Guigna

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Leopardus guigna • Kodkod, Chat du Chili

Le Guigna, également appelé Chat du Chili et Kodkod (Oncifelis guigna ou Leopardus guigna) est un félin autochtone de l'Amérique du Sud. Sa distribution comprend la Patagonie de l'Argentine et du Chili.

Description[modifier | modifier le code]

Kodkod.

Le Guigna est le plus petit des félins sauvages d'Amérique. Sa longueur de la tête à la base de la queue est de 40 à 52 cm, avec une longueur de la queue de 19 à 25 cm[1]. Ce félin pèse de 1,5 à 3 kg[1], en moyenne 2,2 kg[2], soit environ la moitié d'un chat domestique[3].

La tête, plutôt petite, possède des oreilles grandes et rondes[4], implantées bas sur le crâne[5]. La queue, épaisse et touffue, est courte : elle représente le tiers de la longueur totale de ce félin[5]. Les pieds larges possèdent des griffes décrites par Peter Jackson comme « puissantes »[6].

Le pelage montre de nombreuses petites taches noires et arrondies sur fond gris fauve à brun[3]. La robe est de couleur plus claire sur l'abdomen[3], toujours tachetée[5]. La gorge est barrée d'une marque foncée. La queue est annelée de dix à douze bandes noires[3]. Les taches forment des bandes discontinues sur les épaules et la tête[5]. Les marques faciales se composent de lignes foncées qui débutent au coin externe de l’œil et d'un marquage blanc autour de l’œil[3]. Le revers de l'oreille est noir, avec une tache blanche au centre[5]. Le mélanisme est fréquent[3],[7] ; dans ce cas, le marquage tacheté reste visible sous un éclairage clair[5].

La couleur varie selon les régions : au Nord et au centre du Chili, la teinte est plus claire et au Sud du Chili plus colorée[3]. Le mélanisme est plus fréquent au Nord de l'aire de répartition et est très courant sur l'île de Chiloé[4]. Les pieds sont tachetés au Nord de l'aire de répartition mais pas au Sud ; en tout cas, les soles plantaires sont noires[3].

Le Guigna ressemble beaucoup au Chat de Geoffroy (Leopardus geoffroyi)[8],[9] dont il se distingue par des oreilles plus grandes, une queue plus petite et épaisse[9]. Les marques sur les épaules et la tête forment plus souvent des rayures nettes chez le Chat de Geoffroy que chez le Guigna, dont les stries sont moins distinctes[5].

Comportement[modifier | modifier le code]

La mère installe souvent sa tanière dans une foret de bambous pour donner naissance à deux à trois chatons[9]. La période de gestation est de 72 à 78 jours en captivité[2]. La maturité sexuelle est atteinte à 24 mois. La longévité du Guigna est de 11 ans en captivité[2].

Le territoire du Guigna mesure de 0,5 à 2,5 km2 sur l'île de Chiloé[10].

Le Guigna est un chasseur de petits rongeurs, reptiles et oiseaux. En Argentine, il chasse plus fréquemment aux souris, tandis qu'au Chili le régime alimentaire est plus varié. Il s'attaque ponctuellement aux poulaillers[6]. Parmi ses proies, figurent de nombreuses espèces d'oiseaux comme le Merle austral (Turdus falklandii), le Vanneau téro (Vanellus chilensis), le Tourco huet-huet (Pteroptochos tarnii), le Tourco rougegorge (Scelorchilus rubecula) et l'oie domestique[11]. Le Lézard de Chiloé (Liolaemus pictus) figure également dans son régime alimentaire[11].

Son comportement dans la nature est mal connu, il est généralement considéré comme nocturne[7], mais ses proies comme son activité essentiellement diurnes en captivité laissent penser que ce félin chasse dans la journée plutôt que la nuit[6]. Sur l'île de Chiloé, les études radio-télémétriques montrent que l'activité du Guigna suit essentiellement celle de ses proies et qu'il est donc actif de nuit comme de jour[10]. Dans la région d'Araucanie au Chili, les décomptes réalisés sur des pièges photographiques montrent que l'activité du Guigna, essentiellement nocturne, varie selon la couleur de son pelage[12] : les individus entièrement noirs sont plus actifs la nuit que les tachetés. Le Guigna tacheté est par ailleurs plus actif les nuits nuageuses ou sans lune que les autres nuits, ce qui favorise le camouflage. Le comportement de ce félin varie selon les avantages que procure l'une des colorations et la luminosité[12].

Le Guigna se déplace sur de longues distances - jusqu'à cinq kilomètres - peu avant le crépuscule et peu après l'aube[5].

Les zones de repos se font dans la végétation dense, comme les forêts de bambous ou des souches d'arbres morts ; dans la journée, le Guigna recherche la fraîcheur et se repose dans les ravins couverts d'une impénétrable végétation ou dans les ajoncs des ruisseaux[5]. Sur l'île de Chiloé, il a été aperçu se reposant dans les branches d'arbres des habitat ouverts et dans un verger, bien qu'il puisse être dérangé par le Caracara chimango (Milvango chimango) ou le Vanneau téro (Vanellus chilensis)[5]. Le Guigna est bien adapté pour grimper[6] - il est capable de monter sur des troncs de plus d'un mètre de diamètre[5] - et il utilise peut-être les branches des arbres pour traquer ses proies dans les zones de végétation très dense[5].

Le Guigna adopte l'organisation territoriale typique des félins : le territoire d'un mâle recouvre celui d'une ou de plusieurs femelles. Sur l'île de Chiloé, les trois mâles résidents de l'aire d'étude possédaient des territoires qui ne se recoupaient pas, de même pour les femelles entre elles. La taille du territoire des femelles n'a pas varié durant les six mois d'études et celui d'un mâle s'est fortement agrandi lors de la mort de l'un de ses congénères. Sur l'île de Chiloé, le territoire des mâles s'étend sur une superficie de 1,1 et 2,5 km2 et celui des femelles de 0,48 et 0,73 km2. Dans le parc national Laguna San Rafael au Chili, la superficie moyenne était de 1,5 km2 sans différence notable entre les sexes[11].

Ses ennemis naturels sont le puma et le culpeo ou renard roux.

Conservation[modifier | modifier le code]

L'aire de répartition du Guigna se limite sur une partie du Chili et de l'Argentine. Au Chili, il se répartit de la région de Coquimbo à celle de Aisén, incluant l'île de Chiloé et l'archipel de las Guaitecas[9]. Il est notamment présent dans les parcs nationaux de Conguillío, Villarica et Puyehue ainsi que dans la réserve nationale de Las Guaitecas[2]. Il pourrait être également présent dans le parc national Bosques de Fray Jorge et le parc national La Campana[2].

En Argentine, où il est considéré comme rare[11], il n'est présent que sur les pentes orientales des Andes sur les provinces de Chubut, Santa Cruz, Río Negro et Neuquén[9]. Le Guigna est présent dans les parcs nationaux de Nahuel Huapi, Lanín et Los Alerces[2].

Le Guigna est un félin des forêts tempérées humides et des biotopes semi-ouverts, toujours arboré et buissonneux. Il est présent jusqu'à la lisière forestière, entre 2 000 et 2 500 mètres d'altitude[6]. Dans le Sud-Ouest de l'Argentine, l'habitat typique du Guigna est la forêt de bambous, lianes et épiphytes[4]. Au centre et au Sud du Chili, il s'agit des forêts de bambous de la province de Valdivia[4],[6]. Il tolère un changement de son habitat tant que la population de rongeurs reste présente : le Guigna a été observé dans les forêts secondaires d'eucalyptus et de pins[2], et sur l'île de Chiloé, il utilise les limites broussailleuses ou arborées entre les champs pour se déplacer[4].

Le Guigna est l'un des félins les plus méconnu. Les études à son sujet sont rendues difficiles par sa taille et son aire de répartition réduites. Sa présence dans les parcs zoologiques est rare[9]. Il est absent des zoos nord-américains[11].

Le Guigna est principalement menacé par la destruction de son habitat par la déforestation pour l'exploitation forestière ou l'urbanisation[2], et dans un second temps, par le piégeage et la chasse[11]. Il peut ponctuellement être piégé parce qu'il s'attaque aux poulaillers ou par erreur, dans des pièges à renard[4]. Dans la province de Malleco au Chili, le Guigna est notamment éliminé parce qu'il est considéré comme un tueur de chevreaux, bien que ce soit jugé comme hautement improbable par Mel et Fiona Sunquist, considérant la très petite taille de ce félin[11]. En raison de sa taille, sa fourrure est de faible intérêt, bien que sa peau puisse parfois être vendue sur les marchés locaux[11].

Son état de conservation est « Vulnérable » selon la liste rouge des espèces menacées de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)[13]. Le Guigna est un animal protégé au Chili et en Argentine[11]. Dans le cadre de la convention de Washington, le Guigna est classé en Annexe II de la CITES depuis 1977, ce qui signifie que le commerce international de cette espèce est étroitement contrôlé[14]. En 2006, l'Argentine a interdit l'exportation des spécimens vivants[14].

Taxonomie[modifier | modifier le code]

Arbre phylogénétique du genre Leopardus[15]

   Leopardus   


 Leopardus wiedii - Marguay



 Leopardus pardalis - Ocelot






 Leopardus jacobita - Chat des Andes



 Leopardus colocolo - Chat des Pampas





 Leopardus tigrinus - Chat-tigre



 Leopardus guigna - Kodkod



 Leopardus geoffroyi - Chat de Geoffroy





Le Guigna est décrit par le Jésuite chilien Juan Ignacio Molina en 1782. En raison de sa ressemblance avec le Chat de Geoffroy, le Guigna a été considéré comme une sous-espèce[9].

La phylogénie s'est longtemps basée sur l'étude des fossiles d'un animal afin de préciser l'apparition et l'évolution d'une espèce. La phylogénie moderne s'appuie essentiellement sur les analyses génétiques en raison du nombre peu important de fossiles de félins. Le premier félin est apparu il y a onze millions d'années[15].

Les félins ont divergé en huit lignées distinctes. La lignée des ocelots, correspondant au genre Leopardus est la quatrième par ordre de divergence. Il y a neuf millions d'années, les félins migrent pour la première fois vers le continent américain en passant par la Béringie[Note 1],[15].

Le niveau des océans remontent à nouveau au cours du Miocène, et les précurseurs des lignées de l'ocelot, du lynx et du puma se trouvent isolés des populations du vieux continent. La lignée de l'ocelot commence à diverger il y a huit millions d'années. Elle se distingue notamment par un nombre de chromosomes différents de celui des autres lignées : 36 chromosomes au lieu de 38. Durant le Pliocène, il y a deux à trois millions d'années, le niveau des océans baisse à nouveau : l'isthme de Panama émerge et permet aux félins, et notamment à la lignée de l'ocelot, de conquérir l'Amérique du Sud[Note 2]. La diversification en espèces s'opère durant cette période et le dernier ancêtre commun du genre Leopardus est daté d'il y a 2,9 millions d'années[15].

Endoparasites et maladies[modifier | modifier le code]

Article connexe : Endoparasite.

En Argentine, le Guigna est peut être inclus dans le cycle selavtique de Taenia ovis krabbei. Au Chili, des recherches en 1949 ont montré la présence de Spirometra mansonoides et un sujet analysé en 1984 portait plusieurs vers parasites : Uncinaria stenocephala, Toxocara cati et plusieurs espèces de ténias tel Taenia taeniaformis. Le Guigna est négatif à l'échinococcose et la trichinellose[16].

Des études publiées en 2010 sur deux sujets décédés sur des autoroutes au Chili et sur des prélèvements fécaux ont permis d'apporter d'autres informations à propos des endoparasites du Guigna. Trois espèces de vers parasites ont été trouvés : Toxascaris leonina, Toxocara cati et Mastophorus muris. La source des infections par ces vers parasites provient probablement de l'alimentation du Guigna, essentiellement composée de rongeurs[16].

Une étude réalisée de 2008 à 2010 sur l'île de Chiloé a montré que le Guigna était exposé aux virus de l'immunodéficience féline (FIV) et de la leucose féline (FelV). L'analyse génétique des souches de ces virus révèlent une proximité avec celles affectant les chats domestiques de l'île. Cela suggère une transmission inter-espèces de ces deux maladies, probablement favorisée par la perturbation par l'humain de l'habitat naturel de ce félin[17].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Dans la langue des Araucans, le Guigna est appelé « Kodkod ». Dans la plupart de son aire de répartition, le Guigna est appelé « Guiña » ou « Huiña »[9]. Son nom provient du mapudungun huyñaum, qui signifie « changement de demeure » ou « déménagement », à cause de ses habitudes errantes.

La première étude spécifiquement tournée vers le Guigna a été conduite en 1997 sur l'île de Chiloé au Chili. Cette étude de six mois a permis d'obtenir d'importantes données sur l'activité et l'occupation du territoire[10]. Cinq mâles et trois femelles de l'ile de Chiloé ont été capturés et muni de collier émetteur pour des études de télémétrie[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Béringie correspond au détroit de Béring. Il s'agit d'un pont de terre entre l'Asie et l'Amérique qui est apparu plusieurs fois au cours des récentes périodes géologiques.
  2. Cette période est appelée Grand échange interaméricain. L'Amérique du Sud était isolée des autres continents depuis des dizaines de millions d'années. L'arrivée des félins correspond notamment à la disparition des grands prédateurs du continent sudaméricain.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Référence Animal Diversity Web : Oncifelis guigna (en)
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Jackson et Farrel Jackson 1996, p. 250
  3. a, b, c, d, e, f, g et h Jackson et Farrel Jackson 1996, p. 247
  4. a, b, c, d, e et f Rémy Marion et al. 2005, p. 96
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Sunquist et Sunquist 2002, p. 212
  6. a, b, c, d, e et f Jackson et Farrel Jackson 1996, p. 249
  7. a et b (en) Ronal M. Nowak, Walker's Carnivores of the World, The Johns Hopkin University Press,‎ , 313 p. (ISBN 0-8018-8032-7), p. 252
  8. Rémy Marion et al. 2005, p. 95
  9. a, b, c, d, e, f, g et h Jackson et Farrel Jackson 1996, p. 248
  10. a, b et c Rémy Marion et al. 2005, p. 114-115
  11. a, b, c, d, e, f, g, h et i Sunquist et Sunquist 2002, p. 213
  12. a et b (en) Felipe Hernández, Nicolàs Gálvez, Alessandro Gimona, Jerry Laker et Cristian Bonacic, « Activity patterns by two colour morphs of the vulnerable guiña, Leopardus guigna (Molina 1782), in temperate forests of southern Chile », Gayana, vol. 79, no 1,‎ , p. 102-105 (ISSN 0717-652X, lire en ligne)
  13. Référence UICN : espèce Leopardus guigna (Molina, 1782) (en) (consulté le 22 mai 2015)
  14. a et b Référence CITES : espèce Leopardus guigna (Molina,1782) (+ répartition) (sur le site de l’UNEP-WCMC) (fr+en)
  15. a, b, c et d Stephen O'Brien et Warren Johnson, « L'évolution des chats », Pour la science, no 366,‎ (ISSN 0153-4092) basée sur (en) W. Johnson et al., « The late Miocene radiation of modern felidae : a genetic assessment », Science, no 311,‎ et (en) C. Driscoll et al., « The near eastern origin of cat domestication », Science, no 317,‎
  16. a et b (en) Daniel González-Acuña, Lucila Moreno, Karen Ardiles, Marcelo Flores, Mélanie Duclos et Mike Kinsella, « Endoparasites of the kodkod, Oncifelis guigna (Carnivora, Felidae) in Chile », Revista chilena de historia natural, vol. 83,‎ , p. 619-622 (ISSN 0716-078X, DOI 10.4067/S0716-078X2010000400015, lire en ligne)
  17. (en) Monica Mora, Constanza Napolitano, René Ortega, Elie Poulin et José Pizarro-Lucero, « Feline immunodeficiency virus and feline leukemia virus infection in free-ranging guignas (Leopardus guigna) and sympatric domestic cats in human perturbed landscapes on Chiloé Island, Chile », Journal of Wildlife Diseases, vol. 51, no 1,‎ , p. 199–208 (DOI 10.7589/2014-04-114, lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Aire de répartition du Kodkod.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]