Fort de chariots

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Représentation d'un Wagenburg.
Monument en bronze sur le site de la bataille de Blood River, représentant grandeur nature les chariots boers dans leur formation du laager.

Le fort de chariots est une tactique militaire mise au point par Jan Žižka (1370-1424), chef des guerres des Hussistes consistant à s'abriter derrière des chariots de ferme convertis en chariots de guerre. Appelé Vorozá hradba en tchèque (« mur de chariots ») ou Wagenburg en allemand (« fort de chariots ») ou tabor, elle a été employée au XVe siècle leur permettant de résister des croisades menées contre eux en Bohême et dans l'est de l'Europe. On retrouve cette tactique au XIXe siècle en Afrique australe durant les guerres des Boers (notamment au cours de la bataille de Blood River) — où ils sont appelés en afrikaans laager mot issu du néerlandais leger signifiant « armée » ou « camp » — et en Amérique du Nord lors de la conquête de l'Ouest par les colons européens.

Emploi pendant les guerres hussites[modifier | modifier le code]

Ziska fait construire des chariots spécialement équipés[1]. Des madriers sont installés pour protéger la tête des défenseurs installés dans les chariots, l'espace entre les roues est fermé par des planches[1]. Ces chariots sont disposés en cercle ou en carré serré, reliés par des chaines, dans l'espace entre les chariots, protégées par des pavois, sont disposées des bombardes[1]. Ces "forts" sont quelquefois renforcés par un fossé sommaire dont la terre extraite sert de remblai pour protéger les roues[1]. À l'intérieur des chariots les hommes sont équipés de haquebutes, l'ancêtre des [|mousquet]]s[1]. L'ensemble est protégée par des fantassins, principalement des paysans de Bohême, armés de hallebardes, fauchards ou fléaux d'armes[1].

Lors de la dizaine d'engagements entre les Hussites et les armées impériales, ils se révèlent quasi imprenables[1]. Ainsi lors de la bataille d'Ústí nad Labem (appelée aussi bataille d'Aussig, juin 1426), les 500 chariots de guerre hussites résistent aux 20 000 soldats dont 5000 cavaliers et 180 pièces d'artillerie des croisés allemands[1].

Emplois ultérieurs[modifier | modifier le code]

Les Polonais qui y avaient été confrontés l'adoptent pour contrer les raids des Cosaques[1], puis le fort de chariots est utilisé par les Turcs[1]. Les troupes ottomanes de Sélim Ier l'utilisent ainsi (appelé Tâbur çengi) lors de la bataille de Tchaldiran en août 1514 pour venir à bout de la cavalerie perse des Séfévides[1]. En avril 1526, cette tactique est utilisée par Babur, le conquérant turc de l'Inde, lors de la bataille de Panipat, au nord de Delhi, pour battre l'armée du sultan Ibrahim Lodi et sa puissante artillerie et ses éléphants de guerre[1]. Dans ses mémoires, Baburnama, Babur déclarera s'être inspiré du pays des Rums (les habitants de l'Europe qui pour lui désignent les Turcs)[1].

Les progrès de l'artillerie de campagne et sa plus grande mobilité au XVIIe siècle rendent l'usage du fort de chariots caduque en Europe[1]. Mais il sera encore utilisé par la suite quand il faut faire face à des opposants ne disposant pas d'une telle artillerie. Cela sera le cas lors de conquêtes européennes en Amérique du Nord (conquête de l'Ouest) et en Afrique australe où les Boers utilisent largement une variante, le laager (mot afrikaans issu du néerlandais leger signifiant « armée » ou « camp ») dans leur conquête du territoire[1]. Ainsi le 16 octobre 1836, une quarantaine de famille de fermiers Boers sont attaqués à Vegkop par 3000 guerriers Ndébélés, sur le bord cours supérieur du fleuve Orange. Le cercle de chariots, protégé par des buissons épineux et des peaux de bœuf tendus entre les roues, résiste à l'attaque: 430 des assaillants sont tués contre seulement 2 du coté des Boers[1]. De nouveau, deux ans plus tard, le 18 décembre 1838, la tactique du laager montre son efficacité : 500 Boers et 300 métis, sous le commandement d'Andries Pretorius, résistent à 15 000 Zoulous, en tuant près de 5000, dans ce qui sera appelé la bataille de Blood River.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p Éric Tréguier, « La Guerre oublié : les Hussites , premiers feux de la Réforme », Guerres & Histoire, no 31,‎ , p. 77 et 78