Bousier sacré

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Le bousier sacré ou Scarabée sacré (Scarabaeus sacer) est une espèce d'insecte de la famille des Scarabaeidae.

Ce coléoptère coprophage a pour caractéristique de former des boules (souvent plusieurs fois plus grosses que lui) avec de la bouse et de les rouler vers un terrier afin d'y pondre un œuf. La larve se développe alors en se nourrissant de la matière ainsi mise à sa disposition.

Répartition[modifier | modifier le code]

Les bousiers sacrés sont présents dans la région méditerranéenne, presque toute l'Afrique, l'Asie Mineure et dans certaines parties de l'Amérique du Sud.

Description[modifier | modifier le code]

Scarabaeus.sacer.jpg

Le Scarabée sacré, tout de noir habillé, est le plus célèbre des bousiers.

Il mesure environ 3 cm de long. Le corps est ovale et trapu.

Le chaperon, c'est-à-dire le bord de la tête, large et plate, est crénelé de six dentelures angulaires rangées en demi-cercle. Dans l'ensemble, sa forme rappelle beaucoup une pelle. C'est là l'outil de fouille et de dépècement, le râteau qui soulève et rejette les fibres végétales non nutritives, va au meilleur, le ratisse et le rassemble.

Les antennes très courtes et rousses épanouissent leur éventail.

Le thorax est plus large que l'abdomen.

Les pattes avant sont semblables à la tête, plates et dentelées, afin qu'elles puissent bien être utilisées comme une pelle.

Comportement[modifier | modifier le code]

Le Scarabée est d'une scrupuleuse rigueur quand il faut confectionner la boule maternelle. Tout brin fibreux est soigneusement rejeté, et la quintessence stercoraire seule est cueillie pour bâtir la couche interne de la cellule. À sa sortie de l'œuf, la jeune larve trouve ainsi, dans la paroi même de sa loge, un aliment raffiné qui lui fortifie l'estomac et lui permet d'attaquer plus tard les couches externes et grossières.

Pour ses besoins à lui, le Scarabée est moins difficile, et se contente d'un triage en gros. Le chaperon dentelé éventre donc et fouille, élimine et rassemble un peu au hasard. Les jambes antérieures concourent puissamment à l'ouvrage. Elles sont aplaties, courbées en arc de cercle, relevées de fortes nervures et armées en dehors de cinq robustes dents. Pour se frayer une voie au plus épais du monceau, le bousier joue des coudes, c'est-à-dire qu'il déploie de droite et de gauche ses jambes dentelées, et d'un vigoureux coup de râteau déblaie une demi-circonférence. La place faite, les mêmes pattes ont un autre genre de travail : elles recueillent par brassées la matière râtelée par le chaperon et la conduisent sous le ventre de l'insecte, entre les quatre pattes postérieures. Celles-ci sont conformées pour le métier de tourneur. Leurs jambes, surtout celles de la dernière paire, sont longues et fluettes, légèrement courbées en arc et terminées par une griffe très aiguë. Il suffit de les voir pour reconnaître en elles un compas sphérique, qui, dans ses branches courbes, enlace un corps globuleux pour en vérifier, en corriger la forme. Leur rôle est, en effet, de façonner la boule. Brassée par brassée, la matière s'amasse sous le ventre, entre les quatre jambes, qui, par une simple pression, lui communiquent leur propre courbure et lui donnent une première façon. Puis, par moments, la pilule dégrossie est mise en branle entre les quatre branches du double compas sphérique ; elle tourne sous le ventre du bousier et se perfectionne par la rotation. Si la couche superficielle manque de plasticité et menace de s'écailler, si quelque point trop filandreux n'obéit pas à l'action du tour, les pattes antérieures retouchent les endroits défectueux ; à petits coups de leurs larges battoirs, elles tapent la pilule pour faire prendre corps à la couche nouvelle et emplâtrer dans la masse les brins récalcitrants.

De la taille d'une pilule au départ, la boule peut arriver à la grosseur d'une pomme.

Pour acheminer cette boule en lieu opportun, le bousier embrasse la sphère de ses deux longues jambes postérieures, dont les griffes terminales, implantées dans la masse, servent de pivots de rotation ; il prend appui sur les jambes intermédiaires, et faisant levier avec les brassards dentelés des pattes de devant, qui tour à tour pressent sur le sol, il progresse à reculons avec sa charge, le corps incliné, la tête en bas, l'arrière-train en haut. Les pattes postérieures, organe principal de la mécanique, sont dans un mouvement continuel ; elles vont et viennent, déplaçant la griffe pour changer l'axe de rotation, maintenir la charge en équilibre et la faire avancer par les poussées alternatives de droite et de gauche. À tour de rôle, la boule se trouve de la sorte en contact avec le sol par tous les points de sa surface, ce qui la perfectionne dans sa forme et donne consistance égale à sa couche extérieure par une pression uniformément répartie.

Si la lourde masse tend à suivre la pente du terrain, l'insecte, pour des motifs à lui connus, préfère croiser cette voie naturelle. Alors commence le travail de Sisyphe. La boule, fardeau énorme, est péniblement hissée, pas à pas, avec mille précautions, à une certaine hauteur, toujours à reculons. On se demande par quel miracle de statique une telle masse peut être retenue sur la pente. Voilà que la jambe glisse sur un gravier poli. La boule redescend pêle-mêle avec le bousier. Et celui-ci de recommencer avec une opiniâtreté que rien ne lasse. Dix fois, vingt fois, il tentera l'infructueuse escalade, jusqu'à ce que son obstination ait triomphé des obstacles, ou que, mieux avisé et reconnaissant l'inutilité de ses efforts, il adopte le chemin en plaine.

Le Scarabée ne travaille pas toujours seul. Un voisin, des derniers venus, et dont la besogne est à peine ébauchée, brusquement laisse là son travail et court à la boule roulante, prêter main forte à l'heureux propriétaire, qui paraît accepter bénévolement le secours. Ni communauté de famille, ni communauté de travail. Quelle est alors la raison d'être de l'apparente société ? C'est tout simplement tentative de rapt. L'empressé confrère, sous le fallacieux prétexte de donner un coup de main, nourrit le projet de détourner la boule à la première occasion. Faire sa pilule au tas demande fatigue et patience ; la piller quand elle est faite, ou du moins s'imposer comme convive, est bien plus commode. Si la vigilance du propriétaire fait défaut, on prendra la fuite avec le trésor ; si l'on est surveillé de trop près, on s'attable à deux, alléguant les services rendus. Un troisième larron survient parfois pour voler le voleur[1].

Dans l’Égypte pharaonique[modifier | modifier le code]

Un scarabée sur l’amulette du vizir Paser, membre de l’administration de Thèbes. Louvre.
Scarabée
L1
ḫpr

L’Égypte a vénéré plusieurs espèces de scarabée, en particulier le Scarabaeus sacer. Le hiéroglyphe pour « scarabée » est un trilitère phonétique que les égyptologues transcrivent par ḫpr et qui pourrait signifier « apparaître », « devenir » ou « se transformer ». Le mot dérivé ḫpr(w) est traduit indifféremment comme « forme », « transformation », « événement », « façon d’être » ou « ce qui est apparu », selon le contexte. Sa signification est tantôt concrète, fictionnelle ou ontologique.

Le sol de la vallée du Nil était enrichi tous les ans en éléments fertilisants (phosphore, potasse), mais l'azote lui faisait défaut. L'agriculteur rémunérait le pasteur pour bénéficier de la bouse des animaux qui apportait cet élément azoté. Les Égyptiens avaient probablement compris le rôle des scarabées qui fertilisaient le sol en dégradant et enfouissant les bouses. De plus, les Égyptiens pensaient que les ruminants transféraient leur puissance sacrée (fécondité de la vache, pouvoir créateur du bélier, force du taureau) aux bousiers qui se chargeaient de leurs excréments[2].

Le scarabée était consacré à Khépri (« Celui qui est apparu »), dieu du soleil levant. Les Anciens pensaient que les scarabées étaient des mâles et se reproduisaient en déposant leur semence dans une pelote d’excréments. L’autogenèse du scarabée leur paraissait faire écho à celle de Khépri, qui lui-même semble naître du néant. D’ailleurs, la pelote roulée par le bousier est un symbole du Soleil. Plutarque écrivit à ce sujet : « La race des scarabées n’a pas de femelles, tous les mâles projettent leur semence dans une pelote sphérique de débris qu’ils font rouler en la poussant d’un côté, exactement comme le Soleil semble pousser les cieux dans sa course, c’est-à-dire en sens inverse, d’ouest en est »[3].

Les anciens Égyptiens croyaient donc que Khépri faisait renaître le Soleil chaque matin, le roulait devant lui au-dessus de l’horizon et l’emportait dans l’autre monde, la nuit, pour ne le ramener qu’au matin suivant. Quelques sépultures royales du Nouvel Empire représentent le Soleil comme une triade, le scarabée représentant le soleil du matin. Le plafond astronomique du tombeau de Ramsès VI représente la mort nocturne et la renaissance du Soleil, avalé par la déesse du Ciel Nout, de son ventre en tant que Khépri. Une analogie a aussi pu être faite par les Égyptiens entre la coupe d'une bouse qui ressemble à une pyramide tronquée, la forme de la colline primordiale où a lieu la théophanie de ce dieu et la nymphe du scarabée dans la bouse qui évoque une momie[4].

Un scarabée, peint sur les murs de la tombe KV6 dans la vallée des rois

L’image du scarabée, traduisant le concept de transformation, de renouveau et de résurrection, est omniprésent dans l’art religieux et funéraire égyptien.

Les fouilles de sites égyptiens antiques ont mis au jour des effigies de scarabée en os, ivoire, pierre, faïence égyptienne et métaux précieux, allant de la sixième dynastie à la période romaine. Elles sont généralement petites, percées pour les enfiler sur un collier, et la base comporte une brève inscription ou cartouche. Certaines de ces statuettes ont été employées comme des sceaux. Les pharaons ont parfois ordonné la fabrication de plus grandes effigies avec les inscriptions prolixes telles que le scarabée commémoratif de la reine Tiye. On peut admirer des sculptures massives de scarabées au temple de Louxor, au Sérapéum d'Alexandrie (cf. Sarapis) et ailleurs en Égypte.

Le scarabée était d’une importance essentielle dans le culte funéraire de l’Égypte antique. On déposait souvent (mais pas systématiquement) sur le buste des défunts des scarabées découpés dans de la malachite. L’exemple le plus célèbre de semblables « scarabées pectoraux » est peut-être le scarabée pectoral vert jaunâtre trouvé dans la chambre funéraire de Toutânkhamon, taillé dans un grand morceau de verre libyque. La fonction du « scarabée pectoral » était de s’assurer que le cœur ne témoignerait pas contre les défunts lors du jugement de l'âme du défunt par le dieu Osiris. D’autres interprétations sont suggérées par les « incantations de réincarnation » inscrites sur les sarcophages, qui affirment que l’âme des défunts peut se réincarner (ḫpr) en être humain, en dieu ou en oiseau, et ainsi renaître à la vie.

Une amulette de stéatite taillée en forme de scarabée (vers -550).

L'égyptologue britannique Carol Andrews évoque d’autres liens entre le culte du scarabée et la croyance à la métempsycose :

« On a dû se rendre compte que les chrysalides, dont les ailes et les jambes sont comme enveloppées dans un cocon à cette étape du développement, sont très semblables à des momies. On a aussi fait remarquer que la pelote de fumier dans laquelle les bousiers pondent leurs œufs est déposée dans une chambre souterraine à laquelle l’animal accède par un puits vertical et un passage horizontal, qui rappellent étrangement les premières mastabas de l’Ancien Empire[5]. »

Loin de l’associer aux rites funéraires, certains peuples voisins de l’Égypte antique ont adopté le scarabée comme motif pour des sceaux, dont les plus célèbres sont les sceaux LMLK de Judée sous le règne d'Ézéchias, utilisés pour l’estampage de jarres : huit des 21 statuettes représentaient des scarabées.

Le scarabée reste aujourd’hui un motif populaire dans l’orfèvrerie et la bijouterie de par la fascination contemporaine pour l’art et les croyances de l’Égypte antique. On trouve partout des colliers comportant des perles en porcelaine ou en pierres semi-précieuses à l’effigie du scarabée. À Louxor, un massif scarabée antique a été suspendu en hauteur pour éviter que les visiteurs superstitieux persistent à frotter la base de cette statue.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Le bousier est une des « vedettes » du film Microcosmos : Le Peuple de l'herbe de Claude Nuridsany et Marie Pérennou, sorti en 1996.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Souvenirs entomologiques - Livre I - Jean-Henri Fabre
  2. Yves Cambefort, « Le scarabée dans l'Égypte ancienne. Origine et signification du symbole », Revue de l'histoire des religions, vol. 204,‎ 1987, p. 5-6
  3. Cf. Le dialogue pythique intitulé « Isis and Osiris », collationné dans les Moralia de Plutarque.
  4. Yves Cambefort, Le scarabée et les dieux. Essai sur la signification symbolique et mythique des coléoptères, Société nouvelles des Editions Boubée,‎ 1994, p. 20-21
  5. C. Andrews, « Amulets of Ancient Egypt » (janvier 1994), University of Texas Press (ISBN 0-292-70464-X), p. 51.

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Liens externes[modifier | modifier le code]