Abbaye Saint-Pierre de Baume-les-Messieurs

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Abbaye Saint-Pierre de Baume-les-Messieurs
Image illustrative de l'article Abbaye Saint-Pierre de Baume-les-Messieurs

Ordre Bénédictin, Clunisien
Fondation 869 (première mention connue)
Fermeture 1792
Diocèse Archidiocèse de Besançon (actuellement Diocèse de Saint-Claude)
Personnes liées Bernon
Style(s) dominant(s) Roman, Gothique
Protection Logo monument historique Classé MH (1862)
 Inscrit MH (1929, 1933)
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Franche-Comté
Département Jura
Commune Baume-les-Messieurs
Coordonnées 46° 42′ 26″ N 5° 38′ 54″ E / 46.707222, 5.648333 ()46° 42′ 26″ Nord 5° 38′ 54″ Est / 46.707222, 5.648333 ()  

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Abbaye Saint-Pierre de Baume-les-Messieurs

L'Abbaye Saint-Pierre de Baume-les-Messieurs est une ancienne abbaye bénédictine située dans la région de Franche-Comté, sur le territoire de la commune de Baume-les-Messieurs, dans le département du Jura.

Les premières mentions de Baume datent du IXe siècle, au moment où se restaure un ancien monastère sous la direction de l'abbé Bernon venu de Gigny qui partira ensuite de Baume en 909-910 pour fonder la grande abbaye bourguignonne de Cluny. D'abord « Mère de Cluny », Baume en deviendra, non sans conflits, la fille au XIIe siècle.

Appelée « Baume-les-Moines » jusqu'au XVIIIe siècle et dédiée à Saint-Pierre, l'institution sera longtemps prospère et constituera l'une des plus importantes abbayes de Franche-Comté avant de tomber en commende au XVIe siècle et de décliner en se sécularisant au XVIIIe siècle puis de disparaître à la Révolution. Les bâtiments conservés (église, résidence de l'abbé, maisons cononiales, cours avec fontaine…) datent de différentes périodes et témoignent d'une implantation monastique marquante dans un site typiquement jurassien de reculée.

Situation géographique[modifier | modifier le code]

L'abbaye de Baume-les-Messieurs est située à l'extrémité d'une étroite vallée glaciaire creusée dans le premier plateau jurassien, au confluent de ruisseaux nés dans les alvéoles de la reculée : le Dard (qui naît aux Grottes de Baume) et la Seille dont la vallée conduit à Voiteur, non loin de Lons-le-Saunier : la rivière navigable sur une partie de son cours rejoint ensuite la Saône au sud de Tournus, à une trentaine de kilomètres de Cluny dont la congrégation a eu fortement partie liée avec l'abbaye jurassienne[1]. L'abbaye, isolée au commencement, est depuis longtemps jouxtée par le village de Baume-les-Messieurs.

Historique[modifier | modifier le code]

Les origines[modifier | modifier le code]

Les traditions attribuent la fondation de Baume soit à saint Lothain, l'un des Pères du Jura, ou à saint Colomban[2]. Toutefois ces attributions sont erronées, la première attribution à saint Colomban nous vient de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny au XIIe siècle. Cette attribution semble une invention tardive de Cluny, afin de donner des origines prestigieuses à Baume, qui est elle-même à l'origine de la fondation de Cluny de par son premier abbé : Bernon. Enfin l'attribution à saint Lothain ne remonte qu'au XIXe siècle siècle et ne repose que sur le contexte géographique[3]. Toutefois les recherches archéologiques menées dans le chœur de l'église abbatiale, ont mis au jour des vestiges de l'abbaye remontant à la période mérovingienne, mais il faut attendre 869 pour avoir la première mention, attestée, de Baume comme étant une « cella » (petit établissement monastique) qui est confiée en 890 par le roi de Provence Louis III l'Aveugle à l'abbaye de Château-Chalon

Le Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Nef de l'église Saint-Pierre.

l'abbé Bernon de l'abbaye de Gigny pour la rendre conforme à la règle de saint Benoît. Celui-ci quittera Baume avec quelques moines en 909-910 pour fonder l'abbaye de Cluny ce qui fera de Baume, avec Gigny, la « mère » de la grande abbaye bourguignonne.
Le développement de l'abbaye de Baume-les-Messieurs est ensuite mal connu mais son importance est déjà grande à la fin du XIe siècle alors que l'église abbatiale[4] (qui sera remaniée par la suite) est érigée sous les abbatiats de Bernard Ier (1067-1083) et Alberich (1104-1139). Au XIIe Baume, protégée par les comtes de Bourgogne, contrôle huit prieurés et soixante-cinq églises, surtout dans le sud-ouest du diocèse de Besançon mais aussi à Dole, Quingey et Besançon. Riche entre autres de possessions de vignes sur les coteaux du Jura, d'exploitations de sel à Lons-le-Saunier ou encore de moulins sur les rivières comme la Seille, l'abbaye reste prospère jusqu'au XVe siècle malgré des conflits avec l'ordre clunisien. Baume-les-Moines (c'est son nom jusqu'au XVIIIe siècle) doit faire soumission à Cluny, elle est même réduite au rang de prieuré de Cluny en 1147 par le pape Eugène III[5]. L'empereur Frédéric Barberousse accepte cette soumission en 1153 mais obtient plus tard le rétablissement de son rang d'abbaye et Baume portera de 1157 à 1186 le titre d'« abbaye impériale ». Après les conflits d'autorité religieuse, la papauté réitère en 1189-1191 la soumission de Baume à Cluny en accordant quelques points de satisfaction à l'abbaye comme son rang éminent dans l'ordre clunisien ou une certaine liberté dans le choix de ses abbés et la confirmation en 1202-1204 du titre d'abbaye[6]: L'abbaye toujours à la recherche d'une plus grande autonomie aura aussi par la suite des différends avec l'archevêque du diocèse de Besançon[7]. Elle devient cependant l'une des plus importantes abbayes de Franche-Comté du XIIe au XVIe siècle.

Des moines aux chanoines[modifier | modifier le code]

Baume-les-Messieurs en 1787.

Avec la fin de la période médiévale, le fonctionnement de l'abbaye évolue drastiquement, dans un premier lieu, l'abbaye tombe en commende au XVe siècle. Mais c'est surtout au XVIIe siècle, suite à la Guerre de Dix ans (épisode comtoise de la Guerre de Trente ans) qu'un important chamboulement est apporté à la vie monastique. Certainement suite aux dégâts causé par la guerre, plusieurs bâtiments communautaires de l'abbaye sont abandonnées, conduisant les religieux à vivre en indépendance dans des maisons individuelles. Parallèlement, l'abbaye devient aristocratique, 16 quartiers de noblesse sont exigés. Mais il faut attendre la sécularisation, par une bulle papale de 1759, pour officialiser la situation. Ainsi les moines, qui respecte la règle de saint Benoit, deviennent des chanoines, qui vivent en séculier (vive dans le siècle en opposition à régulier, suivant une règle monastique).
Cette évolution se répercute sur le toponymie du village, Baume-les-Moines devient alors Baume-les-Messieurs (En 1763 Jean-Joseph Expilly la nomme encore « Baume-les-Moines »)[8]. Les revenus de l'abbaye sont encore en place dans la deuxième moitié du XVIIIe s. comme la dîme dont se plaignent les habitants de Velesme (aujourd'hui Velesmes-Essarts près de Quingey, dans le département du Doubs) dans les Cahiers de doléance en 1789 « nous sommes les seuls qui payons aux abbés de Baume une dîme d’une gerbe et demie par journal de grains dont nos terres sont emplantées »[9].

La Révolution et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Le chapitre de Baume est supprimé à la Révolution, les maisons canoniales, devenuesBiens Nationaux, ont été vendues, en 1793, à des privées, essentiellement des habitants du village, alors que la collégiale Saint-Pierre devient une église paroissiale. Suite à ces bouleversements, plusieurs transformations ont été apportées aux différents bâtiments, les plus notable sont la disparition du cloître (démolie en 1806 et vers 1860) et la démolition partiel de l'escalier monumentale du logis abbatial (seul le palier subsiste).

L'église Saint-Pierre fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862. Certains autres bâtiments bénéficient de protections aux monuments historiques : Le logis abbatial bénéficie d'un classement depuis le 26 septembre 1929, les façades et toitures des bâtiments de l'ancienne abbaye d'une inscription depuis le 8 mars 1933, l'étage supérieur et le rez-de-chaussée des bâtiments de l'ancienne abbaye d'une inscription depuis le 2 août 1933[10].

Les bâtiments[modifier | modifier le code]

Les bâtiments ont été plusieurs fois modifiés à la suite de dévastations ou d'incendies[11] : L'abbaye se développe autour de trois cours. L'ensemble a été vendu comme Bien national à la Révolution en 1793 et classé monument historique en 1849. Le conseil général du Jura est aujourd'hui propriétaire d'une partie des bâtiments.

l'église[modifier | modifier le code]

L'église est du XIe siècle, de style romane avec une grande nef (45 m de long et près de 14 m de haut). Plusieurs modifications furent apportées durant la période gothiques (portail, voûte et chœur).

La cour abbatiale[modifier | modifier le code]

Bâtiment abbatial.

La première cour, est entourée de bâtiments dont les façades datent du XVIe siècle, exception faite de l'église (XVe siècle) et du donjon (XIIIe siècle).

La façade qui borde l'entré de l'église abrite à l'étage le logis abbatial (résidence de l'abbé). L'accès à ces appartements se faisait par un escalier symétrique du XVIIe siècle, qui fut grandement endommagé à la Révolution.

Au rez-de-chaussée de ce bâtiments se trouve plusieurs salle, dont l'une voûtée du XIIIe siècle, certainement un ancien cellier qui abrite aujourd'hui un restaurant[12].

La cour est bordée par d'autres bâtiments du XVIe siècle, la tour de justice et l’hôtellerie.

La cour du cloître[modifier | modifier le code]

Cour du cloître : Bâtiment abritant la salle capitulaire et le dortoir.
Fontaine de la cour du cloître.

Le cloître était placé dans une seconde cour, mais fut détruit au XIXe siècle, plusieurs arcs de ce dernier sont toujours visibles sur les façades de la cour. La fontaine du cloître du XVIe siècle, orne toujours le centre de la cour.
Le cloître distribuait plusieurs salles qui l'entouraient. Au nord l'église, dont l'accès se fait par deux portes, à l'est la salle capitulaire du XIIIe siècle, dont les trois travées furent cloisonné. l'une d'elles est actuellement le passage vers la troisième cour. à l'étage se situait le dortoir.
Au sud était placé le réfectoire qui fut séparé en plusieurs logement à partir du XVIIe siècle. Enfin à l'est se situe un autre cellier.

La cour des chanoines[modifier | modifier le code]

Une dernière cour est entourée des appartements canoniaux, datant du XVIIIe siècle, période durant laquelle l'abbaye a été sécularisée (ce sont alors des chanoines qui desserrent l'église devenue collégiale et non plus des moines) [13].

Mobiliers[modifier | modifier le code]

L'abbaye de Baume-les-Messieurs abrite un mobilier riche, essentiellement conservé dans l'église.

Statuaire[modifier | modifier le code]

L'église contient un ensemble de statuaire bourguignonne du XVe siècle[14]. Elles sont principalement le fruit du mécénat de l'abbé Aimé de Chalon (1389-1432). Ces sculptures proviennent de trois origine, soit du tombeau de l'abbé (saint Michel psychopompe), ou de l'autel majeur (statue de saint Jean) ou du jubé (Vierge Marie et Marie Madeleine). Certaine de ses sculptures, notamment le Saint Michel, sont attribuées au grand sculpteur bourguignon Claus de Werve[15]. Le portail de l'église abrite une autre sculpture bourguignonne représentant Dieu (le père ou le fils), il a été commendité par l'abbé Henri de Salin (1440-1450). Cette sculpture était à l'origine encadrée de deux autres sculptures représentant saint Paul et saint Pierre (saints patrons de l'ordre clunisien). Ces deux sculptures sont aujourd'hui conservées dans l'église de Granges-sur-Baume[16]. Un enfeu du transept du XVIe siècle conserve une mise au tombeau de la même période mais qui a été malheureusement endommagée à la Révolution.

Le retable[modifier | modifier le code]

Retable flamand du XVIe siècle.

Un célèbre retable flamand du XVIe siècle est conservé dans le chœur. Il a été offert à l'abbaye par la ville de Gand (en Belgique actuelle) en 1525 sous l'abbatiat de Guillaume de Poupet. Il est de grandes dimensions (3 m de haut sur 5,4 m de large). Il représente en 25 panneaux de bois taillés, peints et dorés la vie du Christ[2]. On y trouve aussi dans l'église les tombeaux en marbre de Renaud de Bourgogne comte de Montbéliard, de Gérard de Vienne et d'Alix de Villars, sa femme[17], de Gauthier de Vienne, seigneur de Mirebel. L'église conserve également plusieurs tableaux des XVIe siècle et XVIIe siècles comme une Vierge à l'enfant avec Saint Guillaume, Saint Benoît et le donateur Guillaume Poupet[18].

Liste des abbés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF] Carte Natura 2000 des Reculées de la Haute Seille
  2. a et b http://www.besac.com/tourisme-besancon/abbaye-saint-pierre-de-baume-les-messieurs/598.htm
  3. Locatelli et Alii, 1978
  4. Marie-Laure Bassi, Sébastien Bully, Laurent Fiocchi et Eliane Vergnolle , « L’église Saint-Pierre de Baume-les-Messieurs (Jura) », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne] , 12 | 2008, mis en ligne le 9 avril 2009, Consulté le 29 mai 2011. DOI : 10.4000/cem.6312
  5. Sur les chemins de la perfection : moines et chanoines, René Locatelli - 1992 page 388 Lire en ligne
  6. L'ordre de Cluny à la fin du Moyen Âge – Denyse Riche, page 311 Lire en ligne
  7. L'ordre de Cluny à la fin du Moyen Âge – Denyse Riche, page 312
  8. « Pour être reçu Moine dans cette Maison on est obligé de faire preuve de Noblesse de quatre générations tant du côté paternel que du côté maternel » Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules… Volume 1, Par Jean-Joseph Expilly, p. 482 Lire en ligne
  9. http://www.racinescomtoises.net/?Cahier-de-doleances-de-Velesmes
  10. « Ancienne abbaye », base Mérimée, ministère français de la Culture
  11. http://www.patrimoine-de-france.org/uvres/richesses-36-11433-79709-M15349-197215.html
  12. http://www.gothique-restaurant.com/
  13. http://fr.structurae.de/structures/data/index.cfm?id=s0013036
  14. http://www.patrimoine-de-france.org/uvres/richesses-36-11433-79722.html#fiche
  15. S. Roser 2003.
  16. S. Roser, 2003.
  17. http://www.patrimoine-de-france.org/uvres/richesses-36-11433-79722-P215657-197270.html
  18. http://www.patrimoine-de-france.org/uvres/richesses-36-11433-79720-P214196-197234.html

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René Locatelli, et alii., L'abbaye de Baume-les-Messieurs. Besançon, Marque-Maillard, 1978.
  • Sandrine Roser, L'art à l'abbaye de Baume-les-Messieurs dans la première moitié du XVe siècle , Thèse de doctorat sous la direction d'Eliane Vergnolle, Université de Franche-Comté, 2003.
  • L'Abbaye de Baume les Messieurs Franche-Comté Itinéraires Jurassiens, Centre jurassien du Patrimoine Lons le Saunier. Ed 2004
  • "Cluny", Dossiers de l'Archéologie, 2002, Ed Faton Quetigny.
  • L'ordre de Cluny à la fin du Moyen Âge – Denyse Riche (1991, Université de Saint-Étienne) Lire en ligne
  • Sur les chemins de la perfection: moines et chanoines dans le diocèse de Besançon -1060-1220 René Locatelli (1992 Université de Saint-Étienne) Lire en ligne

Liens externes[modifier | modifier le code]