Bataille des Salomon orientales

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Bataille des Salomon orientales
L'USS Enterprise en feu le 24 août 1942. Les explosions des obus antiaériens sont clairement visibles au-dessus du navire.
L'USS Enterprise en feu le 24 août 1942. Les explosions des obus antiaériens sont clairement visibles au-dessus du navire.
Informations générales
Date 24-25 août 1942
Lieu Au nord de l'île Santa Isabel dans les îles Salomon
Issue Partagée, mais victoire stratégique américaine
Belligérants
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de l'Australie Australie
Drapeau : Japon Empire du Japon
Commandants
Drapeau des États-Unis Robert L. Ghormley
Drapeau des États-Unis Frank J. Fletcher
Drapeau du Japon Isoroku Yamamoto
Drapeau du Japon Chūichi Nagumo
Forces en présence
2 porte-avions
1 cuirassé
4 croiseurs
11 destroyers
176 avions[1]
2 porte-avions
1 porte-avion léger
2 cuirassés
16 croiseurs
25 destroyers
1 transport d'hydravions
3 transports
171-177 avions[2]
Pertes
1 porte-avions sérieusement endommagé
25 avions détruits
90 tués[3]
1 porte-avions léger
1 destroyer
1 transport
1 transport d'hydravions sérieusement endommagé
75 avions détruits
290+ tués[4]
Seconde Guerre mondiale - Guerre du Pacifique
Batailles
Campagne des îles Salomon
GuadalcanalSavoSalomon orientalesCap EspéranceÎles Santa CruzCarlson's patrol - Guadalcanal (navale)TassafarongaÎle de RennellDétroit de BlackettOpération I-GoNouvelle-GéorgieGolfe de KulaKolombangaraGolfe de VellaVella LavellaHoraniuVella Lavella (navale)BougainvilleBaie de l'Impératrice AugustaCap Saint-George

La bataille des Salomon orientales (également connue sous les noms de bataille des îles Stewart et de seconde bataille des Salomon (第二次ソロモン海戦?) dans les sources japonaises), qui eut lieu les 24 et 25 août 1942, fut la troisième bataille aéronavale du théâtre Pacifique de la Seconde Guerre mondiale et le second engagement majeur entre la marine impériale japonaise et la marine américaine durant la bataille de Guadalcanal. Comme lors des batailles de la mer de Corail et de Midway, les deux flottes n'entrèrent jamais en contact visuel et toutes les attaques furent menées par l'intermédiaire de l'aviation embarquée ou des appareils basés à terre.

À la fin de la bataille, aucun des deux camps ne semblait avoir remporté une victoire claire car les pertes respectives étaient plus ou moins équivalentes. Néanmoins, d'un point de vue stratégique, la bataille est considérée comme une victoire alliée car l'arrivée des renforts japonais destinés à la bataille de Guadalcanal fut retardée et les Japonais n'essayèrent plus de ravitailler Guadalcanal que lors d'opérations nocturnes.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le 7 août, les forces alliées, principalement américaines, débarquèrent à Guadalcanal, Tulagi et sur les Îles Florida dans les Îles Salomon. Les débarquements sur ces îles devaient permettre d'empêcher les Japonais de les utiliser pour menacer les routes de ravitaillement entre les États-Unis et l'Australie. Leur contrôle pourrait également servir à isoler la grande base japonaise de Rabaul et jouer un rôle de soutien pour la campagne de Nouvelle-Guinée. Les débarquements marquèrent le début de la bataille de Guadalcanal qui dura près de six mois[5].

Les porte-avions américains USS Wasp (premier plan), USS Saratoga et USS Enterprise en opération au sud de Guadalcanal le 12 août 1942.

Les débarquements alliés étaient directement soutenus par l'aviation embarquée de trois porte-avions américains, l'USS Saratoga, l'USS Enterprise et l'USS Wasp et par leurs forces opérationnelles (Task Forces) composées de cuirassés, de croiseurs et de destroyers[6]. Le commandant des trois groupes aéronavals était le vice-amiral Frank J. Fletcher dont le navire amiral était l'USS Saratoga[7]. Les appareils des trois porte-avions fournirent un appui aérien rapproché aux forces d'invasion et affrontèrent les avions japonais venant de Rabaul[8].

La réussite des débarquements fut ternie par la bataille de l'île de Savo de la nuit du 8 au 9 août au cours de laquelle, une flottille de croiseurs japonais profita de l'obscurité pour attaquer et couler plusieurs croiseurs américains et australiens. Les porte-avions américains restèrent dans le Pacifique Sud pour défendre les routes de ravitaillement, soutenir les troupes alliées au sol sur Guadalcanal et engager tous les navires japonais arrivant à portée[9].

Entre les 15 et 20 août, les porte-avions américains assurèrent la livraison de chasseurs et de bombardiers sur le nouvel aérodrome de Henderson Field sur Guadalcanal[10]. Cet aérodrome joua un rôle décisif dans l'ensemble de la campagne des îles Salomon car, celui qui contrôlait la base, contrôlait plus ou moins l'espace aérien local[11].

Pris par surprise par l'offensive alliée dans les îles Salomon, la marine de l'amiral Isoroku Yamamoto et l'armée japonaise planifièrent une contre-offensive pour chasser les Alliés de Guadalcanal et de Tulagi. Cette contre-attaque fut appelée Opération Ka (Ka venant de la première syllabe de Guadalcanal telle qu'elle est prononcée en japonais) dont l'objectif principal était la destruction des forces navales alliées dans le Pacifique Sud et en particulier la neutralisation des porte-avions américains[12].

Bataille[modifier | modifier le code]

Prélude[modifier | modifier le code]

Un convoi transportant 1 411 soldats japonais du 28e régiment d'infanterie Ichiki (en) de même que plusieurs centaines de troupes d'infanterie de marine quitta la grande base japonaise de Truk (Chuuk) le 16 août en direction de Guadalcanal[13]. Le convoi était escorté par le croiseur léger Jintsu (en), huit destroyers et quatre patrouilleurs commandés par le contre-amiral Raizo Tanaka se trouvant à bord du Jintsu[14]. Une flotte de huit croiseurs lourds sous le commandement du vice-amiral Gunichi Mikawa quitta également Rabaul pour protéger le convoi[15]. Il s'agissait des mêmes croiseurs qui avaient battu la force navale alliée lors de la bataille de l'île de Savo quelques semaines auparavant. Tanaka planifia de débarquer ses troupes à Guadalcanal le 24 août[16].

Le vice-amiral japonais Chuichi Nagumo.

Le 21 août, le reste de la composante navale de l'opération Ka quitta Truk en direction du sud des Salomon. Les navires étaient répartis en trois groupes : le « groupe principal » du vice-amiral Chuichi Nagumo incluant les porte-avions Shokaku et Zuikaku, le porte-avion léger Ryūjō, un croiseur lourd et huit destroyers ; la « force d'avant-garde » formée de deux cuirassés, de trois croiseurs lourds, d'un croiseur léger et de trois destroyers sous le commandement du contre-amiral Hiroaki Abe ; la « force avancée » composée de cinq croiseurs lourds, d'un croiseur léger, de six destroyers et du transport d'hydravions Chitose commandée par le vice-amiral Nobutake Kondo[17]. Une force d'environ 100 bombardiers, chasseurs et appareils de reconnaissance stationnés à Rabaul et sur les îles alentour devaient fournir un soutien à l'attaque[18]. Le groupe principal de Nagumo s'était positionné en arrière des deux autres forces pour éviter d'être repéré par les appareils de reconnaissance américains[19].

Le plan Ka prévoyait que dès la localisation des porte-avions américains, soit par des appareils de reconnaissance japonais ou par l'un des navires de surface, les porte-avions de Nagumo lanceraient une attaque pour les détruire. Une fois les porte-avions américains neutralisés, les flottilles de Abe et de Kondo pourraient engager et détruire les autres forces navales alliées lors d'un affrontement conventionnel à l'artillerie. Ensuite, les navires japonais pourraient bombarder et neutraliser Henderson Field tout en couvrant la reconquête de Guadalcanal et de Tulagi par les troupes au sol[20].

En réponse à un affrontement entre les Américains et les Japonais sur Guadalcanal le 19-20 août, le groupe aéronaval de Fletcher retourna vers Guadalcanal depuis sa position à 640 km au sud. Les porte-avions américains devaient soutenir les marines, protéger Henderson Field et neutraliser les forces navales japonaises arrivant pour renforcer les soldats japonais dans la bataille terrestre de Guadalcanal[21].

Le vice-amiral américain Frank J. Fletcher
Carte américaine de 1943 montrant les parcours approximatifs des forces navales japonaises (en haut) et américaines (en bas) du 23 au 25 août 1942[22]. Guadalcanal est l'île de forme ovale au centre-gauche de la carte.

Les flottes japonaises et alliées continuèrent de se rapprocher l'une de l'autre le 22 août. Même si les deux camps réalisèrent d'intenses opérations de reconnaissance, aucune flotte ne fut repérée. Du fait de la disparition de l'un de leurs appareils de reconnaissance (abattu par un chasseur de l'USS Enterprise avant qu'il n'ait pu envoyer un message radio), les Japonais suspectaient fortement la présence de porte-avions américains dans la zone[23]. Les forces américains ignoraient cependant la disposition et la force de la flotte japonaise en approche[24].

À h 50 le 23 août, un hydravion américain PBY Catalina basé à Nendo dans les îles Santa Cruz repéra le convoi de Tanaka. Dans la fin de l'après-midi, sans autre observation des navires japonais, deux escadrilles d'attaque de l'USS Saratoga et de Henderson Field furent envoyées pour intercepter le convoi japonais. Tanaka savait cependant qu'il serait attaqué après avoir été repéré et il modifia son cap dès que le Catalina eut quitté la zone. Après que Tanaka eut rapporté à ses supérieurs qu'il avait perdu du temps lors de son détour pour éviter les appareils alliés, les débarquements à Guadalcanal furent reportés au 25 août. Comme aucun porte-avion n'avait été repéré et comme aucun rapport des services de renseignement n'indiquaient leur présence dans la zone, Fletcher décida le 23 août à 18 h 23 de détacher l'USS Wasp (qui commençait à manquer de carburant) et le reste de la TF 18 pour qu'ils aillent se ravitailler au sud de l'île d'Éfaté. Par conséquent, l'USS Wasp et son escorte ne participèrent pas à la bataille à venir[25].

24 août[modifier | modifier le code]

À h 45 le 24 août, Nagumo ordonna au contre-amiral Chūichi Hara de mener le porte-avion léger Ryūjō, le croiseur lourd Tone (en) et les destroyers Amatsukaze (en) et Tokitsukaze (en) en avant de la principale flotte japonaise pour lancer une attaque aérienne contre Henderson Field à l'aube[26]. La mission du Ryūjō était essentiellement une demande de Nishizo Tsukahara, le commandant naval de Rabaul pour neutraliser Henderson Field[27]. La décision a également pu être proposée par Nagumo pour détourner l'attention des Américains afin que le reste de ses navires puissent approcher la flotte américaine sans être repérés[28] et pour offrir une protection et une couverture aérienne aux convois de Tanaka[29]. La plupart des appareils du Shokaku et du Zuikaku étaient prêts à décoller à tout moment si les porte-avions américains étaient repérés. Entre h 55 et h 30, des appareils des porte-avions américains (essentiellement de l'USS Enterprise[29]) renforcés par des Catalinas basés à Ndeni furent envoyés pour des missions de reconnaissance[30].

À h 35, un Catalina fit la première observation du groupe du Ryūjō. Plusieurs autres appareils américains repérèrent le Ryūjō et d'autres navires du convoi dans la matinée. Tout au long du matin et du début de l'après-midi, les avions de reconnaissance américains repérèrent plusieurs sous-marins et appareils de reconnaissance japonais, ce qui poussa Fletcher à croire que les Japonais connaissaient la position de ses navires alors que cela n'était pas encore le cas. Pourtant, Fletcher hésita à émettre un ordre d'attaque contre le groupe du Ryūjō jusqu'à ce qu'il soit sûr qu'aucun autre porte-avion japonais n'était dans la zone. Finalement, sans confirmation de la présence ou de la position d'autres porte-avions japonais. Fletcher lança une escadrille de 38 appareils de l'USS Saratoga contre le groupe du Ryūjō à 13 h 40. Il conserva néanmoins des appareils de réserve à bord des deux porte-avions au cas où le groupe aéronaval japonais serait repéré[31].

À 12 h 20, le Ryūjō lança 6 bombardiers Nakajima B5N Kate et 15 chasseurs A6M3 Zero pour mener une attaque contre l'aérodrome de Henderson Field en conjonction avec 24 bombardiers Mitsubishi G4M Betty et 14 Zeros de Rabaul. Sans en informer les appareils du Ryūjō, l'escadrille de Rabaul retourna à sa base à 11 h 30 à cause des mauvaises conditions météorologiques. Les avions du Ryūjō furent repérés par le radar de l'USS Saratoga alors qu'ils volaient en direction de Guadalcanal et permirent de préciser la position de la flotte japonaise en préparation de l'imminente attaque américaine[32]. L'escadrille du Ryūjō arriva à Henderson Field à 14 h 23 et affronta les chasseurs de la base tout en bombardant l'aérodrome. Lors de l'affrontement, trois Kates, trois Zeros et trois chasseurs américains furent abattus et l'aérodrome ne fut que légèrement endommagé[33].

À 14 h 25, un appareil de reconnaissance japonais du croiseur Chikuma (en) repéra les porte-avions américains. L'avion eut le temps d'envoyer son message avant d'être abattu et Naguma ordonna immédiatement le lancement d'une attaque aérienne depuis le Shokaku et le Zuikaku. La première vague (27 bombardiers en piqué Aichi D3A Val et 15 Zeros) décolla à 14 h 50 et partit en direction de l'USS Enterprise et de l'USS Saratoga. Au même moment, deux appareils de reconnaissance américains repérèrent finalement le groupe aéronaval japonais. Des problèmes de communication empêchèrent néanmoins Fletcher de recevoir les rapports d'observation. Avant de quitter la zone, les deux appareils attaquèrent le Shokaku mais ne causèrent que des dégâts insignifiants. Une seconde vague de 27 Vals et de 9 Zeros fut lancée par les porte-avions japonais à 16 h. La force d'avant-garde de Abe se dépêcha de progresser en prévision de la confrontation navale qu'elle aurait avec les navires américains après la tombée de la nuit[34].

Photographie du porte-avion léger Ryūjō (centre-droit) endommagé prise par des B-17 volant à haute altitude le 24 août 1942. Le destroyer Amatsukaze (centre-bas) s'éloigne à pleine vitesse du Ryūjō et le Tokitsukaze (peu visible, centre-droit) s'écarte de la poupe du Ryūjō pour éviter les bombes.

À ce moment, l'escadrille de l'USS Saratoga commença son attaque contre le Ryūjō. Le navire fut touché par trois ou cinq bombes et peut-être une torpille qui tuèrent 120 marins. L'équipage abandonna le navire sévèrement endommagé à la tombée de la nuit et il sombra peu de temps après. Les destroyers Amatsukaze et Tokitsukaze récupérèrent les survivants du Ryūjō et les pilotes de sa force d'attaque qui durent amerrir. Plusieurs Boeing B-17 Flying Fortress américains attaquèrent le Ryūjō endommagé mais ne causèrent pas d'autres dégâts. Après la fin des opérations de sauvetage, les deux destroyers et le Tone rejoignirent le groupe principal de Nagumo[35].

À 16 h 2, toujours en attente d'un rapport final sur la position des porte-avions japonais, les radars des deux porte-avions américains repérèrent l'approche de la première vague japonaise. 53 chasseurs Grumman F4F Wildcat des deux porte-avions américains furent guidés par le contrôle radar jusqu'à la position des assaillants. Néanmoins, les problèmes de communication et d'identification friend or foe ainsi que l'escorte efficace des Zeros empêchèrent une véritable interception des bombardiers en piqué japonais[36]. Juste avant le début de l'attaque japonaise, l'USS Enterprise et l'USS Saratoga dégagèrent leurs ponts d'envol en lançant les appareils gardés en réserve pour attaquer les porte-avions japonais. Ces avions reçurent l'ordre de voler vers le nord et d'attaquer tout ce qu'ils trouveraient ou de voler en cercle autour de la zone des combats jusqu'à ce qu'ils puissent revenir en sécurité[37].

Un bombardier en piqué Val japonais est abattu par la défense anti-aérienne.

À 16 h 29, les bombardiers en piqué japonais commencèrent leurs attaques. Il y eut quelques tentatives contre l'USS Saratoga mais les appareils se tournèrent rapidement contre le porte-avions voisin et l'USS Enterprise dut affronter la quasi-totalité de l'offensive japonaise. Plusieurs Wildcats suivirent les Vals dans leur piqué afin d'empêcher leur attaque en dépit de l'intense défense antiaérienne de l'USS Enterprise et des navires d'escorte[38]. Jusqu'à quatre Wildcats furent abattus par les tirs antiaériens américains ainsi que plusieurs Vals[39].

Grâce à l'efficace rideau d'obus antiaériens des navires américains et aux manœuvres évasives, les bombes des neuf premiers Vals manquèrent l'USS Enterprise. À 16 h 44, une bombe antiblindage et à action retardée traversa le pont d'envol près de l'ascenseur arrière et perça trois ponts avant d'exploser sous la ligne de flottaison en tuant 35 marins et en blessant 70 autres. Le porte-avions développa une légère gite à cause de l'entrée d'eau mais l'intégrité de la coque n'était pas menacée[40].

Juste 30 secondes plus tard, la bombe du Val suivant tomba à 4,6 m du point d'entrée de la première bombe. La détonation entraina l'explosion des munitions de l'un des canons de 127 mm à proximité, tuant 35 marins et déclenchant un grand incendie[40].

La troisième bombe japonaise explose sur le pont d'envol de l'USS Enterprise. On peut voir de la fumée en haut à gauche où sont tombées les deux premières bombes.

Une minute plus tard, à 16 h 46, une troisième bombe toucha le pont d'envol de l'USS Enterprise plus en avant que les deux autres. L'explosion créa un trou de 3 m de diamètre dans le pont mais ne causa pas d'autres dommages[40]. Quatre Vals attaquèrent le cuirassé USS North Carolina mais toutes leurs bombes manquèrent leur cible et les quatre appareils furent abattus par la DCA ou par des chasseurs. L'attaque cessa à 16 h 48 et les appareils japonais survivants se rassemblèrent en petits groupes pour retourner à leurs navires[41].

Les deux camps pensèrent avoir infligé de plus gros dégâts à l'ennemi qu'en réalité. Les Américains revendiquèrent la destruction de 70 appareils japonais malgré le fait que l'attaque japonaise n'avait été menée que par 42 appareils. Au total, les Japonais perdirent 25 appareils et la plupart des équipages ne furent pas récupérés. De leur coté, les Japonais pensaient avoir sévèrement endommagé les deux porte-avions américains au lieu d'un seul. Les Américains perdirent six appareils et la plus grande partie de leurs pilotes fut secourue[42].

Même si l'USS Enterprise avait été sévèrement endommagé et était en feu, les équipes de réparation étaient parvenu à faire en sorte que les opérations de vol puissent reprendre à 17 h 46, une heure après la fin des combats[43]. À 18 h 5, l'escadrille de l'USS Saratoga se posa sans problèmes à son retour de l'attaque du Ryūjō[44]. La seconde vague japonaise approcha des porte-avions américains à 18 h 15 mais elle fut incapable de localiser la formation américaine à cause de problèmes de communication et elle dut revenir à ses navires sans avoir mené son attaque ; cinq appareils furent perdus à la suite d'incidents opérationnels[45]. La plupart des appareils américains lancés juste avant l'arrivée des avions japonais ne trouvèrent aucune cible. Néanmoins, cinq Grumman TBF Avenger de l'USS Saratoga repérèrent la flotte de Kondo et attaquèrent le transport d'hydravions Chitose. Le navire désarmé fut frôlé par deux bombes qui causèrent néanmoins de gros dégâts[46]. L'aviation américaine se posa à Henderson Field ou retourna à ses porte-avions après le crépuscule[47]. Les navires américains se retirèrent au sud pour s'éloigner des navires de guerre japonais en approche. Les flottes d'Abe et de Kondo naviguaient à toute vitesse vers le sud pour engager au canon le groupe aéronaval américain mais ils firent demi-tour vers minuit sans avoir aperçu les navires américains. Le groupe aéronaval japonais avait perdu de nombreux appareils dans l'affrontement et comme il manquait de carburant, il se retira vers le nord[48].

25 août[modifier | modifier le code]

Considérant que les porte-avions américains étaient trop endommagés pour continuer le combat, le convoi de renforts de Tanaka continua en direction de Guadalcanal et à h le 25 août, il se trouvait à 240 km de sa destination. À ce moment, le convoi fut rejoint par cinq destroyers qui avaient bombardé Henderson Field la nuit précédente et avaient causé des dégâts légers[49]. À h 15, 18 appareils américains basés à Henderson Field attaquèrent le convoi japonais et causèrent de sévères dégâts au Jintsu, tuèrent 24 marins et firent perdre connaissance à Tanaka. Le transport de troupes Kinryu Maru fut aussi touché et il coula peu après. Le destroyer Mutsuki qui s'était rapproché du Kinryu Maru pour récupérer les survivants fut attaqué par des B-17 américains de la base d'Espiritu Santo. Cinq bombes tombèrent sur ou à proximité du navire qui coula immédiatement. Tanaka, choqué mais indemne, monta à bord du destroyer Kagero, renvoya le Jintsu à Truk et mit le cap sur les îles Shortland[50].

Les Américains et les Japonais choisirent de retirer complètement leurs navires de guerre de la zone. Les forces navales japonaises restèrent quelque temps dans les Salomon du nord, hors de portée des appareils américains basés à Henderson Field, avant de retourner à Truk le 5 septembre[51].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le canon de 127 mm carbonisé de l'USS Enterprise photographié après la bataille.

La bataille est généralement vue comme une victoire tactique et stratégique américaine car les Japonais perdirent plus de navires, d'appareils et de pilotes et l'arrivée des renforts japonais à Guadalcanal fut retardée[52]. Pour résumer la signification de la bataille, l'historien Richard B. Frank avance :

La bataille des Salomon orientales fut sans aucun doute une victoire américaine mais ses conséquences sur le long-terme furent assez limitées à part dans la réduction du groupe de pilotes expérimentés japonais. Les renforts japonais qui ne pouvaient être convoyés par des transports lents arriveraient bientôt à Guadalcanal par d'autres moyens[53].

Les Américains ne perdirent que 7 pilotes dans la bataille contre 61 pour les Japonais. Le Japon avait du mal à former de nouveaux pilotes et la disparition de ces vétérans fut un coup dur[54]. Les troupes du convoi de Tanaka furent ensuite embarquées à bord de destroyers dans les îles Shortland, sans leur équipement lourd, en direction de Guadalcanal à partir du 29 août 1942[55]. La propagande japonaise revendiqua avoir remporté une grande victoire et avança que le porte-avion USS Hornet (qui n'avait même pas participé à la bataille) avait été coulé, vengeant ainsi le raid de Doolittle[56].

Pour reprendre le contrôle stratégique de Henderson Field, dans une opération de renforcement séparée, le destroyer japonais Asagiri fut coulé et deux autres destroyers furent sévèrement endommagés le 28 août à 110 km au nord de Guadalcanal dans le détroit de Nouvelle Géorgie par des appareils américains basés à Henderson Field[57]. La bataille pour l'île s'engagea dans une impasse de deux mois, ponctuée par une intense bataille terrestre pour la côte Edson le 13 septembre et par la bataille navale du cap Espérance au début du mois d'octobre.

L'USS Enterprise se rendit à Pearl Harbor pour subir d'importantes réparations qui furent achevées le 15 octobre 1942[58]. Il revint dans le Pacifique Sud le 24 octobre, juste à temps pour la bataille des îles Santa Cruz où il retrouva le Shōkaku et le Zuikaku[59].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Frank 1990, p. 166-174. Les porte-avions américains présents sur place embarquaient 154 appareils et 22 autres étaient déployés sur la base aérienne d'Henderson Field sur l'île de Guadalcanal. Le nombre n'inclut pas les B-17 basés à Espiritu Santo où les PBY Catalinas des îles Santa Cruz
  2. Frank 1990, p. 166-174 (171 appareils) et Lundstrom 2005, p. 106 (177 appareils). Ce nombre n'inclut pas les avions japonais basés à Rabaul, les appareils de reconnaissance des cuirassés, des croiseurs et du transports d'hydravions Chitose ou les appareils japonais basés ailleurs dans les Salomon.
  3. Frank 1990, p. 191-192
  4. Frank 1990, p. 191-193, Peattie 1999, p. 180, 339. Il n'existe pas de documents détaillant les pertes lors du naufrage du Kinryu Maru et lors des attaques du Chitose et des autres navires japonais. Les pertes connues sont : 120 tués sur le Ryūjō, 40 sur le Mutsuki, 24 sur le Jintsu (Parshall, [1]), 6 sur le Shokaku et 61 pilotes. Au total, 33 Zeros, 23 Aichi D3A, 8 Nakajima B5N, 7 hydravions de reconnaissance, 2 Kawanishi H8K, 1 Kawanishi H6K et 1 Mitsubishi G4M furent détruits durant la bataille. Sur les pilotes tués, 27 étaient déployés sur le Shokaku, 21 sur le Zuikaku et 13 sur le Ryūjō.
  5. Hogue, Pearl Harbor to Guadalcanal, p. 235-236.
  6. Hammel 1999, p. 150. Tous les navires n'étaient pas américains et la TF 44, commandée par Victor Crutchley, comprenait les croiseurs HMAS Australia et HMAS Hobart de la marine australienne. Lundstrom 2005, p. 96, 99
  7. Hammel 1999, p. 41-42
  8. Hammel 1999, p. 43-99
  9. Lundstrom 2005, p. 89 et Hammel 1999, p. 106
  10. Hammel 1999, p. 111-129
  11. Hammel 1988, p. 400
  12. Hammel 1999, p. 121
  13. Evans et Tanaka 1986, p. 161-162, 169, Smith 2000, p. 33-34
  14. Frank 1990, p. 159, Evans et Tanaka 1986, p. 160-162. Le Jintsu et le Kagero avaient quitté le Japon pour Truk le 11 août en réponse aux débarquements alliés à Guadalcanal. À Truk, Tanaka reçut le commandement de la force de renforcement de Gudalcanal (plus tard surnommé Tokyo Express par les Alliés), une flotte composée de navires de diverses unités chargée de convoyer les renforts japonais jusqu'à Guadalcanal. Les quatre patrouilleurs étaient les anciens destroyers Shimakaze, Nadakaze, Suzuki, et le Tsuta converti pour le transport de troupes. Les trois transports étaient le Kinryu Maru, le Boston Maru et le Daifuku Maru. Un premier groupe de 917 soldats fut débarqué à Guadalcanal par six destroyers dans la matinée du 19 août
  15. Hammel 1999, p. 122
  16. Coombe 1991, p. 55, Hammel 1999, p. 148
  17. Frank 1990, p. 167-172
  18. Hammel 1999, p. 123
  19. Frank 1990, p. 160
  20. Hammel 1999, p. 124-125, 157
  21. Hammel 1999, p. 147
  22. Office of Naval Intelligence, Battle of the Eastern Solomons, 47
  23. Hammel 1999, p. 154-156
  24. Hammel 1999, p. 158 ; De même le 22 août, le destroyer américain USS Blue fut torpillé au large de Guadalcanal par le destroyer japonais Kawakaze (en) qui avait été envoyé avec le Yunagi (en) par Tanaka pour intercepter un petit convoi de ravitaillement allié en direction de l'île. L'USS Blue fut sévèrement endommagé et il coula le lendemain près de Tulagi. Comme cet affrontement eut lieu séparément, il n'est généralement pas considéré comme faisant partie de la bataille des Salomon orientales des 24 et 25 août (Evans et Tanaka 1986, p. 165, Frank 1990, p. 163-166 et Coombe 1991, p. 56-57).
  25. Evans et Tanaka 1986, p. 165-166, Lundstrom 2005, p. 103, Frank 1990, p. 161-165 et Hammel 1999, p. 160-167. Les ordres reçus par Tanaka ce jour-là étaient contradictoires. Mikawa lui ordonna de s'orienter vers le nord pour éviter les attaques aériennes alliées et de débarquer ses troupes le 25 août mais Nishizō Tsukahara, commandant de la 11e flotte aérienne de Rabaul et l'officier supérieur de Mikawa ordonna à Tanaka d'organiser les débarquements le 24 août, ce à quoi Tanaka répondit que cela était impossible. Tsukahara et Mikawa ne coordonnaient apparemment pas leurs ordres.
  26. Hammel 1999, p. 168
  27. Lundstrom 2005, p. 102, Coombe 1991, p. 67
  28. Hara 1961, p. 107-115
  29. a et b Frank 1990, p. 176
  30. Hammel 1999, p. 168-175
  31. Hammel 1999, p. 175-184
  32. Lundstrom 2005, p. 116 et Hammel 1999, p. 175, 186-187, 192-193
  33. Lundstrom 2005, p. 119 et Hammel 1999, p. 188-191
  34. Lundstrom 2005, p. 123 et Hammel 1999, p. 202-208. Cinq Zeros furent rappelés après l'attaque des deux appareils de reconnaissance américains pour protéger les porte-avions japonais. Sept B-17 basés à Espiritu Santo attaquèrent également le Zuikaku et le Shokaku entre 17 h 50 et 18 h 19 mais sans causer de dégâts, si ce n'est la destruction d'un chasseur japonais, Frank 1990, p. 177
  35. Hammel 1999, p. 209-225
  36. Hammel 1999, p. 226-232, 240-245 et Lundstrom 2005, p. 127
  37. Hammel 1999, p. 233-235
  38. Hammel 1999, p. 240-262. Les navires d'escorte qui participèrent à la défense antiaérienne de l'USS Enterprise incluaient le cuirassé USS North Carolina, le croiseur lourd USS Portland, le croiseur léger USS Atlanta et six destroyers (navweaps.com)
  39. Hammel 1999, p. 278-279
  40. a, b et c Frank 1990, p. 183
  41. Hammel 1999, p. 266-276 et Lundstrom 2005, p. 137
  42. Hammel 1999, p. 295
  43. Frank 1990, p. 185
  44. Hammel 1999, p. 300-305
  45. Lundstrom 2005, p. 157 et Hammel 1999, p. 310-311
  46. Frank 1990, p. 187-188. Le Chitose fut remorqué jusqu'à Truk puis jusqu'au Japon où il fut réparé jusqu'au 14 septembre 1942 (Hackett, IJN Seaplane Tender CHITOSE: Tabular Record of Movement, Imperial Japanese Navy page, [2])
  47. Hammel 1999, p. 318-319
  48. Frank 1990, p. 187, Hammel 1999, p. 320
  49. Evans et Tanaka 1986, p. 167, Hammel 1999, p. 324. Evans avance h mais cela est apparemment dû au fait que les forces navales japonaises employaient l'heure normale du Japon. Les cinq destroyers qui rejoignirent le convoi étaient le Mutsuki, le Yayoi, le Kagerō, le Kawakaze et le Isokaze.
  50. Evans et Tanaka 1986, p. 168-169, Coombe 1991, p. 58-59, Hammel 1999, p. 326-327, Parshall, HIJMS JINTSU: Tabular Record of Movement, Imperial Japanese Navy page, [3]. Le Jintsu fut réparé au Japon et ne redevint opérationnel que le 9 janvier 1943.
  51. Hara 1961, p. 119
  52. Hara 1961, p. 114-115
  53. Frank 1990, p. 193
  54. Frank 1990, p. 191-193
  55. Hara 1961, p. 118-119, Frank 1990, p. 201-203, Peattie 1999, p. 180, 339. Répartition des pilotes tués : Shokaku-27, Zuikaku-21, Ryūjō-13
  56. John Toland, The Rising Sun (en): The Decline and Fall of the Japanese Empire 1936-1945 p. 370 Random House New York 1970
  57. Evans et Tanaka 1986, p. 171 ; Frank 1990, p. 199-200
  58. Frank 1990, p. 191
  59. Frank 1990, p. 370-371

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Jack D. Coombe, Derailing the Tokyo Express, Harrisburg, Pennsylvania, Stackpole,‎ 1991, 1e éd. (ISBN 978-0-811-73030-3)
  • (en) Andrieu D'Albas, Death of a Navy: Japanese Naval Action in World War II, Devin-Adair Pub,‎ 1965 (ISBN 978-0-815-95302-9)
  • (en) Paul S. Dull, A Battle History of the Imperial Japanese Navy, 1941-1945, Annapolis, Naval Institute Press,‎ 1978 (ISBN 978-0-870-21097-6)
  • (en) David C. Evans et Raizo Tanaka, The Japanese Navy in World War II: In the Words of Former Japanese Naval Officers, Annapolis, Maryland, Naval Institute Press,‎ 1986, 2nd éd. (ISBN 978-0-870-21316-8), « The Struggle for Guadalcanal »
  • (en) Richard B. Frank, Guadalcanal: The Definitive Account of the Landmark Battle, New York, Penguin Group,‎ 1990, poche (ISBN 978-0-140-16561-6)
  • (en) Eric Hammel, Carrier Clash: The Invasion of Guadalcanal & The Battle of the Eastern Solomons August 1942, St. Paul, Minnesota, États-Unis, Zenith Press,‎ 1999 (ISBN 978-0-760-32052-5)
  • (en) Eric Hammel, Guadalcanal: Decision at Sea : The Naval Battle of Guadalcanal, Nov. 13-15, 1942, (CA), Pacifica Press,‎ 1988 (ISBN 978-0-517-56952-8)
  • (en) Tameichi Hara, Japanese Destroyer Captain, New York & Toronto, Ballantine Books,‎ 1961 (ISBN 978-0-345-27894-4) First-hand account of the battle by the captain of the Japanese destroyer Amatsukaze.
  • (en) James D. Hornfischer, Neptune's Inferno: The U.S. Navy at Guadalcanal, New York, Bantam Books,‎ 2011, 1e éd. (ISBN 978-0-553-80670-0)
  • (en) Eric Lacroix et Linton Wells, Japanese Cruisers of the Pacific War, Annapolis, Naval Institute Press,‎ 1997, 1e éd. (ISBN 978-0-870-21311-3)
  • (en) John B. Lundstrom, The First Team And the Guadalcanal Campaign: Naval Fighter Combat from August to November 1942, Annapolis, Naval Institute Press,‎ 2005, 1e éd. (ISBN 978-1-591-14472-4, lire en ligne)
  • (en) John B. Lundstrom, Black Shoe Carrier Admiral: Frank Jack Fletcher at Coral Seas, Midway & Guadalcanal, Annapolis, Maryland, États-Unis, Naval Institute Press,‎ 2006 (ISBN 978-1-591-14475-5)
  • (en) Samuel Eliot Morison, The Struggle for Guadalcanal, August 1942 - February 1943, vol. 5 of History of United States Naval Operations in World War II, Boston, Little, Brown and Company,‎ 1958 (ISBN 978-0-316-58305-3)
  • (en) Mark R. Peattie, Sunburst: The Rise of Japanese Naval Air Power 1909-1941, Annapolis, Maryland, Naval Institute Press,‎ 1999, poche (ISBN 978-1-591-14664-3)
  • (en) Michael T. Smith, Bloody Ridge: The Battle That Saved Guadalcanal, New York, Pocket,‎ 2000 (ISBN 978-0-743-46321-8)
  • (en) Douglas V. Smith, Carrier Battles: Command Decision in Harm's Way, Annapolis, US Naval Institute Press,‎ 2006 (ISBN 978-1-591-14794-7)
  • (en) Edward P. Stafford (préf. Paul Stillwell), The Big E: The Story of the USS Enterprise, Annapolis, Naval Institute Press,‎ 2002 (reissue) (ISBN 978-1-557-50998-7)
  • (en) Mark Stille, USN Carriers vs IJN Carriers: The Pacific 1942, New York, Osprey,‎ 2007, 1e éd., poche (ISBN 978-1-846-03248-6)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Cet article est reconnu comme « bon article » depuis sa version du 15 juin 2013 (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complémentaire, consulter sa page de discussion et le vote l'ayant promu.