Mythe des ovnis du IIIe Reich

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Vue d'artiste d'un Haunebu, type d'ovni du IIIe Reich, tel qu'évoqué dans les écrits de George Adamski, Reinhold Schmidt (en), Howard Menger (en) et Stephen Darbishire.

Le mythe des ovnis du IIIe Reich ou mythe des ovnis nazis, ou encore la légende du V7, est un mythe ufologique selon lequel des ovnis auraient été construits en secret durant la période du Troisième Reich en Allemagne ou par la suite dans des bases secrètes, en particulier en Antarctique. Apparu dès le début des années 1950 dans les milieux nazis et néonazis sur fond de croyance en la survie du IIIe Reich, ce mythe a connu depuis des enrichissements successifs dans le cadre d'une propagande visant à séduire en jouant sur l'attrait pour l'ufologie et les théories du complot.

Naissance du mythe (années 1950-1960)[modifier | modifier le code]

L'idée selon laquelle les soucoupes volantes seraient des armes secrètes, inventées par le IIIe Reich et cachées en mai 1945 en Arctique, en Antarctique ou en Afrique du Sud, apparaît dès le début des années 1950 dans certains cercles nationalistes allemands[1]. Le mythe trouve alors ses racines dans la croyance selon laquelle Hitler aurait survécu à la défaite et se serait réfugié en Antarctique[2].

Le lien entre les soucoupes volantes et de prétendues révélations selon lesquelles les ingénieurs nazis auraient effectué des recherches dans ce domaine, est rapidement affirmé[3]. Dans une interview publiée par Der Spiegel, un ancien officier de la Luftwaffe, le capitaine Rudolf Schriever, déclare avoir conçu les plans d'un engin à décollage vertical[4]. Lorsqu'une compagnie canadienne annonce en 1953 la mise au point d'un engin volant circulaire, un autre ingénieur allemand, Georg Klein, ancien fonctionnaire du Ministère du Reich pour l'Armement et les Munitions, soutient que ce genre de réalisations était déjà courant sous le IIIe Reich, avec en particulier un engin mis au point par un ingénieur du projet de missile V2, Richard Miethe[5].

Erich Halik, proche de Wilhelm Landig et membre de son groupe dédié à l'ariosophie, publie entre 1951 et 1955, dans le magazine ésotérique autrichien Mensch und Schicksal, une série d'articles reliant en particulier le mythe des soucoupes volantes nazies opérant à partir d'une base secrète en Antarctique au « témoignage » de rencontres extraterrestres de George Adamski. Il suscite peu d'échos dans l'immédiat, mais fixe un des motifs récurrents du mythe : les soucoupes volantes seraient un élément clé de plans nazis destinés à permettre la poursuite du conflit après la défaite[6]. Dans le même ordre d'idées, un livre paru en 1955 en Afrique du Sud décrit un engin à réaction dénommé « V-7 » qui serait celui mis au point par Richard Miethe et dont un exemplaire serait tombé entre les mains de l'URSS[7].

Le mythe est également relayé à la fin des années 1950 par la littérature de plus en plus importante sur le thème des armes secrètes nazies, avec en particulier les écrits de Rudolf Lussar et d'un ingénieur italien, Renato Vesco[8].

Enfin, dans les années 1960, Michael X. Barton publie une série de livres soutenant qu'Hitler s'était réfugié en Argentine et que les ingénieurs nazis continuaient à développer la technologie des soucoupes volantes en Amérique du Sud, en Afrique du Sud et en Antarctique[8].

Les éléments clés du mythe à cette époque restent les prouesses technologiques du nazisme et l'idée de sa survie, caché dans des bases secrètes de l'Antarctique et d'Amérique du Sud[9]

Développement du mythe (années 1970)[modifier | modifier le code]

Les années 1970 voient l'enrichissement du mythe des soucoupes volantes nazies en particulier à l'initiative de Wilhelm Landig et de l'éditeur et écrivain néonazi Ernst Zündel (sous le pseudonyme de Christof Friedrich)[10]. Il s'agit essentiellement, pour la propagande néonazie, de tirer profit de la vogue de ces thèmes et de toucher de nouveaux publics en présentant un IIIe Reich réécrit sous un angle nouveau, séduisant et coupé de son histoire réelle[11].

Le mythe au temps du New Age (années 1980-1990)[modifier | modifier le code]

Dans les années 1990, des auteurs comme Miguel Serrano, Norbert Jürgen-Ratthofer, Ralf Ettl et Jan van Helsing remettent le mythe au goût du jour en le reliant aux croyances ariosophes, aux théories du complot et aux mythes New Age[12].

Persistance du mythe au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Bien que le géologue et océanographe à l'Université de Cambridge Colin Summerhayes ait publié en 2007 dans la revue Polar Review un article[13] expliquant pourquoi le mythe est sans fondements, celui-ci continue à avoir ses partisans et même à faire régulièrement l'objet d'articles dans la presse[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joseph Altairac, « Un mythe technologique : la légende du V7 », dans Scientifictions. La revue de l'imaginaire scientifique, Amiens, Encrage, coll. « Interface » (no 2), , 254 p. (ISBN 2-906389-84-6, présentation en ligne), p. 29-134.
  • Stéphane François et Emmanuel Kreis (préf. Jean-Bruno Renard, postface Jean-Pierre Laurant), Le complot cosmique : théorie du complot, ovnis, théosophie et extrémisme politique, Milan / Paris, Archè, coll. « Histoire et métahistoire » (no 4), , 109 p. (ISBN 978-88-7252-299-8, présentation en ligne).
  • (en) Joscelyn Godwin, Arktos : The Polar Myth in Science, Symbolism, and Nazi Survival, Londres, Thames & Hudson, , 260 p. (ISBN 0-500-27713-3, présentation en ligne).
  • Nicholas Goodrick-Clarke, Soleil noir : cultes aryens, nazisme ésotérique et politiques de l'identité, Rosières-en-Haye, Camion blanc, coll. « Camion noir », , 411 p. (ISBN 978-2-910196-65-3), chap. 8 (« OVNIs nazis, Antarctique et Aldérabran »), p. 277-313.
  • (en) Kevin McClure, « Phoney Warfare : A First Investigation of the Nazi UFO Mythos », Fortean Studies, Londres, John Brown Publishing, vol. 7,‎ (lire en ligne).
  • (en) Manfred Nagl, « SF, Occult Sciences, and Nazi Myths », Science Fiction Studies, Greencastle (Indiana), SF-TH Inc, vol. 1, no 3,‎ , p. 185-197 (JSTOR 4238861).
  • Theo Paijmans, « Les précurseurs littéraires du mythe des OVNIS nazis », La Gazette fortéenne, Paris, les éditions de l'Œil du Sphinx, vol. V,‎ , p. 383-387 (ISBN 2-914405-77-4, ISSN 1636-466X).
  • (en) Peder Roberts, « The White (Supremacist) Continent : Antarctica and Fantasies of Nazi Survival », dans Peder Roberts, Lize-Marié van der Watt et Adrian Howkins (dir.), Antarctica and the Humanities, Londres, Palgrave Macmillan, coll. « Palgrave Studies in the History of Science and Technology », , XXV-312 p. (ISBN 978-1-137-54574-9), p. 105-124.
  • (en) Colin Summerhayes et Peter Beeching, « Hitler's Antarctic base : the myth and the reality », Polar Record, vol. 43, no 224,‎ , p. 1-21 (DOI 10.1017/S003224740600578X, lire en ligne).
  • (en) Werner Suppanz, « Nazis in Space : Distant Worlds as Projection Screen of Cultural Memory », communication prononcée lors du colloque Space in Europe, Europe in Space : Symposium on 20th-Century Astroculture, 7 février 2008, Center for Interdisciplinary Research, University of Bielefeld. NASA History Division newsletter News & Notes, vol. 25, no 2, 2008, p. 1-12, présentation en ligne.
  • (en) James J. Ward, « Nazis on the Moon ! Nazis under the Polar Ice Cap ! And Other Recent Episodes in the Strange Cinematic Afterlife of the Third Reich », dans Cynthia J. Miller et A. Bowdoin Van Riper (dir.), Horrors of War : The Undead on the Battlefield, Rowman & Littlefield Publishers, , 336 p. (ISBN 978-1-4422-5111-3), p. 53-71.
  • (en) James J. Ward, « Utterly without Redeeming Social Value ? « Nazi Science » beyond Exploitation Cinema », dans Daniel H. Magilow, Elizabeth Bridges, Kristin T. Vander Lugt (dir.), Nazisploitation ! The Nazi Image in Low-Brow Cinema and Culture, Continuum Publishing Corporation, , 336 p. (ISBN 978-1-4411-8359-0), p. 92-112.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]