Yeshayahou Leibowitz

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Yeshayahou Leibowitz
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Yeshayahou Leibowitz
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Greta Leibowitz (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Yiska Leibowitz (d)
Mira Ofran (d)
Eliya Leibowitz (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Yoram Yovell (en) (petit-fils)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Yeshayahou Leibowitz (en hébreu : ישעיהו ליבוביץ), né à Riga en Lettonie le et mort le à Jérusalem, est un chimiste, historien de la science, philosophe et moraliste israélien, considéré comme l'un des intellectuels les plus marquants de la société israélienne, et l'une de ses personnalités les plus controversées pour ses avis tranchés sur la morale, l’éthique, la politique, et la religion. Il fut rédacteur en chef de l'Encyclopédie hébraïque.

Biographie[modifier | modifier le code]

Frère aîné de Nehama Leibowitz, il naît à Riga en Lettonie, alors dans l'Empire russe, en 1903 et reçoit une éducation juive de ses parents. Son parcours scientifique débute en 1919 à Berlin où il commence des études de chimie et de philosophie, il y obtient son doctorat en 1924. Poursuivant des études de biochimie et de médecine à Bâle, il y obtient un doctorat en 1934.

Il émigre en Palestine en 1934 (qui était alors sous mandat britannique), où il devient professeur de chimie organique à l'Université hébraïque de Jérusalem. Nommé professeur de biochimie en 1941, il est promu en 1952 doyen de la chaire de chimie organique et de neurologie. Il y enseigne également la biologie et la neuropsychologie jusqu'à sa retraite en 1973. Il assure aussi un cours d'études juives à l'Université de Haïfa. Il les poursuit sans relâche, hormis l'interruption due à la guerre de Palestine de 1948, pendant laquelle il sert en tant qu'officier de la Haganah.

Après sa retraite, il continue à enseigner la philosophie à l'Université hébraïque.

Il reçoit continuellement des visites chez lui et accorde de longues heures d'entretien à quiconque frappe à sa porte. Il invite d'ailleurs souvent ceux qui lui écrivent à poursuivre l'échange de vive voix[1].

Il donne pendant toutes ces années des conférences internationales, rédige des livres en hébreu et en anglais, et supervise la rédaction de l'Encyclopaedia Hebraïca de 1956 à 1972.

Sa nomination au prix Israël en 1992 souleva une polémique, deux ans avant sa mort à Jérusalem : le chef du gouvernement Yitzhak Rabin alla jusqu'à déclarer refuser de participer à la cérémonie de remise du prix.

Philosophie et prises de position[modifier | modifier le code]

Yeshayahou Leibowitz, avec ses positions anticonformistes, son franc-parler sur le judaïsme, et surtout sur l'armée et la politique d'Israël, s'était fait de nombreuses inimitiés dans les cercles religieux et non-religieux.

Ce sont surtout ses positions politiques qui le rendirent impopulaire : il fut en effet un ardent critique de la politique israélienne, tant dans le système de gouvernement (coalitions de partis…) que dans l'occupation de territoires arabes, arguant que « l'occupation détruit la moralité du conquérant ». Il soutenait d'ailleurs les objecteurs de conscience qui refusaient de servir dans les territoires occupés[2].

Ses remarques, peu après l'invasion du Liban en 1982, sur le fait que certaines actions de soldats israéliens au Liban démontraient l'existence d'une mentalité « judéo-nazie », provoquèrent une tempête de réactions. À l’encontre de l’opinion générale qui prétend que ce genre de rhétorique relève de l’antisionisme, Leibowitz ne cessa de réaffirmer jusqu’à la fin de sa vie, par ses écrits et dans ses entretiens, sa foi dans la légitimité du sionisme.

En outre, il accusait la classe politique de corruption, et militait contre la prolifération de l'arsenal nucléaire.

Leibowitz fut également une figure marquante dans le domaine de la pensée juive. Sa vision du judaïsme, très marquée par Maïmonide dont il était un grand admirateur, exprime non seulement un grand attachement à la pratique des mitzvots (les commandements requis par la Torah), mais aussi un puissant engagement envers le service de Dieu « désintéressé », opposé à une foi du charbonnier, plutôt encline à attendre un bienfait de Dieu (récompense, gratitude, évitement du châtiment…) qui ne constitue certainement pas, selon Leibowitz, le modèle idéal de la foi juive[3].

Pour lui, la Kabbale et les mouvements religieux qui soumettent l’application de la Mitzvah à l'attachement émotif sont fallacieux et s’apparentent à l'idolâtrie.

Alors que Leo Strauss percevait une dichotomie chez Maïmonide entre une philosophie pour l'élite (exprimée dans le Guide des égarés) et une philosophie pour la masse (obligée d'être encore soumise aux rites), Leibowitz réfute catégoriquement cette vision. Il conserve la notion de dichotomie, mais la déplace considérablement. La foi pour l'élite est celle capable d'une pratique des mitzvots désintéressée. La foi pour le peuple, en revanche, ne pouvant pas se passer d'une certaine superstition, voire d'une attente exagérée envers une intervention divine dans la vie quotidienne.

Cette analyse de Maïmonide est de plus foncièrement cohérente avec l'attitude personnelle de Leibowitz : Juif très orthodoxe, extrêmement pointilleux sur la pratique des commandements.

« Le problème, c'est le peuple juif. Le peuple juif, qui est-il aujourd'hui ? Je vous le répète, je ne sais pas répondre empiriquement à cette question, et il n'existe ni personne, ni instance autorisée, capable de la poser et d'y répondre sur une base normative. Ce n'est pas à la création synthétique, produite par l'appareil d'État à partir des personnes qui vivent dans son cadre (“le peuple israélien”), que la question est posée, mais à ce qui prolonge cette donnée historique — le peuple juif. » (Peuple, Terre, État, 1995: 215).

Écrits[modifier | modifier le code]

Yeshayahu Leibowitz à l'université hébraïque de Jérusalem, vers 1964.

Pendant les premières années de sa création, Leibowitz a été un des rédacteurs de l'Encyclopédie hébraïque. Indépendamment de ses articles et essais innombrables, Leibowitz a écrit de nombreux livres sur la philosophie, les valeurs humaines, la pensée juive, les enseignements de Maimonide, et la politique. Plusieurs de ses conférences et discours, y compris ceux qu’il a donnés comme contribution au projet « Université radiophonique » du service de radio de l'armée israélienne, ont été plus tard compilés et édités sous forme de livre. Leibowitz fut un épistolier prolifique et ses avis, ses commentaires ont été largement appréciés. Une première collection de ses lettres, en hébreu, a été publiée à titre posthume par les éditions Keter en 1999.

Une bonne partie de son œuvre a été traduite en français par l'écrivain et psychanalyste Gérard Haddad et par David Banon, docteur en philosophie et directeur du département d'études hébraïques et juives à l'université de Strasbourg.

Surnommé en Israël « le Prophète de la colère », Yeshayahou Leibowitz est mort à Jérusalem en 1994.

Le chef d'orchestre et compositeur René Leibowitz était son cousin.

Ouvrages en français[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Judaïsme, peuple juif et État d'Israël, [traduction de Gabriel Roth, préface de Henri Altan], Paris : éditions J.-C. Lattès (collection Judaïques), 1985. Il s'agit d'une traduction partielle de l'ouvrage Yahadut, am Yehudi, u-medinat Yisrael, Tel-Aviv : Schocken Publishing, 1975.
  • La foi de Maïmonide, [traduction, introduction et notes de David Banon, Paris : les Éditions du Cerf (collection Patrimoine. Judaïsme), 1992. Édition originale : Emounato shel ha-Rambam, Tel-Aviv : éditions du Ministère de la Défense (collection « Université radiophonique »), 1980.
  • Brèves leçons bibliques : remarques sur la Parashah de la semaine, [texte présenté par Gérard Haddad ; trad. de l'hébreu par Gérard Haddad ; avec la collaboration de Catherine Neuve-Eglise], Paris : les éditions Desclée de Brouwer (collection Midrash), 1995. Édition originale : He’arot le-Parshiyot ha-Shavua, Jérusalem: Akadmon Publishing, 1988
  • Science et valeurs, [traduction, présentation et notes de Gérard Haddad], Paris : les éditions Desclée de Brouwer (collection Midrash), 1997. Édition originale : Sihot al-Mada ve-arakhim, Tel-Aviv : éditions du ministère de la Défense (collection « Université radiophonique »), 1985.
  • Devant Dieu : cinq livres de foi, [traduction, introduction et notes de David Banon], Paris : les Éditions du Cerf (collection Histoires. Judaïsmes], 2004. Édition originale : Hamishah sifre emounah, Jérusalem: Keter Publishing, 1995.
  • Les fondements du judaïsme : causeries sur les Pirqé Avot, aphorismes des Pères et sur Maïmonide, [traduction et notes de Gérard Haddad et Yann Boissière ; préface de Gérard Haddad], Paris : les Éditions du Cerf (collection Patrimoines. Judaïsme), 2007. Édition originale : Sihot al Pirke Avot ve-al ha-Rambam, Tel Aviv: Schocken Publishing, 1979.
  • Les fêtes juives : réflexions sur les solennités du judaïsme, [traduction et notes de Philippe Haddad et Gérard Haddad ; préface de Gérard Haddad], Paris : les éditions du Cerf (collection Patrimoines. Judaïsme), 2008. Édition originale : Sihot al Hagei Yisrael u-Moadav (textes rassemblés par Ben Tsion Nouriel), auto-éditions, 2001.
  • Corps et esprit : le problème psycho-physique, [traduction de Yann Boissière et Gérard Haddad ; préface et notes de Yann Boissière ; postface de Gérard Haddad], Paris : les éditions du Cerf (collection Patrimoines. Judaïsme), 2010. Édition originale : Gouf vanéfesch, Tel-Aviv : éditions du Ministère de la Défense (collection « Université radiophonique »), 1982.

Entretiens et dialogues[modifier | modifier le code]

  • Israël et judaïsme : ma part de vérité, entretiens avec Michaël Shashar, [traduction, préface et notes de Gérard Haddad], Paris : les éditions Desclée de Brouwer, 1993. Édition originale : Yeshayahou Leibowitz, Al Olam ou-Mloho, sihot im Michaël Shashar, Jérusalem: Keter Publishing, 1988.
  • Israël et judaïsme : ma part de vérité ; suivi de Job et Antigone : entretiens avec Michaël Shashar [traduction, préface et notes de Gérard Haddad ; avec la collaboration de David Banon et Yvan Haddad], 2e édition augmentée, Paris : Desclée de Brouwer (collection Midrash), 1996.
  • Peuple, terre, État, Yeshayahu Leibowitz, Moshé Zimmermann, Itzhak Galnor, Boaz Evron, Avraham Burg et Arieh Naor [traduit de l'hébreu par Gérard Haddad et Catherine Neuve-Eglise ; préface de Gérard Haddad], Paris : éditions Plon, 1995. Édition originale : Am, Eretz, Medina, Jerusalem: Keter Publishing, 1991.
  • Yechayahou Leibovitz, La mauvaise conscience d’Israël, entretiens avec Josehp Algazy, Paris : Le Monde-éditions, 1994.

Articles[modifier | modifier le code]

  • « Sur le prétendu "héritage judéo-chrétien commun » [traduction et présentation de Jean-Marc Joubert), dans : Cités, n°34, 2008, p.13-25. L'article original est paru dans le quotidien israélien Haaretz en 1968. Ce texte est inclus dans la compilation d'articles intitulée Yahadut, am Yehudi, u-medinat Yisrael, Tel-Aviv : Schocken Publishing, 1975.

Préfaces[modifier | modifier le code]

  • Préface de l'ouvrage Thomas d'Aquin et Maïmonide, un dialogue exemplaire, Avital Wolhman, Paris : les éditions du Cerf (collection Patrimoines), 1988, p.09-15.

Autres traductions partielles[modifier | modifier le code]

  • Traduction partielle de « Rencontre nocturne », article paru dans Haaretz () qui retranscrit un débat public entre Yeshayahou Leibowitz et le Père Marcel Dubois, dans : Yechayahou Leibovitz, La mauvaise conscience d’Israël, entretiens avec Josehp Algazy, Paris : Le Monde-éditions, 1994, p.50-51.
  • Traduction partielle d'une lettre de Leibowitz concernant le christianisme écrite en 1971 et publié dans Yahadut, am Yehudi, u-medinat Yisrael, Tel-Aviv : Schocken Publishing, 1975, dans : Yechayahou Leibovitz, La mauvaise conscience d’Israël, entretiens avec Josehp Algazy, Paris : Le Monde-éditions, 1994, p.50.
  • Plusieurs lettres de l'ouvrage Ratziti lish’ol otcha, Professor Leibowitz: Michtavim el Yeshayahu Leibowitz u-mimenu, (Jerusalem: Keter, 1999) ont été traduites sur le site internet La Paix maintenant : « Un nouveau livre de Yechayahou Leibowitz traduit en français ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Films documentaires en français[modifier | modifier le code]

  • Izkor, les esclaves de la mémoire, réalisé par Eyal Sivan, Les Films d'Ici, 1991.
  • Itgaber, le triomphe sur soi, réalisé par Eyal Sivan, Les Films d'Ici, 1993.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yeshayahou Leibowitz, Ratsiti lichol otkha (« Correspondance »), Éd. Keter, 1999 (en hébreu).
  2. http://www.leibovitz.sitew.com/#CORRESPONDANCE.C
  3. Yeshayahou Leibowitz, La Foi de Maïmonide, Éditions du Cerf, 1992, chapitre 3.