Carlos Reutemann

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Carlos Alberto Reutemann

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Carlos Reutemann en 2005

Surnom El Lole
Date de naissance 12 avril 1942
Lieu de naissance Santa Fe, Argentine
Nationalité Drapeau de l’Argentine Argentine
Années d'activité 1972 - 1982
Équipe Brabham, Ferrari, Lotus, Williams
Nombre de courses 146
Pole positions 6
Podiums 45
Victoires 12
Champion du monde vice champion en 1981

Carlos Alberto Reutemann, surnommé El Lole (intraduisible en français, mais lié à sa façon de prononcer "los lechones" - les cochons- lorsqu'il était enfant), né le 12 avril 1942 à Santa Fe, Argentine, est un ancien pilote automobile argentin. Figure majeure du championnat du monde de Formule 1 entre 1972 et 1982, il s'est reconverti dans la politique après l'arrêt de sa carrière sportive. Membre du Parti Justicialiste, il exerce trois mandats successifs de sénateur (1999, 2003, 2009-) après avoir été à deux reprises gouverneur de la Province de Santa Fé (1999, 2003).

Biographie[modifier | modifier le code]

Carrière sportive[modifier | modifier le code]

Carlos Reutemann débute sa carrière à la fin des années 1960 en Argentine, d'abord dans des courses de voitures de tourisme, puis en monoplace. En 1970, il part en Europe pour y disputer le championnat d'Europe de Formule 2, au volant d'une Brabham engagée par l'Automobile Club d'Argentine. Rapidement, il s'affirme comme l'une des valeurs sures du championnat, dont il termine deuxième en 1971 derrière le Suédois Ronnie Peterson.

En 1972, il est engagé par Bernie Ecclestone dans l'écurie officielle Brabham en Formule 1. Dès son premier grand prix, chez lui en Argentine, il fait sensation en décrochant la pole position. Avant lui, seul Mario Andretti en 1968 (qui avant sa pole à Watkins Glen, comptait une participation avortée au Grand Prix d'Italie) avait réalisé cette performance, et il faudra attendre Jacques Villeneuve en 1996 pour voir réédité pareil exploit. La performance de Reutemann est d'autant plus remarquable que contrairement à Andretti (et plus tard Villeneuve), il est loin de bénéficier de la monoplace la plus performante du plateau. Il connaît moins de réussite en course, où une usure prématurée de ses pneus le relègue en septième position, hors des points. Si l'on excepte une victoire au GP du Brésil (alors disputé hors-championnat), cette pole position reste son seul fait d'armes marquant de la saison. Il doit même attendre le GP du Canada en fin d'année pour inscrire ses premiers points, grâce à une quatrième place. À la décharge de Reutemann, et signe du potentiel limité de la Brabham, son coéquipier le double champion du monde Graham Hill n'a obtenu guère plus de résultats. En 1973, le niveau de compétitivité des Brabham s'améliore, et Reutemann décroche ses premiers podiums, Au Grand Prix de France sur le Circuit Paul Ricard, puis au Grand Prix des États-Unis sur le Circuit de Watkins Glen et termine le championnat en septième position.

Carlos Reutemann en 1974 sur la Brabham BT44 lors de la Race of Champions une course hors-championnat à Brands Hatch.

Les premiers succès arrivent en 1974. Au volant de la remarquable Brabham BT44, œuvre de l'ingénieur sud-africain Gordon Murray, il remporte les GP d'Afrique du Sud, d'Autriche et des États-Unis. Mais il paye le manque de fiabilité de sa monture en ne terminant que sixième du championnat, sans jamais s'être immiscé dans la lutte pour le titre mondial. Scénario inverse en 1975, où il ne gagne qu'une seule course le Grand Prix d'Allemagne sur le "vieux" Nurburgring) et fait preuve d'une remarquable régularité en multipliant les places d'honneur. Ces résultats lui permettent de terminer troisième du championnat, mais à distance respectable de Niki Lauda, le nouveau champion du monde.

En 1976, la progression de Brabham dans la hiérarchie est interrompue par la décision de Bernie Ecclestone d'abandonner le traditionnel moteur V8 Cosworth au profit d'un inédit Flat 12 Alfa Romeo. Prometteuse sur le papier, la nouvelle association est surtout la source de multiples problèmes techniques. Au beau milieu de l'été 1976, lassé par une série d'abandons imputables à sa monture, Reutemann quitte Brabham pour répondre à l'appel du pied de la Scuderia Ferrari, qui cherche un remplaçant à Niki Lauda, grièvement blessé lors du Grand Prix d'Allemagne. Reutemann effectue ses débuts pour sa nouvelle équipe à l'occasion du Grand Prix d'Italie, mais contrairement à ce qui était prévu, il pilote une 3e voiture de la Scuderia, puisque Lauda a anticipé son retour à la compétition. Pour la fin de la saison, il doit d'ailleurs se contenter d'un rôle de pilote essayeur, mais avec l'assurance d'être titularisé pour la saison suivante à la place de Clay Regazzoni.

Carlos Reutemann lors de sa victoire au GP des États-Unis Est 1978 disputé à Watkins Glen dans l'État de New York.

Reutemann aborde la saison 1977 avec des ambitions élevées et un statut lourd à porter. Non seulement il a comme prévu remplacé Regazzoni chez Ferrari, mais en raison des doutes qui entourent le niveau de compétitivité de Niki Lauda (qui a perdu la confiance d'Enzo Ferrari en abandonnant dès les premiers tours du Grand Prix du Japon 1976, décisif pour l'attribution du titre mondial), il fait figure de premier pilote au sein de la Scuderia Ferrari, et donc logiquement de favori pour le titre mondial. Une troisième place au Grand Prix d'Argentine, suivie d'une victoire au Grand Prix du Brésil semblent conforter ce statut, mais la suite de la saison est plus difficile. Malgré une position délicate au sein de la Scuderia (il entretient des rapports très tendus avec Enzo Ferrari et son directeur sportif) Niki Lauda affirme sa supériorité sur Reutemann, lequel perd progressivement pied, battu sur la piste mais également hors-piste dans le combat psychologique. Et tandis que Lauda décroche son deuxième titre mondial, Reutemann doit se contenter d'une décevante quatrième place finale. Si personne ne songe à remettre en cause le talent de Reutemann, qui reste considéré comme l'un des pilotes les plus brillants du plateau, sa force mentale et sa capacité à répondre présent lorsqu'il est attendu, font débat.

Débarrassé de Niki Lauda qui a claqué la porte de la Scuderia sitôt son deuxième titre acquis, Reutemann retrouve les coudées franches chez Ferrari en 1978. De retour à son meilleur niveau, il prend facilement l'ascendant sur son nouveau coéquipier le débutant québécois Gilles Villeneuve qui remplace Niki Lauda depuis les deux dernières courses de la saison précédente, remporte quatre victoires, et s'affirme comme l'un des rares pilotes du plateau capable de concurrencer ponctuellement les redoutables Lotus 79 à effet de sol de Mario Andretti et Ronnie Peterson. Il termine troisième du championnat, en ayant tiré le meilleur du matériel dont il disposait.

En 1979, Reutemann quitte Ferrari pour rejoindre Lotus, où il remplace Ronnie Peterson, qui a trouvé la mort en fin de saison précédente. Reutemann s'attend à récupérer une voiture dominatrice, mais ne peut que tomber de haut en constatant que la concurrence a copié (et amélioré) le principe de l'effet de sol lancé par Lotus. Après un début de saison correct, Reutemann rentre inexorablement dans le rang et termine seulement sixième du championnat, mais après avoir copieusement dominé le champion en titre, l'illustre Mario Andretti.

En vue de la saison 1980, il quitte Lotus pour rejoindre Williams, l'équipe qui a fait la plus grosse impression lors de la deuxième moitié de saison 1979. Cette fois-ci, le choix de carrière de Reutemann qui remplace de nouveau Clay Regazzoni s'avère judicieux, mais comme en 1977 chez Ferrari, il subit les affres de la concurrence interne et se fait le plus souvent dominer par son coéquipier australien Alan Jones, lequel romporte le titre mondial. Toujours chez Williams en 1981, Reutemann entend bien prendre sa revanche sur Jones, et ce malgré le statut de premier pilote dont bénéficie l'Australien, pilote historique de l'écurie. Visiblement plus à son aise que l'année précédente, Reutemann remporte sa seconde victoire hors-championnat lors du Grand Prix d'Afrique du Sud (disputé sous l'égide de la "World Federation of Motor Sport", fédération créée pour l'occasion par la FOCA organisatrice de ce Grand Prix), sans l'accord de la FISA et en l'absence des écuries légalistes (Renault Ferrari et Alfa Romeo (Formule 1) qui ne comptera pas pour le championnat du monde 1981) et qui sera l'un des épisodes de la Guerre FISA-FOCA. Reutemann terminera deuxième du Grand Prix des États-Unis Ouest première course de la saison disputée sur le Circuit urbain de Long Beach en Californie derrière son coéquipier Alan Jones avant de remporter la deuxième course de la saison au Brésil une victoire qui lui attire les foudres de son écurie, qui lui reproche d'avoir ignoré une consigne d'avant-course lui ordonnant de laisser la victoire à Alan Jones. Confirmant tout au long de la saison sa domination sur Jones, Reutemann n'est pas pour autant assuré du titre mondial puisqu'il doit subir la remontée au championnat du jeune Brésilien Nelson Piquet, sur Brabham qui avait déjà lutté pour le titre mondial l'année précédente face à l'autre pilote Williams Alan Jones. En outre, l'ambiance au sein de l'écurie Williams reste très tendue depuis l'"affaire" du Brésil, et Reutemann est loin de bénéficier d'un soutien sans faille de la part de ses employeurs Frank Williams et Patrick Head. Inutile également de compter sur le soutien de son coéquipier Alan Jones, qui le déteste et ne s'en cache pas. Jones est en effet l'antithèse de Reutemann, dont le physique hollywoodien va de pair avec une grande timidité, qu'il cache derrière des airs taciturnes.

Reutemann arrive au GP de Las Vegas dans le Nevada, ultime manche du championnat du monde, avec un point d'avance sur Piquet. Qualifié en pole position tandis que Piquet a manqué ses essais, il semble avoir tous les éléments en main pour décrocher le titre mondial après lequel il court depuis plusieurs années. Mais dès le départ, il se fait surprendre par Jones, puis se laisse engluer dans le peloton. En proie à des problèmes de boîte de vitesses, il glisse jusqu'en septième position et se fait rejoindre au 17e des 75 tours de course par Piquet, qui le passe à son tour sans grande difficulté. En accédant à la sixième place au 22e tour en dépassant John Marshall Watson, Piquet ravit virtuellement pour la première fois de la saison la première place du championnat du monde à Reutemann qui était en tête du championnat depuis le troisième Grand Prix de la saison en Argentine où il avait fini deuxième. En fin de course, le championnat semble basculer de nouveau, Piquet étant physiquement à la peine victime de nausées et de vomissements, mais il parvient à rester dans les points, tandis que Reutemann termine à une triste huitième place.

À l'issue de la course, Reutemann tente de justifier son échec en évoquant ses soucis de boîte de vitesses, mais ne peut empêcher bon nombre d'observateurs d'estimer qu'il a de nouveau craqué mentalement. Plusieurs jours après la course, la boîte de vitesses est démontée, et des membres de l'écurie Williams reconnaîtront qu'elle était dans un piteux état.

Malgré l'attitude peu charitable de son employeur à son égard (à l'issue du Grand Prix de Las Vegas, Frank Williams s'est réjouit de la victoire de Jones, semblant se désintéresser du titre mondial perdu par son autre pilote), Reutemann reste chez Williams en 1982. Il débute d'ailleurs plutôt bien la saison en terminant deuxième du Grand Prix d'Afrique du Sud, premier GP de la saison. Mais il prend tous les observateurs par surprise en annonçant brutalement l'arrêt de sa carrière à l'issue du Grand Prix du Brésil, deuxième manche de la saison.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Soutenu par le Président péroniste Carlos Menem, Carlos Reutemann effectue ses premiers pas en politique à la fin des années 1980. Sous les couleurs du Parti justicialiste (péroniste), il se présente avec succès à l'élection pour le poste de gouverneur de la province de Santa Fe, qu'il occupe de 1991 à 1995. Il signe un décret, le 15 janvier 1992, ordonnant la destruction d'archives étatiques, dont une partie fut sauvée par des ONG. En mai 2010, une plainte a été déposée contre lui pour élimination de preuves concernant les crimes contre l'humanité commis lors de la dictature[1].

La constitution lui interdisant de briguer un deuxième mandat consécutif, il doit attendre 1999 pour se présenter à nouveau, et est à nouveau élu. En raison de la grave crise économique qui touche l'Argentine, ce deuxième mandat s'avère plus difficile que le premier. Critiqué par la gauche péroniste pour sa politique fiscale conservatrice, la manière dont la police a réprimé les manifestations de décembre 2001 (7 morts[1]), ainsi que pour sa gestion des inondations d'avril 2003 (23 morts au cours de celles-ci et 160 causées après coup par celles-ci[1]), Reutemann n'en est pas moins resté une figure importante de la vie politique argentine, au point d'être plus d'une fois pressenti pour se porter candidat à la présidence, ce qu'il a systématiquement décliné.

En 2003, à l'issue de son deuxième mandat de gouverneur, Carlos Reutemann est élu en tant que sénateur fédéral. Il siège au sein de la coalition gouvernementale Frente para la Victoria de Cristina Kirchner. Depuis 2012 au moins, il est dans l'opposition[2].

Palmarès[modifier | modifier le code]

Monoplaces[modifier | modifier le code]

  • Vice-champion du monde en 1981
  • Victorieux de 12 GP (plus 2 victoires hors championnat).
  • 3e des championnats 1975, 1978, 1980.
  • 4e en 1977

A piloté pour :

  • Brabham (72-76)
  • Ferrari (76-78)
  • Lotus (79)
  • Williams (80-82)

A piloté en Endurance pour Ferrari (1973, 2 secondes places avec Schenken, abandon aux 24H du Mans alors que la voiture est en tête) et Alfa Roméo en 1974 (2 accessits avec Stommelen).

Vice-champion d'Europe de F2 en 1971 (derrière Peterson, un autre glorieux champion sans couronne).

Résultats en championnat du monde de Formule 1[modifier | modifier le code]

Saison Écurie Châssis Moteur Pneus GP disputés Victoires Pole positions Meilleurs tours Points inscrits Classement
1972 Motor Racing Developments Ltd BT34
BT37
Ford V8 Goodyear 10 0 1 0 3 16e
1973 Motor Racing Developments Ltd BT37
BT42
Ford V8 Goodyear 15 0 0 0 16 7e
1974 Motor Racing Developments Ltd BT44 Ford V8 Goodyear 15 3 1 1 32 6e
1975 Martini Racing BT44B Ford V8 Goodyear 14 1 0 0 37 3e
1976 Martini Racing
Scuderia Ferrari SpA SEFAC
BT45
312T2
Alfa Romeo 12 à plat
Ferrari 12 à plat
Goodyear 13 0 0 0 3 16e
1977 Scuderia Ferrari SpA SEFAC 312T2 Ferrari 12 à plat Goodyear 17 1 0 0 42 4e
1978 Scuderia Ferrari SpA SEFAC 312T2
312T3
Ferrari 12 à plat Michelin 16 4 2 2 48 3e
1979 Martini Racing Team Lotus 79 Ford V8 Goodyear 15 0 0 0 25 6e
1980 Albilad-Williams Racing Team FW07B Ford V8 Goodyear 14 1 0 1 49 3e
1981 Albilad-Williams Racing Team
TAG Williams Team
FW07C Ford V8 Goodyear
Michelin
15 2 2 2 49 2e
1982 TAG Williams Team FW07C Ford V8 Goodyear 2 0 0 0 6 15e

Rallyes[modifier | modifier le code]

Il est ainsi le seul pilote à avoir connu des podiums en F1 et rallyes, depuis la création du championnat du monde des rallyes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Victoria Ginzberg, Cuando los papeles incomodan, Pagina/12, 9 mai 2010
  2. (es) « La oposición, a un voto de rechazar el pliego de Reposo », Clarin.com,‎ 6 juin 2012 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]