Bouse

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Bouse de vache sèche dans un pré.
Bouse de bison, à Skupowo (Forêt de Białowieża, Pologne)

La bouse est l'excrément des mammifères ruminants, comme les bœufs et les bisons. Une vache adulte produit en moyenne 12 bouses par jour[1] (d'environ 3 kg chacune[2]), constituant une manne pour les espèces coprophages et représentant un authentique petit écosystème dont le stade final est l'intégration au sol des pâtures. Il existe environ 70 familles de coléoptères coprophages en Europe du Nord, chacune composée de nombreuses espèces. Certains d'entre eux sont d'ailleurs nommés bousiers par référence à leur ressource alimentaire. Le célèbre scarabée sacré de l'Égypte des pharaons est un bousier.

Une fois séchée, la bouse, aussi nommée « bois de vache », peut être utilisée comme combustible. Dans certaines parties du monde, la bouse de vache sert comme ingrédient dans la fabrication de torchis ou de briques de terre crue.

Formation[modifier | modifier le code]

Une vache produit environ 10 tonnes de bouse chaque année[3]. Les bovins adultes expulsent en temps normal environ 30 à 50 kg d’excréments par jour, en 10 à 20 fois. Les bouses sont constituées de 80 à 90 % d’eau. La matière sèche est constituée d'éléments non digérés, c'est-à-dire ayant échappé à la dégradation opérée par les microbes du rumen, à la digestion dans la caillette et à la fermentation microbienne dans le gros intestin. De plus, on retrouve dans les bouses des éléments endogènes, comme les sucs digestifs, les débris cellulaires ou les micro-organismes du rumen. La quantité de matière sèche issue de l'alimentation varie suivant la digestibilité des aliments[4].

Utilisation[modifier | modifier le code]

Métallurgie[modifier | modifier le code]

La bouse a été utilisée dès l'âge du bronze pour la fabrication des moules en terre. En effet, elle contient de la paille qui brûle lors de la coulée du métal et qui laisse des canaux permettant l'évacuation des gaz. Cette technique s'est transmise aux fondeurs de cloche et est encore parfois utilisée pour la fonderie traditionnelle de fonte.

Fertilisation[modifier | modifier le code]

Articles connexes : fumier et épandage.
Préparation de la bouse de corne utilisée en agriculture biodynamique

La bouse de vache est un engrais naturel très performant, utilisé dans tous les pays où sont élevés les bovins. Souvent, c'est le fumier, mélange de bouse et de paille (ou bois déchiqueté, rameaux de buis, etc...) issue des étables, qui est épandu dans les champs et prés pour fertiliser les sols. C'est une produit agricole recherché dans le jardinage car il peut entrer dans la constitution du pralin dans lequel on trempe les racines d'arbres et d'arbustes avant de les planter[3]. La bouse de vache sert également pour la réalisation de la « bouse de corne » ou « préparation 500 » utilisée en agriculture biodynamique.

Construction (isolant)[modifier | modifier le code]

Sur les hauts plateaux tibétains le bouse de Yak est utilisée dans la construction (forme de pisé), autant pour le bâti que comme isolant.

mur parementé de bouse de yak

Source d'énergie[modifier | modifier le code]

Le chauffage[modifier | modifier le code]

Bouses de vaches séchant afin de servir de combustible.

L'utilisation de la bouse de vache comme combustible n'est pas une idée nouvelle. Ainsi, on raconte que le prophète Ezéchiel utilisa de la bouse de vache pour faire cuire le pain des juifs, ainsi que Jéhovah lui avait demandé. Au cours des siècles, cet usage a persisté, par exemple à travers les glaoued[5] ou les bousats des Bretons et les bousettes des Vendéens qui servaient de réserve d'énergie pour la mauvaise saison. À Bonneval-sur-Arc, en Savoie, les habitants découpaient des briquettes constituées de bouse et de foin ou d'aiguilles de pin qu'ils faisaient sécher pour l'hiver. Cet usage est encore répandu en Inde, ou au Pérou où les bouses sont appelées "bois de vache"[3].

En Inde, l'usage des bouses comme combustible a été signalé pour la première fois à la fin du XVe siècle[6]. Il s'est répandu pour faire face à la rareté et au coût élevé du bois dans certaines régions du nord de l'Inde. Dans certains villages, la bouse semble être la principale production des bovins, et demande un travail important généralement effectué par les femmes. Dans le Haryana, les bouses sont recueillies dans les chemins, les champs ou les étables, puis sont pétries à deux mains en les mêlant avec de la paille. Les boules ainsi constituées sont ensuite aplaties sur le sol pour former des bousats qui seront mis à sécher sur les murs, les terrasses ou le sol. Une fois secs, les bousats pourront être utilisés pour faire cuire les aliments ou d'autres usages domestiques. Les bouses ont une réelle valeur en Inde et elles peuvent faire l'objet d'échanges marchands[7]. Au Tibet, la bouse de yak est utilisée comme combustible.

cuisinière tibétaine alimentée en boulettes de bouse de yaks.

La méthanisation[modifier | modifier le code]

Article connexe : méthanisation.

Les avancées technologiques ont ouvert une nouvelle voie dans la production d'énergie avec la mise au point du procédé de méthanisation. En faisant fermenter les bouses de vache, il y a libération de méthane qui peut être récupéré pour produire de l'électricité[réf. nécessaire].

Autres utilisations[modifier | modifier le code]

La médecine ancienne recommandait l'application de bouse pour soulager des brûlures, plaies et piqûres[3]. Cette pratique est liée aux propriétés antiseptiques que l'on prête à la bouse, qui justifient également l'usage d'en tapisser les murs et le sol, répandu en Inde[7]. Par ailleurs, une équipe de recherche japonaise a récemment mis au point un protocole de synthèse de la vanilline à partir de bouse de vache chauffée puis pressurisée. Cette méthode permet une production de vanilline à moindre coût, et si son utilisation pourrait être refusée pour la fabrication de produits alimentaires, elle pourrait être utilisée pour parfumer des bougies aromatiques et des shampoings[8].

La bouse dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Un championnat du monde de lancer de bouse se tient à Beaver dans l'Oklahoma[3].

Un milieu propice à la vie[modifier | modifier le code]

La scatophage du fumier, un des principaux diptères attirés par les bouses de vaches.

Les bouses de vaches sont riches en eau et en matière organique assimilable, ce qui en fait un milieu intéressant à exploiter par les insectes. Ces derniers arrivent quelques secondes après excrétion de la bouse, attirés par son odeur caractéristique. Les premiers arrivés sont les mouches, dont notamment la scatophage du fumier. C'est sur la bouse qu'a lieu la parade sexuelle de ces mouches, avant que les femelles y pondent leurs œufs qui se développeront au centre de la bouse qui reste humide alors qu'il se forme une croûte sèche sur la partie extérieure. Les asticots de scatophage sont carnivores et se nourrissent également des autres larves présentes sur place. En tout, ce sont près d'une trentaine de diptères qui sont présents avec la scatophage dans l'écosystème formé par les bouses de vache, parmi lesquels on peut citer la mésembrine de midi ou les sepsidés. Après les mouches, ce sont les coléoptères qui arrivent sur place. En France, il y a par exemple 130 espèces de bousiers, dont Sphaeridium scarabaeoides qui creuse les trous bien visibles dans les bouses sèches, ou le célèbre scarabée sacré d’Égypte qui roule sa boule de bouse séchée qui servira de protection et de réserve de nourriture pour sa progéniture. La bouse attire également des papillons, des abeilles et même des escargots tel le zonite d’Algérie, un escargot méditerranéen ou des acariens. Cette vaste diversité biologique intéresse aussi certains prédateurs comme d'autres coléoptères, des oiseaux, des blaireaux, des marmottes ou encore des taupes qui viennent occasionnellement se nourrir sur place[9].

Scarabaeus laticollis est un bousier commun en Europe

Les animaux coprophages jouent un rôle essentiel dans la chaîne alimentaire. Sous leur action, une bouse de vache est dégradée en 12 mois, alors qu'il faut attendre 36 à 48 mois sans eux[9]. L'importance de ces animaux dans la chaîne alimentaire a été démontrée en Australie. En effet, lorsque les vaches y ont été introduites, personne n'avait pensé que la faune locale n'était pas adaptée à la décomposition des bouses (les insectes coprophages des crottes de kangourous n'étant pas les mêmes). Faute d'être dégradées et intégrées au sol par les insectes coprophages, les bouses séjournaient très longtemps en surface, stérilisant des surfaces considérables de pâtures : en 1972, un million d'hectares était ainsi rendu inutilisable pour le bétail chaque année (surface des bouses augmentée du phénomène du refus). Cette faune spécialisée a donc dû être introduite dans les pâturages australiens[10]. L'opération a été menée avec des précautions exemplaires pour éviter d'importer avec les insectes des maladies susceptibles de se répandre sur le continent.

Article détaillé : faune d'Australie.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Alain Raveneau, Le livre de la vache, Paris, rustica,‎ 1996 (ISBN 2-84038-136-2)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marc Giraud, « Safari dans la bouse », Insectes,‎ 2008 (lire en ligne [PDF])
  2. « Comprendre les vaches » (consulté en 22 décembre 2013)
  3. a, b, c, d et e (fr) Alain Raveneau, Le livre de la vache, Paris, rustica,‎ 1996 (ISBN 2-84038-136-2)
  4. « Numéro Spécial : «Examen des bouses» » [PDF], BicarZ (consulté le 27 avril 2009)
  5. Padrig Gouedig, Enez-Eusa, Envoriou tud Eusa,Brud Nevez, 1984, pp. 151-152
  6. (fr) Nikitine (trad. C. Malamoud), Le voyage au-delà des trois mers, Paris, coll. « La découverte »,‎ 1982
  7. a et b (fr) Marie-Claude Mahias, Le barattage du monde: essais d'anthropologie des techniques en Inde, MSH,‎ 2002, 374 p. (ISBN 2735109305, lire en ligne)
  8. (fr) Olivier Bonnet, « Vanille de bouse de vache » (consulté le 18 mars 2009)
  9. a et b (fr)E. Durand, « Voyage au centre de la bouse de vache », réussir-bovins, vol. 153,‎ 2008, p. 127 (lire en ligne)
  10. publication de Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation