Politique à Cuba

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Fidel Castro en 2003.
Raúl Castro en 2008.

Cuba, officiellement la République de Cuba (es : República de Cuba), se définit constitutionnellement comme étant un État socialiste, guidé par les principes énoncés par José Martí et les idéaux politiques de Marx, Engels et Lénine. La constitution cubaine définit le Parti communiste de Cuba comme « la force dirigeante supérieure de la société et de l'État, qui organise et oriente les efforts communs vers les hautes fins de la construction du socialisme et la marche en avant vers la société communiste »[1].

Le pouvoir législatif et constituant relève de l'Assemblée nationale du pouvoir populaire. Celle-ci élit les membres du Conseil d'État qui peut notamment adopter des décrets-lois lorsque l'Assemblée ne siège pas. Le pouvoir exécutif relève du conseil des ministres. Le président du Conseil d'État est de droit Chef de l'État, président du conseil des ministres et commandant en chef des forces armées révolutionnaires. Ces fonctions sont actuellement occupées par l'actuel premier secrétaire du Parti communiste, Raúl Castro. Ce dernier a succédé à son frère Fidel Castro qui dirigeait auparavant le pays depuis la Révolution cubaine de 1959.

Le Parti communiste de Cuba[modifier | modifier le code]

L'actuel Parti communiste de Cuba fut constitué en 1961, deux ans après la révolution cubaine, à la suite de la fusion du Mouvement du 26 juillet de Fidel Castro, du Parti socialiste populaire - le PCC originel fondé en 1920 - et du Directoire révolutionnaire du 13 mars. D'abord nommé Organisation révolutionnaire intégrée puis Parti unifié de la révolution socialiste cubaine, il adopte son nom actuel en 1965. Fidel Castro fut le premier secrétaire du Parti de sa fondation jusqu'au 19 avril 2011, date à laquelle lui succéda son frère Raúl Castro. Le parti comporte une organisation de jeunesse appelée Union des jeunes communistes.

Le Parti communiste de Cuba a longtemps gouverné en tant que parti unique et seule la presse officielle est autorisée. En 1992, une réforme de la constitution a réaffirmé le caractère socialiste de l’État ; en revanche les références idéologiques au marxisme-léninisme ont cédé la place aux liens géopolitiques avec l’Amérique latine et les Caraïbes[2]. Des partis d'opposition ont été autorisés, mais comme le Parti communiste, n'ont pas la permission de présenter des candidats aux élections; leur droit à l'expression politique demeurerait sévèrement contrôlé et leurs tentatives de se livrer à des activités publiques seraient systématiquement suivies ou précédées de mesures d'intimidation, voire d'arrestations de leurs militants selon Juan José Lopez[3]. Granma, journal officiel du Parti communiste, affirme qu'à Cuba, « il n'y a pas d'opposition mais une contre-révolution stimulée et payée »[4].

Le système électoral[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Élections à Cuba.

L'inscription sur les listes électorales est universelle et gratuite pour tous les Cubains âgés de 16 ans révolus, et disposant de leurs droits civiques (les personnes souffrant d'une maladie mentale et les condamnés ne peuvent pas voter)[5].

Il existe trois types d'élections au suffrage universel : les élections municipales, les élections provinciales, et les élections législatives. Théoriquement, à aucun moment de ces élections le Parti communiste n'a le droit de désigner lui-même des candidats[6] ; dans les faits, l'ensemble des candidats sont issus du PCC[7]. Les personnes autorisées à participer aux scrutins sont sélectionnées par la Commission nationale de candidature, qui est composée de membres de la Centrale des travailleurs de Cuba (CTC), de la Fédération des femmes cubaines (FMC) et des Comités de défense de la Révolution (CDR) (trois organisations contrôlés par le Parti communiste cubain)[8]. La CNC effectue ses choix sur la base de critères comme l'« éthique » et le « patriotisme » des candidats, et leur « histoire révolutionnaire »[9].

Il est interdit aux candidats aux trois paliers de gouvernement de mener campagne pour leur propre compte[10] et les élections ne sont l'objet d'aucun enjeu[7]; seules les biographies des candidats sont affichées par les Commissions électorales aux endroits publics[10],[11]. Selon Olivier Dabène, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales, il s'agit d'«un exercice de démocratie sans pluralisme[7]».

Les élections à l'Assemblée municipale ont lieu tous les deux ans et demi dans chacune des 169 communes. Chacune des communes est divisée en 30 à 200 circonscriptions selon le nombre d'habitants; chacune envoie un ou deux délégués à l'Assemblée municipale[12]. La loi impose depuis 1992 qu'il y ait au moins deux candidats pour chaque siège à combler à l'Assemblée municipale. Les Comités de défense de la révolution (CDR) convoquent les assemblées d'investiture où les candidats sont désignés par les électeurs à main levée[8].

Les Assemblées municipales désignent la moitié des candidats aux élections provinciales ; les Assemblées provinciales désignent elles-mêmes la moitié des candidats aux élections législatives. La Commission nationale de candidature désigne les autres candidats aux élections provinciales et législatives parmi des personnalités issues du sport, de la culture, de la science, etc[13].,[6]. En tout, un seul candidat est proposé par siège à pourvoir[8]. La liste est ensuite transmise à l'Assemblée municipale, qui doit valider chacune des candidatures. Si l'un des noms est refusé, la Commission des candidatures doit proposer une autre personne. Tous les candidats sont ensuite présentés à la population[réf. nécessaire].

Ensuite a lieu le scrutin proprement dit, qui se fait au suffrage universel direct à majorité absolue (50% + 1). Traditionnellement, les urnes sont gardées par les enfants des écoles, et le dépouillement est public[réf. nécessaire]. Les électeurs peuvent approuver un groupe de candidats - 2 à 5 - se présentant pour un nombre identique de sièges dans leur circonscription[8]. Ils peuvent voter pour un seul candidat, pour plusieurs ou pour aucun[14]. Les électeurs peuvent aussi mettre une croix dans le cercle central de leur bulletin de vote pour approuver tous les candidats, ce qui est encouragé par la propagande électorale[8].

À l'issue des élections générales, les 1 200 délégués des 14 Assemblées provinciales et les 609 députés de l'Assemblée nationale sont renouvelés.

Les organes politiques[modifier | modifier le code]

L'Assemblée nationale du pouvoir populaire[modifier | modifier le code]

À la suite de la révolution cubaine de 1959, la République de Cuba fut dépourvue de Parlement jusqu'au milieu des années 70. La première législature du nouveau Parlement nommé Assemblée nationale du pouvoir populaire est issue des élections législatives qui se sont tenues en 1976 après la ratification de la Constitution de 1976.

Selon l'article 69 de la Constitution, l'Assemblée nationale du pouvoir populaire est l'organe suprême du pouvoir de l'État, et le seul organe disposant à la fois de pouvoirs législatifs (voter les lois) et constituants (modifier la Constitution). Elle est composée de 609 députés élus pour 5 ans et responsables devant leurs électeurs. Elle se réunit au moins deux fois par an en session ordinaire. Après son renouvellement, l'Assemblée élit son président (actuellement Esteban Lazo), son vice-président, et son secrétaire. Aucun des députés n'est payé pour sa fonction; ils continuent à exercer leur vie professionnelle. Ils peuvent être révoqués par leurs électeurs si ceux-ci jugent qu'ils n'assurent pas convenablement leur fonction.

L'Assemblée élit parmi ses députés le Conseil d'État. Elle désigne également le Conseil des ministres, dont les membres peuvent être choisis en dehors de l'Assemblée. Les juges du Tribunal suprême, le plus haut organe judiciaire, sont aussi élus par les députés.

Dans les faits, l'Assemblée nationale du pouvoir populaire ne fait qu'approuver après coup les décisions prises par le Conseil d'État et le Conseil des Ministres[8],[15].

Le Conseil d'État[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conseil d'État (Cuba).

Le Conseil d'État est l'organe de l’Assemblée nationale qui la représente entre deux sessions. Formé de 31 membres, il représente l'État cubain sur le plan national et international. Il est habilité, entre autres, à déterminer la tenue de sessions extraordinaires de l’Assemblée nationale, à fixer la date des élections en vue du renouvellement, et à faire des décrets-lois entre deux sessions de l'Assemblée.

Le Conseil d'État se compose comme suit :

  • Un président ;
  • Un premier vice-président ;
  • Cinq vice-présidents ;
  • Un secrétaire ;
  • 23 autres membres[1].

Le président du Conseil d'État, actuellement Raúl Castro, est, conformément à la Constitution, également chef de l'État et chef de gouvernement[1].

Suite au renouvellement du , 17 des 31 membres (55%) du Conseil d'État y siègent pour la première fois. Parmi tous les membres, 41,9% sont des femmes, 38,6% sont noirs ou métis et 61,3% sont nés après la Révolution cubaine[16].

Le Conseil des Ministres[modifier | modifier le code]

Le Conseil des ministres est le gouvernement de Cuba, il est dirigé par le président du Conseil d'État. Il est chargé d'organiser l'ensemble de la politique intérieure et extérieure du pays selon les orientations décidées par l'Assemblée nationale.

Le Tribunal suprême populaire[modifier | modifier le code]

Le Tribunal suprême populaire ainsi que les autres tribunaux institués par la loi rendent la justice au nom du peuple. En vertu de l'article 121 de la Constitution, ils sont indépendants mais sont «subordonné[s] sur le plan hiérarchique, à l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire et au Conseil d’Etat». Les juges peuvent être révoqués par l'organe politique qui les a désignés[1].

L'Assemblée nationale élit les juges, dont le président et les vice-présidents, du Tribunal suprême populaire. Le Conseil d'État peut, à travers le Conseil de gouvernement du Tribunal suprême populaire, donner des instructions générales aux tribunaux[1].

À Cuba, les avocats sont des employés de l'État. Selon Amnesty International, cela pourrait porter atteinte au droit à la défense, car les avocats des accusés pourraient hésiter à confronter les procureurs et à questionner les preuves soumises par les institutions de sécurité[17].

Assemblées municipales et provinciales[modifier | modifier le code]

Signature de Fidel Castro

Les Assemblées locales sont considérées comme les organes supérieurs du pouvoir de l'État dans leur province ou leur commune. Elles s’occupent de diriger les entités liées aux secteurs économique, de la production et des services qui sont directement de leur[Quoi ?]

Comités de défense de la révolution[modifier | modifier le code]

Emblème des Comités de défense de la révolution.

Fondés en 1960, les comités de défense de la révolution (CDR) sont un réseau de surveillance locale de la population doté de responsabilités multiples. Chacun de ces comités est dirigé par un Président nommé par le Parti communiste[18],[19]. Aux dires de Fidel Castro, ils forment un «système de vigilante révolutionnaire collective qui permet à chacun de connaître chacun, de savoir ce que font les autres, ce à quoi ils se consacrent, qui ils rencontrent, quelles sont leurs activités[20]». Les CDR forment la «clef de voûte de l'édifice totalitaire» cubain[21] : «Si les CDR disparaissent, le régime s'écroule[15]».

Selon les médias cubains, les comités de défense de la révolution ont pour but de défendre Cuba des actions du Pentagone et de la CIA[22],[23]. Exerçant une surveillance de jour comme de nuit[15], ils garantiraient par ailleurs la sécurité de tous, en prévenant le gangstérisme et le trafic de drogue, problèmes qui touchent particulièrement les États-Unis et l'Amérique latine[23].

Les CDR jouissent d'un grand nombre de compétences : alphabétisation, vaccination, hygiène, gestion des déchets et du recyclage, lutte contre la prostitution, lutte contre le gaspillage énergétique, règlement des conflits conjugaux, regroupement en lieu sûr des citoyens en cas de cyclone, lutte pour l'élimination du moustique infecté par la dengue, etc[22],[24],[8] En matière politique, les CDR sont aussi responsables d'encourager les citoyens à participer aux élections et de les mobiliser en vue des manifestations[15]. Il n'est pas obligatoire d'être membre d'un CDR[22], mais ne pas participer à ses activités peut vous rendre suspect aux yeux des autorités[20] et rendre beaucoup plus difficile l'obtention d'un emploi auprès d'un centre de travail[22]..

Il existe un comité de défense de la révolution par pâté de maisons[réf. souhaitée]. En 2015, les comités de défense de la révolution sont constitués de 135 519 unités avec 8 millions de membres sur les 11 millions d’habitants de Cuba[23].

Ils sont communément appelés les « trompetas » (les balances) car ils sont notamment chargés de rapporter les faits et gestes des habitants. Les opposants dénoncent : « un système de surveillance continu et oppressant, notamment par l’organisation de patrouilles de nuit et un réseau d’informateurs ». Par contre les proches du régime rappellent que les cederistas ont « participé aux campagnes d’alphabétisation, de vaccination contre la polio et à la mise en place de la distribution de nourriture à la suite de l'embargo américain ». Selon eux, ils sont aujourd'hui un des garants de la sécurité de Cuba. Ils répondent aux critiques du régime comme celles par exemple des Dames en blanc (épouses et sœurs de prisonniers politiques)[24].

L'armée et la police cubaines[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Forces armées cubaines.

Les généraux cubains contrôlent les secteurs-clés de l'économie cubaine : Gaviota est entre les mains de Luis Pérez Rospide alors que le Groupe d'administration des entreprises (Gaesa) est sous l'influence de Julio Casas Regueiro[25]. Depuis la Révolution, Raúl Castro est le ministre des forces armées révolutionnaires (Minfar). Le général Abelardo Colomé Ibarra s'occupe du ministère de l'Intérieur (Minint), dont dépendent la police politique (« sécurité de l'État ») ainsi que les troupes spéciales. La politique sécuritaire étant renforcée par l'existence des Comités de défense de la révolution, organisations de masse liée au Parti communiste cubain. L’armée cubaine, appelée Forces armées révolutionnaires, est forte de 50 000 hommes[26].

Dictature ou « démocratie participative »?[modifier | modifier le code]

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Articles détaillés : Dictature et Démocratie directe.

La politique cubaine est souvent source de polémique notamment au niveau de sa nature démocratique ou dictatoriale, présidentielle ou parlementaire, tolérante ou autoritaire.

Perçue comme étant un régime à parti unique par des pays tels que la France[27] et les États-Unis[28], Cuba est assimilée par la plupart des observateurs à une dictature, constat qui est partagé entre autres par des journalistes[29],[30],[31],[32],[33] et des organisations non gouvernementales de défense des droits de l'homme telles que la Fédération internationale des droits de l'homme[34],[35]. Cuba est placée en 2010 parmi les «régimes autoritaires» au sein du classement de l'indice de démocratie, recevant en 2010 une note globale de 3,52 sur 10 et se classant au 121e rang parmi 167 pays étudiés[36].

Pour le professeur Pierre Vayssière et le journaliste Olivier Languepin, l'ordre constitutionnel mis en place en 1976 a fait de Cuba un système politique pyramidal d'inspiration soviétique[8],[15]. L'historien Pierre Rigoulot décrit le régime des deux premières décennies suivant la Révolution comme étant un «système totalitaire» où les opposants étaient jetés en prison ou dans des camps, camps créés au début des années 60 et qui ne disparurent qu'au début des années 1980[37]. Pour Alain Abellard, le régime castriste est une version « tropicale » des anciens régimes du Bloc de l'Est[38], dirigée par un homme, Fidel Castro, qui aux dires de Tad Szulc est un « dictateur impitoyable » « qui a trahi la démocratie libérale au nom de laquelle il avait rallié des millions de Cubains à sa cause »[39].

Pour les partisans du système politique cubain mis en place depuis 1959, la politique menée à Cuba est un modèle pour l'« Amérique des pauvres » (l'Amérique latine)[réf. nécessaire]. Selon eux, Cuba est une démocratie car le président du Conseil d'État, qui est à la fois Chef d'État et chef du gouvernement, est élu par les députés de l'Assemblée nationale qui sont eux-mêmes élus par vote direct de la population[40].

La fondation France Libertés dirigée par Danielle Mitterrand refuse d'assimiler le régime cubain à une dictature. Pour Danielle Mitterrand notamment, Cuba représenterait une « authentique idée de la liberté »[38]. Pour sa fondation, la situation au niveau de l'éducation, comme de la couverture médicale est remarquable pour cette zone géographique et ne permet pas de présenter Fidel Castro comme un despote indifférent au sort de son peuple[réf. nécessaire]. Dans les faits, le système de santé cubain décline depuis la fin du soutien soviétique. On note notamment un manque d’équipements médicaux modernes et de médicaments, dû à la rareté des devises disponibles pour en acheter auprès d’autres États[41]. En ce qui a trait à l'éducation, Cuba se situe au troisième rang mondial pour l'alphabétisation avec un taux de 99,8 % en 2015 selon le PNUD[42] et de 99,7 % selon L'État du monde 2007[43], tandis que selon Pierre Vayssière, le taux d'analphabétisme serait passé, entre 1957 et 2005, de 24% à 45%[41]. D'autre part, l'UNICEF désigne Cuba comme le pays le plus avancé sur les droits des enfants dans la zone Amérique latine/Caraïbes et seulement devancé par le Canada dans tout l'hémisphère occidental[44].

Au-delà de ces considérations matérielles, pour les partisans du régime, Cuba se rapprocherait d'une « démocratie participative » (par opposition à une démocratie représentative telle que la France ou les États-Unis), et non d'une dictature[45]. Ainsi, le réseau des comités de défense de la révolution, foyers de discussion ouverts à tous les citoyens, permettrait de faire remonter directement les aspirations populaires jusqu'au sommet de l'État[18]. Par ailleurs, en vertu des articles 68 et 112 de la Constitution cubaine, dans tous les organes de l'État, « les élus sont dans l'obligation de rendre compte de leurs actes devant leurs électeurs » et « le mandat des délégués des Assemblées locales est révocable à tout moment » par les citoyens[1]. La Constitution reconnaît en outre le droit à l'initiative populaire. S'emparant de ce droit constitutionnel, des citoyens cubains présentèrent en 1998 une initiative législative nommée Projet Varela pour obtenir plus de droits (élections libres, libération des prisonniers politiques, liberté d'expression, etc.). Le gouvernement répliqua en 2002 par une contre-initiative, qui fut largement approuvée par référendum, stipulant que «le système socialiste est permanent et irrévocable»[46].

Situation des droits de l'homme[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Droits de l'homme à Cuba et Dissidence cubaine.

L'article 62 de la constitution de Cuba précise : « Aucune des libertés reconnues au citoyen ne peut être exercée contre les dispositions établies par la Constitution et la loi, ni contre l'existence et les objectifs de l'État socialiste, ni contre la décision du peuple cubain de construire le socialisme et le communisme. L'infraction à ce principe est punissable »[1].

À plusieurs reprises, la Commission des droits de l'homme de l'Organisation des Nations unies a condamné Cuba pour le non-respect des droits de l'homme : par exemple en 1996 à la suite de la répression menée contre les dissidents[47] et le après l’arrestation de 75 opposants, jugés selon une procédure sommaire[47] pour avoir, selon le gouvernement cubain, reçu de l'argent de l'ambassade américaine dans le but de susciter des actes hostiles à Cuba[réf. nécessaire].

De nombreuses associations de défense de droits de l'homme comme Amnesty International ou Human Rights Watch dénoncent la répression exercée par le régime de Castro[48],[49]. En mars 2010, le parlement européen a voté à 90 % une résolution demandant à Cuba la libération des prisonniers d'opinion[50].

Les partisans de Fidel Castro contestent l'objectivité de ces rapports. Le journaliste français Salim Lamrani, prenant appui sur le rapport 2006 d'Amnesty International, déclare que la situation des droits de l'Homme à Cuba est bien meilleure que dans le reste de l'Amérique latine. En effet, selon le rapport, aucun cas de torture, d'assassinat ou de disparition politique n'aurait eu lieu à Cuba[51]. Adolfo Pérez Esquivel, artiste argentin et titulaire du prix Nobel de la paix en 1980, affirme que « Le discours sur les droits de l'homme à Cuba est purement idéologique et ne vise qu'à justifier le blocus de Washington. [...] À Cuba, il n'est pas d'enfants vivant dans la rue; santé et éducation sont gratuites. Les pays qui condamnent Cuba ne parlent pas de ces droits-là. »[52].

Controverse sur le respect des règles démocratiques[modifier | modifier le code]

Prisonniers politiques[modifier | modifier le code]

Selon un rapport publié le 10 janvier 2005 par la Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale (CCDHRN), 294 prisonniers politiques sont encore enfermés à Cuba, contre 327 début 2004. Selon ce rapport, en 2004, au moins 21 personnes ont été emprisonnées pour des motifs politiques. Il rappelle également que le gouvernement cubain continue de refuser l’accès aux prisons au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et à la Commission des droits de l'homme de l'ONU. Selon Le Livre noir du communisme, plus de 100 000 Cubains ont connu depuis 1959 les camps et les prisons en raison de leurs opinions, et de 15 000 à 17 000 personnes ont été fusillées[53].

Entre 1965 et 1967, des objecteurs de conscience (comme les témoins de Jéhovah), des homosexuels (comme Reinaldo Arenas) et des analphabètes, dispensés du port des armes, étaient envoyés à la place dans des Unité militaire d'aide à la production (UMAP) pour effectuer leur service militaire. C'est le cas du cardinal Jaime Ortega. Selon les détracteurs de ce système qui prit fin 18 mois après sa naissance, il s'agissait de camps de travail[25].

Selon les détracteurs du gouvernement cubain, plusieurs écrivains cubains ont été persécutés : peu de temps après la Révolution, le journal Lunes de Revolución fut interdit et ses écrivains homosexuels publiquement dénoncés et renvoyés[54]. Le dramaturge Virgilio Piñera est arrêté pour délit d'homosexualité en 1961[55] et son œuvre est censurée par le régime[56]. Selon Jacobo Machover, en 1971, le poète Heberto Padilla fut arrêté et emprisonné par la Sécurité de l’État et contraint de se livrer publiquement à son autocritique[55]. Il affirme également que María Elena Cruz Varela fut obligée d'avaler ses poèmes en présence de sa fille puis emprisonnée pendant deux ans (1991-1993)[55].

Liberté d'expression et de la presse[modifier | modifier le code]

Selon Amnesty International et Reporters sans frontières, de nombreux journalistes et opposants sont emprisonnés. En outre, la justice cubaine étant contrôlée par le gouvernement, plusieurs journalistes dissidents ont été emprisonnés sans avoir été jugés[57]. Le pays est classé 169 sur 180 pour le peu de liberté qu'il y est laissé à la presse par Reporters sans frontières[58]. L'objectivité de ce classement est toutefois remise en cause par Salim Lamrani[59].

Tous les médias à Cuba appartiennent à l'État, ils ne peuvent relevé d'aucune façon de la propriété privée, conformément à l'article 53 de la Constitution[1].Le principal quotidien cubain est Granma, l'organe de presse du Parti communiste tiré à 450 000 exemplaires. Ensuite vient Juventud rebelde, publié par l'UJC, qui publie entre autres des débats.

Toutefois, le fait que journalistes et dissidents aient réellement été enfermés pour « délit d'opinion » est sujet à controverse. En effet, la liberté d'opinion, d'expression et d'association est reconnue par l'article 54 de la constitution cubaine[1]. La raison invoquée pour leur condamnation existe dans les lois de tous les États démocratiques[réf. nécessaire] : « travail de concert avec une puissance étrangère dans l’objectif d’ébranler le Gouvernement cubain »[60]. Les dissidents condamnés ne sont pas accusés d'avoir une opinion divergente, mais d'avoir reçu de l'argent de l'ambassade américaine pour déstabiliser le régime et faciliter la mise en place du blocus. Selon plusieurs chefs d'État et spécialistes, ces pratiques d'ingérence seraient fréquemment utilisées par les États-Unis[61], par exemple par le biais de la National Endowment for Democracy (NED).

Internet et la censure[modifier | modifier le code]

L'ouverture d'une ligne internet est soumise à l'autorisation des autorités de l'île. L'utilisation d'internet ne doit pas « compromettre la sécurité d'État » ni aller contre « les lois et principes moraux du pays », des motifs suffisamment flous pour couper arbitrairement un accès à internet[62]. Cuba détient le taux d’accès à internet le plus bas d’Amérique latine[63]. Selon les détracteurs de Cuba, les cybercafés sont surveillés et trop coûteux pour la population. D'après eux, les clients seraient dans l'obligation de décliner leur identité[62]. La recherche de mots-clés jugés « subversifs » par le régime entrainerait la fermeture du programme[62]. Les dissidents tels que Guillermo Fariñas (qui a reçu le prix Cyberliberté de RSF en 2006) luttent pour la liberté d'expression et d'information sur internet. D'autre part, capter les chaînes étrangères de télévision reste interdit par le gouvernement[63].

Les Cubains sont peu équipés en matériel informatique (3,3 ordinateurs pour 100 habitants, c'est-à-dire l'un des taux les plus faibles du monde[62]) et il n'existe qu'un seul opérateur dans le pays, la société ETEC SA[62]. L'URSS fournissait à l'île l'essentiel de l'électricité dont elle avait besoin. Après la chute de l'Union soviétique, Cuba a donc dû faire face à de nombreuses coupures de courant. Le gouvernement a alors décidé de limiter au maximum la vente des appareils à haute consommation électrique, comme les téléviseurs, les micros-onde et les ordinateurs[64]. Cette interdiction a été levée en mai 2008, mais un ordinateur coute en moyenne 800 dollars, ce qui est hors de portée de la plupart des Cubains.

De même, le gouvernement peut expliquer la difficulté d'accès à internet par des raisons pratiques. En raison de l'embargo américain auquel est soumise l'île, le seul moyen pour Cuba d'accéder au réseau est de passer par le satellite, une pratique très coûteuse[65]. Pour parer à ce problème, Cuba et le Venezuela auraient entrepris en 2006 d'installer un câble sous-marin reliant les deux pays[66].

L'émigration cubaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Exode de Mariel.

1,7 million de Cubains soit 15 % de la population totale[25] vivent à l'étranger. Le comté de Miami-Dade est le principal foyer d'exilés[67] cubains dans le monde. En valeur absolue, l'émigration cubaine vers les États-Unis est la deuxième[68] ou la troisième[69] du continent américain derrière le Mexique et le Canada[70] mais la onzième en valeur relative, devant le Mexique en 1998 (taux d'émigration de 1,58 pour mille habitants pour Cuba contre 1,37 pour mille habitants pour le Mexique[71]), mais derrière sur la période 1991-1996.

Bilan des victimes du castrisme[modifier | modifier le code]

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De 1959 à aujourd'hui, la répression organisée par le régime castriste contre ses opposants a fait plusieurs milliers de morts.

Le recensement le plus scrupuleux[72] des victimes a été réalisé par l'association Cuba Archive[73]. Il s'agit d'un recensement nominatif : les noms, âges, dates de décès et circonstances des décès ont été répertoriés. Selon ce recensement, le bilan des victimes du castrisme depuis 1959 s'élève à 7062 morts au 31 décembre 2015[74], dont :

  • Fusillés par un peloton d'exécution : 3 116
  • Exécutions sommaires, sans jugement : 1 166
  • Disparus après arrestation : 23
  • Autres disparitions pour causes indéterminées, la plupart sans doute en tentant de fuir Cuba : 100
  • Grèves de la faim en prison : 18[75]
  • Morts en prison par négligence médicale ou manque de soins : 315
  • Suicides, la plupart en prison : 146
  • Civils victimes d'assassinats hors de Cuba : 12
  • Tentatives de fuite hors de Cuba (raison connues : noyades, déshydratations, explosions de mines, etc.) : 199
  • Tentatives de fuite hors de Cuba (raisons inconnues : disparus) : 811
  • Autres morts de nature politique : 317
  • Victimes de combats ou portés disparus au combat : 839

Le bilan total s'établit à 7062 morts au 31 décembre 2015.

Tous ces morts ne prennent pas en compte les dizaines de milliers de Cubains qui ont été emprisonnés, condamnés aux travaux forcés, torturés, etc.

Depuis l'accession au pouvoir de Raul Castro en 2006, le nombre de victimes s'élève précisément à 264 au 31 décembre 2015 selon l'association Cuba Archive qui en a établi la liste nominative[76] :

  • Disparus après arrestation : 2
  • Exécutions sommaires ou abattus : 34
  • Morts des suites d'une grève de la faim en prison : 6
  • Morts en prison par négligence médicale ou manque de soins : 98
  • Suicides, la plupart en prison : 52
  • Morts accident ou négligence en prison: 4
  • Tentatives de fuite hors de Cuba (morts et disparus) : 51
  • Autres causes : 17

Politique internationale[modifier | modifier le code]

Embargo[modifier | modifier le code]

Cette ingérence est condamnée chaque année par le gouvernement de Cuba devant l'ONU[77]. Une série de résolutions réaffirment la condamnation de ce blocus par la communauté internationale. Ainsi, en 2003, seuls Israël, les îles Marshall et les USA rejetèrent la résolution 58/7 des Nations unies sur la nécessité de mettre fin à l'embargo économique, commercial et financier imposé par les USA envers Cuba. 179 pays l'acceptèrent et deux s'abstenaient (Maroc et Micronésie)[78].

Les cinq de Miami[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire des cinq espions cubains.

Relations avec l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Le vendredi 11 mars 2016, Cuba et l'UE ont signé un accord de normalisation de leurs relations, avec la haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini[79]. Avec cet accord, l'UE abandonne la «position commune» de 1996.

L'accord concerne trois chapitres: le dialogue politique, la coopération et au dialogue concernant les politiques sectorielles, les échanges commerciaux et la coopération commerciale[80].

Après avoir eu un ambassadeur, l'UE cherche à normaliser ses relations diplomatiques à travers l'accord de dialogue politique et de coopération[81].

L'UE est le deuxième importateur de produits cubains après le Venezuela. Ces achats couvrent 835 millions d’euros. L'UE est aussi le premier exportateur de marchandises vers Cuba à hauteur de 1,8 milliard d’euros[81].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  70. Entre 1961 et 1970, 256 800 Cubains se sont installés sur le sol américain, 246 800 entre 1971 et 1980, 159 200 entre 1981 et 1990 selon le recensement des États-Unis de 2000
  71. En 1998, 131 600 Mexicains sur une population de 95,831 millions ont émigré aux États-Unis, soit 1,37 pour mille habitants ; 17 400 Cubains sur une population de 11,116 millions ont émigré aux États-Unis soit 1,56 pour mille habitants ; source : Recensement des États-Unis de 2000
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Jean Lamore, Au cœur de la révolution cubaine, acteurs et témoins, aux éditions ellipses, 2006 (ISBN 2-7298-3001-4)
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  • Hubert Matos, Et la nuit est tombée, Éd. Les Belles Lettres, Paris, 2006
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  • Grace Piney Roche, ed., Bienvenus à la transition, Éd. Aduana Vieja, Cadix, 2005 (ISBN 8-4930-5800-9)
  • Serge Raffy, Castro, l'infidèle, Éd. Fayard, Paris, 2003
  • Reporters sans frontières, L'Autre Voix cubaine, préface de Jean-Pierre Clerc, Arcanae Impressions-RSF, Paris, 1997
  • Reporter sans frontières, Cuba, le livre noir, Collection « Cahiers libres », Éditions La Découverte, 2004 présentation en ligne
  • Pierre Rigoulot, Coucher de soleil sur La Havane, Éd. Flammarion, Paris, 2007
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  • Jeannine Verdès-Leroux, La Lune et le caudillo, Éd. Gallimard, collection L'Arpenteur, Paris, 1989 (ISBN 2-0707-8018-X)
  • Pierre Vayssière, Fidel Castro, L'éternel révolté, Paris, Payot et Rivages, 2011
  • Juan Vives, El Magnífico. 20 ans au service secret de Castro, Éd. Hugo doc, Paris, 2005

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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