Bible de Gutenberg

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Un exemplaire de la Bible de Gutenberg conservé à la New York Public Library, aux États-Unis.

La Bible de Gutenberg ou Bible latine à quarante-deux lignes (B42) est le premier livre imprimé en Europe à l'aide de caractères mobiles. Mais ce n'est pas le premier livre imprimé du monde, on sait notamment que l'imprimerie existe depuis le IXe siècle en Chine, on s'en servait pour répandre la parole de Bouddha[réf. souhaitée]. Un livre a également été imprimé en Corée en 1377, mais si cela n'a pas fonctionné, c'est que les caractères à créer étaient bien trop nombreux, ce qui rendait l'entreprise inutile. Gutenberg n'avait bien sûr pas connaissance de tout cela.

La Bible de Gutenberg montre un bond qualitatif de son travail, amélioration que beaucoup font tenir à un troisième regard, extérieur et neuf, qui aurait notamment permis de refaire la typographie. On estime souvent qu'il s'agit de Pierre Schoeffer.

Le est la date traditionnelle retenue comme le jour où Johannes Gutenberg a achevé ce livre[1] à Mayence, sa ville natale.

Description[modifier | modifier le code]

Commentaire de Salomon, Bible de Gutenberg.

Réalisée à Mayence entre 1452 et 1455 sous la responsabilité de Johannes Gutenberg et de ses associés, Johann Fust et Pierre Schoeffer (typographe-imprimeur allemand qui perfectionne la presse typographique), la Bible de Gutenberg se compose de deux volumes au format in-folio (ce qui signifie que chaque feuille achetée au papetier n'était pliée qu'une fois, ce qui permet d'imprimer des pages de grandes dimensions) de 324 et 319 feuillets. Elle reproduit le texte de la Vulgate, c'est-à-dire la Bible latine traduite par saint Jérôme : l'Ancien Testament occupe le premier volume et une partie du second, qui contient aussi l'ensemble du Nouveau Testament. Une lettre qu'Æneas Sylvius Piccolomini, futur pape Pie II, adresse au cardinal Carvajal le 12 mars 1455, mentionne la découverte d'un exemplaire de cette bible sous forme de cahiers imprimés, à la foire commerciale de Francfort[2].

Vendue par souscription, cette Bible latine a été achetée à sa parution par des institutions religieuses, essentiellement des monastères. Sur un tirage d'environ 180 exemplaires, étalés sur environ 8 mois d'impressions, 49 complets, ou en majeure partie, ont été conservés jusqu'à aujourd'hui, et des feuillets isolés se trouvent dans quelques bibliothèques, comme celle du musée Correr de Venise ou de la bibliothèque municipale de Colmar. La majorité des exemplaires se trouve en Allemagne. En France, la Bibliothèque nationale de France en possède trois exemplaires, dont un sur vélin, et la bibliothèque Mazarine, un exemplaire sur papier. En Suisse, la fondation Martin Bodmer expose en permanence son exemplaire près de Genève.

Cependant, un seul des exemplaires des bibles de Gutenberg a été daté, sur une mention manuscrite, à la fin de la première partie de la bible, figure la date de 1456, soit deux ans après la foire. Il ne s'agit donc pas d'un des 180 premiers exemplaires créés, on peut imaginer que la technique et la qualité avaient donc déjà bien évolué. Cela montre également que ses bibles se vendaient, bien que l'entreprise ne génère aucune fortune.

Une partie des exemplaires a été imprimée sur parchemin (vélin), une autre sur du papier importé d'Italie. On distingue également que ces volumes ont connu des changements en cours d'impressions, par exemple, sur un volume conservé à Paris, Gutenberg avait tout d'abord essayé d'imprimer en deux couleurs, certaines phrases figurants en rouge. Or plus tard dans le même volume, les écritures rouges sont manuscrites, très certainement à cause de la perte de temps que générait l'impression en deux couleurs.

Les bibles sont présentées pour la première fois au public à la Foire de Francfort de 1454, une des plus importantes de tout le Saint Empire. L'évêque de Sienne, et futur Pape Pie II, Enea Silvio Piccolomini, est présent, et découvre l'un des volumes. Il est si impressionné de la qualité de l'ouvrage qu'il écrit une lettre à l'un de ses amis, lui disant qu'il espère lui faire parvenir l'un des exemplaires, mais a peur de ne pas y parvenir, la plupart des ouvrages ayant déjà trouvé acheteurs. Et sa prédiction fut bonne, il ne put jamais acheter de bible imprimée par Gutenberg. Enea Silvio Piccolomini ne sait d'ailleurs pas que cette bible est la création de Gutenberg, il écrit dans sa lettre ne pas connaître le fabricant de l'ouvrage, raison pour laquelle il n'a pas effectué d'achat.

Une page de la Bible de Gutenberg, composée à partir de la Vulgate de saint Jérôme.

Contexte[modifier | modifier le code]

Reliure.

On sait que cette Bible a été réalisée à Mayence, sa ville natale, qui est devenu un grand centre de flux à cette époque. De plus, Gutenberg voit dans ce retour à Mayence un moyen d'amasser un peu d'argent pour son entreprise, en jouant de son statut. Malgré cela, ses nombreux créanciers, et la réussite de son entreprise, Gutenberg ne gagnera jamais d'argent grâce à son invention. C'est certainement ce côté innovant qui a justement été un problème pour les finances de Gutenberg, comment estimer financièrement la valeur d'un livre imprimé, puisque cela n'a jamais été fait avant ?

Le premier document trouvé venant probablement de l'imprimerie de Gutenberg est un calendrier. Il s'agit d'un appel à tous les chrétiens du Saint Empire à aller combattre les turcs pour reprendre la ville de Constantinople. Chaque mois, de nouveaux princes étaient appelés à aller combattre, mais la diffusion n'était pas assez large, c'est pourquoi ce document avait été imprimé, et en allemand, afin d'atteindre un public aussi large que possible. Il n'y a pas de signature pour prouver qu'il s'agit de Gutenberg, mais le caractère typographique est caractéristique de celui créé par Gutenberg.

L'autre raison de la diffusion de l'impression fut le besoin croissant des universités en livres.

Le succès des ventes fut énorme, mais Gutenberg fut de nouveau victime d'un procès, pour cause financière. C'est son associé, Johann Fush, qui lui avait prêté énormément d'argent avant la Foire de Francfort, et n'a pourtant même pas été remboursé, ni même reçu les intérêts. Le procès a lieu en 1455, mais Gutenberg n'y assistera pas, et son représentant contestera les intérêts réclamés, disant qu'il avait été convenu qu'il n'y ait pas d'intérêts. On ne connait pas l'issue du procès, mais cela nous apprend que c'était Gutenberg lui-même qui s'occupait de la trésorerie, et qu'on ne sait pas ce qu'il est advenu de cette trésorerie.

Fabrication[modifier | modifier le code]

Pour tester sa presse à imprimer et ses caractères mobiles en alliage de métal, Gutenberg commença, aux alentours de 1450, par composer des textes qu'il reproduisait sur des feuilles de papier simple, puis entreprit d'imprimer de petits livres, comme la grammaire latine de Donat. La base du travail est alors effectuée à la main. Pour composer chaque ligne du texte, il fallait sélectionner un à un les caractères (en relief et inversés) correspondant aux lettres des mots, et les placer dans un cadre spécial, la forme, situé sur le plateau de la presse. Une fois toutes les lignes composées, la forme était enduite d'encre à l'aide de pelotes en crin de cheval. On y plaçait alors une feuille de papier préalablement humidifiée, qu'une planche de bois, la « platine », venait comprimer sous l'action d'une vis en bois. Il fallait cependant un grand nombre de caractères pour pouvoir écrire les lignes sans problèmes, 300 exemplaires de chaque caractères lors de ses premières impressions, pour profiter complètement de l'avantage de l'imprimerie, près de 4000 lors de l'impression de la bible, ce qui est notamment dû au fait que Gutenberg dispose désormais d'une deuxième presse dans son atelier. La création de ces caractères prenait aussi du temps, et on estime qu'un ouvrier pouvait en fabriquer jusqu'à 10 par heure.

Le nombre de presses utilisées dans l'atelier de Gutenberg reste inconnu, mais la quantité de pages imprimées laisse à penser qu'il en a utilisé plus d'une, la plupart des experts s'accordent sur deux presses. Les presses étant actionnées par deux ouvriers, il est possible que l'entreprise ait nécessité jusqu'à douze ouvriers, sans compter les personnes employées à la disposition des caractères, à l'encrage, à la préparation des feuilles de papier, au pliage, etc. L'atelier emploie à ce moment entre 2 et 6 compositeurs. Finalement, l'entreprise de Gutenberg commençait à ressembler à ce que nous entendons par entreprise au sens moderne, avec des ouvriers destinés à une tâche précise, une optimisation du temps maximum, une recherche de qualité toujours plus forte... La presse doit également être parfaitement calibrée, afin que la page semble parfaite aux yeux des lecteurs.

La réalisation des 180 exemplaires de la Bible s'étala sur trois ans, une période à l'issue de laquelle un moine copiste aurait achevé la reproduction d'une seule Bible quelques années auparavant. A l'époque de Gutenberg, une Bible est toujours très longue à copier, mais plusieurs moines se relaient, ce qui réduit le temps passé sur un livre. Une dizaine d'ouvrages auraient pu être créés de manière manuscrite sur la même période, au maximum.

Composition[modifier | modifier le code]

Les premières pages de la Bible de Gutenberg comportent deux colonnes de 40 lignes par page, parfois 41, finalement, chaque bible fait 1286 pages. Pour économiser du papier, Gutenberg décida d'imprimer 42 lignes par page, puis de diminuer la taille des caractères. Autre évolution : Gutenberg essaya un moment d'imprimer les titres en rouge, puis abandonna, sans doute parce que l'opération était trop fastidieuse : elle aurait demandé de passer deux fois chaque feuille sous la presse. Elle fut par la suite largement mise en œuvre par ses successeurs, dès le XVe siècle. On sait d'ailleurs que Gutenberg utilise une encre très spéciale, qu'il refait très certainement tous les jours, qui ne contient ni huile de lin ni eau, afin que l'encre ne bave pas ou ne traverse pas le papier. Il y rajoute également du plomb, en quantité différente en fonction du temps, afin que l'encre sèche plus vite, toujours dans un souci d'optimisation du temps, pour que l'impression du verso se fasse au plus tôt.

Pour composer sa Bible, Gutenberg a copié l'écriture dite « gothique de forme » textura, utilisée à l'époque pour les textes liturgiques, en particulier les missels. Il adopte une taille de caractère similaire à celle des manuscrits de grande taille, utilisés en particulier pour la lecture à haute voix[3].

La Bible de Gutenberg ressemble à un codex et, comme dans les manuscrits les plus réussis, toutes les fins de ligne sont soigneusement alignées sur la marge de droite. Aujourd'hui, les imprimeurs et les typographes parlent de lignes « justifiées » pour désigner cette présentation.

Pour obtenir cette présentation justifiée, Gutenberg n'utilise pas des espaces de taille variable entre les mots, mais répartit des signes de ponctuation plus ou moins larges, emploie des ligatures (deux lettres accolées et fondues ensemble) et remplace certains mots par leur abréviation. Son but est vraiment d'obtenir une qualité et un confort de lecture maximal.

L'emplacement destiné aux lettrines et aux enluminures était réservé. Un enlumineur pouvait être chargé par leur propriétaire de les dessiner une fois le livre en sa possession. Ce travail était laissé à l'appréciation des acquéreurs, qui pouvaient aussi faire appel à des rubricateurs pour faire ressortir par des couleurs les nomina sacra et les marques de paragraphes et de verset.

C'est l'un de ses associés, Johann Fush, qui lui a présenté une bible magnifique lui servant d'exemple, il est donc à la fois son principal créancier, et celui qui a fourni la base de la forme de sa bible, dont les fameuses 42 lignes sur deux colonnes.

Quelques années plus tard, Gutenberg imprima une Bible sur 36 lignes.

Implications[modifier | modifier le code]

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La figure de l'éditeur, libraire, imprimeur est créée. Gutenberg représente toutes ces figures à la fois, et ce modèle durera jusqu'au sacre des éditeurs, jusqu'en 1770/1780.

L'imprimerie a tellement révolutionné l'enseignement à la suite de la publication de la Bible, qu'on peut supposer que les Lumières n'auraient pas existé sans l'invention de l'imprimerie, ni la révolution numérique actuelle. Tim Berners Lee a créé le World Wide Web qui, comme l'imprimerie, a permis un partage de connaissances très important. Avec Internet, le partage du livre, ou l'hypertexte, s'étend toujours plus, et la typographie a encore beaucoup évolué, notamment avec un recensement et une numérisation de tous les caractères utilisés dans le monde, assemblés dans l'UNICODE, qui comprend actuellement 109 systèmes d'écritures, et des nouveaux y sont progressivement intégrés.

Localisations connues des Bibles de Gutenberg[modifier | modifier le code]

La « Bible à 42 lignes » de 1455 environ est un des livres les plus chers au monde. Le prix d'un exemplaire complet peut atteindre les 20 millions de dollars[4].

Allemagne (12)

Autriche (1)

Belgique (2)

Danemark (1)

Espagne (2)

  • Biblioteca universitaria y provincial à Séville
  • Biblioteca pública provincial à Burgos

États-Unis (12)

Bill Gates (cofondateur de Microsoft) en possède un exemplaire acheté en 1994 à une vente aux enchères.

France (7)

Italie (1)

Japon (1)

  • Keio University Library à Tokyo

Pologne (1)

  • Biblioteka Seminarium Duchownego à Pełpin

Portugal (1)

Royaume-Uni (9)

Russie (2)

Suisse (1)

Vatican (2)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Henri-Jean Martin, « Gutenberg ou la multiplication des livres », L'Histoire,‎ , p. 70.
  2. Alberto Manguel, Une histoire de la lecture, Éditions Actes Sud, , p. 59.
  3. Adolf Wild, « La typographie de la Bible de Gutenberg », op. cit..
  4. (en) David R. Gudgel, Owner's guide to using your Bible, Power Books, , p. 20.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guy Bechtel, Gutenberg et l’invention de l’imprimerie, Fayard, 1992.
  • Seymour de Ricci, Catalogue raisonné des premières impressions de Mayence.
  • Adolf Wild, « La typographie de la Bible de Gutenberg », dans Cahiers Gutenberg, no 22, 1995, édition en ligne.
  • Parinet Elisabeth, « Une histoire de l'édition à l'époque contemporaine ».
  • Molliet, « Une autre histoire de l'édition ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Versions en ligne de la Bible de Gutenberg