T-14 Armata

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Objet 148 T-14 Armata
Image illustrative de l’article T-14 Armata
T-14 lors du défilé du 9 mai 2015.
Caractéristiques de service
Service Entrée en service dans l'Armée russe prévue pour 2021[1]
Utilisateurs Drapeau de la Russie Russie
Production
Concepteur Uralvagonzavod, UKBTM et le JSC.
Année de conception 2010-présent
Constructeur Uralvagonzavod
Production 20 exemplaires[2]
Variantes Véhicule de combat d'infanterie lourd T-15, char de dépannage BREM T-16.
Caractéristiques générales
Équipage 3 hommes [3](opérateur de tourelle, conducteur et chef de char)
Longueur 10,435 m (avec le canon)[4]
Largeur 3,82 m (avec les préblindages latéraux)[5]
Hauteur 3,218 m (avec le viseur panoramique)[6]
Masse au combat 55 tonnes[7]
Blindage (épaisseur/inclinaison)
Type Blindage composite et blindage réactif explosif Malachite

Système de protection active Afganit

Armement
Armement principal Un canon à âme lisse 2A82-1M[8] de 125 mm à chargement automatique (32 obus préchargés)
Armement secondaire Deux mitrailleuses 6P7К PKTM de 7,62 mm
Mobilité
Moteur Moteur Diesel CTZ A-85-3A à douze cylindre disposés en "X".
Puissance 1200 ch (réglable jusqu'à une puissance de 1500 ch)[9],[10]
Transmission Robotisée à huit rapports
Suspension Barres de torsion avec amortisseurs rotatifs
Vitesse sur route 75 km/h[11],[12]
Puissance massique 25 ch/tonne
Réservoir 1 615  + 2 bidons largables de 200  chacun.
Autonomie 600 km[13]

Le T-14 Armata (en cyrillique: Т-14 Армаtа, appellation d'usine : Objet 148) est un char de combat russe. Son développement a commencé après l'abandon du programme T-95 (Objet 195). Il a été présenté le 9 mai 2015 lors du défilé militaire célébrant le 70e anniversaire de la victoire dans la Grande Guerre patriotique contre le nazisme.

Historique[modifier | modifier le code]

La dislocation de l'URSS a marqué un coup d'arrêt dans le développement des futurs chars de combat soviétiques, l'abandon de nombreux programmes militaires qui s'est ensuivi a forcé la Russie à adopter une version revalorisée du T-72B, le T-72BU qui prendra l'appellation de T-90 après la guerre du Golfe. Néanmoins, le bureau d'études d'Uralvagonzavod a continué le développement d'un char de combat de nouvelle génération devant un jour succéder au T-90, l'Objet 195. En avril 2010, le ministère de la Défense russe cesse de financer le développement de l'Objet 195, jugeant ce dernier obsolète, obligeant Uralvagonzavod à poursuivre le développement de son futur char de combat sur fonds propres[14].

En octobre 2010, le commandant en chef des forces terrestres de la Fédération de Russie, Alexandre Postnikov annonce lors d'une interview qu'une nouvelle famille de blindés lourds dénommée Armata est en cours de développement[15]. L'agence de presse RIA Novosti annonce en septembre 2013 le début des essais du prototype d'un char de combat basé sur la famille de blindés chenillés Armata[16].

Il a reçu une première commande de 100 exemplaires de série en septembre 2016 et l’armée russe espère alors avoir 2 300 chars modernes (T-72B3M et T-80BVM) en 2025[17]. En mai 2018, environ une vingtaine de T-14 étaient en période de tests avec les forces armées russes. La production en série était prévue pour 2019-2020, mais de récurrents retards et problèmes de conception ont fait reculer cette date[18]. Son coût, selon les médias russes en 2016, est de 250 à 400 millions de roubles (4 à 6,5 millions d'euros au taux de février 2017).

En 2019, la livraison prend du retard. Pour Michael Peck de The National Interest, cela est dû aux difficultés liées à la mise en place des innovations dont bénéficie le char, et aux surcoûts engendrés. L'armée russe limite alors ses commandes d'Armata, et préfère probablement se concentrer sur la modernisation des T-72, T-80 et T-90 existants[19].

En février 2020, on annonce 500 T-14 et 400 T-90M pour 2027[20].

Situation géopolitique actuelle[modifier | modifier le code]

En ce début 2019, le responsable russe Youri Borisov, le vice-ministre russe de la Défense, ne fait que confirmer ce dont on pouvait se douter. Ainsi, en septembre 2017, Uralvagonzavod (UVZ) avait levé le voile sur une nouvelle version du char T-90, dotée d’un canon lisse 2A46M-4 de 125 mm et de technologies issues du programme Armata[21], en particulier au niveau du blindage. Et il fut annoncé que ces chars modernisés allaient commencer à être livrés à l’armée russe à partir de 2018.

En outre, les unités blindées russes ont reçu – ou sont en train de recevoir – des chars T-72 et T-80 remis au goût du jour. Si le T-14, dont il fut dit par des médias qui ont extrapolé des déclarations officielles que 2 300 exemplaires allaient être mis en service d’ici 2020, devait être le char principal des forces russes, alors pourquoi dépenser de l’argent pour moderniser des plateformes plus anciennes ?

Le T-14 Armata « est encore en phase de test alors que la situation géopolitique actuelle exige une réponse rapide à la menace de l’OTAN. Or, l’achat de T-72 modernisés résout ce problème », a expliqué à l’agence Bloomberg News Igor Korotchenko[22], le directeur du Centre d’analyse du commerce mondial des armes basé à Moscou.

Le T-14, commandé à seulement 100 exemplaires en 2016[23] se veut être un concentré d’innovations technologiques. D’une masse de 55 tonnes[24]s en configuration de combat, il dispose d’une tourelle automatisée (donc inhabitée) ainsi que du système de protection active Afganit[25] et de différents capteurs. Son équipage (3 personnes) prend place dans une capsule blindée à couches multiples séparée des munitions[26].

Conception[modifier | modifier le code]

Vue de profil d'un T-14.

Armement[modifier | modifier le code]

Le T-14 est armé d'un canon de 125 mm à âme lisse, monté dans une tourelle inhabitée, le 2A82-1M. Celui-ci est un développement ultérieur du canon 2A66 testé à la fin des années 1980 sur l'Objet 187. Le gain de puissance est réalisé grâce à une augmentation du volume de la chambre, lui permettant d'utiliser des charges propulsives plus volumineuses et donc plus puissantes. Le 2A82 peut éventuellement recevoir un tube de 152 mm, il porte alors la dénomination 2A83, ce dernier ayant été testé sur l'Objet 195 mais ce nouveau canon ne peut pas être accueillie par la caisse du T-14.

L'alimentation du canon est réalisée par un carrousel automatisé d'une contenance de 32 obus situé dans le panier de la tourelle inhabitée, l'éjection des culots vides se fait par une trappe sur le flanc gauche de la tourelle.

Une mitrailleuse coaxiale 6P7К PKTM de 7,62 mm et une mitrailleuse 6P7К PKTM du même calibre, montée sur le viseur Hawkeye viennent compléter l'armement principal.

Optiques et conduite de tir[modifier | modifier le code]

Le T-14 utilise la conduite de tir Kalina. Le chef de char dispose d'un viseur panoramique gyrostabilisé Hawkeye monté au sommet de la tourelle. Il intègre une voie jour et nuit (thermique), en l'absence d'oculaire, l'image est observée sur un écran plat. L'opérateur de la tourelle dispose d'une version modifiée du viseur gyrostabilisé SOSNA-U, ce dernier incorpore une voie jour et nuit (thermique) ainsi qu'un télémètre laser. Ces deux viseurs sont conçus et produits par la société biélorusse Peleng. Ces trois systèmes sont aussi présents sur le T-90MS.

Mobilité[modifier | modifier le code]

Gros plan sur le train de roulement du char de combat T-14, on peut apercevoir l'un des deux pots d'échappement sur le déport de caisse à la hauteur du 7e galet de roulement.

Train de roulement[modifier | modifier le code]

Il comporte sept galets de roulement en acier et quatre rouleaux porteur sur lesquels reposent des chenilles à connecteurs à deux demi-corps disposant de semelles en caoutchouc amovibles. Le premier, le deuxième et le septième galet disposent chacun d'un amortisseur rotatifs. Les galets de roulement font 70 cm de diamètre[27] et sont dotés de cerclages en caoutchouc.

Motorisation[modifier | modifier le code]

Le char est propulsé par un moteur diesel turbocompressé A-85-3A à douze cylindres ayant une puissance nominale de 1 500 chevaux à un régime de 2 000 tr/min. Développé par CTZ, il a la particularité d'avoir ses pistons disposés non pas en 'V' mais 'X' afin de limiter l’encombrement du bloc moteur. Le développement de ce moteur avait commencé au début des années 1980 sous le nom de A-85-2 et il avait été testé à la fin de cette décennie sur l'Objet 186 et l'Objet 187. Pour des raisons de fiabilité, le moteur est actuellement réglé à 1 200 chevaux. D'une cylindrée avoisinant les 35 litres[28], le moteur affiche une consommation spécifique de carburant de 160 g/kW.h et son poids à sec, sans la poutre de refroidissement est de 1 550 kg[29].

Transmission[modifier | modifier le code]

Le T-14 reprend une transmission de conception similaire à celle proposée sur le T-90MS, la boîte de vitesses mécanique est désormais robotisée tandis que le système de direction est piloté électroniquement. Pour des raisons de coûts et de complexité, la boîte de vitesses du T-14 n'intègre pas de convertisseur de couple et ne permet donc pas le passage des rapports sous couple[30]. Le T-14 devient le premier char russe à pouvoir enfin effectuer un pivot sur place sans avoir recours au blocage de la chenille intérieure (ripage) et contrairement à ses prédécesseurs tel que le T-90 et T-72, la dépose du groupe motopropulseur peut être effectuée d'un seul tenant, à l'aide d'une grue.

Blindage[modifier | modifier le code]

Le char russe fait appel à plusieurs systèmes de protection mêlant un système soft-kill (contre-mesures électromagnétiques), un hard-kill (protection active anti-projectile), les blindages classiques et les dispositifs de survie après impact. L'Armata bénéficie de toute cette expérience technologique et sa tourelle présente une architecture très optimisée pour intégrer plusieurs équipements et systèmes. La détection des menaces fait appel à quatre antennes radar couvrant 360° ainsi que des détecteurs d’alerte laser très visibles sur l’avant de la structure. En fonction de la nature de la menace (vecteur vitesse, distance, altitude), le T-14 peut déclencher soit l'éjection d'une munition tueuse du système Afganit (les gros tubes positionnés en éventail situés à la base de la tourelle) qui détruira le projectile, soit orienter l'un des deux paniers mobiles à grenades fumigènes situés sur le toit pour créer un rideau opaque qui s'interposera entre le char et le lanceur ennemi. Douze lanceurs verticaux sont montés sur la tourelle et sont probablement destinés à l'éjection de leurres infrarouges (ou paillettes) afin de détourner les missiles de type « tire et oublie ».

Marc Chassillan, ingénieur d'armement, écrit dans la revue Défense Nationale [31]: « Le glacis avant présente une épaisseur de plus de 70 centimètres si l’on en juge par les lignes de rupture entre la partie inclinée et le toit du châssis. Cela forme un bloc composite capable de contrer non seulement les flèches mais aussi les charges creuses de fort diamètre. Il est prolongé par une série de briques réactives horizontales qui protège l’équipage contre les attaques verticales type bombelettes. D’épaisses jupes latérales (composite sur le premier tiers avant, réactive de type Relikt sur le deuxième tiers) couvrent les flancs du châssis et des grilles statiques anti-RPG (lance-roquettes) prennent le relais à hauteur de la cloison pare-feu du moteur (troisième tiers). La partie inférieure de la pointe avant voit sa protection améliorée grâce à la présence de la lame d’auto-enfouissement en acier classique des chars russes. La tourelle n’a pas, à l’évidence, fait l’objet des mêmes efforts de protection balistique pour les raisons évoquées plus haut. Les photos suggèrent que les capotages qui carènent l’armement et les équipements sont de faible épaisseur, en n’assurant une protection que contre les projectiles de faible calibre. C’est sans doute là une faiblesse potentielle de l’Armata dans sa configuration actuelle dont le système d’arme pourrait être neutralisé au moyen de munitions explosives ou de moyen calibre. »

Versions[modifier | modifier le code]

Le châssis de l'Armata sert de plate-forme pour la production d'autres types de véhicules blindés, tels que projet de canons automoteurs (abandonné en 2020)[32], véhicules de combat d'infanterie T-15 (Objet 149), dépanneur T-16 (Objet 152) et l'on envisage des versions dronisées.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (ru) « Т-14 на платформе «Армата» начнут поставлять в армию в 2021 году », EurAsia Daily,‎ (consulté le 19 avril 2020)
  2. (en) « Russian plans to upgrade T-80 and T-90 jeopardise Armata programme », sur http://www.janes.com/ (consulté le 10 mai 2018).
  3. (en) « T-14 Armata Russian main battle tank technical data sheet specifications information description pictures », sur Army recognition, (consulté le 14 novembre 2017)
  4. (ru) Alexey Khlopotov "Gur Khan", « Уралвагонзавод" рассекретил габариты "Арматы », sur http://gurkhan.blogspot.com,‎ (consulté le 13 septembre 2020)
  5. (ru) Alexey Khlopotov "Gur Khan", « Уралвагонзавод" рассекретил габариты "Арматы », sur http://gurkhan.blogspot.com,‎ (consulté le 13 septembre 2020)
  6. (ru) Alexey Khlopotov "Gur Khan", « Уралвагонзавод" рассекретил габариты "Арматы », sur http://gurkhan.blogspot.com,‎ (consulté le 13 septembre 2020)
  7. (ru) « Подробность об "Армате": Т- 14 "пополнел"с 48 до 55 тонн », Gur Khan attacks!
  8. (ru) Alexey Khlopotov "Gur Khan", « Уралвагонзавод" рассекретил габариты "Арматы », sur http://gurkhan.blogspot.com,‎ (consulté le 13 septembre 2020)
  9. (en) « A-85-3A », sur http://www.army-guide.com/eng/ (consulté le 7 mai 2016).
  10. (ru) Alexey Khlopotov "Gur Khan", « Уралвагонзавод" рассекретил габариты "Арматы », sur http://gurkhan.blogspot.com,‎ (consulté le 13 septembre 2020)
  11. (ru) « Т-14 "Армата", танк », sur http://www.arms-expo.ru (consulté le 15 septembre 2016).
  12. (ru) Alexey Khlopotov "Gur Khan", « Уралвагонзавод" рассекретил габариты "Арматы », sur http://gurkhan.blogspot.com,‎ (consulté le 13 septembre 2020)
  13. (ru) Alexey Khlopotov "Gur Khan", « Уралвагонзавод" рассекретил габариты "Арматы », sur http://gurkhan.blogspot.com,‎ (consulté le 13 septembre 2020)
  14. (ru) « Перспективная" бронетехника устарела раньше, чем стала в строй », sur http://www.kommersant.ru/,‎ (consulté le 5 juin 2016).
  15. (ru) « Войска, кующие победу », sur http://old.redstar.ru/,‎ (consulté le 5 juin 2016).
  16. (ru) « Russian Armata Tank to Enter Testing in November », sur http://sputniknews.com, (consulté le 5 juin 2016).
  17. (en) « Pilot batch: Russian military get first T-14 Armata tanks », sur www.rt.com, (consulté le 2 janvier 2016).
  18. (en) Richard Connolly et Mathieu Boulègue, « Russia’s New State Armament Programme: Implications for the Russian Armed Forces and Military Capabilities to 2027 », Chatham House,‎ , p. 24 (lire en ligne)
  19. (en) « Russia's Armata Tank Looked Like The Future of Warfare (But There Could Be a Problem) », sur nationalinterest.org, (consulté le 27 novembre 2019).
  20. Fabrice Wolf, la Russie allignera une force de 900 T14 et T90M, 18 février 2020
  21. Benoît C., « [Dossier] Le T-14 Armata; l’avenir du char de bataille russe? », sur Red Samovar, (consulté le 8 mai 2019)
  22. IGOR KOROTCHENKO.
  23. « La Défense russe annonce la date des essais du char Armata », sur Sputnik, (consulté le 6 mai 2019)
  24. http://gurkhan.blogspot.com/2019/06/14-48-55.html
  25. AFGANIT : Le blindage révolutionnaire du char russe T-14 ARMATA.
  26. Laurent Lagneau, « Le char T-14 Armata serait finalement trop cher pour l’armée russe », sur Zone militaire opex360.com, (consulté le 8 mai 2019).
  27. (ru) « Ну, я же говорил... 700мм! », sur http://gurkhan.blogspot.be/ (consulté le 11 juin 2016).
  28. (ru) « Двигатель ближайшего будущего », sur http://topwar.ru/ (consulté le 11 juin 2016).
  29. (en) « A-85-3A », sur http://www.army-guide.com/eng/ (consulté le 11 juin 2016).
  30. (ru) « К ВОПРОСУ ВЫБОРА ТРАНСМИССИИ ДЛЯ УНИВЕРСАЛЬНОГО БАЗОВОГО ШАССИ », sur http://gurkhan.blogspot.be/,‎ (consulté le 5 juin 2016).
  31. Marc Chassillan, « L'Armata T-14 ou la rupture dans la conception des chars russes », La Tribune, Revue Défense nationale, no 648,‎ (lire en ligne)
  32. http://www.opex360.com/2020/02/10/le-nouvel-obusier-russe-2s35-koalitsiya-sv-capable-de-tirer-16-coups-par-minute-pourrait-entrer-service-en-2022/

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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