Marthe Robin

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Marthe Robin
Image illustrative de l’article Marthe Robin
Marthe Robin.
Vénérable
Naissance 13 mars 1902
Châteauneuf-de-Galaure
Décès (à 78 ans) 
Châteauneuf-de-Galaure
Nationalité française
Ordre religieux Tiers-Ordre franciscain

Marthe Robin, née le à Châteauneuf-de-Galaure (Drôme) et morte dans la même ville le , est une mystique catholique française, fondatrice des Foyers de Charité, connue pour des phénomènes supposés tels que des visions religieuses, des stigmates et de l'inédie que certains observateurs médicaux attribuent à l'expression d'un trouble psychique de type hystérique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

La ferme Robin.

Marthe Robin naît le 13 mars 1902 dans la Drôme, au hameau des Moïlles, lieu-dit « La Plaine », dépendance de Châteauneuf-de-Galaure, village d'environ 1 200 habitants. Elle est la sixième et dernière enfant de Joseph-Michel Robin et d'Amélie-Célestine Chosson[1], mariés en 1889, qui exploitent une ferme dans laquelle travaille l'ensemble de la famille.

En , Marthe est atteinte de la fièvre typhoïde, maladie qui emporte sa sœur Clémence et atteint d'autres membres de sa famille, dont son frère et l'une de ses sœurs qui en garderont des séquelles. Elle-même échappe de peu à la mort « sans que l'on sache le poids que cet épisode aura sur sa santé future. »[2],[3].

Ses parents sont catholiques mais pratiquent peu[4],[5]. Marthe Robin reçoit cependant une éducation chrétienne. Elle suit le catéchisme, fait sa première communion à l'âge de 10 ans, puis sa communion solennelle deux ans plus tard[6]. Elle fréquente l'école communale jusqu’à l’âge de 13 ans. Elle suit le cours complémentaire, mais ne passe pas le certificat d’études primaires. Elle aide à la ferme familiale. Elle est décrite par les témoins de l'époque comme « une fille intelligente, joyeuse, ouverte et taquine »[7],[8].

Maladie[modifier | modifier le code]

D'après Bernard Peyrous[9] qui reprend les éléments de l’enquête diocésaine de , Marthe Robin tombe malade à l'âge de 16 ans le . Les médecins qui l’examinent pensent à une tumeur cérébrale. Elle tombe dans un coma de quatre jours. Elle sort de cette phase aiguë et semble se rétablir pendant quelques semaines. Mais la maladie progresse, la maintenant partiellement paralysée. Elle a des troubles de la vue, jusqu’à la perte de la vision pendant quelques mois. En avril-, elle connaît une nouvelle phase de rémission, qui sera plus tard suivie, selon Bernard Peyrous, de plusieurs crises, jusqu’à la paralysie définitive des membres inférieurs, à partir de [10], puis selon le docteur Sallier de Saint-Uze qui l'examine, les bras et les mains à partir de février 1929[11].

Elle reste dans la ferme familiale, où ses proches s’occupent d’elle. Elle vit douloureusement l’incompréhension de son entourage, y compris celle de sa famille[12]. Ses problèmes de locomotion, mais aussi une hypersensibilité à la lumière l’obligent à rester recluse, dans une chambre peu éclairée[8].

L’enquête diocésaine et un examen complet fait, en , par deux médecins de Lyon (Jean Dechaume, professeur à la faculté de médecine de Lyon et André Ricard, chirurgien)[13] donnent une interprétation de sa maladie. Il semble qu’elle ait été atteinte d’encéphalite léthargique[14], ou maladie de Von Economo, c’est-à-dire d’une inflammation des centres nerveux.

Vie spirituelle[modifier | modifier le code]

L’épreuve de la maladie commencée en affermit sa foi chrétienne. Elle essaie de la vivre avec patience, tente de se rendre utile, fait des travaux de couture pour aider sa famille. En , elle écrit un acte d’abandon et d’amour à la volonté de Dieu[15].

Marthe Robin est souvent associée aux mouvements du renouveau charismatique par ses nombreuses rencontres auprès de fondateurs. Cette proximité trouve ses fondements dans le développement de la notion de Pentecôte d'Amour dont elle a l'intuition dès 1936 et qui doit "déferler sur le monde" après un renouveau de l'Église. Cette intuition est à l'origine de la création des Foyers de Charité. Pour Marthe Robin, l’évangélisation ne doit pas être seulement l’œuvre des prêtres et des religieux, mais aussi des laïcs, ce que la constitution Lumen Gentium issue du concile Vatican II appellera le « sacerdoce commun des fidèles ». Dans le dialogue avec Jean Guitton dans Portrait de Marthe Robin[16], celui-ci pose la question à Marthe Robin : « Marthe, vous parlez d’une Pentecôte d’amour. Comment vous représentez-vous cette Pentecôte d’amour ? ». Réponse de Marthe : « Oh ! pas du tout sous une forme extraordinaire. Je la vois comme paisible, comme lente. Je pense qu’elle se fera petit à petit, peu à peu. Je pense même qu’elle a déjà commencé. Quant à l’avenir, vous savez qu’on me prête beaucoup d’idées sur l’avenir. Je ne sais rien, sauf une chose : que l’avenir c’est Jésus. ».

Cette intuition sur la Pentecôte d'Amour conduit Pierre Vignon à voir une parenté spirituelle entre Marthe Robin et la mystique Marie des Vallées (1590-1656)[17].

Phénomènes mystiques[modifier | modifier le code]

Cette vie spirituelle s’est aussi traduite, d’après plusieurs auteurs[18],[19],[20], par des phénomènes mystiques. Les témoignages des proches, prêtres, évêques et laïcs l’ayant rencontrée sont repris dans l’enquête diocésaine (-), sur la base de laquelle Bernard Peyrous[9] a écrit une biographie de Marthe[21]. Marthe Robin souhaitait la discrétion sur ces phénomènes et encourageait les chrétiens à ne pas se focaliser sur eux[22],[23].

Vie mystique[modifier | modifier le code]

Le , d’après le témoignage de sa sœur Alice, elle a une vision privée de la Vierge Marie[24]. Suivant les témoignages recueillis lors de l’enquête diocésaine de , cette vision sera suivie d’autres apparitions privées[24]. Lors d’une mission paroissiale organisée à Châteauneuf-de-Galaure, deux prêtres capucins, le Père Jean et le Père Marie-Bernard, rendent visite à Marthe Robin le [25]. Ce dernier[Qui ?] la rassure et l'éclaire sur sa vocation spirituelle. D’après le postulateur de la cause en béatification, Marthe Robin rapporte que le Christ lui apparaît dans la nuit du . Elle confesse cette vision à l'abbé Faure, le curé de sa paroisse, et prend alors la décision de « se livrer totalement à Dieu » et « d’offrir ses souffrances » en s'unissant à lui par le biais de la prière et de l'amour[26]. Sa spiritualité est de plus en plus centrée sur la Passion du Christ et l’eucharistie. Elle reçoit régulièrement la visite de plusieurs prêtres des environs[27].

Selon ses proches, à partir de , elle n’avale plus aucune nourriture, hormis la communion aux hosties consacrées, inédie qui dure jusqu'à sa mort, cinquante et un ans plus tard[28]. Néanmoins, selon Bernard Peyrous, il arrive qu'« elle se traîne sur le plancher de sa chambre pour satisfaire parfois ses besoins intimes »[29].

Au début du mois d’, selon le témoignage du Père de Malmann, apparaissent les premiers stigmates[30],[31],[32]. En octobre-, selon son propre témoignage, elle commence à souffrir la « passion »[33] chaque vendredi, phénomène qu'elle vivra ensuite chaque semaine jusqu'à sa mort en [32],[34] et dont seront témoins ses proches et de nombreux prêtres[35], dont les pères Bérardier, Marteau et Ollagnier, envoyés en 1942 par Mgr. Bornet, évêque auxiliaire de Lyon[36].

L'abbé Georges Finet, père spirituel de Marthe Robin à partir de 1936. (Photo non datée).

Fondations et rencontres[modifier | modifier le code]

Selon la biographie de Bernard Peyrous, bien qu'obligée de rester dans sa chambre, Marthe Robin fait de nombreuses rencontres. À partir de , elle est accompagnée spirituellement par l’abbé Faure, curé de sa paroisse[37]. Elle participe à la vie du diocèse et de son village, à sa façon. En , à son initiative, une école de filles est créée à Châteauneuf-de-Galaure. Celle-ci va se développer rapidement[38]. Elle rencontre, en , l'abbé Georges Finet, prêtre lyonnais qui devient son père spirituel[39],[40] et le restera jusqu’à sa mort[41]. Il l’aidera à fonder le premier des Foyers de Charité à Châteauneuf-de-Galaure[42],[28].

Des laïcs participent à la vie de ce foyer, sous la responsabilité d’un prêtre. Celui de Châteauneuf-de-Galaure organise des retraites de cinq jours auxquelles participeront jusqu'à 2 000 retraitants chaque année[43]. Les hommes et les femmes font séparément des retraites pendant les premières années du Foyer, mais peuvent y prendre part en commun à partir de l'automne [44]. La majorité d'entre eux, à l’issue de chaque retraite, rendent visite à Marthe. En cinquante années, le nombre de personnes qu'elle rencontre individuellement est estimé à environ 103 000 personnes[45],[28],[46], dont des centaines de prêtres et de nombreux évêques[47]. Certains visiteurs attendaient d’elle des conseils pour leur vie. Selon Bernard Peyrous, elle ne donnait, généralement, « pas de conseils affirmatifs, encore moins catégoriques. Elle posait des questions, faisait des suggestions, dégageait les fausses pistes et laissait la personne conclure elle-même[48]. » Elle a également tenu une importante correspondance[49].

Derniers jours et obsèques[modifier | modifier le code]

Début , elle est prise de quintes de toux de plus en plus violentes. Le jeudi , elle est très fiévreuse. Ce soir-là, comme chaque semaine, elle prie pour s'unir à la Passion du Christ. Des membres du foyer disent le chapelet près d'elle puis la laissent seule. Le lendemain, vers 17 heures, quand le Père Georges Finet entre dans sa chambre, il trouve Marthe inanimée sur le sol, près de son lit. Elle est morte probablement dans les premières heures du vendredi . Le Père Colon, docteur en médecine, et le Dr Andolfatto, médecin à Châteauneuf, constatent le décès[50]. Aucune autopsie n'est toutefois réalisée[51].

Ses obsèques ont lieu le , dans le sanctuaire de Châteauneuf-de-Galaure, en présence de quatre évêques et plus de deux cents prêtres[52]. Elle est enterrée au cimetière de Saint-Bonnet.

Le cas Marthe Robin[modifier | modifier le code]

Le procès en béatification[modifier | modifier le code]

Le 10 février 1986, l'évêque de Valence, Didier-Léon Marchand, demande l'ouverture du procès canonique. Jacques Ravanel, fondateur du Foyer de Charité de La Flatière (Haute-Savoie), est nommé postulateur. Il est aidé par Marie-Thérèse Gille, membre du Foyer de charité de Châteauneuf-de-Galaure et responsable de l'école de filles de 1972 à 2005. Une commission d'enquête est créée et un appel à témoignages est lancé ; il recueille « 1 029 lettres, de tous les continents, témoignant de grâces reçues par l'intercession de Marthe, avant ou après son décès ». 111 témoins sont interrogés sous serment. Une dizaine d'experts sont désignés : théologiens, historiens, médecins, exorcistes[53],[54].

Après cette étape diocésaine de 10 ans, la Congrégation pour la cause des saints nomme un nouveau postulateur, Bernard Peyrous, et une vice-postulatrice, Marie Thérèse Gille, qui transmettent au Saint-Siège la « positio » (documents officiels retenus pour la cause de béatification). Le , la même Congrégation signe cette « positio ». Le , le pape François autorise la promulgation du décret reconnaissant l'« héroïcité des vertus »[55],[56].

Bernard Peyrous est démis de ses fonctions en octobre 2017, à la suite de « gestes gravement inappropriés de sa part vis-à-vis d’une femme majeure »[57]. Marie-Thérèse Gille décède le 25 octobre 2017[58]. Sophie Guex, membre des Foyers de charité, est nommée postulatrice le 8 juin 2018[59].

La parution en octobre 2020 de l'ouvrage posthume du livre La Fraude mystique de Marthe Robin du père Conrad De Meester crée la controverse. Selon l'hebdomadaire chrétien La Vie, les conclusions du livre sont « une claire contestation de la décision romaine » de 2014 qui avait reconnu l'héroïcité des vertus[60]. Jean-Marie Guénois indique que la « thèse [du livre] est vigoureusement contestée, depuis l’annonce de la publication, par la famille de Marthe Robin, par les Foyers de Charité, œuvre qu’elle a fondée. Et, sur un mode officieux pour l’heure, mais formel, par le Vatican »[61]. Pour leur part, les membres de la famille Robin reprochent à Conrad De Meester d'affirmer des éléments en dehors de son champ de compétence et sans avoir cherché à prendre contact avec l'entourage de Marthe Robin[62],[63]. Sophie Guex rappelle qu'il n'était que l'un des 28 experts consultés et s'oppose à ses conclusions[64] : les passages prétendument plagiés ne seraient que des passages recopiés pour un usage personnel, puis réutilisés pour décrire son expérience mystique. La Congrégation pour les causes des saints, pour sa part, affirme que ce livre n'apporte rien de neuf : Conrad De Meester a été auditionné, son rapport a été reçu et étudié, l’Église a répondu à ses objections sans retenir ses théories[65],[66].

Examen scientifique[modifier | modifier le code]

Le , deux médecins choisis par l'évêque Camille Pic, le Pr Dechaume et le Dr Ricard, beau-frère du Père Georges Finet[67], examinent Marthe Robin pour juger de l'authenticité des phénomènes. Dans leur rapport de trente-cinq pages, ils affirment « la réalité des stigmates sanglants », mais sans avoir trouvé « la moindre lésion qui pût expliquer la provenance de sang ». Ils jugent qu'ils ne sont pas à mettre « sur le compte de troubles vaso-moteurs d'ordre psychique » et éliminent « l'origine hystérique [...] des symptômes observés » [68],[69]. Dans La Fraude mystique de Marthe Robin, Conrad De Meester, prêtre carme, a mis en doute l'objectivité et la méthodologie scientifique de cet examen médical[70].

Un examen complémentaire pour étudier l'apparition de ces stigmates et vérifier l'inédie de Marthe sous le contrôle « de quatre infirmières, deux religieuses et deux civiles, qui se relaieraient jour et nuit pendant quatre semaines continues [...] sans la quitter une minute » est prévu en octobre 1942, différé de quelques semaines, puis finalement abandonné en raison de l'invasion de la zone libre où se trouve Châteauneuf-de-Galaure[71].

En janvier 1981, Didier-Léon Marchand, évêque de Valence, demande à Marthe Robin, qui en accepte le principe, de subir des examens médicaux dans un établissement hospitalier lyonnais au printemps 1981. Son décès survient entre-temps.[72]

Dans le cadre de l'enquête diocésaine ouverte le , les premiers experts contactés évoquent une pathologie psychique, à l'instar du Dr Gonzague Mottet, qui a soutenu la même année sa thèse en psychiatrie sur le cas de Marthe Robin et qui conclut à une « pathologie de type hystérique » qui n'exclut pas « la sincérité du sentiment religieux » : « l’avalanche de troubles qui n’ont en commun que leur appartenance à la classique sémiologie des manifestations hystériques est assez caricaturale pour nous permettre de porter le diagnostic de conversion hystérique[73],[74]. » Le cas de Marthe Robin a donné lieu en 1989 à une autre thèse de médecine (spécialité psychiatrie) soutenue par Thierry Montaut[75]. Le neuropsychiatre André Cuvelier décrit dans deux études de 1987 et 1992 « un psychisme très particulier, avec des états de conscience modifiés, très sensibles à la suggestion, présentant peut-être des personnalités multiples. »[76]ce qui pourrait être, selon Joachim Bouflet, la clé des « secrétaires introuvables » repéré(e)s par Conrad De Meester[77].

D'après une enquête du professeur de philosophie François de Muizon, on a retrouvé dans la chambre de Marthe Robin des chaussons « un peu usagés » ainsi qu'une cuvette contenant du méléna, ces éléments lui donnant à penser qu'elle pouvait bouger plus que ce qu'on rapporte généralement[78]. D'après François de Muizon, personne n'a jusqu'à présent su expliquer sa survie en dépit de son inédie[79]. L'auteur déplore aussi qu'aucune autopsie n'ait été réalisée.

Conrad De Meester soulève également de nombreuses questions médicales, jamais abordées du vivant de Marthe Robin, ni juste après sa mort (absence d'autopsie), avançant des éléments tentant à faire douter de l'inédie de l'intéressée, ainsi que de son incapacité à se mouvoir[70] ,[80].

Pour l'historien Joachim Bouflet, consultant auprès de postulateurs de la Congrégation pour la cause des saints, « avant d’être une mystique, Marthe Robin est une malade. Le procès aurait dû être engagé sur cette base. [...] Marthe Robin s’est déplacée [...], elle a mangé, on en a les preuves ; personne n’a vu ses stigmates ; on a bâti une légende. Il convient de la ramener à ce qu’elle est, une très grande malade qui a souffert de dislocation de la personnalité. »[81].

Selon Pierre Vignon conteste ces affirmations que contredisent les différents témoignages sous serment[11].

La question de l'authenticité[modifier | modifier le code]

En paraît de manière posthume le livre du père carme Conrad De Meester : La Fraude mystique de Marthe Robin. L'auteur, spécialiste de la mystique féminine, était l'un des deux experts chargés d’examiner les écrits de Marthe lors de la phase diocésaine du procès, close en 1996[82]. Il montre que les écrits mystiques et correspondances de Marthe Robin, courant sur des milliers de pages, sont des plagiats d'au moins vingt-neuf mystiques plus ou moins connues des siècles précédents, notamment Madeleine Sémer, Marie-Antoinette de Geuser – jusqu’à 23 passages dans une seule note –, Véronique Giuliani, Gemma Galgani, Anne-Catherine Emmerich, Catherine de Sienne, et Thérèse d’Avila, dont les livres lui avaient été recommandés ou offerts[70]. Ce plagiat vire selon lui au mensonge, lorsque Marthe Robin écrit "je" en reprenant le "je" d'autres mystiques. De nombreux passages sont par ailleurs réutilisés dans ses « passions » du vendredi. Le père De Meester en conclut que les passions de Marthe sont des mises en scène, et non des expériences mystiques véritables. Par ailleurs, selon ses analyses graphologiques, les écrits de cinq secrétaires seraient en réalité de la main-même de Marthe[70]. Marthe Robin n'a jamais révélé les noms de ses secrétaires. La journaliste Céline Hoyeau, du journal La Croix, précise que Marthe Robin a utilisé « au détail près » les écrits de ces autres mystiques pour décrire ses propres passions. Céline Hoyeau interroge : « Comment pouvait elle avoir vécu exactement la même chose? »[83].

Déjà repérés et commentés par Joachim Bouflet en 2003[84], ces « emprunts massifs » de Marthe Robin, sont signalés par son biographe François de Muizon en 2011 qui décrit « un montage à la fois subtil et saisissant de construction, déconstruction et synthèse produisant au final un agencement remarquable. » que l'auteur compare au « procédé assez habituel chez les prophètes bibliques notamment, qui consiste à reprendre des textes écrits par d'autres sans se soucier de préciser leur provenance, c’est-à-dire comme s'ils venaient d'eux. »[85].

La thèse du plagiat volontaire à des fins de fraude est contestée par le père Pierre Vignon qui invoque le phénomène spirituel d’« identification », déjà décrit par le jésuite italien Giandomenico Mucci (1938-2020) au sujet de Padre Pio, qui s'est servi de certaines lettres de la stigmatisée Gemma Galgani pour transcrire une expérience mystique proche de la sienne. Il présente également le cas du mystique espagnol Bernard-François de Hoyos (1711-1735) qui reprend sans les citer les écrits de Thérèse d'Avila et de Jean de la Croix. Il avance l'hypothèse de troubles mnésiques (cryptomnésie, hypermnésie et ecmnésie), conséquences de son encéphalopathie : « Sa maladie aura peut-être provoqué en elle une capacité à s'identifier, d'une part, aux auteurs qui éclairaient ce qu'elle vivait, d'autre part, à le restituer comme étant son expérience personnelle. »[86].

Dans son livre publié en mars 2021, Marthe Robin. Le Verdict, Joachim Bouflet, consulté comme expert lors de l'enquête diocésaine, mais qui n'a pas eu accès aux travaux de la Congrégation pour la cause des saints, estime pour sa part que Marthe Robin ne peut être considérée comme une mystique[87][pourquoi ?].

Postérité[modifier | modifier le code]

Le Foyer de Charité de Courset, Pas-de-Calais, France.

Les Foyers de Charité[modifier | modifier le code]

De nombreux Foyers de Charité ont été fondés sous l'inspiration de Marthe Robin. En , ils sont reconnus par l’Église catholique comme Association de fidèles de droit pontifical, dépendant du Conseil pontifical pour les laïcs[88]. Les Foyers de Charité sont en 2011 au nombre de 75, répartis dans 44 pays[89]. Plusieurs responsables de Foyers de Charité ont fait l'objet d'accusations posthumes pour des abus sexuels[90],[91],[92], dont le fondateur, l'abbé Georges Finet, visé par une commission de recherches formée en 2019 qui fait état en d'« agissements gravement déviants »[93]. Le 10 février 2022, à la suite de ces affaires d'abus sexuels, le Vatican nomme le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque émérite de Bordeaux, délégué pontifical pour les Foyers de charité, afin de « gouverner l’association, de manière temporaire »[94].

Ces révélations posent la question de ce que Marthe Robin savait des abus commis par son directeur spirituel[95].

Influence[modifier | modifier le code]

Trente ans après sa mort, Marthe suscite encore une importante dévotion : le nombre des visiteurs qui se sont rendus dans la ferme de la Plaine, lieu où elle a vécu, a doublé entre et , pour atteindre 40 000 par an[46].

Selon Bernard Peyrous[9],[96], Marthe Robin a reçu des visites de personnalités connues dans le monde catholique comme le théologien dominicain Réginald Garrigou-Lagrange, le philosophe Jean Guitton, et Marcel Clément. Elle aurait rencontré et influencé divers fondateurs de mouvements et de communautés : sœur Magdeleine Hutin, sœur Norbert Marie[28] et le père René Voillaume, fondateurs de communautés dont la spiritualité se rattache au père Charles de Foucauld, le père Henri Caffarel, fondateur des Équipes Notre-Dame, le père Michel Epagneul (1904-1997) fondateur des Frères Missionnaires des Campagnes, le père Paul Eberhard[28], fondateur de Notre-Dame de la Sagesse, sœur Marie Dupont-Caillard, fondatrice de la Famille monastique de Bethléem et Pierre Goursat[28] fondateur de la communauté de l'Emmanuel.

Elle a noué des liens d'amitié avec des membres de l'Arche, le père Thomas Philippe et Jean Vanier dès 1964[97],[98], dont les abus sexuels ont été rendus publics pour le premier en 2015, et pour le second en 2020.

Selon Olivier Landron, « Marthe Robin a exercé une influence déterminante sur la communauté Saint-Jean »[28], dont elle a rencontré pour la première fois en 1948[99] son futur fondateur, le père Marie-Dominique Philippe, qui devient à partir de 1964[99] « pendant plusieurs décennies »[98] le prédicateur attitré des retraites aux Foyers de Charité. Au cours de l'une de ces retraites en 1975, il aurait sollicité l'avis de Marthe Robin sur l'opportunité d'une nouvelle fondation demandée par un groupe de cinq étudiants de l'université de Fribourg où il enseignait. Elle l'aurait vivement encouragé à accéder à leur demande. C'est ainsi, selon ses dires[100], que Marie-Dominique Philippe aurait franchi le pas et fondé la congrégation Saint-Jean, qui sera éclaboussée par de nombreux scandales d'abus sexuels tant de la part de ses membres que de son fondateur. Proche de ce dernier, Tünde Szentes, mère Myriam en religion, reçoit les conseils de Marthe Robin qu'elle rencontre en 1974. Elle avait fondé un an auparavant la « Fraternité de l'Immaculée », rebaptisée les Sœurs mariales d'Israël et de Saint Jean, qui sera finalement dissoute en 2005 par Philippe Barbarin en raison de dérives sectaires et de maltraitances physiques sur ses membres. Marthe Robin a également rencontré Olivier Fenoy entre 1966 et 1979 et l'aurait incité à étendre les activités de l'Office culturel de Cluny, à mi-chemin entre une association et une communauté dont il est le « berger ». L'association est accusée de dérives sectaires et son fondateur lui-même accusé d'abus sexuels sur d'anciens membres. Gérard Croissant alias « Ephraïm » se dit également fortement marqué par Marthe Robin qui lui aurait demandé en 1975 de se convertir au catholicisme, alors qu'il se destinait à être pasteur protestant. En 1990, il publie un livre dans lequel il lui rend hommage et la cite abondamment dans son autobiographie spirituelle où il raconte les débuts de la communauté des Béatitudes fondée par lui en 1973. La communauté est mise sous tutelle en 2010 en raison de ses dérives sectaires, des agressions pédophiles de l'un de ses membres, et de l'inconduite sexuelle de son fondateur.

La page du site martherobin.com, propriété des Foyers de Charité[101], consacrée à l'héritage de Marthe Robin et aux communautés qui lui sont liées, est expurgée dans sa version actuelle[102] des fondateurs et communautés controversés, par rapport à sa version initiale de 2017[103].

Dans La Trahison des pères publié en mars 2021, la journaliste et essayiste Céline Hoyeau s'interroge sur la « caution Marthe Robin » revendiquée par certains fondateurs de communautés nouvelles coupables d'abus sexuels : « s'est-elle trompée ? A-t-elle été instrumentalisée, y compris par son directeur spirituel, le père Finet ? Etait-elle une caution malgré elle ? [...] Ou fut-elle une "fausse mystique" comme le croit le carme Conrad De Meester ? ». Elle cite l'historien Joachim Bouflet, spécialiste des phénomènes mystiques, qui a lu les dépositions, faites sous serment dans le cadre du procès en béatification, de Marie-Dominique Philippe, Gérard Croissant, et d'autres fondateurs controversés qui se sont prévalus des encouragements que leur aurait adressés Marthe Robin : « On ne trouve nulle trace dans leurs dépositions des paroles de Marthe Robin à leur égard qu’ils avaient pourtant rapportées dans la presse. Pour une déposition on demande au témoin des détails très concrets. Je ne fais confiance pour ma part qu’aux dépositions sous serment… »[104].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Muizon 2011, p. 23 « [...] dernière enfant d'une fratrie composée de cinq filles et un garçon. »
  2. Muizon 2011, p. 26
  3. Il semble que les détails sur ses maladies successives, rapportés par la plupart de ses biographes, reposent, au moins en partie, sur les déclarations de Marthe Robin elle-même lors de l'interrogatoire médical du 14 avril 1942 « À 20 mois, Marthe a été atteinte du typhus ; elle en est « restée fragile, souvent maladive, elle mangeait peu et mal », dit-elle lors de l’interrogatoire. » DeMeester 2020, p. 28-29
  4. Peyrous 2006 « Le père, cependant, fait ses Pâques, ce qui laisse supposer que la maman les fait aussi. »
  5. Muizon 2011, p. 26 « La famille est catholique même si elle ne compte pas parmi les plus pratiquantes »
  6. Muizon 2011, p. 27
  7. Muizon 2011, p. 28
  8. a et b Peyrous 2006, p. 21-29.
  9. a b et c Bernard Peyrous, prêtre de la communauté de l'Emmanuel, a été entre et le postulateur de la cause en béatification de Marthe Robin. Ses fonctions lui ont été retirées en 2017 à la suite de « gestes gravement inappropriés de sa part vis-à-vis d’une femme majeure ». « Le père Bernard Peyrous démis de ses fonctions », La Croix,‎ (lire en ligne).
  10. Peyrous 2006, p. 34-35 et 65.
  11. a et b Vignon 2021, p. 85 - 91 : ""Marthe était réellement impotante et n'avait l'usage ni de ses bras ni de ses mains. Elle était aveugle et la lumière, qui lui était douloureuse depuis les premières crises de sa maladie en 1918, lui était devenue peu à peu de plus en plus intolérable".
  12. Peyrous 2006, p. 37-42.
  13. Peyrous 2006, p. 35-36, 75, 149.
  14. Jean-Jacques Antier, Marthe Robin, le voyage immobile, Perrin, 1996, p. 401-407.
  15. Peyrous 2006, p. 47.
  16. jean Guitton, Portrait de Marthe Robin, Paris, Grasset, , 248 p. (ISBN 2246362229), p. 107
  17. Vignon 2021, p. 246 et suiv.
  18. Raymond Peyret, Marthe Robin, l’offrande d’une vie, Salvator, 2007, 334 pages.
  19. Jean-Jacques Antier, Marthe Robin, le voyage immobile, France Loisirs, 1991.
  20. Roland Maisonneuve, Les Mystiques chrétiens et leurs visions de Dieu un et trine, Paris, Cerf, 2000, 350 pages.
  21. Peyrous 2006, p. Bernard Peyrous est docteur ès lettres et théologien, spécialiste de l’histoire de la spiritualité.
  22. Peyrous 2006, p. 265.
  23. Justine Louis, « L’Église catholique face à l’extraordinaire chrétien depuis Vatican II » [PDF], , thèse de doctorat sous la direction de Régis Ladous, Université Jean Moulin Lyon 3, Institut d’Histoire du christianisme, 2008, p. 257.
  24. a et b Peyrous 2006, p. 42.
  25. Peyrous 2006, p. 53.
  26. Peyrous 2006, p. 55-56.
  27. Peyrous 2006, p. 70-71.
  28. a b c d e f et g Les Communautés nouvelles - Nouveaux visages du catholicisme français Olivier Landron, éd. Cerf Histoire, page 123-126.
  29. Hugues Lefèvre/I.Media, « Marthe Robin: La naissance d’une mystique 1/5 », Cath.ch,‎ (lire en ligne, consulté le )
  30. Peyrous 2006, p. 72.
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  33. C’est-à-dire qu’elle revit dans son corps et dans sa pensée la passion du Christ.
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  44. C'est un prêtre du Mâconnais, l’abbé Joseph Robert, curé-archiprêtre de Lugny, qui, le premier, demanda au père Finet de pouvoir assister aux retraites. « Le Père Finet ne le voulut pas sans l’autorisation de Mgr Pic [évêque de Valence]. Celui-ci lui dit : "Vous vous mettrez derrière." Les retraitantes objectèrent alors qu’il n’y avait pas de raison de ne pas recevoir aux retraites leur mari ou leur fils. Mgr Pic, consulté, répondit de nouveau : "Vous les mettrez derrière." Ainsi commencèrent, le 8 septembre 1941, les retraites de chrétienté, selon le vocabulaire de l’époque. » Peyrous 2006.
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  70. a b c et d Emilie Lanez, « Marthe Robin, sainte ou tricheuse ? », sur parismatch.com, (consulté le ).
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  77. Marie-Lucile Kubacki, « Joachim Bouflet : « Sur le plan historique, Marthe Robin n’est pas une mystique » », La Vie,‎ (lire en ligne)
  78. Muizon 2011, p. 74 « Elle ne peut plus ni manger ni boire. »
  79. Muizon 2011, p. 76-79 « Comment survit-elle ? »
  80. On a retrouvé des chaussons et une cuvette pleine de méléna, résidu sanguin gastrique.
  81. Christophe Chaland, « Qui était vraiment Marthe Robin ? », Le Pèlerin (magazine),‎ (lire en ligne, consulté le )
  82. Christophe Chaland, « Marthe Robin, mystique ou mystificatrice ? », sur Le Pèlerin, .
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  84. Joachim Bouflet « L'usage du verbe par Marthe Robin, lecture(s) et écritures » in Collectif, Marthe Robin, si petite, si grande : lumières sur un itinéraire spirituel : actes du colloque des 6 et 7 juin 2003, Châteauneuf-de-Galaure / sous la responsabilité du père Bernard Peyrous et de Marie-Thérèse Gille, Éd. Foyer de charité, , 240 p. (ISBN 2-915534-00-4), p. 167 cité par Muizon 2011, p. 286 : « Les écrits de Marthe comportent des passages nombreux et plus ou moins longs qui ne sont pas d'elles et qui ne sont pas présentés comme des citations. Pourquoi avoir agi de la sorte ? Ne risque-t-elle pas de passer pour « une faussaire, une menteuse, une fausse mystique qui s’attribue l’expérience de quelqu’un d’autre ? » s’interroge l’historien Joachim Bouflet. »
  85. Muizon 2011, p. 283-292
  86. Vignon 2021, p. 92-98
  87. Bouflet 2021
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  89. Deux anniversaires pour les Foyers de charité, Rédaction en ligne, La Croix, 3 février 2011.
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  103. Capture de la page le 26/06/2017
  104. Hoyeau 2021, p. 96 à 107

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Auteurs qui croient à la réalité des miracles dans la vie de Marthe Robin[modifier | modifier le code]

Autres auteurs[modifier | modifier le code]

Émissions de radio[modifier | modifier le code]

Archives INA[modifier | modifier le code]

  • « Les pèlerinages à Châteauneuf-de-Galaure après le décès de Marthe Robin », Inter actualités de 8 heures (France Inter, )
  • Entretien de Jacques Chancel avec le philosophe Jean Guitton à propos de Marthe Robin ().
  • « L’Énigme de Marthe Robin », extraits de La Tribune de l’Histoire (France Inter, )
  • Marguerite Kardos-Enderlin raconte sa rencontre avec Marthe Robin en 1973. Extrait de « Le gai savoir » de Gérard Gromer (France Culture, )

Sur France Culture[modifier | modifier le code]

  • « Marthe Robin, une sainte invention ? », Une histoire particulière, un récit documentaire en deux parties, France Culture ; un documentaire d'Alexis Charniguet, réalisé par François Teste ; intervenants : Joachim Bouflet, historien, consultant, auprès de postulateurs de la Congrégation pour la cause des saints, Guillaume Cuchet, historien du catholicisme, Jean-François Colosimo, directeur général des éditions du Cerf, Renaud Escande, frère dominicain, directeur éditorial des éditions du Cerf, Sophie Guex, postulatrice de la cause de béatification de Marthe Robin, prédicatrice des Foyers de Charité de Châteauneuf-de-Galaure
  • « Marthe Robin, sainte et tricheuse », , dans Superfail de Guillaume Erner sur France Culture ; intervenants : Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef à La Croix, Patrick Sbalchiero, historien, spécialiste des phénomènes mystiques

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]