | modifier le code]

Palais Ceni à Medole, la première ambulance de la bataille de Solferino et San Martino

Les pertes sont lourdes : 40 000 hommes sont hors de combat et abandonnés sur le champ de bataille. Les services sanitaires sont insuffisants, ils manquent de tout, de moyens, de nourriture et de personnel. La majorité des havresacs ont été abandonnés par les soldats lors du combat et les sources d’eau qui auraient pu servir au ravitaillement des hommes ne sont pas utilisables car elles sont infectées par le sang et les bactéries provenant des cadavres. De plus, la qualité du service médical est désastreux : l’anesthésie est presque inexistante[5], et peut entraîner la mort quand elle est appliquée en raison du chloroforme qui peut s'avérer dangereux à forte dose et peut conduire à la mort ou dans un certain cas à un coma. De plus, les connaissances des infections par germes pathogènes étant inexistantes, les gangrènes sont courantes. Il en est ainsi de l’utilisation du cérat, cataplasme imperméable fait à base de cire, qui favorise grandement les infections[6],[7].

Henry Dunant

À Castiglione, les blessés sont omniprésents. L’église et l’école de la ville sont transformées en hôpitaux. Les blessés sont à même les rues, faute de place. Certains, quelle que soit leur nationalité, sont hébergés chez les villageois. Henri Dunant est témoin de cette vision d'horreur et décide d'aider le peu d'infirmières présentes sur place. Pendant quatre jours, il s'investit personnellement et financièrement. Il apporte les premiers soins et achète lui-même vivres et habits pour les rescapés de la bataille (Italiens, Français et Autrichiens confondus) et il va même jusqu'à écrire à leur famille. Il prend contact avec la comtesse de Gasparin qui est la fondatrice de l'école d'infirmières de La Source, à Lausanne. Celle-ci écrit au président de la Société évangélique de Genève, dont Dunant est un membre actif, afin d'informer le public des besoins nécessaires pour les blessés de guerre. La lettre d’Henri Dunant à la comtesse est publiée et émeut les Genevois, Genève décide alors d’envoyer une mission de secours à Castiglione. Dunant rentre à Genève le jour de l’armistice.

Henri Dunant retourne à Genève et retrouve sa vie mondaine, mais il ne la supporte plus. Son cœur n'est plus qu'avec les victimes, il ne pense plus qu'à retourner aider les gens dans le besoin. Selon son psychiatre, Dunant est traumatisé. Il décide alors de se confier. Il commence par en parler autour de lui, puis lui vient une idée : il écrira un livre afin que tout le monde puisse ressentir ce qu'il a vécu, du moins en partie. Un souvenir de Solférino[8] sort en octobre 1862. C'est un livre poignant et réaliste qui révèle la face cachée d'une victoire et surtout, qui décrit la souffrance des victimes. La population est très touchée ; les frères Goncourt eux-mêmes s'inclinent devant tant d'émotion et de réalisme.

Hommages[modifier | modifier le code]

Ossuaire de Solferino

Il existe un mémorial des batailles de Solférino : tour et musée à San Martino della Battaglia (it).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thierry Widemann, À propos de la bataille de Solferino, Chemins de mémoire, Ministère français de la Défense, no 196, juillet-août 2009
  2. « Le colonel Laure avait servi en Afrique presque toujours aux zouaves ou aux troupes indigènes depuis 20 années. Il n'avait pas fait la campagne de Crimée, le régiment auquel il était attaché à cette époque comme lieutenant-colonel ayant été maintenu en Afrique. Les tirailleurs qu'il commandait sont les mêmes que ceux qiu bondissaient comme des panthères à l'Alma, à Inkermann, à Traclir et à Kinburn, et qui s'élancèrent si bravement dans la gorge de Malakoff »., Charles Adam, La guerre d'Italie: histoire complète des opérations militaires dans la péninsule, Librairie populaire des villes et des campagnes, 1859, p. 43
  3. Le livre d'or des tirailleurs indigènes de la province d'Alger, Bastide, 1866
  4. « A l'attaque du mont Fontana les tirailleurs algériens sont décimés, leurs colonels Laure et Herment sont tués, leurs officiers succombent en grand nombre, ce qui redouble leur fureur : ils s'excitent à venger leur mort et se précipitent, avec la rage de l'Africain et le fanatisme du Musulman, sur leurs ennemis qu'ils massacrent avec frénésie sans trêve ni relâche et comme des tigres altérés de sang », Henri Dunant, Un Souvenir de Solferino, Fick, 1862, p. 34
  5. Divers auteurs, Aux sources de l’idée Croix-Rouge, Genève, 1984, p. 77
  6. Divers auteurs[Lesquels ?], Aux sources de l’idée Croix-Rouge, Genève, 1984, p. 84
  7. Roger Durand, La Croix-Rouge en Suisse romande, commission régionale des sections romandes de la Croix-Rouge suisse, 1992, Genève, p. 35 à 49: « Les origines du mouvement »
  8. Henri Dunant, Un souvenir de Solférino, Genève, imprimerie Jules-Guillaume Fick, 1862

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • César Lecat de Bazancourt, La Campagne d'Italie de 1859 : chroniques de la guerre, Amyot, Paris, 1860
  • Barthélemy Louis Joseph Lebrun, Souvenirs des guerres de Crimée et d'Italie, Émile de La Bédollière, Paris, 1859
  • Amédée de Cesena, Campagne de Piémont et de Lombardie, Garnier Frères, Paris, 1860
  • (de) Hans Bindter, Das Feldzug von 1859 - Das Vorspiel zu den Ereignissen von 1866 bis 1870, Berlin, 1871
  • (it) Vittorio Giglio, I fasti del cinquantanove, Vallardi Editore, Milan, 1910
  • (it) Stelio Martelli, Le battaglie di Solferino e San Martino, Edizioni Varesina, Azzate, 1971
  • (it) Andrzej Kuśniewicz, Il Re delle due Sicilie, Sellerio Editore, Palerme, 1981
  • (it) Massimo Marocchi, Il racconto della seconda guerra d'indipendenza attraverso le memorie e le lettere, Gaspari Editore, Udine, 2007
  • (it) Mino Milani, Le battaglie di Solferino e San Martino, GAM Edizioni, Rudiano, 2008
  • (it) Costantino Cipolla, Il crinale dei crinali. La battaglia di Solferino e San Martino, Franco Angeli, 2009
  • (it) La battaglia di Solferino e San Martino. Arte, storia e mito, par Daniela Sogliani, Officina Libraria, Milan, 2009

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]