Jean Vanier

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Jean Vanier, né le à Genève et mort le à Paris[1], est un philanthrope, philosophe et théologien canadien. Personnalité catholique, il s'est consacré aux personnes ayant une déficience intellectuelle : il crée la Communauté de l'Arche en 1964, fonde en 1968 l'association Foi et Partage[2] puis Foi et Lumière. Il est aussi à l'origine de la création de l'association Intercordia en 2000[3]. Il a fait l'objet, après sa mort, d'enquêtes sur des abus sexuels sur des femmes non handicapées, entre 1970 et 2005.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et quête spirituelle[modifier | modifier le code]

De nationalité canadienne, Jean Vanier naît en 1928, en Suisse, quatrième et avant-dernier enfant de la famille[4]. Son père, Georges Vanier, alors en mission auprès de la SDN, plus tard Gouverneur général du Canada de 1959 à 1967, a fait carrière dans la diplomatie, entraînant sa famille au gré de ses fonctions en France et en Angleterre où Jean passe son enfance. En 1942, Jean rejoint la Marine royale britannique en tant que cadet au Collège naval de Dartmouth au Royaume-Uni. Il a alors 13 ans. Le jeune garçon s’embarque pour huit ans dans la marine anglaise, puis canadienne, en pleine Seconde Guerre mondiale. Pourtant, il ressent un appel à une autre forme de vie. Commence ainsi sa quête spirituelle[5]. En 1950, il choisit de démissionner de la marine canadienne.

Les années qui suivent sont des années où il réfléchit à la façon dont il pourrait vivre l'Évangile plus pleinement au quotidien. Il rejoint le centre international d’enseignement théologique des laïcs, « L'Eau vive », que dirige le père dominicain Thomas Philippe. La rencontre avec Jean Vanier marque le début d’une amitié qui ne se démentira jamais par la suite. Vanier se nourrit des discussions avec celui qui devient en quelque sorte son maître. Il commence sa thèse de doctorat sur l’éthique d’Aristote qu’il soutiendra en 1962. Ce sera le premier des ouvrages dont une version simplifiée est éditée sous le titre « Le Goût du bonheur »[6].

Le père Philippe fut dès 1956 interdit par l'Église catholique de donner les sacrements, suite à des abus sexuels commis sous couvert d'accompagnement spirituel. Dans ses déviances, il imposait une emprise sur ses victimes, accompagnée de délires mystico-sexuels. Ce n'est qu'en 2020 que sera révélée au grand public la nature toxique de son amitié avec Jean Vanier, au moment de la révélation d'abus sexuels commis à son tour par le Canadien[7].

L’Arche[modifier | modifier le code]

À la fin de l’année 1963, il rend visite au père Thomas Philippe, qui vient d’être nommé aumônier du Val Fleuri à Trosly-Breuil, petit bourg situé au bord de la forêt de Compiègne, dans l’Oise. Le Val Fleuri est une institution qui accueille une trentaine d’hommes avec un handicap mental. Il repart pour le Canada, où il doit assurer un cycle d’enseignement au collège Saint Michael de l’Université de Toronto. Puis, son cycle terminé, Jean Vanier retourne à Trosly et commence à s’intéresser à la question de l’accueil des personnes avec un handicap mental. C’est ainsi qu’il visite l’asile psychiatrique de Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux dans le nord-est de la banlieue parisienne. Les conditions de vie y sont très difficiles. Il y fait la connaissance de Raphaël Simi et de Philippe Seux et il est touché par leur détresse. Il décide d'acheter une petite maison dans le voisinage pour les accueillir et vivre avec ces deux nouveaux compagnons. Ce ne sont pas « des handicapés mentaux » que Jean Vanier accueille, ce sont Raphael et Philippe ; ce n’est pas une institution qu’il crée, mais une démarche d’engagement personnel[8].

Pour tous les trois, c’est, après quelques mois d'ajustements et de tâtonnements, le début d'une aventure humaine : « Au fond, raconte Jean Vanier, ils voulaient un ami. Ils ne voulaient pas d’abord mes connaissances, mes capacités de faire des choses, mais mon cœur et mon être » (Le corps brisé). Dès l'année suivante, de nouveaux lieux de vie voient le jour et Jean Vanier fait appel aux bonnes volontés pour l'accompagner dans sa tâche. Des jeunes de France, du Canada, d'Angleterre, d'Allemagne se joignent à lui et deviennent des assistants qui font le choix de vivre avec des personnes avec un handicap mental[9].

Aujourd'hui, L'Arche est constituée de 147 communautés réparties sur les cinq continents, dont 32 en France qui sont reconnues comme établissements médico-sociaux. Elle compte plus de 5 000 membres. De nouveaux projets sont à l'œuvre[10].

La mère de Jean Vanier, Pauline, s'est retirée à l'Arche, où elle est morte en 1991.

Foi et Lumière[modifier | modifier le code]

Emblème de Foi et Lumière.

Parallèlement, Jean Vanier a cofondé Foi et Lumière avec Marie-Hélène Mathieu, « des communautés de rencontres » qui se tissent autour des personnes, enfants ou adultes ayant une déficience intellectuelle. Ces personnes accompagnées de leur famille et amis, sont invitées à participer à des rencontres mensuelles durant lesquelles sont partagés des temps d'amitié, de prière et de fête[11]. Foi et Lumière compte près de 1 500 communautés dans 82 pays des cinq continents[12].

Autres activités[modifier | modifier le code]

Jean Vanier est titulaire d'un doctorat de philosophie de l'Institut catholique de Paris[13].

Il est par ailleurs l'auteur de plusieurs livres d'inspiration catholique, au croisement de l'anthropologie, de la psychologie et de la philosophie.

L’Association Intercordia[14] a été créée en 2000 à l’initiative de Jean Vanier, pour proposer aux jeunes une année de formation au cours de leur cycle universitaire, afin de leur permettre d’acquérir une « pratique de paix » dont ils auront le plus grand besoin dans leur vie tant professionnelle que personnelle[15].

Enquête sur des abus sexuels[modifier | modifier le code]

Le 22 février 2020, une enquête[16] diligentée par l'Arche est rendue publique[17]. Elle conclut que Jean Vanier avait poursuivi ses relations avec le père Thomas Philippe, qu'il était au courant de ses agissements, et qu'il a lui-même abusé sexuellement d'au moins six femmes adultes non handicapées entre 1970 et 2005[18]. Selon les termes du rapport, Vanier « a usé de son ascendant pour profiter d'elles à travers divers comportements sexuels »[19],[20].

Responsable international de l'Arche, Stephan Posner déclare : « Notre histoire fondatrice vole en éclat, tout comme notre mythe fondateur »[21]. Pierre Jacquand, responsable de l'Arche en France exprime son désarroi : « L'écart est si vertigineux entre l'homme que j'ai connu et celui que je découvre… je lutte pour accepter, alors même que je sais les faits indiscutables »[21]. Louis Pilotte, responsable national de l'Arche au Canada, se déclare sous le « choc », « abasourdi » par cette nouvelle concernant un homme qu'il connaissait personnellement : « c'est pire que tout ce qu'on aurait pu imaginer »[19].

Selon François-Xavier Maigre, rédacteur en chef du Pèlerin Magazine, « Le choc de ces révélations est double : contrairement à ce qu’il a toujours clamé, Jean Vanier a su dès les années 1950 que son père spirituel, le dominicain Thomas Philippe, avait été condamné par l’Église en raison de ses pratiques sexuelles, et de la mystique déviante qui les sous-tendait. Pire : il y a lui-même pris part, et perpétué, jusqu’à une période récente, ces relations d’emprise avec des femmes auxquelles il imposait des relations intimes, sous couvert de justifications mystiques »[22].

La Conférence des évêques de France exprime sa « stupeur » et sa « douleur » face à ces révélations[23].

Écrits[modifier | modifier le code]

Jean Vanier, serrant la main d'un des membres de l'Arche, John Smeltzer.

Jean Vanier est notamment le fondateur des communautés de l'Arche qui rassemblent des personnes, handicapées mentales ou non, souhaitant vivre, travailler et prier ensemble[24]'[25].

Est-ce que quelqu'un m'aime ?

« Il est évident que nous faisons l'expérience de notre vulnérabilité physique lors d'une maladie, d'un accident, de la recherche ou de la perte d'un travail. Nous faisons aussi l'expérience de la vulnérabilité de notre cœur, avec ses blessures qui nous font nous poser la question : « Est-ce que je suis aimé ? » C'est vraiment la question de Gérard : « Est-ce que quelqu'un m'aime ? » Quand on a passé trente ans de sa vie sans savoir si l'on est aimé, on a en soi toutes sortes de compulsions et de colères. Si quelqu'un est sympathique avec moi, je le mets à l'épreuve pour voir si je peux vraiment avoir confiance en lui. Aimer c'est, en effet, entrer dans des relations de confiance les uns à l'égard des autres.

Le Verbe s'est fait chair, il est devenu fragile, vulnérable. Il est vraiment devenu chair. Or, la première réalité de cet enfant qui est Dieu est d'être devenu chair à l'intérieur du corps d'une femme, Marie. Ce qui est spécifique du petit enfant, c'est en effet le besoin de tendresse. La tendresse est la capacité de donner de la sécurité par notre façon de toucher ou de parler. C'est ce qui ne fait pas peur, ce qui rassure. La tendresse c'est aussi une révélation. Elle signifie : « Tu es beau ! » Le mystère du Verbe incarné, du Verbe qui s'est fait chair, c'est que ce petit enfant avait besoin d'être aimé. On découvre alors que l'Amour a aussi besoin d'être aimé. »

— Jean Vanier. Jésus vulnérable, Paris, Salvatore, 2015, p. 17. 19-20.

Honneurs[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Ma faiblesse, c'est ma force : un aperçu de la vie intérieure du général Georges P. Vanier, gouverneur général du Canada de 1960 à 1967, 1970
  • Ton silence m'appelle, 1971
  • Ouvre mes bras, 1973
  • Disciple de Jésus, 1977
  • Ne crains pas, 1978
  • La Communauté, lieu du pardon et de la fête, 1979
  • Je rencontre Jésus : il me dit "je t'aime" : histoire de l'amour de Dieu à travers la Bible, 1982
  • Je rencontre Jésus, 1983
  • “Homme et femme, Il les fit” : pour une vie d'amour authentique, 1984
  • Ils sont nos piliers, 1988
  • Le corps brisé : retour vers la communion, 1989
  • Le Bon Berger, 1989
  • Une porte d'espérance, 1993
  • Jésus, le don de l'amour, 1994
  • Toute personne est une histoire sacrée, 1994
  • Aimer jusqu'au bout : le scandale du lavement des pieds, 1996
  • Dans la souffrance, ouvrir des chemins d'espérance, 1998
  • Dieu choisit la faiblesse, 1998
  • Accueillir notre humanité, 1999
  • La dépression, 1999
  • Ensemble vers une terre d'unité : une vision de l'œcuménisme, 1999
  • Le goût du bonheur : au fondement de la morale avec Aristote, 2000
  • Visages de Marie : dans la littérature et la peinture, 2001
  • Recherche la paix, Le Livre ouvert, 2003
  • Entrer dans le mystère de Jésus : une lecture de l'Évangile de Jean, Bayard, 2005
  • Lettres à des amis : d'après les rendez-vous d'“Ombres et Lumière”, 2008
  • La fragilité, faiblesse ou richesse ?, ouvrage collectif de Marie Balmary, Lytta Basset, Xavier Emmanuelli, Éric Geoffroy, Elena Lasida, Lama Puntso, Bernard Ugeux et Jean Vanier, Paris, Albin Michel, 2009.
  • Leur regard perce nos ombres, avec Julia Kristeva, Fayard, 2011
  • Plus jamais seuls, Presses de la Renaissance, 2011
  • Tous Intouchables, Manifeste coécrit avec Philippe Pozzo di Borgo et Laurent de Cherisey, Bayard Editions, 2012
  • Les signes des temps : à la lumière de Vatican II, Albin Michel, 2012
  • Entrer dans le mystère de Jésus, une lecture de l'évangile de Jean, Salvator, 2013 (ISBN 978-2706710803)
  • La source des larmes : Une retraite d'alliance, Parole et Silence, 2014 (ISBN 978-2889182138)
  • Un cri se fait entendre, avec François-Xavier Maigre, Bayard Culture, 2017 (ISBN 978-2227489172)
  • Jésus vulnérable, Salvator, 2019 (ISBN 978-2706718540)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anne-Bénédicte Hoffner et Martine de Sauto, « Jean Vanier, le fondateur de l’Arche, est mort », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 7 mai 2019)
  2. Foi et Partage-Québec, une communauté chrétienne qui s’inspire de la spiritualité de Jean Vanier..
  3. Formation en mission humanitaire internationale.
  4. Qui était Jean Vanier ?.
  5. Une quête spirituelle.
  6. Enfance et quête spirituelle.
  7. Céline Hoyeau, « Douloureuses révélations sur Jean Vanier », sur La Croix, (consulté le 22 février 2020)
  8. L'Arche...l'histoire d'une rencontre.
  9. Le Centre de recherche Jean Vanier.
  10. Notre histoire.
  11. Une vie au service des personnes handicapées.
  12. Jean Vanier et Marie-Hélène Mathieu, à l’origine de Foi et Lumière.
  13. SUDOC 010400575
  14. Intercordia a été fondé par Jean Vanier et Gilles Le Cardinal en 2000.
  15. Retrouvez ici toute l'actualité d'Intercordia et des ses partenaires.
  16. L'arche internationale, « Rapport de synthèse », sur https://www.larche.org/
  17. « Révélations sur Jean Vanier : comment l’Arche a géré la crise », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 22 février 2020)
  18. « Les noirs secrets de Jean Vanier, le fondateur de l’Arche : « Il a joué avec son corps et a fait mal à des femmes » », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 12 mars 2020)
  19. a b et c Thomas Gerbet et Alain Crevier, « Des abus sexuels commis par Jean Vanier, fondateur de L'Arche », sur Radio-Canada.ca,
  20. « Abus sexuels : les témoignages de six femmes mettent en cause Jean Vanier, fondateur de l’Arche », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 24 février 2020)
  21. a et b Sophie Lebrun, « Révélations sur la face cachée de Jean Vanier », sur La Vie.fr,
  22. « Jean Vanier, de la lumière à l’abîme », sur Le Pèlerin, (consulté le 22 février 2020)
  23. « Abus sexuels : une enquête accable Jean Vanier, fondateur de l'Arche », Le Point.fr, 22 février 2020.
  24. François Devinat, « L'Arche. Havre spirituel de la maladie mentale », sur Libération (journal), .
  25. « Jean Vanier, le fondateur de l’Arche, est mort », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 24 février 2020)
  26. « Le fondateur de L'Arche, Jean Vanier, s'éteint à 90 ans », sur La Presse, (consulté le 24 février 2020)
  27. « Jean Vanier – Ordre national du Québec », sur www.ordre-national.gouv.qc.ca (consulté le 24 février 2020)
  28. La Croix, « Le Prix “Pacem in terris” à Jean Vanier », 21 juin 2013.
  29. Associated Press, « Jean Vanier reçoit le prix Templeton », Le Devoir,‎ (ISSN 0319-0722, lire en ligne).
  30. Base JPL de la NASA, accès à la notice par « 8604 » ou par « Vanier ».

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Hélène Mathieu avec Jean Vanier, Plus jamais seuls : L'aventure de Foi et Lumière, Presses de la Renaissance, 2011, 360 p. (ISBN 978-2750906641)
  • Anne-Sophie Constant, Jean Vanier : portrait d'un homme libre, Albin Michel, 2014, 248 p. (ISBN 978-2226256942).
  • François-Xavier Maigre et Jean Vanier, Un cri se fait entendre, Montrouge, Bayard Culture, coll. « Essais religieux divers », , 200 p. (ISBN 978-2-227-48917-2)

DVD[modifier | modifier le code]

  • Jean Vanier, Coffret Jean Vanier : Le sacrement de la tendresse, Jupiter Films, coll. « (Stéréo), Français », , 236 minutes p. (ASIN B07XW7G7KR)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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