Kinopanorama (salle de cinéma)

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Kinopanorama était une salle de cinéma réputée à Paris, située 60 avenue de La Motte-Picquet dans le 15e arrondissement, dirigée par Pierre et Josette Pinton[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Splendid Palace[modifier | modifier le code]

L'histoire du cinéma débute en 1919. Une salle fantastique de 1 500 places, le Splendid Palace, fait la gloire du quartier Grenelle jusqu'en 1947.

Kinopanorama[modifier | modifier le code]

Inauguré en à l’emplacement de l’ancien cinéma Splendid, le Kinopanorama occupait les premiers niveaux d'un immeuble d'habitation de dix étages construit la même année. La salle était l'œuvre d'un promoteur immobilier, Pierre Pinton, qui avait acheté le Splendid avant la démolition et se révéla par la suite un visionnaire devant marquer son époque et plusieurs générations de cinéphiles.

La salle de 1959 était peu commune. Ultra-moderne, grande sans être gigantesque (850 places sur trois niveaux), elle était équipée à l'origine pour le système Kinopanorama, un concurrent russe du Cinérama (avec une image provenant également de trois projecteurs), avec 98 haut-parleurs, un écran courbe, inscrit dans un angle d'ouverture de 100°, de 24 mètres de base (plus grand que la scène de l'Opéra de Paris), et tout l'équipement technique, particulièrement lourd (la projection était assurée par trois couples de deux projecteurs).

La technologie Kinopanorama innovait en utilisant 9 pistes magnétiques pour la reproduction du son (à la différence du Cinérama qui se limitait à 7 pistes).

Des films Kinopanorama furent projetés sur l'écran géant de 24 mètres de base, en commençant par Deux heures en URSS, qui réalisa le score plus que respectable de 1.000.000 spectateurs en un an.

Le salle exploita d'abord les films en utilisant 3 pellicules 35 mm synchronisées. Au cours de son développement historique, le Kinopanorama adopta le format 70 mm pour la projection, sur écran géant, des films dont les technologies de tournage étaient : le Kinopanorama 70 (le ballet La Belle au Bois Dormant), le Todd-AO (Le Tour du monde en 80 jours), le MGM camera 65 (Ben-Hur), la Panavision 70 (West Side Story), la Super Panavision 70 (Grand Prix), le D150 (La Bible), le 70 mm Super Cinérama (Krakatoa à l'est de Java).

70 mm[modifier | modifier le code]

Le Kinopanorama se tourna vers le 70 mm, format qui devint la technologie de référence pour l'industrie cinématographique américaine et russe. Le Kinopanorama fut intégré un temps aux salles Cinerama, aux côtés des prestigieux Gaumont Palace et Empire, devenant alors le Cinerama Rive-Gauche. À la fin du Cinerama, la salle s'orienta définitivement vers la projection 70 mm sur écran géant courbe avec quelques jolis succès dès 1965 : Guerre et Paix de Serge Bondartchouk photographié en 70 mm, Exodus filmé en Panavision 70, My Fair Lady et 2001, l'Odyssée de l'espace filmés en Super Panavision 70. Ajoutons également à ces titres : Autant en emporte le vent dont des tirages gonflés en 70 mm présentèrent une image au ratio 2,20:1 (tronquant le cadre d'origine 35 mm 1,37:1) , Tora ! Tora ! Tora !, Tremblement de terre (avec l'effet sonore spécial Sensurround), La Tour infernale

La fortune du Kinopanorama fut faite en 1979 avec la sortie en 70 mm du Tambour de Volker Schlöndorff, Palme d'or 1979 à Cannes, en exclusivité, « Seul à Paris… sur écran géant », comme le vanta la publicité de l'époque. Le film resta onze semaines à l'affiche. Par la suite, The Rose connut un véritable triomphe dans cette salle, en "usant" plusieurs copies 70 mm pendant les 48 semaines d'exploitation pour un total de 264 000 spectateurs.

En 1982, avec Pink Floyd: The Wall puis E.T., le Kinopanorama entamait une période particulièrement faste, au cours de laquelle il projeta de nombreuses exclusivités américaines en 70 mm, toutes très attendues, et dont la plupart connurent le succès. Entre autres : Révolution, Mission, La Forêt d'émeraude, Legend, Le Nom de la Rose, Dune, L'Année du dragon, Out of Africa, Greystoke ou Le Grand Bleu. À cette époque, le Kino était devenu la salle de référence pour les cinéphiles parisiens.[2] On n'hésitait pas alors à parcourir des kilomètres, à attendre une heure, parfois plus, dans le froid, pour voir un film dans la seule salle digne de ce nom pour le cinéphile, celle qui offre version originale, 70 mm (la plupart du temps), écran géant de 24 mètres (beaucoup plus grand que ce que pouvaient proposer les concurrents)… Le nombre d'entrées annuelles évolua alors de 300 000 en 1981 à 450 000 en 1986.

Parallèlement, la mode revint aux grands écrans, et Paris vit l'ouverture du Forum Horizon en 1986 et le réaménagement du Max Linder l'année suivante, de capacités comparables, mais aux écrans plus petits. Ces deux salles, elles aussi équipées pour le 70 mm, connurent rapidement le succès, et programmèrent régulièrement les mêmes films que le Kino (Le Dernier Empereur, Les Incorruptibles, L'Ours), mais le Kino résista bien, approchant régulièrement les 20 000 entrées hebdomadaires pour les grosses sorties, même si le nombre d'entrées se tassa à 303 000 en 1987.

Society of Motion Picture and Television Engineers (SMPTE)[modifier | modifier le code]

En 1989, le Kinopanorama entretient d'étroites relations avec la Society of Motion Picture and Television Engineers (SMPTE), organisme américain, de notoriété internationale, qui fait autorité en matière de normalisation et de contrôle dans l'industrie cinématographique. Avec l'aide de la SMPTE, le Kinopanorama s'équipe de nouvelles optiques de projection pour le format 70 mm et présente la version restaurée du chef-d'œuvre (7 oscars) de Sir David Lean : Lawrence d'Arabie. Le tournage du film avait été effectué en Super Panavision 70 et la version restaurée de 1989 comportait 21 minutes supplémentaires.

Cinema Digital Sound (CDS)[modifier | modifier le code]

La technologie Cinema Digital Sound (CDS), développée par Kodak, est la première application du son numérique au cinéma et la plus performante en 35 mm[3]. Cette technologie est caractérisée par la présence de 6 pistes numériques sur le film. En 1991, avec le film d'Oliver Stone, The Doors, le Kinopanorama est la première salle en France à présenter un film en Cinema Digital Sound - 6 pistes numériques[4].

Principales caractéristiques techniques[5] :

Source audio

  • Réponse en fréquence : 20 Hz - 20 kHz (+/- 0,5 dB)
  • Dynamique : 90 dB
  • Nombre de pistes numériques : 6 (5.1)
  • Séparation des canaux : 90 dB

Sonorisation

  • Réponse en fréquence : 40 Hz - 20 kHz (+/- 3 dB)
  • Séparation en quatre canaux : filtre crossover aux fréquences 80 Hz / 800 Hz / 6 kHz
  • Quadri-amplification : 60 amplificateurs de puissance (8 400 watts en programme et 33 600 watts en crête)
  • Puissance sonore maximale en crête (à 12 m) : 120 dB
  • Poids total : 1 200 kg

Le public est au rendez-vous. Le Kinopanorama est alors classé en tête des salles parisiennes[6]. Ces projections de The Doors, à guichet fermé, avec une salle en délire et des niveaux sonores comparables à ceux d'un concert (120 dB), deviendront légendaires à Paris et demeurent, à ce jour, inégalées.

Gaumont[modifier | modifier le code]

Le Kinopanorama fut repris par Gaumont[7] et rouvrit en septembre 1992 avec Impitoyable, sous le nom de Gaumont Grand Écran Grenelle. Ce nom est vite abandonné, et le Kino deviendra logiquement le Gaumont Kinopanorama. La salle fut complètement rénovée par Gaumont. Le nombre de fauteuils fut ramené de 600 à 500. Son écran géant d'origine fut conservé, mais réduit à 21 mètres pour ne pas défavoriser les projections en 35 mm, plus nombreuses que celles en 70 mm ; label Grand Écran oblige, le Kino propose un temps un Show Laser. À partir du 21 octobre 1992, l'adaptation par les studios Disney de La Belle et la Bête est présentée en 70 mm. Plus tard, des essais techniques privés pour le réglage des équipements, en dehors des périodes d'exploitation, permirent encore de voir des projections 70 mm sur l'écran géant (La Chute de l'Empire romain, Ultra Panavision 70).

Le Gaumont Kinopanorama reste la seule salle à Paris à avoir disposé de l'ensemble des technologies de son numérique en 35 mm :

Principales caractéristiques techniques du canal LFE (Low Frequency Effects)[8] :

Sonorisation

  • Réponse en fréquence : 28 Hz - 150 Hz (+/- 3 dB)
  • Système sub-basses : 2 x JBL 4688 TCB (Triple Chamber Bandpass)
  • Transducteurs basses fréquences : 4 x JBL 2240 (460 mm)
  • Puissance : 2 400 W en programme
  • Puissance sonore maximale en crête (à 1 m) : 136 dB
  • Poids total : 226 kg

Fermeture[modifier | modifier le code]

Le groupe Europalaces a fermé le Kinopanorama le à 20 heures.

Rayonnement[modifier | modifier le code]

Le Kinopanorama est visité « par de nombreux techniciens, et notamment des Américains, en raison du niveau technique de la cabine et des dimensions de l'écran »[9] et fréquenté par des personnalités comme Sophia Loren, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Robert Badinter, Donald Sutherland, Robert Hossein, George Chakiris, Uma Thurman etc.

Citation[modifier | modifier le code]

« La meilleure façon de concurrencer la télévision, c'est d'offrir du grand spectacle, une qualité technique la plus parfaite possible [...]. Bref, ce qu'on ne peut recevoir à domicile ! » (Pierre Pinton, Le technicien du film et de la vidéo, 1983).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le Splendid Cinema - Kinopanorama". Résumé d'un article de Sylvie Descaves in Bull. Soc. hist. & arch. du XVème arrondt de Paris – n° 35"
  2. « Le Kinopanorama ou la redécouverte de la magie cinématographique », Jean-Pierre Thiollet, Le Quotidien de Paris, 31 mai 1982.
  3. Cinema Digital Sound System
  4. The Doors
  5. Cinema Digital Sound Technical Data
  6. Film français, 1991.
  7. François Garçon, Gaumont, un siècle de cinéma, Gallimard, Paris, coll. « Découvertes Gallimard/Cinéma » (no 224), 1994.
  8. JBL 4688 TCB
  9. Valérie Peseux, La projection grand spectacle, éditions Dujarric / CST, Paris, 2004.

Liens externes[modifier | modifier le code]