Maîtres et possesseurs de la nature

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« Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » serait, d'après un passage du Discours de la méthode[1] publié par le philosophe français René Descartes en 1637, ce que les hommes parviendront à faire lorsqu'ils auront développé leur savoir par la connaissance de la science.

Citation complète[modifier | modifier le code]

« Mais, sitôt que j'ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, et que, commençant à les éprouver en diverses difficultés particulières, j'ai remarqué jusques où elles peuvent conduire, et combien elles diffèrent des principes dont on s'est servi jusques à présent, j'ai cru que je ne pouvois les tenir cachées sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer autant qu'il est en nous le bien général de tous les hommes: car elles m'ont fait voir qu'il est possible de parvenir à des connoissances qui soient fort utiles à la vie ; et qu'au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connoissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connoissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices, qui feroient qu'on jouiroit sans aucune peine des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie ; car même l'esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps, que, s'il est possibles de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu'ils n'ont été jusques ici, je crois que c'est dans la médecine qu'on doit le chercher. »

— René Descartes, Discours de la méthode, texte établi par Victor Cousin, Levrault, 1824, tome I, sixième partie

Analyse[modifier | modifier le code]

Il est à noter que l'insertion du terme « comme » permet à Descartes d'éviter d'éventuelles accusations d'hérésie : dans la tradition chrétienne dominante à l'époque, le seul « maître et possesseur de la nature » est Dieu. Descartes voit dans la technique le déploiement de la puissance de l'homme capable d'utiliser la nature à ses seules fins.

Cependant il faut mettre en garde contre une interprétation erronée bien que répandue qui laisserait penser qu'en tant que maître et possesseur l'homme peut faire ce qu'il souhaite de la nature quitte à la détruire faisant de lui un précurseur de la vision consumériste des sociétés contemporaines. Ce n'est pas le cas puisqu'il est seulement « comme » possesseur de la nature qui ne lui appartient donc effectivement pas. Cette erreur est due au fait que nous comprenons généralement le terme « maître » au sens de domination comme dans le rapport maître/esclave alors que Descartes l'utilise comme dans les expressions de maître d'armes ou de tableau de maître c'est-à-dire au sens de celui qui maîtrise parfaitement son sujet. C'est le sens de la référence aux artisans qui sont par exemple maîtres orfèvres lorsqu'ils ont acquis un niveau de maîtrise suffisant dans leur art. C'est pourquoi Descartes ne promeut pas un usage irresponsable et déraisonné de la nature, bien au contraire il nous encourage à l'étudier pour la comprendre parfaitement afin de s'en servir au mieux en réussissant à anticiper et à maîtriser toutes les conséquences de nos actes sur elle, ce que nous sommes bien loin d'avoir accompli[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]