Les deux récits de la création dans la Genèse

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Les deux récits de la création dans la Genèse
Épisode du Livre de la Genèse
Image illustrative de l’article Les deux récits de la création dans la Genèse
Universum,
Une représentation colorisée de la gravure sur bois de Flammarion, inspirée de la cosmogonie biblique

Titre original מעשה בראשית Maassè Bereshit
Localisation Genèse 1-2
Parasha Bereshit
Personnages Dieu et l’Adam

Les deux récits de la création dans la Genèse se suivent dans les premières pages de la Bible (Ancien Testament), de la Torah (Pentateuque). Le livre de la Genèse présente en effet la création du monde suivant deux modèles : le premier (Gen 1:1 à 2:3) débute par le compte rendu de la Création de l'Univers par Dieu, laquelle se produit en six jours, après lesquels Dieu se repose le septième jour. Ce premier récit est intitulé La Création. Le premier verset de ce premier chapitre est rédigé comme suit :

« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. »

Le second récit de la création dans Genèse 2 (Gen 2:4 à 2:25) est juxtaposé au premier et se focalise davantage sur l'homme, moins préoccupé par la création et l'évolution de la Terre, ses créatures et ses caractéristiques. Cette Genèse 2 est intitulée Les origines du Monde et de l'Humanité.

Le verset 4 de Genèse 2 est rédigé comme suit:

« Voici les origines du ciel et de la terre quand ils furent créés. »

Ces deux récits peuvent-ils être lus séparément ? Se suivent-ils par accident ? Quelles différences se présentent-elles entre eux ? Ces questions peuvent se poser sachant que les matériaux composites de la Genèse ont été progressivement assemblés et ordonnés par les scribes inspirés du IXe au Ve siècle av. J.-C. pour l'essentiel, pour former finalement un seul livre[1].

Différences de style et de vocabulaire[modifier | modifier le code]

Les deux récits présentent des différences de style et de vocabulaire. Dès le premier verset de Genèse 2, une différence radicale de style apparaît entre le premier et le second récit de la création. Le premier se présente comme un chant, un poème rythmé par un refrain et composé de strophes. Le second se présente comme un conte, une histoire racontée qui laisse le lecteur en attente de la fin immanquable : la transgression de l'interdit.

Le nom de Dieu est modifié d'un récit à l'autre : dans le premier récit, il est question d'Elohim, dans le second d'YHWH. Elohim est un nom universel pour Dieu tandis que YHWH est le nom spécifique du Dieu d'Israël tel qu'il sera révélé à Moïse. C'est la marque du caractère universel, intemporel du premier récit qui est grandiose et le particularisme du second centré sur la Terre, sur l'affrontement de l'homme à la dure réalité.

Le verbe utilisé pour exposer l'action de Dieu diffère du premier récit au second. Le premier utilisait le verbe hébreu bara qui signifie créer mais ne s'applique qu'à Dieu[2]. Par contre, ce verbe n'apparaît pas dans le second récit. Ce sont les verbes courants, moins précis comme faire, modeler qui sont utilisés, qui ne sont pas spécifiques à l'action de Dieu. Dieu ressemble alors de ce fait aux dieux de la mythologie, il a moins de majesté, il est le potier qui façonne[3]. C'est que le second récit appartient à une source plus ancienne, moins élaborée, plus proche du genre mythique[4].

La création de l'homme[modifier | modifier le code]

Dans le premier récit, la création de l'homme arrive le sixième jour comme une apothéose, après que toute la création, les animaux et les végétaux, aient été mis en place : « 26. Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.» « 27. Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme. » (Gn 1,26–1,27)

Dans le second récit, l'ordre est inversé : l'homme vient en premier, dès le second verset du chapitre comme dans le vieux mythe sumérien d'Enlil[5],[6]. « L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant.»(Gn ,7–2,7) Mais l'homme n'arrive pas dans un décor achevé comme dans le premier récit. L'homme n'existe pas pour soi mais en relation avec la terre qu'il est chargé de travailler : « L'Éternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le garder. » (Genèse 2,v 15). La création est décrite comme en attente à la fois de l'homme et de la pluie qui permet la fécondation de la terre.

Solitude de l'homme[modifier | modifier le code]

Le premier récit de la Genèse est rythmé par la formule répétée « Dieu dit » qui s'accompagne à chaque création du jugement « et Dieu vit que cela était bon ». Dans le second récit pour la première fois Dieu porte un jugement négatif sur l’œuvre jusque-là accomplie. Au verset 18 de Genèse 2, il découvre que l'homme souffre de solitude[7] et constate au verset 11 :

« L'Éternel Dieu dit : Il n'est pas bon que l'homme soit seul... »

Dieu ne juge pas l'homme, mais constate son ennui et se propose ceci : « je lui ferai une aide qui sera son vis-à-vis. » Et la première réponse qui suit en Genèse 2 (verset 19) est de créer d'autres âmes vivantes, les animaux. Alors qu'en Genèse 1 leur création précédait la création de l'homme, en Genèse 2 elle la suit.

Cette création des animaux qui répond à la solitude de l'homme rappelle la création d'Enkidu, le personnage de la mythologie sumérienne dans l'Épopée de Gilgamesh[8]. Enkidu qui ne trouvera sa pleine humanité que par l'irruption de la femme. De même, Adam « ne trouva pas d'aide qui fut son vis-à-vis » auprès des animaux (Gen 2:4 à 2:25). L'homme attend un vis-à-vis qui lui soit semblable. Le travail de la terre, les animaux ne peuvent pas combler sa vie.

La création de la femme[modifier | modifier le code]

Dans Genèse 1 au verset 27, la création de l'homme et de la femme se présente comme suit après la création des plantes et des animaux :

« Dieu créa l'homme à son image :
Il le créa à l'image de Dieu,
Homme et femme il les créa. »

C'est pourquoi Genèse 2 est souvent présenté comme la suite logique de Genèse 1[9], du fait que la création de l'homme y est détaillée. Il faut séparer par une opération l'homme de la femme qui pouvaient apparaître comme formant un être androgyne dans Genèse 1.

L'œuvre de Dieu est décrite comme suit aux versets 21 et 22 :

« Alors l'Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme qui s'endormit ; il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place.
L'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise à l'homme et il l'amena vers l'homme. »

Caractéristiques plus générales[modifier | modifier le code]

Genèse 1 est un récit bien charpenté en 7 jours et qui peut être lu pour lui-même, séparément du reste de l'Ancien Testament. Dans sa brièveté, c'est un prélude majestueux à ce dernier[10], un véritable poème. Le récit est tout à la gloire de Dieu qui se félicite de son œuvre. Il peut laisser penser qu'il se termine sur un temps achevé, définitivement beau.

Genèse 2 est d'un esprit plus concret mais aussi plus hésitant qui arrive finalement à la création de la femme et à l'union de l'homme et de la femme. C'est un récit en prose qui montre une histoire qui s'ouvre devant nous. Genèse 2 baigne dans un langage mythique alors que Genèse 1 faisait disparaître les mythes[11].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Gerard 437.
  2. Castel p.16.
  3. Castel p.69.
  4. Castel p.50.
  5. « Après qu'An, Enlil et Nin Hour Sag eurent créé les gens à tête noire, que la végétation eut crû sur la terre, que les animaux, les quadrupèdes de la steppe eurent été crées »
  6. Castel p.52.
  7. Castel p.62.
  8. « Et créa dans le désert Enkidou le héros… velu de poils sur tout le corps
    Il est de chevelure fait comme une femme.
    Il ne connaît ni les humains, ni pays civilisé»
  9. Castel p.65.
  10. Gerard p.438.
  11. Castel p.68.

Bibliographie[modifier | modifier le code]