Assassinat d'Olof Palme

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Assassinat d'Olof Palme
Image illustrative de l'article Assassinat d'Olof Palme
L'assassinat d'Olof Palme a choqué la Suède. Le matin même et pendant plusieurs jours, des roses étaient déposées sur le lieu du crime.

Localisation Stockholm, Suède
Cible Olof Palme
Coordonnées 59° 20′ 12″ N 18° 03′ 46″ E / 59.3366, 18.0628 ()59° 20′ 12″ Nord 18° 03′ 46″ Est / 59.3366, 18.0628 ()  
Date 28 février 1986
23 h 21 (UTC+1)
Type assassinat
Arme(s) revolver Smith & Wesson Model 28, calibre .357 Magnum
Mort(s) 1 (Olof Palme)
Blessé(s) 1 (Lisbet Beck-Friis, son épouse)
Auteur(s) inconnu

L'assassinat d'Olof Palme, premier ministre suédois, eut lieu le vendredi 28 février 1986, à 23 h 21, au croisement des rues Sveavägen (en) et Tunnelgatan (en), dans le centre de Stockholm.

L'enquête a suivi plusieurs pistes, entre autres celle du PKK, de Victor Gunnarson et de l'Afrique du Sud, sans pour autant aboutir à aucune conclusion concrète. En décembre 1988, un certain Christer Pettersson (en) a été arrêté en tant que suspect du meurtre et reconnu coupable en juillet 1989 par la cour de Stockholm, mais il a ensuite été libéré par la Cour d'appel en novembre de la même année. Des soupçons envers Pettersson ont cependant persisté et un recours a été introduit par le procureur général en décembre 1997 mais il a été rejeté par la Cour suprême de Suède le 28 mai 1998. Depuis lors, aucune percée n'a été réalisée ni aucun suspect inculpé, et ce bien que cent trente personnes aient avoué le meurtre et que l'enquête reste l'une des plus vastes au monde[1].

Déroulement des événements[modifier | modifier le code]

Olof Palme au début des années 70.

Le soir du 28 février 1986, Olof Palme et son épouse Lisbet rentrent chez eux à pied après être allés au cinéma Grand dans le centre de Stockholm, sans gardes du corps. Ils viennent d'assister à une projection du film Bröderna Mozart. À 23 h 21, au croisement des rues Sveavägen et Tunnelgatan, Olof Palme est mortellement blessé d'une balle dans le dos, et Lisbet Palme est blessée d'une balle de revolver tirée à bout portant par un homme qui quitte rapidement les lieux. Olof Palme décède immédiatement, mais est conduit à l'hôpital de Sabbatsberg où il est déclaré mort à 00 h 06. Lisbet Palme s'en sort avec des blessures légères.

Avant la sortie au cinéma[modifier | modifier le code]

La sortie au cinéma est décidée peu de temps à l'avance et est évoquée pour la première fois par Lisbet Palme sur son lieu de travail l'après-midi du 28 février. Elle discute ensuite du choix du cinéma Grand avec la petite amie de son fils au cours d'une conversation téléphonique qui a lieu vers 17 heures. Olof Palme, qui avait plus tôt dans l'après-midi donné congé à ses gardes du corps, n'est informé du projet qu'à son arrivée chez lui vers 18 h 30. Au téléphone avec son fils Mårten, qui est déjà en possession de tickets pour le Grand, il parle d'aller soit au Grand, soit au Spegeln (un autre cinéma du centre de Stockholm), mais rien n'est encore décidé. La décision de se rendre au Grand est finalement prise par les époux Palme aux environs de 20 heures. Les enquêteurs chercheront à savoir si le lieu de travail de Lisbet Palme, le domicile des époux Palme et/ou le téléphone étaient sur écoute mais ne trouveront aucun élément concret. Selon la police, il n'existe pas non plus d'élément permettant d'affirmer que les époux Palme ont été suivis entre leur domicile et le cinéma[sou 1].

Le cinéma et l'assassinat[modifier | modifier le code]

Le cinéma Grand, rue Sveavägen à Stockholm.
Carrefour Sveavägen-Tunnelgatan. Le meurtre a eu lieu à l'endroit où se tiennent les trois femmes, un peu à côté de l'enseigne du magasin Kreatima. À l'époque et jusqu'en 1995, le magasin s'appelait Dekorima.

Le vendredi 28 février 1986 Olof Palme rentre chez lui au numéro 31 de la rue Västerlånggatan dans la vieille ville de Stockholm à environ 18 h 30, après une journée de travail ordinaire. Il effectue quelques appels téléphoniques et dine avec son épouse. Peu après 20 h 30, le couple quitte son domicile et se rend à pied à la station de métro Gamla Stan. Ils prennent le métro jusqu'à la station Rådmansgatan et, de là, marchent jusqu'au cinéma Grand de la rue Sveavägen. Ils y rejoignent leur fils Mårten et sa petite amie. Il est alors un peu moins de 21 h 00. C'est Palme lui-même qui achète les tickets pour le film Bröderna Mozart de Suzanne Osten, dont la séance débute à 21 h 15[sou 2].

Après la séance, tous les quatre s'attardent devant le cinéma jusqu'à 23 h 15. Ils se séparent, et le couple Palme marche vers le sud le long de la rue Sveavägen. À hauteur de la rue Adolf Fredriks Kyrkogata, ils traversent la rue Sveavägen et poursuivent sur le trottoir opposé. Alors qu'ils s'apprêtent à traverser la rue Tunnelgatan et se trouvent devant le magasin Dekorima, un homme surgit derrière Palme et lui tire une balle dans le dos à bout portant. Il est environ 23 h 21 min 30 s. Palme meurt sur le coup. Une deuxième balle érafle Lisbet Palme dans le dos. Le meurtrier prend alors la fuite dans la rue Tunnelgatan et gravit les escaliers vers la rue Malmskillnadsgatan. Il traverse cette rue et poursuit le long de la rue David Bagares Gata. On perd alors sa trace[sou 3].

Dans les minutes qui suivent l'assassinat, la chronologie des événements peut dans certains cas être connue à la seconde près : les appels aux urgences sont enregistrés automatiquement et on y entend les annonces de l'horloge parlante. Pour les autres événements, il est possible de donner une estimation[sou 4].

  • 23 h 21 min 30 s. Deux coups de feu sont tirés sur les époux Palme.
  • 23 h 22 min 20 s. Début d'un enregistrement d'un appel aux urgences. Un témoin oculaire qui se trouvait dans une voiture rue Sveavägen dit à l'opérateur qu'il y a eu "un meurtre rue Sveavägen". L'appel est transféré à la police, mais après avoir attendu en vain une réponse de la police pendant une minute et demie, le témoin raccroche.
  • 23 h 23 min 40 s. L'opératrice du central de la compagnie Järfälla Taxi appelle les urgences. Cette opératrice a auparavant reçu un appel d'un témoin qui est chauffeur de taxi, qui se trouvait sur les lieux du crime, et qui a demandé à son central de prévenir les urgences. L'opératrice a alors appelé directement le central de la police. Elle n'a pu cependant rien dire sinon que quelqu'un a été abattu au croisement des rues Sveavägen et Tunnelgatan. Il lui a été intimé de rappeler le chauffeur de taxi et de lui demander de rester sur place jusqu'à l'arrivée d'une patrouille, ce qu'elle a fait. Elle appelle ensuite à 23 h 23 min 40 s les urgences pour s'assurer qu'une ambulance est dispatchée. Le dialogue se poursuit jusqu'à 23 h 24 min 20 s.
  • 23 h 24 min 40 s. Un opérateur des urgences appelle le central de la police. Il entre en communication avec un opérateur radio et lui demande si le central de la police a connaissance d'une alerte au coup de feu rue Sveavägen. L'opérateur radio affirme que le central de la police n'a pas connaissance de cette alerte. Le dialogue se poursuit jusqu'à 23 h 25 min 10 s.
La rue Tunnelgatan, par laquelle le meurtrier s'est vraisemblablement enfui.
  • À environ 23 h 24, une première patrouille de police (véhicule 2520) arrive sur les lieux. Un deuxième chauffeur de taxi de la compagnie Järfälla Taxi, qui a entendu le message d'alerte de son collègue, se trouvait rue Kungsgatan à environ 100 mètres de l'intersection des rues Kungsgatan et Sveavägen, et à proximité de la patrouille qu'il a informé des événements. La patrouille s'est rendu immédiatement sur les lieux du crime et a entendu pendant son trajet l'alerte du central de la police. Dans la voiture se trouve le commissaire Gösta Söderström qui prend le commandement des opérations sur les lieux du crime.
  • 23 h 25 min 30 s est l'heure la plus tardive à laquelle la patrouille de police du quartier de Södermalm (véhicule 3230) serait arrivée sur les lieux, mais il est possible qu'elle arrive dès 23 h 23. Cette patrouille venait juste de passer rue Malmskillnadsgatan près des escaliers qui surplombent la rue Tunnelgatan lorsqu'elle entend le message d'alerte du central de la police. Elle arrive sur les lieux du crime un peu après la première patrouille (véhicule 2520), mais en fait pratiquement au même moment. Le commissaire Söderström ordonne à cette seconde patrouille de se lancer à la poursuite du meurtrier sans faire part d'un quelconque signalement.
  • Entre 30 et 60 secondes après la patrouille de Södermalm (véhicule 3230), une ambulance de Sollentuna (banlieue nord de Stockholm) arrive sur les lieux du crime. Elle se trouvait par hasard dans les environs et n'était pas en service.
  • 23 h 26 min 00 s. L'opérateur du central de la police rappelle les urgences et déclare que le central de la police a connaissance de l'alerte. Le dialogue se poursuit jusqu'à 23 h 26 min 20 s.
  • Peu après, une patrouille de police du quartier de Norrmalm (véhicule 1230) arrive sur les lieux. Cette patrouille faisait le plein dans une station-service à proximité de la place Norra Bantorget lorsqu'elle a entendu l'alerte.
  • Peu après, une ambulance arrive en provenance de l'hôpital de Sabbatsberg. Les ambulanciers qui en sortent viennent en aide à leurs collègues de la première ambulance.
  • 23 h 28 min 00 s. Les ambulanciers informent les urgences que l'ambulance transportant Olof Palme a quitté les lieux du crime et se dirige vers l'hôpital de Sabbatsberg.
  • 23 h 31 min 40 s. Les ambulanciers informent les urgences que l'ambulance est arrivée à l'hôpital de Sabbatsberg.

Il convient de signaler que la chronologie soumise par le commissaire Gösta Söderström et son chauffeur Ingvar Windén contredit la chronologie officielle (ci-dessus) pour ce qui est du message d'alerte du central de la police et de l'arrivée des policiers sur les lieux du crime. Selon eux, ces événements sont survenus six minutes plus tard que dans la chronologie officielle.

Selon Gösta Söderström les événements se sont succédé de la manière suivante :

  • 23 h 29 min 43 s. Söderström et Windén quittent l'homme qui les a informé rue Kungsgatan d'un "coup de feu rue Sveavägen”.
  • 23 h 29 min 50 s. Une alerte est diffusée par le central de la police dont le contenu est "nous avons reçu un message de Taxi disant que quelqu'un a été abattu rue Sveavägen aux environs de la rue Tunnelgatan”
  • 23 h 30 min 00 s. Le véhicule de police 2520 arrive sur les lieux du crime avec à son bord Söderström et Windén.
  • 23 h 23 min 20 s. La patrouille de Södermalm (véhicule 3230) arrive sur les lieux du crime.
  • Vers 23 h 31, Söderström prend pour la première fois contact avec le central de la police.
  • Il est environ 23 h 32 quand Ingvar Windén diffuse le premier signalement du meurtrier, ce qui est aussi pratiquement le moment ou l'ambulance arrive.
  • Il est environ 23 h 35 quand Söderström identifie la victime et en informe le central de la police.
  • Il est environ 23 h 35 quand l'ambulance quitte les lieux du crime.

Gösta Söderström est lui-même convaincu que des policiers ont participé à l'assassinat en permettant entre autres la fuite du meurtrier. Si le message d'alerte du central de la police n'a été diffusé qu'à 23 h 29, alors la présence du véhicule de police 1520 quatre minutes plus tôt sur le chemin de fuite du meurtrier apparait comme particulièrement suspecte. Après avoir enquêté personnellement pendant plus de 10 ans, Gösta Söderström conclut qu'à 23 h 23 un premier message d'alerte a été diffusé par le central de la police mais avec une diffusion restreinte à "certains personnels", c'est-à-dire aux deux fourgonnettes de police 1230 et 3230, qui se trouvaient à proximité des lieux du crime au moment de l'assassinat. Gösta Söderström affirme avoir vu sur un listing du central de la police qu'effectivement seules ces deux fourgonnettes ont été appelées à 23 h 23.

Les heures qui suivent l'assassinat[modifier | modifier le code]

  • 23 h 30 le commissaire Gösta Söderström informe le central de la police que la victime est le premier ministre
  • 23 h 40 un informateur anonyme appelle l'agence de presse TT et affirme que le premier ministre a été abattu dans la rue Sveavägen
  • 00 h 06 Olof Palme est déclaré mort à l'hôpital de Sabbatsberg
  • 00 h 15 l'agence de presse TT obtient du central de la police la confirmation de l'assassinat d'Olof Palme
  • 00 h 20 l'agence de presse TT envoie une dépêche spéciale annonçant la mort d'Olof Palme
  • 00 h 45 le vice-premier ministre Ingvar Carlsson arrive au siège du gouvernement à Stockholm
  • 01 h 10 la radio nationale interrompt ses programmes et annonce qu'Olof Palme a été assassiné
  • 02 h 05 l'ensemble des forces de police suédoises sont placées en état d'alerte
  • 04 h 00 journal télévisé spécial sur la chaîne nationale TV2
  • 05 h 15 le gouvernement suédois tient une conférence de presse
  • 08 h 00 journal télévisé spécial sur la chaîne nationale TV1

En 1986, la radio nationale suédoise ne diffuse pas de journal d'information la nuit. Peu après 01 h 00 le 1er mars, la station nationale P3 entame la diffusion d'un programme musical sans animateur. À 01 h 10 ce programme est interrompu et le journaliste Jan Ström lit le communique suivant :

Le premier ministre Olof Palme est mort. Il a été mortellement blessé par balle ce soir dans le centre de Stockholm. Olof Palme a été abattu à l'intersection des rues Tunnelgatan et Sveavägen et est mort ultérieurement à l'hôpital de Sabbatsberg. Le gouvernement a été informé. Le ministre des finances Kjell-Olof Feldt et le vice-premier ministre Ingvar Carlsson ont été informés et tous deux ont confirmé la mort d'Olof Palme.
La police est à la recherche d'un homme âgé de 35 à 40 ans, aux cheveux foncés et portant un manteau de couleur sombre. La police est donc à la recherche du meurtrier et une importante chasse à l'homme est en cours à Stockholm. C'est le central de taxi de Stockholm qui a communiqué le signalement. D'après le central de la police, c'est un chauffeur de la compagnie Järfälla Taxi qui a constaté qu'une personne a été abattue. Ce chauffeur de taxi a alerté son central qui à son tour a alerté la police. Des forces de police ont été envoyées sur place. Olof Palme a été abattu à 23 heures 30, c'est-à-dire à 11 heures et demie, il y a une heure et demie.
Le gouvernement a eu… s'est réuni en conseil des ministres extraordinaire. C'est le vice-premier ministre Ingvar Carlsson qui dirige cette réunion. Son seul commentaire lors de son arrivée à Rosenbad ce soir a été de dire "c'est effroyable"… c'est ce qu'il a dit à l'agence de presse TT à son arrivé au siège du gouvernement. Olof Palme allait fêter son 59e anniversaire dans quelques mois. Il était premier secrétaire du parti social-démocrate depuis 1969 et a été premier ministre de 1969 à 1976 et depuis 1982.[2]
Du fait de cet événement nous allons bien entendu modifier nos programmes cette nuit. Et la rédaction du matin reviendra bien entendu avec de nouvelles informations lorsque nous en aurons à notre disposition.

Dans la matinée du samedi, le roi Carl XVI Gustaf qui se trouvait à la montagne rentre à Stockholm, le président du parlement Ingemund Bengtsson revient d'Espagne et Hans Holmér, préfet de police de la région de Stockholm arrive de Dalécarlie. Le président du parlement dissout le gouvernement mais demande aux ministres de rester en place pour gérer les affaires courantes. Lors d'une réunion à 09 h 00, la direction du parti social-démocrate choisit Ingvar Carlsson comme premier secrétaire par intérim. Au cours des journées du samedi et dimanche, la télévision nationale suédoise suspend tous les programmes de divertissement. Il est également question d'annuler la célèbre course de ski de fond Vasaloppet, qui se tient traditionnellement le premier dimanche de mars, mais les responsables de la course décident finalement le maintien de la compétition[3].

Les indices[modifier | modifier le code]

Les seuls indices que le meurtrier laisse derrière lui sont deux balles de type 357 magnum Winchester-Western. Ces deux balles correspondent aux fragments de plomb que l'on retrouve sur les habits des époux Palme. L'arme de loin la plus commune pour ce type de munition est le Smith & Wesson 357 et des efforts considérables sont effectués pour retrouver cette arme[sou 5].

Les armes dans l'enquête[modifier | modifier le code]

Au cours de l'enquête, la police teste 500 revolvers 357 magnum. L'enquête se concentre particulièrement sur la recherche des 10 revolvers de ce type qui étaient déclarés volés au moment du meurtre. Les enquêteurs retrouvent l'ensemble de ces 10 revolvers à l'exception d'un revolver volé en 1977 au réalisateur Arne Sucksdorff. Un autre des 10 revolvers, volé en 1983 à un particulier, est recherché pendant presque 20 ans avant d'être enfin retrouvé en 2006, mais dans un état tel qu'il n'est pas possible aux enquêteurs de déterminer s'il s'agit de l'arme du crime[4],[ndt 1].

Le meurtrier[modifier | modifier le code]

En réunissant les informations fournies par les différents témoins, on obtient les conclusions suivantes : le meurtre a été commis par un homme mesurant entre 1,75 mètre et 1,90 mètre, vêtu d'une veste ou d'un manteau de couleur sombre, dont les mouvements sont décrits par certains témoins comme maladroits, saccadés, nerveux et par d'autres comme agiles, et âgé de 30 à 50 ans. Aucun entretien formel n'est organisé avec Lisbet Palme pour recueillir un signalement du meurtrier, et les informations qu'elle fournira viendront par vagues successives[sou 6].

Le profil du meurtrier qui commence à être élaboré en 1993 et qui est finalement rendu public en 1994[5] propose quatre scénarios hypothétiques pour le soir du crime, mais conclut dans tous les cas que le meurtre a été commis par un homme agissant seul qui a rencontré Palme au cinéma Grand. Le meurtrier est, selon ce profil, un homme souffrant de troubles de la personnalité qui a agi par haine de Palme. Il a vraisemblablement eu des difficultés relationnelles toute sa vie, en particulier avec l'autorité sous toutes ses formes. Il est introverti, seul, et il souffre de troubles de la personnalité, mais n'est pas psychotique. Sa condition est intimement liée au fait qu'il a échoué dans la vie. Ses échecs le rendent dépressif et cette dépression en s'aggravant se transforme en paranoïa. Lorsqu'une telle personne commence à manifester un comportement criminel, c'est généralement entre 35 et 45 ans[sou 7].

Ce profil du meurtrier reçoit de nombreuses critiques au cours des ans, en particulier parce qu'il tend à conforter l'hypothèse d'un homme ayant agi seul aux dépens de toute autre hypothèse. Une analyse critique du profil présentée en 1996 par deux experts de la cour des comptes[6] affirme que ce profil semble avoir "été très influencé par la thèse selon laquelle Christer Pettersson est le meurtrier"[sou 8] et comprend de nombreuses affirmations accréditant cette thèse. On a également mis en doute la pertinence même d'élaborer un profil, dans la mesure où les profils sont réalisés généralement pour les meurtriers récidivistes, par exemple les tueurs en série, pour lesquels il est possible de dégager des similitudes entre les différents meurtres. Dans son rapport final publié en 1999, la commission d'évaluation de l'enquête sur l'assassinat du premier ministre Olof Palme estime néanmoins que l'important est la quantité d'information disponible et non pas le nombre de crimes commis[sou 9].

Les portraits-robots[modifier | modifier le code]

Avec l'aide d'un appareil emprunté à l'office fédéral de la police criminelle de Wiesbaden (RFA), les enquêteurs établissent un portrait-robot du meurtrier basé sur les observations d'un témoin. Ce portrait-robot est publié le 6 mars 1986, et en retour les enquêteurs reçoivent quantité de témoignages, environ 7 ou 8000. Entre 23h30 et 23h40 le soir du meurtre, le témoin en question est "pratiquement entré en collision avec" un homme rue Smala Gränd devant le restaurant Alexandra. Apercevant le témoin, l'homme aurait eu l'air effrayé, se serait retourné et aurait pressé le pas. Arrivé rue Snickarbacken, il aurait tourné à droite vers la rue Birger Jarlsgatan[sou 10].

En 1986 et 1987, les enquêteurs obtiennent 6 témoignages au sujet d'un individu qui habite à proximité des lieux du crime. Cet individu qui souffre de troubles mentaux a développé une fascination pour Olof Palme. Il se décrit lui-même comme "le prince héritier de Palme" ou "le bras droit de Palme". Lors d'une confrontation, le témoin de la rue Smala Gränd identifie cet individu comme étant le plus ressemblant à l'homme qu'il a rencontré le soir du meurtre. L'individu indique aux enquêteurs qu'il se trouvait le soir du meurtre dans un établissement nocturne entre 21h00 et 02h00 du matin. Il n'est pas en mesure de fournir un alibi. Il n'y a cependant jamais eu d'élément à charge suffisant pour croire que cet individu est le meurtrier[sou 11].

Un deuxième portrait-robot est publié le 24 mars 1986. Ce portrait est basé sur des informations fournies par un témoin qui aurait vu un homme suivre Olof Palme place Sergels Torg le 27 février 1986. Aujourd'hui, l'opinion des enquêteurs est que ce témoin aurait volontairement fourni des informations inexactes - c'est-à-dire que l'homme qui suivait Olof Palme n'a jamais existé[sou 12].

L'enquête[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative à l'intersection des rues Sveavägen et Olof Palmes Gata. On peut y lire "à cet endroit fut assassiné le premier ministre suédois Olof Palme le 28 février 1986".

L'enquête criminelle sur l'assassinat d'Olof Palme est la plus importante et la plus chère jamais conduite en Suède. En 2011, le directeur d'enquête Stig Edqvist déclare que "le coût de l'enquête a atteint il y a déjà quelques années un demi-milliard (de couronnes suédoises)". En 2011, les enquêteurs reçoivent encore trois appels par jour et l'ensemble du dossier occupe un total de 3600 classeurs. Environ 130 personnes ont à ce jour avoué être les auteurs du meurtre avant d'être blanchies par les enquêteurs[7]. L'enquête criminelle est par ailleurs l'une des plus importantes au monde[1].

Une récompense allant jusqu'à 50 million de couronnes suédoises est toujours promise pour toute information conduisant à l'arrestation du meurtrier[sou 13].

L'enquête est dirigée par :

En 1996 l'enquête avait déjà coûté plus de 500 million de couronnes suédoises[sou 14].

Les procès[modifier | modifier le code]

Christer Pettersson, un marginal né en 1947 qui a été condamné pour meurtre en 1974[ndt 2], est entendu pour la première fois, le 28 mai 1986, sur son emploi du temps le soir du meurtre. À partir d'octobre 1988, la police commence à s'intéresser particulièrement à lui, et à partir du 16 novembre 1988, son téléphone est placé sur écoute. Le 14 décembre 1988 il est entendu une nouvelle fois et à cette occasion, il est identifié par Lisbet Palme comme étant le meurtrier au cours d'une confrontation. Pettersson est mis en examen et écroué. Une instruction est ouverte par le parquet de Stockholm le 29 mai 1989[sou 15].

En première instance[modifier | modifier le code]

Le réquisitoire du procureur[modifier | modifier le code]

Les charges retenues par le procureur sont :

  • assassinat sur la personne d'Olof Palme,
  • tentative d'assassinat sur la personne de Lisbet Palme ou mise en danger de la vie d'autrui sur la personne de Lisbet Palme[ndt 3].

Le procureur décrit les circonstances du meurtre de la façon suivante :

Le 28 février 1986, à l'angle de la rue Sveavägen et de ce qui était alors la rue Tunnelgatan à Stockholm, Pettersson a assassiné le premier ministre Olof Palme en lui tirant dans le dos avec un revolver. Olof Palme est décédé immédiatement des suites d'une hémorragie interne et externe causée par une rupture de l'aorte et de la trachée.
Pettersson a, par la même occasion, tenté d'assassiner Lisbet Palme en lui tirant une balle de revolver. La balle, qui a mis en danger la vie de Lisbet Palme, a atteint Lisbet Palme dans le dos, lui causant une blessure superficielle. Il ressort donc qu'en tirant un coup de feu sur Lisbet Palme, Pettersson a accessoirement commis une négligence criminelle qui a mis en danger la vie de Lisbet Palme.[sou 16]

Les éléments à charge peuvent être résumés comme suit :

  • Pettersson a été désigné par Lisbet Palme comme étant le meurtrier, un témoignage qui toutefois ne peut pas être considéré comme suffisamment fiable pour à lui-seul prouver la culpabilité.
  • Pettersson a été désigné par un témoin comme se trouvant devant le cinéma Grand vers 23h00 le soir du meurtre.
  • Pettersson a reconnu lui-même, et l'enquête policière a également montré, qu'il se trouvait à proximité de la scène de crime le soir du meurtre.
  • Les mouvements malaisés et saccadés du meurtrier décrits par les témoins rappellent ceux de Pettersson. D'autres témoins ont néanmoins affirmé que le meurtrier se déplaçait de façon agile.
  • Pettersson n'a pas d'alibi pour le soir du meurtre mais il a demandé à plusieurs personnes de lui en fournir un.

La défense de Pettersson[modifier | modifier le code]

Dès le début de l'instruction, Pettersson affirme s'être rendu le soir du meurtre dans une salle de jeu de la rue Oxtorgsgränd dans le voisinage de la rue Sveavägen dont il serait sorti aux environs de 22h30. Il aurait alors pris le train à 22h45 ou 23h15 pour rentrer chez lui à Rotebro (dans la banlieue nord de Stockholm). S'étant endormi à bord du train, il ne se serait réveillé qu'une fois arrivé à Märsta (terminus de la ligne). Il aurait alors pris un train dans le sens opposé pour revenir sur Rotebro. Il serait rentré chez lui juste avant minuit, ce qui selon lui peut être confirmé par un ami qui se trouvait dans son appartement à son retour. Lors de son interrogatoire, cet ami affirme que Pettersson est vraisemblablement rentré chez lui entre 00h15 et 01h00, mais il indique également que, ce soir-là, Pettersson est sorti de chez lui à une heure qui ne lui aurait pas permis de voir les époux Palme se rendre au cinéma Grand. Les contradictions dans ces témoignages sont peut-être dues à ce que les interrogatoires se sont déroulés plusieurs années après les faits[sou 17].

Les témoins[modifier | modifier le code]

Parmi les témoignages sur lesquels repose l'accusation on trouve :

  • Lisbet Palme. Dans les heures qui suivent l'assassinat, elle affirme ne pas avoir de souvenir précis du meurtrier. Aucun entretien n'est organisé pour obtenir d'elle un signalement du meurtrier, en tous les cas il n'est pas fait référence à un tel entretien dans la procédure[sou 18]. Après l'arrestation de Pettersson, elle participe à une confrontation par vidéo lors de laquelle elle désigne Pettersson comme étant le meurtrier. Durant le procès, elle affirme être absolument certaine que Pettersson est le meurtrier. La cour souligne la fiabilité du témoignage de Lisbet Palme : "la cour estime que la manière dont Lisbet Palme a identifié Pettersson pendant l'audience est très convaincante"[8]. La cour d'appel estimera au contraire que Lisbet Palme a fait ses observations dans des circonstances qui remettent en cause leur fiabilité[9].
  • Un témoin qui attendait dans sa voiture devant le cinéma Grand. Juste avant 23h00, et donc juste avant la fin de la projection, ce témoin aurait remarqué la présence d'un homme devant le cinéma. Pendant au moins 10 minutes, le témoin aurait observé l'homme faire des va-et-vient. Ce témoin aurait trouvé l'homme inquiétant et aurait verrouillé les portières de sa voiture. Devant la cour, ce témoin affirme être certain que Pettersson est l'homme qui se trouvait devant le cinéma Grand[sou 19]. La cour d'appel estimera que ce témoignage est très crédible et qu'il est donc extrêmement vraisemblable que Pettersson se trouvait devant le cinéma Grand[10].
  • Après être sortis du cinéma Grand, les époux Palme se dirigent vers la rue Kungsgatan et, chemin faisant, passent devant un kiosque. Le propriétaire de ce kiosque aurait reconnu les époux Palme et aurait vu un homme marcher environ 10 mètres derrière eux. Il communique ces informations aux enquêteurs dès le lendemain du meurtre. Lors d'une confrontation organisée en 1989, il reconnait Christer Pettersson comme étant l'homme qui suivait le couple Palme à la sortie du cinéma Grand. La cour d'appel estimera néanmoins qu'aucune conclusion formelle ne peut être tirée des informations fournies par ce kiosquier[11].

Il est difficile au procureur de montrer que Pettersson avait un mobile pour tuer Olof Palme ; quelques témoins ont bien entendu Pettersson exprimer son mécontentement envers les autorités mais seulement en des termes vagues. Lors du procès, Pettersson exprime au contraire son admiration pour Olof Palme qu'il qualifie de "seul homme d'état suédois"[12]. Les policiers dans leurs dépositions tentent de démontrer que Pettersson avait la connaissance et l'expérience requises pour faire usage d'une arme à feu, et qu'il était en mesure de se procurer une telle arme, par exemple au sein de la salle de jeu qu'il avait l'habitude de fréquenter dans le voisinage du lieu de l'assassinat. Il n'est toutefois pas démontré au cours de l'audience que Pettersson avait à sa disposition une arme au moment où Olof Palme a été assassiné. La cour d'appel estimera elle aussi qu'aucun élément ne confirme que Pettersson avait accès à une arme le soir du 28 février 1986[13].

La sentence[modifier | modifier le code]

Le procès se tient du 5 juin 1989 au 10 juillet 1989. Le 27 juillet 1989, la cour condamne Pettersson à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'assassinat d'Olof Palme et pour mise en danger de la vie d'autrui sur la personne de Lisbet Palme. La décision des juges n'est pas unanime, deux des juges estimant que Pettersson aurait dû être acquitté et remis en liberté[sou 20].

En appel[modifier | modifier le code]

Il est fait appel du jugement et le procès en appel a lieu du 12 septembre 1989 au 9 octobre 1989. Quelques jours après la fin du procès, Pettersson est libéré. Dans son jugement du 2 novembre 1989 la cour d'appel absout Pettersson de toute responsabilité. La cour d'appel souligne qu'à l'exception de Lisbet Palme aucun témoin n'a vu Pettersson sur les lieux du crime, qu'il n'existe aucune preuve matérielle (trace de poudre, arme du crime) et que l'enquête n'a pas pu montrer que Pettersson avait un mobile pour tuer Olof Palme[sou 21].

Le procureur décide alors de ne pas se pourvoir auprès de la Cour suprême. Pettersson obtient 300 000 couronnes suédoises en compensation du temps qu'il a passé derrière les barreaux[sou 22].

La demande de révision[modifier | modifier le code]

En 1996, l'avocat Pelle Svensson rend public certains passages du testament que son client Lars Tingström a écrit sur son lit de mort en 1993. Dans ce testament, Tingström explique être complice du meurtre qui aurait été commis par Pettersson en réponse à la condamnation de Tingström pour deux attentats à la bombe commis dans la région de Stockholm. Lors de son procès, Tingström a juré qu'il se vengerait et que "le sang allait couler dans les rues de Stockholm". Tingström ayant été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, c'est son meilleur ami Pettersson qui se charge de la vengeance, et qui finalement assassine Palme, qui est considéré comme "étant hautement responsable du déni de droit" dont Tingström se dit victime.

Le 5 décembre 1997 le procureur soumet une demande de révision à la Cour suprême[sou 23].

Les nouveaux témoins[modifier | modifier le code]

Voici quelques-uns des nouveaux témoignages qui figurent dans la demande de révision :

  • Une femme déclare avoir rencontré un homme d'apparence repoussante devant le supermarché Konsum de la rue Sveavägen vers 23h00 le soir du meurtre. Cet homme lui aurait demandé des nouvelles d'une connaissance commune, Sigge Cedergren, et elle aurait répondu qu'elle pensait qu'il était allé au cinéma. L'homme aurait alors traversé la rue en courant et se serait posté devant le cinéma Grand où se trouvait une foule nombreuse. Plusieurs années plus tard, ce témoin fait le lien entre l'homme et Pettersson. Elle livre son témoignage aux enquêteurs pour la première fois en 1997[sou 24].
  • Un autre témoin, qui lors de son interrogatoire en février 1989 avait déclaré ne pas connaitre Pettersson, revient sur ses déclarations en novembre 1989. Il déclare à présent bien connaitre Pettersson et l'aurait aperçu devant le cinéma Grand vers 23 heures et un peu plus tard devant le magasin Dekorima, juste avant d'entendre deux coups de feu. Ce témoin aurait immédiatement après les coup de feux vu un corps étendu sur le trottoir et reconnu Pettersson debout derrière le corps. Ce témoin avait séjourné plusieurs fois en hôpital psychiatrique et était connu pour ses affabulations. D'après ses propres déclarations, il avait consommé de la drogue le soir du meurtre[sou 25].
  • Un troisième témoin aurait été au volant d'une voiture dans la rue Malmskillnadsgatan entre 23h00 et minuit lorsqu'il aurait été amené à freiner brusquement pour laisser passer un homme qui aurait surgi en courant devant lui. Ce témoin aurait eu un contact oculaire avec l'homme pendant plusieurs secondes et aurait également remarqué que l'homme tenait en main un objet ressemblant à un pistolet. Ce témoin contacte la police pour la première fois en 1997, 11 ans après l'assassinat[sou 26].
  • il convient aussi de noter que Pettersson souffre de claudication. Or la veuve d'Olaf Palme a confié aux policiers que l'assassin a fui en courant, performance athlétique impossible pour Petterson qui en outre était alcoolique et drogué.

Le rejet[modifier | modifier le code]

Le 28 mai 1998 la Cour suprême rejette la demande de révision. Elle estime improbable que les nouveaux éléments conduisent à une condamnation devant la cour d'appel[sou 27].

La mort du suspect[modifier | modifier le code]

Christer Pettersson décède le 29 septembre 2004 des suites d'une fracture crânienne consécutive à une chute qui aurait été provoquée par une crise d'épilepsie[14].

Les autres pistes[modifier | modifier le code]

Victor Gunnarsson[modifier | modifier le code]

Dès le lendemain du meurtre, les enquêteurs reçoivent le témoignage d'une femme qui raconte que le soir précédent elle se trouvait au café Mon Chéri rue Kungsgatan et qu'elle y aurait conversé avec un homme qui aurait exprimé sa haine d'Olof Palme. L'homme lui aurait laissé une carte de visite au nom de Vic G ainsi qu'un numéro de téléphone. D'autre témoins se font connaître avec des informations sur les propos hostiles à Palme du même homme, et affirment que cet homme possèderait une arme correspondant à l'arme recherchée par les enquêteurs dans le cadre de l'assassinat[sou 28].

Le 8 mars 1986, un certain Victor Gunnarsson est interrogé, puis est relâché le soir même. Le 12 mars, il est à nouveau interrogé et il lui est signifié qu'il est soupçonné pour complicité dans l'assassinat d'Olof Palme. Il est mis en garde à vue le soir même. Lors d'une perquisition à son domicile sont saisis des écrits hostile à Palme ainsi que la parka qu'il portait le soir du meurtre. Lors de l'examen de cette parka par la police scientifique, on retrouve des traces provenant d'une arme à feu, mais qui ne correspondent pas à l'arme recherchée dans le cadre de l'enquête[sou 29].

Lors de son interrogatoire, Gunnarsson affirme s'être rendu au café Mon Chéri et y avoir discuté avec trois femmes. Après le départ de ces trois femmes, il se serait entretenu avec deux jeunes. Par la suite, il serait allé au cinéma Rigoletto pour y voir un film puis au restaurant McDonald's de la rue Kungsgatan. Les deux jeunes ont été entendus par les enquêteurs et ont affirmé que Gunnarsson était sorti du café entre 23h00 et 23h30. D'autres témoins l'ont vu au McDonald's.

Aucun des témoins du meurtre ne peut avec certitude identifier Gunnarsson et la description des vêtements du meurtrier fournie par Lisbet Palme ne correspond pas aux vêtements que portait Gunnarson.

Gunnarsson est écroué le 17 mars 1986 et remis en liberté le 11 avril 1986. Il fait cependant l'objet d'écoutes téléphoniques entre mai 1987 et juin 1987, entre août 1987 et novembre 1987 et en janvier 1988. Après le procès de Christer Pettersson, l'enquête sur Gunnarsson est abandonnée.

Le portrait de Gunnarsson dressé par les enquêteurs est celui d'une personne extrovertie, ayant grandi à Jämjö (dans le sud de la Suède), qui a beaucoup voyagé et qui a vécu d'emplois occasionnels. Il déteste Palme, aime les armes, est intéressé par la politique et les débats de société, et est un sympathisant de mouvements extrémistes, notamment du parti EAP, connu pour ses positions de haine viscérale envers Palme. Gunnarsson a déclaré à des témoins avoir combattu au côté des Américains pendant la guerre du Viêt Nam (ce qui est absurde compte tenu de son âge[ndt 4]), avoir été formé par le FBI et la CIA et avoir été agent de la CIA. Après vérification, il ressort cependant qu'il a été objecteur de conscience. Son entourage le décrit comme "non violent", "influençable", "rêveur", "affabulateur" et comme "vivant dans son propre monde"[sou 30].

L'inspecteur Börje Wingren, qui a conduit l'interrogatoire de Gunnarsson, publie en 1993 un livre écrit en collaboration avec le journaliste Anders Leopold. Wingren estime que Gunnarsson est le meurtrier tandis que Leopold suggère que selon toute probabilité Gunnarsson faisait partie d'un complot piloté entre autres par la CIA. Gunnarsson aurait été présent sur les lieux du crime lorsque Palme a été abattu mais ne serait pas l'assassin. Le plan aurait donc été de faire de Gunnarsson un bouc émissaire[15].

En janvier 1994, Gunnarsson est retrouvé mort en Caroline du Nord (États-Unis). Pour ce meurtre dont le mobile serait la jalousie, un ancien policier a été condamné, bien qu'il ait toujours clamé son innocence.

La piste policière[modifier | modifier le code]

Par piste policière, on entend qu'une conspiration, qui aurait inclus plusieurs membres de la police de Stockholm, aurait joué un rôle dans l'assassinat et/ou aurait facilité après l'assassinat le sabotage du travail d'enquête.

Dans cette enquête, il n'existe pas à proprement parler une piste unique pouvant être qualifiée de "piste policière", mais plutôt un faisceau de témoignages concernant les agissements suspects de certains policiers avant, pendant, ou après le meurtre[sou 31],[16].

Pour le soir du meurtre, il s'agit principalement de témoignages sur la présence d'hommes portant des talkies-walkies en des lieux qui par moment recoupent le trajet des époux Palme à leur sortie du cinéma Grand, de délais intentionnels au niveau du central de la police de Stockholm, du temps écoulé avant que l'alerte ne soit donnée, etc. Ceci, ajouté aux activités suspectes de certaines patrouilles de police - ou à leur inactivité - aurait permis au meurtrier de s'enfuir.

De l'enquête, il ressort uniquement qu'il y avait, au sein de la police de Stockholm, des individus aux opinions d'extrême-droite et présentant un intérêt inhabituel pour les armes à feu, mais rien qui n'accrédite une quelconque participation à l'assassinat de Palme. Le rapport de la commission d'évaluation sur l'enquête, qui contient une étude approfondie sur plusieurs policiers ayant participé à l'enquête, déplore néanmoins que la "piste policière" n'a pas été prise au sérieux et qu'il n'a donc pas été possible de lever les soupçons de manière convaincante, et que cette piste aurait du être poursuivie de façon plus approfondie pour contrer la défiance envers les enquêteurs qui s'est développée parmi les experts indépendants et les critiques[sou 32].

Des documents précédemment classés confidentiels qui sont passés dans le domaine public pendant l'été 2010 montrent que des policiers ont mis en cause certains de leurs collègues en affirmant qu'ils savaient qui avait tué Palme. Les collègues en question étaient signalés comme sympathisants d'extrême-droite et faisaient partie de la brigade du quartier de Norrmalm. Le témoignage d'un chauffeur de taxi, qui a déclaré avoir reconnu un des policiers suspectés sur les lieux du crime 4 à 5 minutes avant l'assassinat, a également été mis à jour[17],[18]. Ces documents peuvent être considérés comme renforçant les soupçons déjà répandus parmi les experts indépendants concernant un supposé groupe de policiers d'extrême-droite, liés à la brigade de Norrmalm, dont certains membres avaient des liens avec un club de tir et avec la "Basebolliga" ("Ligue de baseball" - un groupe de policiers à la dérive), et qui ont même été soupçonnés de liens avec la piste sud-africaine[19].

Le film du réalisateur Kjell Sundvall I lagens namn ("Au nom de la loi"), inspiré librement de l'affaire de la "Basebolliga", et qui sort fin 1986, aurait contribué à créer un climat de suspicion envers la police[20].

Ces dernières années, une variante de la piste policière a été mise en avant par, entre autres, le criminologue Leif GW Persson[21]. Par ailleurs, Göran Lambertz, membre de la Cour suprême et ancien chancelier de justice, a critiqué le fait que la piste policière n'a pas fait l'objet d'une enquête alors même qu'une commission d'évaluation a estimé que cela était nécessaire[22].

La piste du PKK et l'affaire Ebbe Carlsson[modifier | modifier le code]

Dès la semaine qui suit l'assassinat, les enquêteurs s'intéressent à l'organisation kurde PKK. En 1984 et 1985, d'anciens membres du PKK avaient été assassinés à Uppsala (dans l'est de la Suède) et à Stockholm, et le PKK avait été mêlé à des crimes violents à travers l'Europe. Le gouvernement suédois avait qualifié le PKK d'organisation terroriste et assigné ses membres à résidence. On considère donc que le PKK a la motivation et la capacité pour s'attaquer aux intérêts suédois[sou 33].

Au printemps 1986, un certain nombre de Kurdes sont entendus concernant les meurtres d'anciens membres du PKK en 1984 et 1985. Durant l'automne et l'hiver 1986-1987, la police prépare une rafle de plus grande envergure, dans le cadre d'une opération dirigée par Hans Holmér baptisée Opération Alpha[23], qui vise à appréhender simultanément pour les interroger un grand nombre de personnes. L'idée est qu'une opération d'envergure sèmera la confusion et incitera les personnes appréhendées à dire ce qu'elles savent de la participation du PKK dans l'assassinat de Palme. Au cours de la rafle menée le 20 janvier 1987, 22 personnes sont interrogées et 3 sont mises en garde à vue pendant une semaine. L'enquête policière ne fait cependant aucun progrès[sou 34] et le seul résultat tangible de l'opération est que Holmér est contraint à démissionner quelques semaines plus tard de ses fonctions de directeur d'enquête. Quelques mois plus tard, il démissionne également de son poste de préfet de police[24].

Le point faible de la piste du PKK a toujours été que, même si cette organisation avait la motivation et la capacité pour assassiner Olof Palme, il n'a jamais été possible d'identifier un quelconque membre du PKK rue Sveavägen au moment du meurtre[sou 35].

Dans le prolongement de la piste du PKK, on trouve l'affaire Ebbe Carlsson dans laquelle la ministre de la justice Anna-Greta Leijon est contrainte à la démission après qu'il est révélé qu'elle a, dans une missive, demandé à l'éditeur Ebbe Carlsson de mener une enquête à titre privé. De hauts responsables de la police (par exemple Hans Holmér et Per-Göran Näss) sont condamnés pour avoir conduit des écoutes illégales, et Carlsson et quelques policiers sont condamnés pour avoir importé illégalement du matériel d'écoute.

La piste sud-africaine[modifier | modifier le code]

Dans cette piste, ce sont les services secrets sud-africains qui sont accusés d'avoir assassiné Palme en raison de son combat mondialement reconnu contre le régime d'apartheid. Il n'est pas aisé d'en faire un exposé succinct, la commission d'évaluation de l'enquête consacre 35 pages de son rapport définitif à dresser un bilan des investigations. En résumé, il s'agit d'accusations et de contre-accusations de personnes ayant collaboré avec les services secrets sud-africains. Les déclarations sont contradictoires, de seconde main, et la crédibilité des protagonistes est sujette à caution[sou 36]. Dans le même temps, la direction d'enquête (à savoir le procureur général Anders Helin) a montré que l'agent sud-africain Craig Williamson se trouvait à Stockholm au moment de l'assassinat.

Les Oustachis[modifier | modifier le code]

Pendant quelque temps, les enquêteurs s'intéressent à Miro Barešić, qui a appartenu au mouvement Oustachi d'après-guerre. Avec un complice, il a en 1971 assassiné l'ambassadeur de Yougoslavie à Stockholm, devenant à cette occasion le premier terroriste international qu'ait connu la Suède. Après l'assassinat de son mari, Lisbet Palme déclare aux enquêteurs qu'elle soupçonne le groupe terroriste Oustachi. Olof Palme avait en effet en 1982 promis de gracier Miro Barešić. Au sein de la Säpo (service de la sûreté suédoise), certains s'étaient opposés à une libération, car l'on craignait que les Oustachis ne se lancent dans une campagne nationale de terreur. Palme aurait donc été assassiné pour ne pas avoir gracié Barešić[25].

Autres théories[modifier | modifier le code]

Eva Rausing et la piste des trafiquants d'armées

L'affaire Olaf Palme a rebondi de façon étonnante en juillet 2012 lors de la découverte du corps d'Eva Rausing, une riche héritière suédois exilée à Londres à son domicile de Belgravia à Londres. L'autopsie a révélé qu'elle serait morte d'une overdose, or quelques semaines avant sa mort elle avait contacté un écrivain suédois afin de lui révéler l'identité du commanditaire de la mort d'Olof Palme. Il existe en effet en Suède un vaste consortium formé d'industriels spécialisés dans la vente d'armes. Ce groupe a notamment vendu illégalement des armes à l'Iran ou cours de la guerre Iran Irak en dépit de l'embargo international sur la vente d'armes vers ces deux pays.. Or pendant son mandat, Olof Palme a fait voter une série de lois limitant le commerce des armes : toute exportation d'armes vers des pays en guerre est interdite.Olof Palme en outre avait été mandaté par l'ONU comme médiateur entre l'Iran et l'Irak. Il devait donc posséder des éléments sur ce trafic et poursuivre en justice ce groupe d'industriels.

Le réseau Gladio Structure non officielle agissant au cœur des pays de l'OTAN, ce réseau a multiplié les actions pour contrecarrer les menées soviétiques et toutes actions soupçonnées de pro-communistes. Or Olof Palme plaidait pour une Europe du Nord dénucléarisée, projet qui entrait en conflit avec les objectifs de ce groupe qui recrutait massivement dans les groupuscules de droite, d'extrême droite et au sein des formations de police. Cette thèse expliquerait l'implication d'un groupe de policiers suédois d'extrême droite et les aberrations de l'enquête.

L'avenir[modifier | modifier le code]

L'une des leçons à tirer de l'acquittement de Christer Pettersson par la cour d'appel est que dans cette affaire, les dépositions des témoins n'auront pas été suffisantes, et que des preuves matérielles auraient également été nécessaires. Il aurait par exemple fallu dans un premier temps disposer de l'arme du crime et être en mesure d'établir une relation entre cette arme et un suspect, et dans un deuxième temps établir une relation entre ce suspect et les lieux du crime. Plus de deux décennies après les faits, réunir de tels éléments apparait évidemment des plus difficile.

Selon la loi précédemment en vigueur, le crime aurait dû être prescrit 25 ans après les faits, à savoir en 2011. À la suite d'un amendement promulgué en janvier 2010, l'assassinat d'Olof Palme, de même que les autres crimes non-élucidés considérés comme particulièrement graves, ne peuvent plus bénéficier d'une prescription.

L'assassinat dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Kjell Sundvall (en) a réalisé un film en 1998, Sista kontraktet (en), qui traite de l'assassinat de Palme et prétend qu'une conspiration est derrière ce meurtre.

Leif G. W. Persson décrit dans son livre Mellan sommarens längtan och vinterns köld (paru en 2002) un meurtre qui rappelle dans son ensemble celui de Palme. Dans un autre roman, Faller fritt som i en dröm, paru en 2007, il parle de l'enquête.

Dans le journal fictif Bert och bacillerna (paru en 1997), écrit par Anders Jacobsson et Sören Olsson, Bert et sa classe sont désagréables avec le remplaçant, Håkan Kelnius, qu'ils appellent aussi le Terroriste. Bert écrit dans son journal qu'il croit que Håkan Kelnius a tué Palme[26]

Dans l'album Eliten på Grafiten de Roger Sjöstrom, la chanson Törnrosa traite de l'assassinat de Palme et de la piste policière.

Le groupe de rap Looptroop Rockers (en), dans leur morceau « Jag sköt Palme » (« J'ai tué Palme »), chante « Det var jag som sköt Palme och satte Christer i klistret » (« C'est moi qui ai tué Palme et ai mis Christer en difficulté »).

Dans le troisième volet de la saga Millenium, l'assassinat de Olof Palme est évoqué par un des personnages, membre de la Säpo, la police de sécurité suédoise.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes de traduction
  1. Ce paragraphe contient des éléments issus des articles Sucksdorffsvapnet (sv) et Mockfjärdsrevolvern (sv).
  2. Ces informations sont issues de l'article Christer Pettersson (sv).
  3. Ces informations ont été ajoutées pour clarifier les propos du procureur.
  4. On peut s'interroger sur la pertinence de cette remarque. Gunnarsson est né en 1953. Saïgon est tombé en 1975.
SOU 1999:88

En 1994, le gouvernement suédois met en place une commission d'évaluation de l'enquête sur l'assassinat du premier ministre Olof Palme. Cette commission remet son rapport définitif en 1999. Ce rapport est connu sous la référence SOU 1999:88. [(sv) lire en ligne]

  1. p. 170
  2. p. 147-148
  3. p. 148
  4. p. 173-181
  5. p. 151-152
  6. p. 157
  7. p. 909
  8. p. 893
  9. p. 847-848
  10. p. 252-253, 255
  11. p. 961-966
  12. p. 253
  13. p. 255
  14. p. 981
  15. p. 705
  16. p. 738
  17. p. 718
  18. p. 158
  19. p. 163
  20. p. 740
  21. p. 749
  22. p. 750
  23. p. 754
  24. p. 755, 767
  25. p. 755, 770
  26. p. 756, 777
  27. p. 757
  28. p. 550-551
  29. p. 552
  30. p. 637-554
  31. p. 275-276
  32. p. 418-419
  33. p. 624-
  34. p. 637
  35. p. 636
  36. p. 479
Autres références
  1. a et b (sv) Kjell Rynhag/TT. 130 har erkänt Palme-mordet. Göteborgs-Posten. 21 février 2011.
  2. (sv) Jan Ström. Ekots extrasändning vid Olof Palmes död. Sveriges Radio. 1er mars 1986.
  3. (sv) Birger Nylén. Vasaloppet borde vara nationaldag. Dalarnas Tidningar. 2 mars 2007.
  4. (sv) Anders Haraldsson. Mockfjärdsrevolvern för rostig. Svenska Dagbladet. 28 mai 2007.
  5. (sv) Jan Olsson, Ulf Åsgård. Mordet på Olof Palme. Brottsanalys. Gärningsmannaprofil. Cité dans SOU 1999:88 p. 847 et suivantes.
  6. (sv) Bo Sandberg, Christer Skogwik. Palmeutredningen – en revisionell bedömning. Cité dans SOU 1999:88 p. 33 et suivantes p. 892 et suivantes.
  7. (sv) Johan Nordström. Leif GW sågar Palmegruppen. Aftonbladet. 21 février 2011.
  8. (sv) Claes Borgström. Rättegången om mordet på Olof Palme : en advokats analys. Rabén & Sjögren. 1991. ISBN 91-29-61551-8. p. 114.
  9. (sv) Claes Borgström. Rättegången om mordet på Olof Palme : en advokats analys. Rabén & Sjögren. 1991. ISBN 91-29-61551-8. p. 117.
  10. (sv) Claes Borgström. Rättegången om mordet på Olof Palme : en advokats analys. Rabén & Sjögren. 1991. ISBN 91-29-61551-8. p. 92.
  11. (sv) Claes Borgström. Rättegången om mordet på Olof Palme : en advokats analys. Rabén & Sjögren. 1991. ISBN 91-29-61551-8. p. 96-98.
  12. (sv) Claes Borgström. Rättegången om mordet på Olof Palme : en advokats analys. Rabén & Sjögren. 1991. ISBN 91-29-61551-8. p. 41.
  13. (sv) Claes Borgström. Rättegången om mordet på Olof Palme : en advokats analys. Rabén & Sjögren. 1991. ISBN 91-29-61551-8. p. 49-52.
  14. (sv) Anders Hellberg. Epileptiskt anfall bakom Christer Petterssons död. Dagens Nyheter. 30 septembre 2004.
  15. (sv) Anders Leopold. Ett verk av diktaturers kreatur och satans mördare. Leopoldreport. 9 janvier 2011.
  16. (sv) Striptease. Sveriges Television. 27 avril 1994.
  17. (sv) Olle Minell. Vad döljer sig i de hemliga Palmedokumenten? Proletären. 15 septembre 2010.
  18. (sv) Olle Minell. Hittar vi Palmes mördare i Stockholms Försvarsskytteförening? Proletären. 1er octobre 2010.
  19. (sv) Frank Baude. Mordet på Palme och polisspåret: en vitbok. Kommunistiska partiet marxist-leninisterna (revolutionärerna). 1989. ISBN 91-7384-043-2.
  20. (sv)Lars Olof Lampers. Poliskonspirationen. Sveriges Television. Rapport. 23 février 2006.
  21. (sv)Anders Johansson, Eric Tagesson. GW: Palme mördades av en polis. Aftonbladet. 22 février 2011.
  22. (sv) Lambertz starkt kritisk mot Palmeutredning. Sveriges Radio. 6 octobre 2012.
  23. (sv) Richard Aschberg. PKK lejde skytten. Aftonbladet. 29 avril 1998.
  24. (sv) Gunnar Wall. Mordgåtan Olof Palme. Bokförlaget Semic. 2010. ISBN 978-91-552-5756-9.
  25. (sv) J.O. Sundberg. Palmemordet 1: "Det var Ustasja!". Aftonbladet. 27 juin 2006.
  26. (sv) Anders Jacobsson et Sören Olsson, Bert och bacillerna, Rabén & Sjögren 1997, chap.  21 novembre, p.  42-44.

Liens externes[modifier | modifier le code]