Style troubadour

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Troubadour (homonymie).
René d'Anjou chez Palamède de Forbin, Pierre Révoil, v. 1827.

Le style troubadour est un mouvement artistique tendant à reconstituer par les différents arts, une atmosphère idéalisée du Moyen Âge et de la Renaissance. Il peut apparaître comme une réaction au mouvement néoclassique qui se termine avec le Consulat.

Histoire[modifier | modifier le code]

Raffael et La Fornarina, Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1814.

La redécouverte de la civilisation médiévale est l'une des curiosités intellectuelles du début du XIXe siècle. Ce passé imprégnait l'Ancien Régime depuis les institutions et leurs rites (Le costume du sacre datait du XVIe siècle) jusqu'aux vieilles églises des cérémonies familiales.

En exhumant les restes des rois, en mettant « sur le marché » une multitude d'objets, d'œuvres d'art, d'éléments d'architecture médiévale, les révolutionnaires leur redonnèrent vie, si l’on ose dire. Le Musée des monuments français, établi dans l'ancien couvent qui deviendra l'École des beaux-arts de Paris en 1820, fait, de tous ces glorieux débris du Moyen Âge, autant de sujets d'admiration pour le public et de modèles d'inspiration pour les élèves des sections de gravure, peinture et sculpture (mais pas ceux d'architecture puisque son enseignement avait été dissocié des Beaux-Arts et réuni à celui de l'École centrale des travaux publics sous la direction de J N L Durand, promoteur de l'architecture néoclassique sévère qui caractérise le style de la Convention et du Consulat. C'est plus tard, à partir de la Restauration et sous l'impulsion de Quatremère de Quincy et de Mérimée, qu'une nouvelle tradition d'enseignement de l'architecture se reconstitue aux Beaux-Arts, en marge de l'école officielle déclinante, à partir d'ateliers privés qui comportaient des architectes diocésains travaillant pour les monuments historiques, qui donneront naissance à la fondation de la Société Centrale des Architectes et qui rendront possible en architecture l'expression du style troubadour.

La résurgence du sentiment chrétien dans sa dimension artistique, avec la parution en 1800 du Génie du Christianisme, joua un grand rôle en faveur d'une peinture, d'une sculpture et d'une littérature édifiantes souvent inspirées par la religion.

Artistes et écrivains rejetèrent le rationalisme néo-antique de la Révolution et se tournèrent vers un passé chrétien glorieux. Les progrès de l'histoire et de l'archéologie accomplis au cours du XVIIIe siècle portent leurs fruits, en premier, dans la peinture. Paradoxalement ces peintres du passé ignorent les primitifs de la peinture française, trouvant leur style trop académique et pas assez anecdotique.

Napoléon lui-même ne dédaignait pas ce courant : il avait pris comme emblème le semis d'abeilles d'or retrouvé au XVIIe siècle sur la tombe du roi mérovingien Childéric, et se voyait bien comme un continuateur de la royauté française. Une sorte de reconnaissance officielle du Moyen Âge fut opérée par la cérémonie du Sacre de Napoléon. Reprenant l'usage des rois de France (mais à Paris), le futur empereur tenta de reprendre à son profit les usages royaux : peut-être même dans ses manifestations miraculeuses, Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa d'Antoine-Jean Gros a été lue comme une version réactualisée des Rois thaumaturges.

Littérature[modifier | modifier le code]

C'est en France avec l'adaptation et la publication à partir de 1778 des anciens romans de chevalerie par le comte de Tressan (1707-1783) dans la Bibliothèque des romans, mais surtout un peu avant en Angleterre, que l'intérêt du public pour le Moyen Âge commence à se manifester dans la littérature, notamment avec les premiers romans fantastiques, comme le Château d'Otrante, qui inspirèrent à la fin du XVIIIe siècle des écrivains français comme Donatien de Sade avec son Histoire secrète d'Adélaïde de Bavière, reine de France. Ensuite, c'est la traduction en français à partir de 1820 et l'immense succès des romans de Walter Scott comme Ivanhoé, Quentin Durward.

Peinture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Peinture de style troubadour.

Sculpture[modifier | modifier le code]

Félicie de Fauveau (1802-1886).

Architecture[modifier | modifier le code]

On observe au XVIIIe siècle un engouement pour l'architecture médiévale, issu de l'Angleterre ou fleurit le style néogothique, mais qui, en France reste limité à certaines fabriques féodales que l'on trouve dans des parcs de châteaux.

Après sa disparition en peinture, le style troubadour semble se poursuivre, ou renaître dans l'architecture, les arts décoratifs, la littérature et le théâtre. L'Abbotsford House, construite en Écosse à partir de 1800 par Walter Scott, est l'archétype des châteaux néo-gothiques ou néo-Renaissance mélangeant des éléments d'architecture récupérés et des pastiches.

Édifices troubadours[modifier | modifier le code]

Arts décoratifs du style Troubadour[modifier | modifier le code]

Chaises du cabinet gothique de la Comtesse d'Osmond, Jacob-Desmalter vers 1817-1820, Petit Palais, Paris

Le style Troubadour trouve l'une de ses plus justes représentations dans les intérieurs privés français : les meubles et objets en tous genres, de la pendule au dé à coudre envahissent les salons, principalement entre 1820 et 1830. Le style continuera cependant à séduire jusqu'à la fin du XIXe siècle.

On trouve des précurseurs notables au style Troubadour dès la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle : entre 1788 et 1792, l'ébéniste Pierre-Antoine Bellangé livre au comte Esterhazy quatre chaises en bois doré "en la forme gothique". Quelques années plus tard, sous l'Empire, Jacob-Desmalter s'inspire du mobilier anglais et exécute, entre autres, une paire de prie-dieu en 1810 "dont le dossier était découpé en forme gothique" pour la chapelle du Petit-Trianon de l'Impératrice Marie-Louise[2]. Le style Troubadour dans les arts décoratifs ne s'étendra cependant à la noblesse et à la bourgeoisie que dans les années 1820, notamment à travers les magasins de curiosités parisiens comme l'Escalier de Cristal, le Coq Saint-Honoré, le célèbre magasin de curiosités du tabletier Alphonse Giroux, ou encore Le Petit Dunkerque Pour ce qui est du mobilier, il conserve son aspect classique et confortable, typique de l'époque de la Restauration. C'est la forme qui change et non pas le fond: le répertoire décoratif évolue, fait de nombreuses influences (chinoise, japonaise, orientale, anglaise ou encore gothique, par exemple), mais est apposé sur une forme convenue, héritée du XVIIIe siècle français. On se contentera de "substituer aux éléments classiques des dossiers, grilles ou colonnettes, une arcature ogivale sommée d'un trilobé. Puis on prendra de l'assurance et, vers 1828, on inscrira dans l'arc ogival du dossier tout un fenestrage lancéolé, fleuri de ramages, sans exemple dans le passé."[3] On peut parler de "la dernière phase du Classicisme"[4]. L'ornement, tant sur le meuble que sur l'objet, est donc au centre de la préoccupation des artisans : héraldique fantasque[5], couleurs osées, licornes et chimères se mêlant aux décors gothico-renaissance, motifs végétaux encadrant troubadours, chevaliers et preuses... Ce sont ces mélanges qui déterminent le style Troubadour dans les arts décoratifs français.

En 1824, à l'Exposition des Produits de l'Industrie, le style Troubadour triomphe déjà. Le roi Charles X lui-même achète quelques-uns de ces meubles curieux.[6] "L'antiquaille nationale impose ses patriotismes étranges" constate, ironique, Henri Bouchot.[7] Dès le début des années 1820, la comtesse d'Osmond née Aimée Destillières, fait construire en son hôtel particulier deux pièces dans le style Troubadour.[8] Rapidement détruites, ces pièces, un salon et un cabinet, sont tout de même connues par deux aquarelles, d'Auguste Garneray et d'Hilaire Thierry[9]. Le Petit Palais à Paris conserve du cabinet de la comtesse une paire de chaises, réalisées par l'ébéniste Jacob-Desmalter, qui représente à lui seul un exemple révélateur du style Troubadour dans le mobilier.

Marie-Caroline, Duchesse de Berry passera de nombreuses commandes dont certaines demeurent parmi les plus belles pièces du style Troubadour. C'est le cas d'un coffret commandé à la manufacture de Sèvres et réalisé par Jean-Charles François Leloy[10] en 1829. La forme du coffret rappelle les reliquaires et châsses gothiques que la duchesse et le dessinateur avaient pu observer dans les collections médiévales religieuses de la Couronne. Pour les appartements de la Duchesse aux Tuileries, Jacob-Desmalter livre en 1821 une "table gothique en bois d'ébène destinée à recevoir des vues du château de Rosny peintes par Isabey" et "une table ornée d'un dessin de Thierry comportant des ornements et des ogives gothiques découpées dans la masse du bois."[11] La Duchesse ne se contente pas de commander des pièces aux plus grands artisans du moment, elle court aussi les magasins de nouveautés, "où elle fait ample moisson d'objets d'art, bronzes, pendules, meubles et bibelots d'esprit gothique que le romantisme a remis à la mode"[12]. Marie-Caroline donne également plusieurs bals, dont l'un des plus célèbres demeure le quadrille de Marie Stuart en 1829, immortalisé par les aquarelles d'Eugène Lami et d'Achille Devéria. La parure qu'arbore la Duchesse contient des miniatures représentant les personnages illustres du Moyen Âge et de la Renaissance et sont exécutées pas Eugène Lami.

On peut considérer qu'Eugène Viollet-Le-Duc, bien plus tard, sera l'un des derniers représentants du style Troubadour en architecture et en arts décoratifs, comme en témoigne le mobilier complet dessiné pour le château de Pierrefonds dans les années 1860-70.

  • Paire de chaises du cabinet de la comtesse d'Osmond, Jacob-Desmalter vers 1817-1820, Paris, Petit Palais
  • Parure de la Duchesse de Berry pour son costume de Marie Stuart, 1829, Musée des Arts Décoratifs de Bordeaux
  • Paire de vases Fragonard dits d'Agnès Sorel et de Charles VII, décor d'evaristo Fragonard vers 1825, Cité de la Céramique, Sèvres
  • Coffrets de toilette de la Duchesse de Parme, vers 1847, Musée d'Orsay, Paris
  • Pendule Francçois Ier et la Reine de Navarre, d'après Fleury Richard, vers 1843, Musée des Arts Décoratifs, Paris
  • Horloge au troubadour, de style Empire, 1810, par Masure (horloger) à Étampes
  • Service à chocolat Du Gesclin, Manufacture de Sèvres, carton Alexandre-Évariste Fragonard (1780-1850)
  • Buffet d'orgue, Basilique de Saint-Nicolas-de-Port, Joseph Cuvillier (1801-1893) facteur d'orgue à Nancy, 1848 d'après dessin de Désiré Laurent

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Hôtels et Demeures de Toulouse et du Midi toulousain" Auteurs : Guy Ahlsell de Toulza, Louis Peyrusse et Bruno Tollon . Editions Daniel Briand
  2. In Le siège français, Madeleine Jarry, Paris 1973
  3. In Guillaume Janneau, Le mobilier Français, Paris 1942
  4. In Vaslav Husarski, Le style Romantique, Paris 1931
  5. Le statut du blason dans la société romantique du début du XIXe siècle est en pleine transition. "Ce n'est plus l'héraldique vivante et structurée de l'Ancien Régime. Ce n'est pas encore l'héraldique savante telle qu'elle va renaître en Allemagne puis en France deux décennies plus tard" explique Michel Pastoureau, In Une histoire symbolique du Moyen Âge, Paris 2004
  6. Une table à ouvrage en bouleau gris, "forme gothique, incrustations en palissandre et ivoire" livrée par le tabletier Hippolyte Chabert, une chaise "gothique en bois de citron avec filets en amarante" et un fauteuil "gothique en palissandre" réalisé par Grohé.
  7. In Henri Bouchot, Le luxe français, chapitre VIII, Maisons de tenue recherchée, Paris 1892
  8. Construit par Alexandre-Théodore Brongniart, l'hôtel d'Osmond s'élevait sur l'actuel emplacement de l'Opéra Garnier. D'un style purement néoclassique, l'intérieur fit jaser Paris par son luxe.
  9. Actif entre 1800 et 1825
  10. Actif entre 1818 et 1844 à la manufacture de Sèvres
  11. Voir les archives nationales du château de Rosny, 371/AP/8
  12. In Marie-Laure Hillerin, La Duchesse de Berry, l'oiseau rebelle des Bourbons, Paris 2010

Sources littéraires[modifier | modifier le code]

Ouvrages de recherches[modifier | modifier le code]

  • Aux sources de l'ethnologie française, l'Académie celtique, 1995, Nicole Belmont. Cet ouvrage retrace la naissance à partir du milieu du XVIIIe siècle de l'engouement pour les monuments de l'architecture et de la littérature prémodernes (Moyen Âge, Haut Moyen Âge et Barbare) et le commencement d'un nouveau travail d'inventaire et d'études qui est différent de celui des bénédictins de Saint-Maur.

Ouvrages et articles de référence[modifier | modifier le code]

  • François Pupil, Le style troubadour ou la nostalgie du bon vieux temps, Nancy, Presses universitaires de Nancy, , 560 p. (ISBN 2-86480-173-6, notice BnF no FRBNF34836102, présentation en ligne), [présentation en ligne].
  • Jocelyne Missud-Juramie, « Une bibliothèque oubliée : le genre troubadour », Babel. Littératures plurielles, no 6, 2002, mis en ligne le 12 juin 2012, [lire en ligne].
  • Elsa Cau, Le style troubadour, l'autre Romantisme, éd. Gourcuff Gradenigo, Paris 2017, 152 p.

Architecture[modifier | modifier le code]